‹ Précis de microbiologie des maladies infectieuses des animauxChapitre 75 sur 274 · DECOUVERTE DES PRODUITS SOLUBLES · texte numérisé non relu

DECOUVERTE DES PRODUITS SOLUBLES

blement modifiées par des produits solubles sécrétés par les microbes eux-mêmes.

Il en résulte naturellement de profondes transformations dans la composition du milieu nutritif où a végété le microbe ; certaines substances n’existent plus, d’autres ont fait leur apparition. Ces dernières ont été directement élaborées par le microbe (sécrétions) ou proviennent des modifications chimiques survenues dans le milieu sous l’influence des sécrétions ; on les appelle les produits solubles microbiens.

Nous ne pouvons, dans un ouvrage élémentaire, nous appesantir sur toutes les transformations chimiques, d’ailleurs encore mal connues, des matériaux alimentaires des cultures microbiennes. Établissons simplement, au début de ce chapitre, que, par le fait môme qu’ils sont des êtres vivants, les microbes élaborent des produits solubles, qu’ils retiennent dans leur protoplasma ou qu’ils laissent diffuser dans le milieu ambiant. Nul ne leur a jamais contesté cette propriété vitale : la sécrétion de diastases digestives, de matières colorantes (retenues dans le protoplasma du M. prodigiosus, diffusant de celui du B. pyocyaneus ), etc., n’a jamais soulevé de polémiques 1 ; il n’en a plus été de même lorsqu’on a voulu faire jouer un rôle aux produits solubles microbiens dans l’explication de Y action pathogène des microbes virulents. C’est précisément des substances solubles microbiennes ayant un rôle en pathologie que nous allons uniquement nous occuper.

La découverte du rôle des produits solubles microbiens en pathologie appartient à Toussaint et à Chauveau (1878-1886). Chauveau montra qu’on pouvait produire, très rapidement, chez les moutons, tous les symptômes du charbon, en leur transfusant du sang frais provenant d’un animal charbonneux ; la soudaineté de l’évolution de la maladie ainsi provoquée indiquait qu’elle était due, non à l’introduction et au développement ultérieur des microbes, mais bien à une intoxication par injection des poisons solubles sécrétés dans le sang charbon-

1 La sécrétion de diastases par les champignons, connue antérieurement, plaidait, par analogie, en faveur des produits solubles microbiens.

PRODUITS SOLUBLES MICROBIENS

neux du premier animal. C’est surtout à propos de la vaccination que Toussaint et Chauveau développèrent leurs idées sur le rôle des produits solubles microbiens. Toussaint, donnant l’immunité avec du sang charbonneux chauffé, et qu’il croyait sûrement privé de bacilles ; Chauveau, montrant que les agneaux issus d’une brebis, inoculée avec du B. anthracis , sont doués d’immunité, avaient condensé un faisceau d’expériences tendant à faire admettre que l’immunité acquise était due à V addition de substances nouvelles sécrétées par les microbes.

Malheureusement, ces expériences ne parurent pas inattaquables : le chauffage de Toussaint (-f- 58°) pouvait ne pas avoir détruit tous les microbes du sang charbonneux; le placenta des brebis de Chauveau pouvait, à la rigueur, avoir laissé passer quelques bacilles. Aussi, Pasteur et son école combattirent-ils très vivement la théorie des produits solubles. Pour Pasteur, le microbe agissait directement par lui-même ; il causait les symptômes du charbon en absorbant l’oxygène des hématies *, il vaccinait par soustraction, en enlevant à l’organisme une substance nutritive indispensable à la vie du microbe ; toute nouvelle inoculation restait sans effets, les nouveaux arrivants trouvant un terrain épuisé.

La lutte entre la théorie de V addition et la théorie de la soustraction a duré jusqu’en février 1887, époque à laquelle Pasteur, dans une lettre à Duclaux, se rangea à l’opinion de Chauveau, ne pouvant expliquer autrement ses propres découvertes sur le traitement antirabique.

Cette même année 4887 vit surgir les preuves définitives du rôle des produits solubles en pathologie infectieuse. Charrin réussissait à déterminer des troubles par injections des toxines sûrement aseptiques (cultures filtrées) du B. pyocyanique et, augmentait la résistance du lapin, vis-à-vis du B. pyocyanique,

1 La résistance fut moins marquée vis-à-vis des produits solubles toxiques que vis-à-vis des produits solubles vaccinants. Dès 1880, Pasteur avait produit des manifestations morbides, chez la poule, en lui injectant un extrait de bouillon du choléra des poules. En 1877, il avait même supposé que le B. anthracis dissolvait les globules rouges à l’aide d’une diastase.

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