PRODUITS EXTRA ET INTRA-PROTOPLASM1QUES
par injection préalable de ces mêmes substances solubles extraites des cultures. Roux et Chamberland vaccinaient contre le Vibrion septique avec les produits solubles retirés des cultures. Bientôt Roux démontrait que le B. Chauvæi fabrique aussi des substances immunisantes ; Chantemesse et Widal faisaient des travaux analogues avec le B. typhique. La vaccination chimique é tait mise hors de toute contestation. S. Arloing (1888) établit la nature diastasique de certains produits solubles.
On sait le nombre immense de travaux parus depuis cette époque sur le rôle et la nature des produits solubles microbiens. La voix ouverte par Toussaint et Chauveau a conduit au chapitre le plus important de la pathologie infectieuse expérimentale, prélude indispensable de l’étude des lésions microbiennes, des symptômes infectieux, de la vaccination, de la sérothérapie, etc.
2° Produits extra et intra-protoplasmiques. — Insistons d’abord sur un point capital. Une culture microbienne peut ne pas contenir de toxines dans sa partie liquide, bien que le microbe ait fabriqué des substances très toxiques. En d’autres termes, la culture filtrée peut paraître inoffensive, sans qu’on puisse refuser au microbe la propriété toxigè^e. C’est que certains microbes sécrètent des toxines qui diffusent hors de leur protoplasma et se répandent dans les liquides nutritifs [véritables toxines solubles , extra-protoplasmiques , exotoæines), tandis que d’autres conservent ces toxines dans leur protoplasma ; il n’y a pas de diffusion ; il faut extraire ces toxines intra-protoplasmiques ( poisons du corps du microbe, endotoxines) à' l’aide de procédés spéciaux.
La plupart des produits solubles sont des toxines extra-protoplasmiques ( poisons diphtérique, tétanique , etc.). On peut citer, parmi les intra-protoplasmiques : les tuberculines, la malléine, différents vaccins extraits du corps du bacille de la peste (vaccins de Haffkïne, de Terni et Bandi), etc.
Les microbes morts sont toxiques à des doses qui varient, suivant les espèces, de quelques milligrammes à des grammes, ils peuvent occasionner un empoisonnement aigu par libéra-
PRODUITS SOLUBLES MICROBIENS
tion de leurs toxines ; ils peuvent engendrer des lésions.
Pour extraire les poisons des corps microbiens, on s’est adressé à la macération, à l’expression. On trouvera ces procédés à propos de chacun des microbes (Deuxième partie). On se contente, le plus souvent, d’injecter la totalité de la culture tuée par la chaleur : liquides et cadavres microbiens. Parfois on utilisera les humeurs riches en germes, stérilisées. Il est préférable d’utiliser exclusivement les corps microbiens recueillis sur les milieux solides sans eau de condensation.
11 n’y a pas toujours de limite bien tranchée entre les toxines solubles proprement dites et les poisons des corps microbiens. Telle toxine diffuse, mais diffuse imparfaitement et lentement.
3° Propriétés des produits solubles microbiens. — Les
produits solubles microbiens , quelle que soit leur nature intime, peuvent se diviser en deux grandes classes, suivant qu’ils engendrent la maladie ou qu’ils modifient simplement le terrain organique en vue d’une infection ultérieure.
A . Produits solubles toxiques . — La première classe comprend les produits toxiques , les toxines dans la plus large acception de ce mot. Les toxines engendrent la fièvre, les hémorragies, les inflammations de toutes sortes, etc., les lésions et symptômes, en un mot, des maladies infectieuses. Les cultures filtrées des microbes pathogènes produisent chez l'animal des effets identiques à ceux causés par l’inoculation de la culture complète (culture complète signifie l’ensemble des produits solubles et du microbe vivant).
Citons quelques exemples. Charrin a reproduit tous les symptômes et toutes les lésions de la maladie pyocyanique avec les toxines du B. pyocyaneus. Arloing a étudié les effets gangréneux des produits du Bacillus heminecrobiophilus. De Christmas a fait du pus avec une diastase provenant du Staphylocoque pyogène. Knud Faber a reproduit les contractures tétaniques avec la toxine du B. de Nicolaïer. Roux et Yersin ont fait des paralysies avec la toxine diphtérique . J. Courmont et Rodet ont fait, avec la culture filtrée du Staphylocoque pyogène, des contractures, de l’anesthésie, du Cheyne-Stokes, des troubles