CRÉATION ARTIFICIELLE DE L’IMMUNITÉ
G. Atténuation par les antiseptiques. — Toussaint (1880), ajoute 1 à 1.5 p. 100 de phénol au sang charbonneux, et obtient un vaccin pour le lapin et la brebis. Roux et Chamberland (1883), montrent que le phénol ajouté au bouillon de culture, dans la proportion de 1/800, laisse pulluler le B. anthracis, mais empêche la formation de spores ; au bout d’un mois, une semblable culture est inoffensive et peut conférer l’immunité. Le bichromate de potasse est préférable; à la dose de 1/2000 à l/oOOO, il atténue en trois jours. Les cultures bichromatées se propagent avec leur atténuation. Roux et Chamberland ont vu que le phénol pouvait, par un contact prolongé, atténuer les cultures déjà formées ; il en est de même de l’acide sulfurique à 2 p. 100 pour les spores. Ces microbes donnent des générations de vaccins.
Arloing, Corne vin et Thomas ont transformé en vaccin la sérosité du charbon symptomatique à l’aide de la glycérine phéniquée, du sublimé à 1/5000, de l’eucalyptol, du thymol, de la galactose alcalinisée. La coumarine atténue le Vibrion septique (Cornevin), etc.
H. Atténuation par l’électricité. — D’Arsonval et Charrin, ont atténué le B. pyocyanique par l’emploi des courants de haute fréquence en dehors de tout mécanisme thermique ou chimique.
Lehmann et Zierler (1903) ont montré qu’un faible courant agissant sur 10 centimètres cubes de bouillon, détruit les bacilles au voisinage de l’anode (production de chlore et d’acide chlorhydrique). PourBouRAx, l’électricité sous toutes ses formes diminue la vitalité des microbes.
I. Atténuation par les rayons Roentgen. — La plupart des expérimentateurs ont échoué en voulant atténuer les microbes au moyen des rayons de Rœntgen. Le B. de Lôffler, exposé en cultures sur gélose pendant six à sept heures au foyer d’un puissant tube de Crookes subit une légère atténuation (J. Courmont et Doyon). Les toxines ont également paru diminuer d’activité.
J. Atténuation par les rayons du radium. — Pfeiffer et Friedberger (1903) ont vu que les rayons de Becquerel (exposition à 1 centimètre d’un fragment de bromure de radium de 25 mil-
INOCULATION DU MICROBE ATTÉNUÉ
ligrammes) étaient actifs contre le B. typhique et le V. cholérique (tués* en deux jours) et même les spores du B. anthracis (tuées en trois jours). Une exposition moins longue peut atténuer.
Une circulation gazeuse, chargée d’émanations de radium, sur la surface des milieux solides ensemencés, arrête le développement microbien si l'ensemencement n’a été fait qu’en surface : elle n’a aucune action en profondeur. Les émanations ne pénètrent pas non plus très loin dans les liquides.
Boucrard et Balthazard ont vu que les émanations du radium entravent la production de la matière colorante des bactéries qui diffusent leur couleur dans le milieu (B. pyocyanique) . En outre, il y a atténuation de virulence. Enfin, on protège le cobaye en lui introduisant à la fois dans le péritoine la dose mortelle et une grande quantité d’émanation (1 gramme en une heure) .
Ii. Atténuation au moyen de passages par l’animal. — Des passages successifs d’un virus à travers un organisme animal exatent en général sa virulence (p. 322) ; ils peuvent au contraire l'atténuer ou l’adapter à une espèce animale donnée. La vaccine n'est peut-être qu’une variole ayant passé par le cheval et le bœuf. Pasteur, en isolant le Pneumocoque de la salive d*un enfant, vit que ce microbe était inoffensif pour le cobaye et tuait rapidement le lapin. Etant arrivé à tuer de jeunes cobayes, il parvint à rendre ses cultures virulentes pour le cobaye ; elles ne tuaient plus le lapin, elles le vaccinaient. Ce fait conduisit Pasteur à ses expériences sur le rouget du porc. Lorsque le microbe du rouget a été exalté pour le lapin par passages successifs à travers cet animal, il ne donne plus au porc qu'une maladie bénigne, dont il sort vacciné. La rage s’atténue par le passage à travers le singe (Pasteur) .
Il est donc bien démontré qu’en exaltant la virulence d’un microbe pour une espèce animale, on n’augmente pas fatalement sa virulence pour toutes les espèces sensibles ; on peut même, au contraire, avoir atténué le microbe pour l'animal ayant donné la semence primitive.
CRÉATION ARTIFICIELLE DE l’iMMUNITÉ
Ces faits ont été trop oubliés. Les différences qui séparent la tuberculose aviaire de celle des mammifères s’expliquent par le même mécanisme. Le Bacille de Koch est peu virulent pour le mammifère lorsqu’il provient d’un oiseau et réciproquement. 11 y a un acclimatement comme pour les cultures sur différents milieux. Il n'est pas non plus démontré qu’on ait raison, dans la fabrication des sérums thérapeutiques, d’exalter d’abord le microbe pour une espèce animale ( Vibrion cholérique pour le cobaye, Streptocoque pour le lapin, etc.), puisque le sérum doit être curateur pour l’homme.
L. Modification par la sensibilisation. — Besredka (voir p. 902) a imaginé d’inoculer des microbes sensibilisés et lavés.
| 4. — Création artificielle de l’immunité