CHAPITRE XIV
SÉROTHÉRAPIE
Nous voulons surtout insister sur la technique de la préparation et de l’emploi des sérums anti-infectieux ou anti-toxiques. Nous commencerons cependant par quelques notions générales, aussi abrégées que possible, mais indispensables à la compréhension.
§ 1. SÉROTHÉRAPIE EN GÉNÉRAL
1° Définition. — Dès son aurore, la bactériologie, non contente de découvrir les agents pathogènes, a porté ses efforts vers la recherche du traitement des maladies virulentes.
Nous avons traité la question de l'immunisation artificielle au chapitre xm. On trouvera ce qui est acquis à propos de chaque microbe envisagé en particulier dans la Deuxième partie. Ces méthodes préventives qui n’ont pas entièrement conquis droit de cité en médecine humaine (tentatives de Haffkine contre le choléra et la peste, de Ferran contré le choléra, de Wright contre la fièvre typhoïde), sont couramment utilisées en médecine vétérinaire contre le charbon bactéridien, le rouget, le charbon symptomatique.
La vaccine jennérienne était découverte avant l’avènement de la bactériologie. Le traitement antirabique, qui est une véritable vaccination préventive, est presque le seul exemple à 'citer comme conquête de la bactériologie dans le domaine humain à l’aide des inoculations vaccinales. Les injections ‘préventives
SEROTHERAPIE
de sérum contre la diphtérie, le tétanos, reposent sur un autre principe qui est précisément celui de la sérothérapie.
Les méthodes bactériologiques curatives, celles qui s’adressent à la maladie déclarée, peuvent se grouper sous trois dénominations : bactériothérapie, toxino thérapie, sérothérapie.
A. La bactériothérapie utilise l’antagonisme de certains microbes. On cherche à guérir la maladie existante par l’inoculation du microbe antagoniste qui produira une seconde maladie, bénigne par elle-même et curatrice de la première. Elle a pris naissance en Italie. * Cantani pulvérisait des cultures de Bacterium termo dans les voies respiratoires des phtisiques cavitaires. Cliniquement et expérimentalement, les résultats ont été négatifs. On a cherché à utiliser l’antagonisme du B. anthracis et du B. pyocyanique (Charrin, etc.). Fochier a tenté la guérison de la septicémie puerpérale au moyen d’abcès de fixation à staphylocoques. On a cherché à modifier des tumeurs malignes par des inoculations de Streptocoque de l’érysipèle (Koch et Pétruchsky, etc). La bactériothérapie n’a pas encore fait ses preuves.
B. La toxinothérapie n’utilise que les toxines microbiennes. Le traitement de la tuberculose par la tuberculine de Koch (voir p. 500) fut la tentative la plus retentissante de la toxinothérapie.
C. La sérothérapie a une portée bien plus grande ; elle est une des plus importantes conquêtes de la bactériologie. Elle est née (bien qu’en réalité ses effets soient surtout antitoxiques ) de la théorie qui expliquait l’immunité par les propriétés bactéricides des humeurs. Si les humeurs de l’animal ayant acquis l'immunité contiennent des substances qui sont antiseptiques pour le microbe originel, l’injection de ces liquides dans un organisme infecté doit apporter un appui sérieux à l’effort curateur de celui-ci. Telle est l’origine de la sérothérapie. On peut la définir : une méthode de traitement qui consiste à injecter à un individu sain [action préventive) ou déjà malade ( action curative ) une dose appropriée de sérum provenant d’un animal hyper -