DÉCOUVERTE
vacciné contre la même infection. Ce sérunl a des propriétés bactéricides , agglutinantes , lytiques , etc., mais surtout antitoxiques ; il empêche le pullulation du microbe, mais a pour rôle principal de neutraliser les effets de ses toxines : tel est, en deux mots, le mécanisme de son action. Les sérums thérapeutiques sont, avant tout, les véhicules des antitoxines.
2° Histoire de la découverte de la sérothérapie. — La
découverte de la sérothérapie appartient, sans contestation possible, à Behring et Kitasato qui montrent, en 1890, les propriétés préventives et curatives du sérum des animaux immunisés contre le tétanos et la diphtérie. Il n’en est pas moins juste de reconnaître que les travaux antérieurs des partisans de la théorie bactéricide des humeurs (École allemande, Bouchard et ses élèves, etc.), ceux de Richet et Heriçourt, de Bouchard, Gharrin, etc., sur les propriétés curatives du sang ou du sérum, avaient préparé la voie suivie par Behring et Kitasato.
Peu de temps après la découverte expérimentale, Behring et Ehrlich essaient, sur des enfants atteints de diphtérie, les effets des injections de sérum antidiphtérique. Ces tentatives n’eurent pas tout le retentissement qu’elles auraient mérité, en raison surtout de l'échec du traitement antitétanique. Nous savons aujourd’hui que le sérum antitétanique peut prévenir mais ne peut guérir le tétanos, contrairement aux premières affirmations de Behring et Kitasato. Il faut arriver au Congrès de Budapesth, en 1894, pour trouver, dans le travail retentissant de Roux, une technique précise pour la fabrication du sérum antidiphtérique, une statistique importante de cas de diphtérie traités par le sérum, des indications d’une netteté absolue sur la façon d’employer celui-ci. Dès ce jour, le sérum antidiphtérique entra dans la pratique courante.
Le nom d’EHRLicH doit être aussi mis en première ligne, pour le nombre des travaux qu’on doit à ce savant sur la mesure d’activité des sérums, sur les théories des antitoxines, etc.
Depuis la communication de Roux, on a fabriqué une foule
SEROTHERAPIE
de sérums thérapeutiques ; quelques-uns seulement ont fait leurs preuves.
3° Théories d’Ehrlich sur limmunité. la constitution des toxines et des antitoxines. — 11 nous parait indispensable d’expliquer, en quelques mots, les théories d’EHRLicH, qui ont fait entrer dans le langage courant de la bactériologie des mots absolument nouveaux dont il faut connaître le sens.
Erhlich distingue, avec tous les bactériologistes :
A) L'immunité naturelle.
a') passive , par injection de sérum d’animaux immunisés activement.
I cl) bactéricide, produite par injection de microbes ou l de toxines intra-proto-
^ plasmiques (toxoprotéi-
b') active ' nés).
J (3) antitoxique , produite 1 par injection de toxines extra - protoplasmiques Y (toxalbuniines).
C’est l’immunité acquise qui nous intéresse surtout, à propos des sérums.
A. Immunité antitoxique (antitoxines). — Les toxines (toxalbumines, substances extra-protoplasmiques) sont des substances très instables, existant dans tes produits de sécrétion d’origine animale ou végétale. Leurs caractères principaux, les distinguant des poisons chimiquement définis, sont d’agir seulement après une période d’incubation (J. Courmont et Doyon), de contracter, avec le protoplasma de certains groupements cellulaires, des combinaisons spécifiques, et surtout de déterminer, dans certaines conditions, la formation d 'antitoxines spécifiques dans l’organisme.
La théorie d’EHRLicH, dite des chaînes latérales, est basée sur deux hypothèses.
La première de ces hypothèses, c'est que la cellule vivante
B) L’immunité acquise.
THÉORIES d’eHRLICU
(fig. 165) est composée d’un corps, ou masse protoplasmique centrale (C), et de prolongements, récepteurs (R) ou chaînes latérales (d'un nom emprunté à la chimie), capables de prendre aux humeurs normales les substances nutritives, aux humeurs pathologiques les poisons microbiens.
La deuxième hypothèse est que la molécule de toxine (T), est formée de deux groupements » distincts, le groupe haptophore et le groupe toxophore.
Le groupe haptophore ( h ) plus stable, doué d’affinité pour les récepteurs de cellules déterminées (variables suivant les toxines), forme immédiatement avec eux des combinaisons chimiques, ce qui fixe la molécule de toxine aux cellules. Le groupe toxophore ! (£), très labile, n’agit pas toujours, et seulement à la faveur du premier et par conséquent toujours • après lui : ce qui expliquerait la nécessité de l’incubation dans l'intoxication microbienne. Le groupe toxophore est la partie active.
Dans le cas d’immunisation à
l’aide de toxines ou de toxoïdes, le groupe toxophore ne doit pas entrer en jeu. Le groupe haptophore delà molécule toxique injectée, comme une clef trouvant sa serrure, contracte des combinaisons chimiques avec les chaînes latérales de certaines cellules, à l’exclusion de certaines autres : cette affinité spéciale . explique bien la spécificité du processus. Les combinaisons formées sont stables au point qu elles empêchent les récepteurs d’emprunter aux humeurs les substances nutritives dont la cellule a besoin ; celle-ci se trouve comme physiologiquement amputée, et périrait, si elle ne se mettait à former de nouvelles chaînes latérales (R2 R3 RJ (fig. 165).
Or, d’après une loi de Weigert, toute néoformation est une
Fig. 165.
Schéma de la production de l’antitoxine (d’après la théorie d’EHRLlCH).
C, cellule. — R, récepteurs. — T, toxine avec son groupe haptophore (h) et son groupe toxophore (i), — Ri, récepteur libre (antiloxine).
SÉROTHÉRAPIE
surproduction, et, en répétant les injections de toxine, on finit par entraîner la cellule à produire un excès de récepteurs. Ces chaînes latérales en excès se détachent de la cellule-mère et tombent dans les humeurs (récepteurs libres, RI). Là elles seront capables de fixer les molécules de cette môme toxine (T) qu’elles rencontreront, et d’en préserver ainsi leurs cellules d’origine. Les chaînes latérales sont donc des sortes de paratonnerres, pouvant attirer le danger sur les cellules lorsqu’elles ne sont pas isolées (récepteurs fixes), et les en préserver lorsqu’elles sont séparées d’elles (récepteurs libres). Ces récepteurs devenus libres, capables de préserver les organes en fixant la toxine, ce. sont les antitoxines, et leur apparition dans le sérum caractérise l'immunité. La toxine est happée par les récepteurs libres avant d’arriver aux récepteurs cellulaires [immunité active ) .
En dernière analyse, d’après la théorie d’EHRLicH, les antitoxines sont des produits normaux de V activité cellulaire, et non des dérivés de la toxine, comme le voulait Buchner ; ce que tout le monde admet d’ailleurs. Les réactions immunisantes sont « la reproduction de certains processus des échanges nutritifs normaux ». La théorie est purement chimique i.
11 existe des dérivés de toxine dans les bouillons de culture eux-mêmes: ce sont des toxoides (voir p. 317), conservant le groupe haptophore, mais dépourvues du groupe toxophore. Elles peuvent donc se fixer sur les cellules avec leur groupe haptophore, elles exigent pour leur neutralisation autant d’antitoxine que les toxalbumines non modifiées, mais sont peu toxiques. Ce sont des toxines amputées. De plus, à côté des toxines, les microbes produisent des toxones, à groupe toxophore simplement affaibli, mais en somme véritables toxines existant à côté de celles-ci : la toxone diphtérique, par exemple, est incapable de tuer le cobaye en cinq jours, est dépourvue de pouvoir nécrosant, mais produit des paralysies tardives (Madsen) , et peut conférer l'immunité (Dreyer).
1 Lire le volume où toutes les théories d’EHRLicH sont condensées : Gesammelte' Arbeiten zur Immunitàts F orschung . Berlin, Hirschwald 1904, 776 pages.
THÉORIES d’eHRLICH
La théorie des chaînes latérales a le grand mérite d’expliquer la plupart des faits, concernant l’immunité antitoxique. Pour Ehrlich, elle s’applique très bien aux expériences de J. Courmont et Doyon (tétanos de la grenouille), à celles de Wassermann et Takaki (neutralisation de toxine tétanique in vitro par la substance cérébrale normale, etc.) ,
B. Immunité ractéricide (immunisines, agglutinines). — L’immunisation active par injection de microbes, ou de substances (toxoprotéines) contenues dans le protoplasma microbien , c’est-àdire la production dans le sang de baçtériolysines, d’ agglutinines, peut être rapprochée de la production de poisons cellulaires ou cyto-toxines en général (hémolysine, spermo- ou néphrotoxine, etc.)
Bordet, en effet, a montré que des cellules inoffensives, telles que les globules, peuvent déterminer les mêmes réactions humorales que l’immunité bactérienne.
Dans les sérums bactéricides, il y- a deux substances en jeu (fig. 166) : 1° On peut admettre qu’il existe à l’état normal, soit à l’intérieur des phagocytes (Metchnikoff) , mais pouvant s’en échapper par leur altération (comme dans l’expérience de Pfeiffer), soit dans le plasma (M. GRÜRER),une substance capable de dissoudre les éléments figurés accidentels (microbes, hématies ou autres cellules) , mais non spécifique, et thermolabile, c’est-à-dire ne résistant pas dans le sérum à -j- 55°, et au vieillissement. On la nomme alexine (Buchner), complément ou addiment (Ehrlich), cytase (Metchnikoff). Pour Ehrlich, il faudrait même distinguer une microcytase , bactéricide, dans les polynucléaires, et une macrocytase , globulicide et cytolytique, dans
Fig. 166.
Schéma de la production de l’immunisine (d’après la théorie d’EHRLiCH).
M, microbe. A, alexine avec son groupe zvmotoxe (z) et son groupe haptophore (h). — S. sensibilisatrice avec son groupe complémentophile (c) et son groupe haptophore (h) ,. — R, récepteur.
SEROTHERAPIE
les mononucléaires. L’alexine (A), a comme la toxine, un groupe zymotoxe (z) et un groupe haptophore [h) ;
2° L’immunisation contre les microbes, l’injection de cellules normales, font apparaître, dans le plasma, une substance nouvelle (S) spécifique, thermostabile, c’est-à-dire résistant au chauffage à -j- 55°, incapable de dissoudre elle-même les bactéries (non bactéricide) ou les cellules, mais rendant ces éléments figurés sensibles à l’alexine et, favorisant, comme un mordant, la fixation de l’alexine sur le corps microbien. Metchnjkoff la croit formée par les phagocytes. On l’appelle anticorps, matière préventive ou sensibilisatrice (Bordet), immunisine (Buchner), Immunkôrper ou Zwischenkorper ou Amboceptor (Ehrlich), fixateur, philocytase (Metchnikoff ), préparateur (JL Gruber), desmon (London), ambocepteur (Levaditi). Elle correspondrait au groupe haptophore, ou plutôt elle serait munie de deux groupes haptophores, l’un complémentophile ( c) pour l'alexine, l’autre cytophile haptophore {h) pour la cellule ou le microbe : d’où les noms d’ambocepteur et de « Zwischenkorper » (corps intermédiaire).
Bactériolysine et cytotoxine seraient donc les résultantes de deux éléments : l'alexine, groupe toxophore préformé dans le sang, la sensibilisatrice, groupe haptophore artificiellement développé et agissant le premier sur les chaînes latérales du microbe, du globule, etc. Ainsi s’explique aisément ce fait, qu’un sérum cytolytique, ayant perdu son pouvoir par la chaleur, le recouvre par addition de sérum normal.
Turrô (1903) a émis les idées suivantes sur l’origine et la nature des alexines.
L’organisme se défend contre les microbes par les alexines qui opèrent l&bactériolyse (dissolution des bactéries). En général, on appelle les alexines : cytases, en raison de leur origine leucocytaire. Pour Turrô, les alexines existent dans tous les protoplasmas cellulaires, mais varient suivant l’organe dont elles proviennent. Ainsi l’alexine vitelline digère le B. anthracis, le B. d’Eberth et est sans action sur le B. dipthèrique. Cette digestion des bactéries se fait par hydrolyse progressive.
G. Immunité passive. Immunité naturelle . — Nous n'avons parlé jusqu’ici que d’immunité active et durable.