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THÉORIE DES COLORATIONS

chimiques, qui niellent en évidence certaines portions des cellules ou des tissus. Ceci nous révèle la nécessité des colorations, pour Vanali/se chromatique ei microchimique.

Valeur des méthodes de coloration. — Il ne faut pas s'illusionner sur la valeur des méthodes de coloration. Mann a bien montré, et il est bon de le répéter, que les anciens liistologistes ont fait d'admirables découvertes sans Taide des colorants ou avec des méthodes rudimentaires. A ce sujet on peut se reporter à ce que nous avons dit (p. 239) de l'importance de l'examen à l'état frais, sans coloration. Mann fait remarquer aussi que la facilité avec laquelle on arrive à différencier beaucoup de structures, par le moyen des colorants, amène souvent une regrettable légèreté dans la manière d'étudier les coupes. Il est certain que la science histologique n'a pas progressé proportionnellement au nombre énorme de réactifs colorants qui ont été mis à sa disposition. Il faut donc bien savoir que les colorations ne sont pas toute l'histologie et que le premier devoir du micrographe n'est pas d'être un teinturier, mais de savoir regarder au microscope. C'est là un art que les anciens maitres possédaient à fond et qu'il serait à désirer de voir un peu plus cultiver aujourd'hui.

Nature des colorations. — Pour qu'il y ait coloration véritable, il faut que la matière colorante se fixe sur l'objet à teindre, avec une intensité telle qu'un lavage effectué avec le dissolvant qui a servi à préparer le bain de teinture, ne décolore pas l'objet. On distingue, en histologie comme en teinturerie, deux groupes de colorations. Les unes se produisent simplement par immersion dans le bain colorant, ce sont les colorations directes (colorations subslantives des Allemands). Dans les autres, le colorant ne peut agir directement; il faut que l'objet à colorer soit traité auparavant par une autre substance, qui le prépare à recevoir le colorant et qu'on nomme mordant : ce sont les colorations indirectes ou par mordançage (colorations adjectives des x\llemands). La combinaison que le mordant forme avec le colorant se nomme une laque ^

On a proposé Ijeaucoup d'interprétations du phénomène des teintures. Aucune n'est pleinement satisfaisante et ne s'applique à tous les cas,

I. Du moins c'est ainsi que nous comprenons ce nom, dont la signilication n'est pas parfaitement définie. Il semble qu'en Angleterre on ne donne le nom de laques qu'aux composés formés par les mordants basiques avec les couleurs acides.

M. Langerox. — Précis de Microscopie. 23

si bien (lu'il n'y a pas do lliéoiie d'ensemble des leinluies el (iifon ne sait pas au jiislo pourciuoi cl comment nous obtenons des colorations liislologiques. Nous allons ccpiMidant cx])0ser, très soniniaircMiicnt, les différentes explications (jui ont él('' données de Taflinité que \v,s tissus présentent pour les matières colorantes, allinité qui est la base des métbodes liistolog-iques et cytolo^iques.

Pour les partisans de la théorie chimique, il se produit un véritable sel, par combinaison du colorant avec le corj)s coloré. Cette opinion s'appuie sur les recberclies de savants tels (ju'Elirlicb, JMayer, Flemmin^-, Ucidenbain, Unna, Benda, Micbaelis, Giemsa, etc. La molécule albuminoïde est considérée comme renfermant des groupements acides et basi(|ucs, auxquels la précipitation n'enlève rien de leurs propriétés cbimi(ities g-énérales et qui se combinent avec les groupements acides ou l>asi(iues des matières colorantes. Unna et Golodelz ont insisté récemment (p. 209. note 2) sur le rùle considérable que joue l'oxygène dans les phénomènes de teinture et sur la nécessité de paralyser les propriétés réductrices des tissus, par l'emploi de fixateurs et de mordants oxydants.

Les partisans de la théorie physique, dont le protagoniste est A. Fischer, ne veulent voir, dans les colorations, qu'une fixation mécanique des matières colorantes, par suite de phénomènes d'adsorption i, sorte de condensation ou d'attraction, de nature purement pbysiiiue, comparable à l'action exercée par le noir animal sur les gaz et sur certaines matières colorantes. On objecte à Fischer et à ses disciples (jue l'électivité manifestée par certains éléments, pour des colorants déterminés, ne concorde pas avec une condensation purement physique, qui devrait s'exercer indiiréremment sur toutes les matières colorantes. Au contraire, on constate toujours que cette électivité correspond à la prédominance des groupements basiques ou acides, dans un albuminoïde donné.

Il faudrait plutôt attribuer à Vadsorption des phénomènes de condensations produits, non plus par les molécules, mais par des particules de dimensions mesurables, de véritables éléments morphologiques. Dans ce cas, la matière colorante serait énergiquement retenue, dans les petits interstices (jui séparent ces éléments. C'est alors un phénomène superposé à la véritable coloration et auquel on remédie par la différencialion (p. 360).

Entre ces deux opinions extrêmes, vient se placer l'hypolbèse de Wilt, qui considère les colorations directes comme des solutions solides. On sait en elfet, grâce aux rccliercbes de van't llofî -, (|ue les corps solides peuvent présenter toute une série de i)ropriétés qu'on pensait appartenir exclusivement aux liquides; tels sont les [)hénomènes de diffusion et de dissolution. C'est ainsi que si on comprime fortement l'un contre l'autre un cylindre de plomb et un cylindre d'or, For diffuse dans le plomb. De même, on peut considérer les alliages et les verres colorés comme des solutions solides. Witt admet donc que les colorants se dissolvent dans les tissus solides comme dans de l'eau. La substance à

1. C'est Frankenheim qui a employé le premier, dès 1830, le terme d adsorption {Lelire voir dcr Cohâsion, Breslau, 1835). 11 désignait ainsi la propriété que possèdent tous les corps solides, surtout ceux qui sont linement divisés (noir animal, mousse de platine), d'attirer et de condenser, sur leurs surfaces libres, les corps liquides ou gazeux.

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