THÉORIE DES COLORATIONS
colorer s'empare du colorant, simplement parce qu'elle le dissout plus facilement que Teau. Les deux dissolvants en présence, le tissu et l'eau, se comportent vis-à-vis du colorant comme deux liquides non miscibles en présence d'une substance solide soluble. On peut comparer ce phénomène à celui qui se produit, quand on agite de l'iode avec de l'eau et du sulfure de carbone.
Bien que cette théorie soit très séduisante elle ne résiste pas à certaines objections. Ainsi, il est prouvé expérimentalement que les tissus sont, pour les colorants, des dissolvants beaucoup moins bons que l'eau. On ne s'explique donc pas comment ils pourraient extraire la matière colorante dissoute dans l'eau, et on comprend encore moins que des solutions colorantes très faibles puissent arriver à produire une coloration très intense. Le phénomène de la solution solide ne saurait donc être qu'un intermédiaire entre la simple absorption ou diffusion et la fixation chimique du colorant.
Actuellement, on tend de plus en plus à considérer les colorations comme des phénomènes très complexes, dans lesquels les actions physiques et chimiques sont synergiques, mais avec prépondérance de ces dernières. Pour en donner un exemple, je citerai la très ingénieuse explication proposée récemment par Giemsa i, pour rendre compte des colorations du noyau. On sait que la substance nucléaire est très riche en composés phosphores, principalement sous forme d'acide métaphosphorique. Or Giemsa a montré (jue les couleurs basiques d'aniline, susceptibles de produire des colorations directes, donnent, avec l'acide métaphosphorique vitreux, des précipités de métaphosphates colorés, d'autant plus insolubles dans l'excès de liquide que le colorant employé a plus d'affinité pour les noyaux. Cette réaction ne réussit ni avec l'acide orthophosphorique, ni avec l'acide pyrophosphorique; nous avons donc ainsi le moyen d'essayer un colorant in vitro, au point de vue de sa valeur comme colorant nucléaire. Ce qui ajoute à l'intérêt de cette expérience, c'est le fait que l'albumine, peu ou pas sensible à l'état normal aux colorants nucléaires, le devient lorsqu'elle est transformée en nucléoprotéide phosphorée. Inversement, Reichenow a montré que la volutine de VHœmatococciis pluvialis perd sa colorabilité, lorsque ces Flagellés ont été cultivés quelque temps dans un liquide privé de phosphore.
Ces faits, très curieux, montrent bien le rôle que les phénomènes purement chimiques jouent dans le processus de la coloration; mais il est nécessaire de rappeler ici, avec Mann, que l'ancienne barrière qui séparait autrefois les phénomènes physiques des phénomènes chimiques tend de plus en plus à s'abaisser et que, pour faire de la micrographie réellement scientifique et rationnelle, il faudra de plus en plus tenir compte des propriétés physico-chimiques des tissus et des corps qu'on fait réagir sur eux.
1. Von Prowazck, Handhuch der [lathoijenen Protozoeii, I, p. 18, 19IJ. ■