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CHAPITRE XV CLASSIFICATION DES COLORANTS

Comme loiites les classifications, celle que nous adoptons pour les colorants est très artificielle. La seule méthode vraiment rationnelle serait de les ranger d'après leur constitution chimique, mais, pratiquement, une telle classification est inahordable. Nous diviserons donc les colorants en deux grands groupes très inégaux : les colorants naturels et les colorants artificiels.

Les colorants naturels^ extraits directement de produits animaux ou végétaux, sont le carmin, Fhématoxyline, Torcéine et le safran.

Les colorants artificiels (couleurs d'aniline, couleurs de la houille) sont presque toujours employés sous forme de sels. Ils ne diffèrent pas fondamentalement des colorants naturels, mais doivent former une classe à part, parce que leur constitution est assez bien connue et parce qu'ils sont susceptibles d'être multipliés presque à Tinfini, par les procédés synthétiques.

La classification des colorants artiticiels, que nous devons à Ehrlich, est purement hislologique. Elle repose sur les affinités que le noyau et le cyto|)lasme présentent pour deux grands groupes de ces colorants. Les uns sont dits nucléaires ou basiques parce que leur .composant colorant actif est une base colorée; les autres sont cytoplasmir/ues ou acides et caractérisés par un acide coloré. Il est très rare qu'on utilise les bases ou les acides libres, à cause de leur ])eu de solubilité. Les colorants artificiels, tels qu'on les emploie en microscopie, sont donc presque toujours des sels.

Les colorants basiques sont des sels, dont la base est colorée et l'acide incolore. Ainsi, le corps désigné sous le nom de bleu de méthylène n'est autre chose que du chlorhydrate de bleu de

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mélhylène, c'esl-à-dire un sel formé par la combinaison de la base du bleu de mélhylène avec Tacide chlorhydrique.

Dans les colorants acides, c'est la base qui est incolore et Tacide qui est coloré. Ainsi, Féosine n'est pas autre chose que de l'éosinate de potassium ou de sodium, dans lequel Tacide éosinique (tétrabromonuorescéine) est coloré, tandis que la potasse et la soude sont incolores.

Ehrlich distingue encore des colorants neutres, dans lesquels la base et Tacide sont colorés. De bons exemples de ces colorants sont Téosinate de bleu de méthylène et Féosinate d'azur de méthylène, qui jouent un si grand rôle dans la coloration du sang et des Protozoaires.

Il est bon de ranger dans la catégorie des colorants in différents, ■ créée par Michaelis, ceux qui ne sont ni acides, ni basiques et ne possèdent pas de groupements capables de former des sels. Ces colorants sont généralement insolubles dans l'eau, mais solubles dans Talcool, Téther et les huiles grasses. Ce sont, par exemple, deux colorants importants des matières grasses, le Sudan 111 et le Ponceau ou Scharlach R.

Enfin, Giemsa propose récemment de nommer aniphochrouies certains colorants neutres, constitués par des bases colorées polyacides et des acides colorés polybasiques, pouvant se combiner diversement, pour former des sels basiques, acides ou neutres.

Avant d'étudier en détail les propriétés de ces différents colorants, il est nécessaire de définir ce que c'est qu'un colorant. La plupart de nos connaissances à ce sujet sont dues à Otto Witt (lui, dès 1876, présenta une théorie très séduisante de la constitution des matières colorantes.

Un colorant n'est pas seulement un corps coloré, mais il faut encore (ju'il puisse communiquer sa coloration à d'autres corps incolores. La plupart des colorants artificiels, ou même naturels (hématoxyline), dérivent de corps incolores, par exemple de carbures aromatiques. Comment donc ces corps incolores deviennent-ils l)rus(iuement colorés, quehjuefois avec une intensité extrême?

On suppose que le pouvoir colorant est dû à la présence, dans une molécule, de deux ^roupemenls atomiques, le chromophore et Vauxochrome. Le chromophore est quelque chose comme les ambocepleurs ou sensibilisatrices; il donne lieu à la formation de matières colorantes d'une fagon indirecte, car il ne peut aij^ir seul. Sa présence, dans une molécule, ne la rend pas encore colorante, mais la sensibilise en la transformant en chromogène.

L'auxochrome est comparable au complément ou alexine; c'est lui qui complète le chromogène et révèle ses caractères latents. 11 est nécessaire que cet auxochrome se fixe à la molécule de chromogène, pour que le colorant soit constitué. En outre, l'auxochrome modifie la

réaction des chroinogènes : ceux-ci, qui sont généralement neutres, deviennent acides ou basiques.

Au fond, nous ne devons pas nous laisser tromper par ces mots qui ne nous servent (\n'k masquer notre ignorance. Nous ne savons pas ce que sont ce chromophore et cet auxochrome, ni pourquoi ils confèrent à des corps incolores des colorations intenses. Mais en précisant bien à l'avance la valeur réelle de ces termes métaphysiques, il est utile et commode de les employer pour concrétiser nos idées.

La classification des colorants artificiels en colorants basiques, acides et neutres a une très grande importance, car c'est sur elle qu'est fondée l'analyse chromatique, dont les résultats sont si précieux pour la cytologie et pour la physiologie cellulaire. Elle ne répond pourtant pas à tous les besoins, car elle n'a été basée par Ehrlich que sur des recherches faites sur des leucocytes isolés et fixés par la clialeur. Aussi faut-il, d'une part, la compléter en distinguant d'autres affinités (corps azurophiles, sidérophiles, fuchsinophiles, etc.), et, d'autre part, la modifier un peu dans certaines circonstances. Ainsi certains colorants acides, tels (jue l'orange G, peuvent donner des colorations nucléaires par la méthode régressive, tandis que des colorants basiques, tels que la safranine et le bleu de méthylène, peuvent donner des colorations plasmatiques, le premier après mordançage et le second dans les colorations vitales.

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