CLASSIFICATION DES MÉTHODES DE COLORATION
Tous les coloranls ne peuvent servir indislinclement en microscopie. Il faut eu effet distinguer deux grands groupes de coloralions : les unes teignent les objets d'une façon diffuse, tandis que les autres se fixent électivemenl sur certaines parties, toujours les mêmes, qu'elles mettent ainsi en évidence. Les coloralions diffuses n'ont aucun emploi en microscopie, car elles sont tout à fait impropres à lanalyse chromatique. Les colorations électives sont les seules qui nous occuperont; ce sont elles qui nous permettent de réaliser la différenciation optique, dont nous avons parlé plus haut, sur laquelle sont basées presque toutes nos connaissances histologiques. Les colorations électives sont dites spécifiques lorsque, dans un tissn, on colore exclusivement un élément ou un groupe d'éléments (coloration des fibres élastiques, de la fibrine, etc.). Elles prennent le nom de cytologiques, lorsqu'elles sont destinées à mettre en évidence des éléments particuliers du noyau ou du cytoplasme (chromosomes, mitochondries, ergastoplasme, appareil réliculaire).
Quand nous parlerons de colorations, il ne s'agira donc que de colorations électives. Celles-ci peuvent être classées de plusieurs manières, suivant la méthode qui sert à les pratiquer.
1° Colorations directes et indirectes. — Nous avons défini plus haut (p. 353) la nature de ces deux modes de coloration.
2° Colorations profjressives et régressives . — Ces deux méthodes diffèrent j)ar la manière dont on conduit la coloration.
Dans la méthode progressive., on emploie des solutions colorantes faibles, qu'on fait agir longtemps sur les tissus ou les coupes. Lorsque l'objet est retiré du colorant, il doit avoir sa colo-
ration définilive, comme ton et comme intensité. La seule intervention du micrograplie consiste à surveiller la coloration et à l'arrêter au moment voulu, en entraînant par un lavage mécanique Texcès de colorant non fixé par le tissu. Ce procédé est donc un de ceux qui permettent de révéler le plus sûrement les affinités des éléments histologiques pour les colorants, il peut être employé avec beaucoup de substances, notamment avec les couleurs d'aniline acides, telles que le bleu de méthyle, le bleu colon, etc., qui donnent des colorations très solides et très difficiles à différencier. La plupart des colorations au carmin et à Ihématoxyline peuvent rentrer dans cette catégorie. Les meilleures solutions seront celles qui auront le moins de tendance à donner des surcolorations ou à colorer autre chose que Télément à mettre en évidence. Autrement on aurait une coloration diffuse, ou bien on serait obligé d'employer la méthode régressive.
Les seuls inconvénients de la méthode progressive sont la difficulté qu'on éprouve à limiter la coloration à certains éléments et l'uniformité du ton obtenu pour toute la préparation.
Dans la ynélhode régressive, on surcolore l'objet et on le décolore ensuite par un dissolvant approprié ou différenciai eur. Ce second temps, se nomme donc différencicUion ^ car il est destiné à mettre en évidence un élément particulier*.
Ici, l'action du micrographe, se fait beaucoup plus sentir, car le résultat définitif varie, suivant l'insistance avec laquelle la différenciation est poussée.
Pour donner de bons résultats, la méthode régressive doit être soumise à quelques règles très simples.
1° On ne doit l'appliquer (ju'à des cou})es très minces et d'épaisseur égale, car, avec des coupes épaisses, l'extraction est irrégulière, et avec des coupes d'épaisseur différente les résultats ne sont plus comparables, ni uniformes.
2° Les meilleures couleurs pour teinture régressive sont l'hématoxyline et les colorants basiques, parce qu'elles se prêtent très bien à la différenciation.
1. A cette opération se rattache ce que Heidenliain [Arcli. f. mikr. A)iat.. LXIII, p. 438) nomme coloration par soustraction et Unna {Ztsclir. f. iriss. Mikr., XII) préoccupation tinctoriale. Ce modo de coloration consiste à teindre d'abord certains éléments, par une couleur pour laquelle ils ont beaucoup d"aftinité, puis à faire agir sur les coupes un autre colorant. Celui-ci ne se fixe que sur les portions non teintes par le premier colorant et il est complètement extrait des pre • micros portions par le différenciateur.
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3° Heideiihain conseille, avec raison, d'employer des solutions étendues pour la surcoloration K En effet les solutions concentrées colorent plus vite, mais donnent des images irrégulières après la différenciation. La dilution favorise aussi la dissociation du colorant et sa fixation sur les tissus.
4° La différenciation ou e:^lraclion devra être pratiquée lentement, pour être régulière. Les méthodes rapides sont à rejeter, aussi bien pour la surcoloration que pour la différenciation.
o"* Il est quelquefois nécessaire d'augmenter la colorabililé de certains éléments par Temploi des mordants. Les colorations régressives sont donc souvent aussi des colorations indirectes, tandis que les colorations progressives sont presque toujours des colorations directes.
3° Colorations simples et combinées . — Les colorations simples sont celles qu'on obtient avec une seule couleur simple, acide ou basique. Suivant leur objet, elles sont micléaire^ ou plasmatiques, les premières étant produites surtout parles colorants acides. Suivant leur nature, elles sont monochrojnaliques ou mélachromatiques. Dans le premier cas, tous les éléments sont teints du ton du bain colorant, tandis que, dans le second cas, certains éléments font virer la couleur à un ton différent; c'est ce que nous étudierons plus loin (p. 366) sous le nom de métackromasie.
Les colorations combinées peuvent être pratiquées en faisant agir plusieurs colorants, soit successivement, soit simultanément. Dans les colorations successives, chaque couleur simple peut agir pour son propre compte et se fixer sur un élément donné, comme dans la coloration à rhémaléine-éosine. Il peut arriver aussi qu'un élément agisse, non seulement comme colorant, mais aussi comme différencialeur, par exemple le vert lumière qui, après coloration par le magenta, chasse ce colorant du cytoplasme; l'orange G qui, après coloration par le Romanovsky ou le bleu polychrome de Unna, se fixe sur les éléments acido[)hiles.
Dans les colorations simultanées, chaque élément agit générament pour son compte, du n^oins dans les formules rationnelles, car il faut se défier de certains liquides donnant automatiquement des colorations triples ou quadruples, dont le résultat est presque toujours défectueux ou inconstant. Un bon exemple de coloration simultanée nous est fourni par le triacide d'Ehrlich.