‹ Précis de microscopieChapitre 87 sur 381 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Faire une préparation microscopique consiste, le plus souvent, à enfermer l'o])jet à examiner entre deux lames de verre \ De ces deux lames, Fune sert à supporter l'objet, c'est le porte-objet ou plus simplement la lame : c'est ce dernier vocable qne nous emploierons toujours. L'autre sert à couvrir l'objet, elle est en verre très mince et se nomme couvre-objet ou lamelle : nous la désignerons toujours par ce der-

Al

nier terme. Nous dirons donc que l'objetest monté entre lame et lamelle; le verbe monter indiquera

Fig. 134. - Dimensions des lames et lamelles P^^"^ "O"» l'exécutiou

les plus usitées. La grande lamelle rectangu- d'uue préparation micrOlaire, dont les dimensions ne sont pas indi- ' définitive.

qu6?s mesure -iv/ov. i 1

Il existe des lames de plusieurs formats, mais il est entendu que, pour le travail courant, nous employons exclusivement les lames du format 76x26 mm. Les amateurs se servent volontiers de lames à bords rodés, qui sont mieux choisies et en verre plus blanc. Dans les laboratoires où on travaille beaucoup et où la consommation est grande, il est préférable de prendre simplement des lames ordinaires, non rodées, qui sont beaucoup moins chères et parfaitement suffisantes. Par contre, il faut avoir un assortiment de lamelles de différentes dimensions, suivant la nature des objets. Les formats les plus courants sont 18/18, 22/22, 22/32. Ces lamelles sont carrées ou rectangulaires : il existe aussi des lamelles rondes. Ces

1. Cette définition s'applique à la majorité des préparations microscopiques. Font seuls exception les frottis desséchés conservés sans lamelle.

dernières sont plus élégantes et permettent d'employer la tournette pour faire des bordures bien régulières. Pourtant, j'ai toujours vu la majorité des travailleurs employer des lamelles carrées : ce sont celles dont je me sers toujours el dont je recommande l'usage. On proportionne les dimensions de la lamelle à la surface de Tobjet à recouvrir. Les deux formats carrés conviennent pour des objets isolés ou des éléments en suspension dans un liquide. Les grandes lamelles rectangulaires s'emploient surtout pour les coupes.

Un point important est l'épaisseur des lames et des lamelles. On fera bien de s'en tenir, pour les unes et les autres, à un cliiffre moyen. Une épaisseur trop faible augmente la fragilité, sans grand bénéfice au point de vue optique. Pour les lamelles, il faut se rapprocher autant que possible du chiffre moyen pour lequel les objectifs puissants sont corrigés. Nous avons vu (p. 84) rintluence ^-^-^-^^„,^.,

fâcheuse que des lamelles trop épaisses ou trop pig. 135. — Bocaux minces peuvent exercer sur la netteté des •^^'^i^s pour eon-

' . ,. , ^ server les lames

images. Nous avons nidique en même temps et les lamelles les principaux procédés permettant de mesurer ^^"^^ raicooi. l'épaisseur des lamelles (p. 86).

Nous indiquons plus loin (p. 236) les procédés de nettoyage des lames el des lamelles. Notons bien ici que, même neuves, elles ne peuvent être employées telles quelles. Toujours elles sont souillées de poussières et de matières grasses : il est donc indispensable de leur faire subir au inoins une immersion préalable dans l'alcool. Lames el lamelles seront conservées dans ce liquide d'où on les sort au moment de s'en servir : on les essuie alors avec un linge propre, doux et non pelucheux. On placera donc, sur la table de travail, les lames et les lamelles dans une série de bocaux droits (hg. 135), bouchés à Fémeri : on puise dans ces bocaux au fur et à mesure des besoins.

L'objet peut être monté entre lame et lamelle, soit dans l'air, ce qui est le cas le plus rare, soit presque toujours dans un milieu liquide. Parmi ces derniers, les uns sont solidifiables, soit par refroidissement, soit par évaporation, les autres sont des solutions aqueuses. Dans le premier cas, il suffit de laisser refroidir ou sécher la préparation; dans le second, il faut que la préparation soit fermée hermétiquement, pour éviter Tévaporation du liquide et la dessiccation de l'objet. Cette fermeture s'exécute en réunissant la lamelle à la lame au moven d\m

cimeiil ou lui. Nous étudierons en détail ces procédés de fermeture (p. 447).

La préparation, une fois terminée, doit être étiquetée. Vétiquetle sera collée de préférence à gauche de la préparation. Si celte étiquette ne suffit pas pour consigner tous les renseignements, on en collera une autre à droite. Ces étiquettes porteront le nom de Tanimal ou de la plante, celui de Torgane, Tindication éventuelle du mode de fixation, de coloration et de montage, et enfin la date de la préparation.

Nous ne pouvons énumérer ici toutes les variantes des préparations microscopiques : nous les étudierons méthodiquement et complèlement dans les chapitres (jui vont suivre.

Ajoutons quelques mois sur la nécessité dr la lamelle. Les débutants sont quelquefois tentés de négliger son emploi, surtout dans les examens à Tétat frais, et sont tout étonnés de ne pouvoir obtenir une image distincte, même avec les objectifs faibles. Il n'y a qu'un cas dans lequel la lamelle ne soit pas indispensable, c'est pour l'examen des frottis dessécliés, mais il faut avoir soin de les recouvrir d'huile de cèdre, non seulement pour l'emploi des objectifs à immersion, mais encore pour donner à la préparation une transparence suffisante et une homogr^néilé optique nécessaire à la bonne marche des ravons lumineux.

Dans tous les autres cas, l'objet doit élre mis entre lame et lamelle pour que la préparation ait une planéité suriisanlc et pour que la lentille frontale des objectifs forts ne plonge pas dans le liquide. La planéité de la préparation a une grande importance, tant au point de vue de la facilité de la mise au point (|ue de la qualité des images. On Sfiil ^([ue, par suite des actions ca|)illaires, une goutte de licjuide, placée sur nne lame de verre, peut s'étaler rapidement ou former une calotte sphérique, suivant (|ue le verre est mouillé ou non. Dans le premier cas, le liquide s'étale et l'objet n'est plus couvert; dans le second, il y aura des jeux de lumière dus à des inégalités de réfraction et de réilexion. La lamelle a pour elfel de retenir le liijuide, sous forme de tranche d'épaisseur convenable, à surfaces planes et entourant complètemenl l'objet. Il faut, autant que possible, que la lamelle soit bien horizontale et parallèle à la lame. Pour les objets un peu épais ou irréguliers, on obtient cette horizontalité au moyen de cales de diverse natur»^ (p. 242).

Lamelles en gélatine. — Pranter ^ a eu l'idée ingénieuse de substituer, dans certains cas, des feuilles de gélatine aux lamelles de verre. 11 utilise les feuilles très minces et parfaitement transparentes dont on se sert pour envelopper certaines denrées alimentaires (pain d'épices, etc.). Ce procédé ne peut convenir que pour des coupes deshydratées et montées au baume ou à la térébenthine

1. Pranter, Ein billigcr Ersatz fiir Dcckglascr. Ztsclir. f. wiss. Mikr., XVIII,

LA PUÉPARATION MICROSCOPIQUE 237

de Venise, car les feuilles de gélatine se dissolvent dans Teau, la glycérine, le laclophénol el tous les milieux aqueux. En outre, les préparations ainsi montées n'ont pas une durée absolument indéfinie. Pourtant le bon marché de ces lamelles peut les rendre précieuses pour renseignement, pour les travaux pratiques d'élèves et pour les préparations de grande surface. Elles supportent très bien riiuile dimmersion, ainsi que le nettoyage au toluène, mais elles craignent la chaleur et riuimidité, qui les font plisser.

Nettoyage des lames et des lamelles.

1. Lames neuves. — Pour les travaux délicats el notamment pour les froUis de sang, il est préférable d'employer des lames neuves. Pour les frottis, qui nécessitent des lames sèches, on dégraisse ces lames neuves dans dePalcool ammoniacal à 5 p. 100 et, au sortir de ce liquide, on les essuie avec un linge fin. non pelucheux. On peut, avant l'essuyage, les passer dans un second bain d'alcool pur. Lorsqu'on fait ce nettoyage à Favance, il faut envelop]ier les lames, par paquets, dans du papier blanc ou du papier dit hygiénique. On les garde ainsi à Fabri de la poussière et on n'ouvre les paquets qu'au moment de s'en servir.

Pour coller les coupes, on peut employer des lames sortant de l'eau et supprimer ainsi les inconvénients de l'essuyage, qui graisse toujours un peu le verre et jtrend du temps. Voici comment P. Masson conseille de procéder : on plonge les lames neuves dans un mélange à parties égales d'alcool à 90° et d'acide chlorhydrique, puis on les lave à plusieurs eaux. Finalement, on les plonge dans l'eau distillée et on ne les en sort qu'au moment de coller les coupes. Le dégraissage est parfait et l'adhérence remarquable.

Pour faciliter l'étalement des liquides destinés à coller les coupes, rappelons la facihté avec laquelle les liquides s'étalent sur le verre préalablement naml)é (p. :244). Ce qui est un inconvénient pour les cultures cellulaires devient ici un avantage. Le flambage peut donc servir à l'occasion pour le nettoyage des lames : il doit être fait dans une flamme non fumeuse.

2. Lames usagées. — Leur nettoyage est plus difficile. On y arrive assez facilement avec de l'eau chaude et du savon, pour les lames et lamelles sur lesquelles il n'y a ni liaume, ni résine, ni huile de cèdre. Pour les préparations au baume, surtout anciennes, il est souvent jdus économique de jeter les lames plutôt que de les

nettoyer, car le temps qu'on y passe et les réactifs nécessaires coûtent plus cher que le verre. Pourtant, lorsqu'on désire les faire resservir, on les fera tremper pendant plusieurs jours dans le mélange suivant :

Bicliromate de potassium 100 gr.

Acide sulfurique 100 —

Eau 1000 -

puis on les lavera à grande eau et, finalement, on les conservera dans Falcool.

3. Lamelles. — Les procéd's de nettoyage sont les mêmes que ponr les lames, mais il faut tenir compte de leur fragilité, aussi faut-il prendre des précautions particulières pour Tessuyage. Quelques auteurs recommandent de les essuyer d'une seule main, entre le pouce et l'index; je trouve qu'on peut, sans inconvénient, les essuyer à deux mains, en les tenant par la tranche entre le pouce et l'index gauche.

Il est plus nécessaire encore que pour les lames de les laver à l'alcool acide, car elles sont souvent recouvertes d'un enduit blanchâtre adhérent. On les conserve ensuite dans l'alcool ordinaire, jusqu'au moment de l'emploi.

Altérations des lames et des lamelles.

En Europe, les lames et lamelles se conservent assez bien, pourtant ces dernières se dépolissent quelquefois au point de devenir inutihsables, lorsqu'on les conserve dans leurs boîtes d'origine.

Dans les pays tropicaux ces altérations sont beaucoup plus rapides : au contact de l'atmosphère chaude et humide, la dévitrification peut être assez intense pour rendre la surface du verre opalescente et mettre hors d'usage non seulement les lamelles, mais encore les lames.

Il y a peu de moyens pratiques pour lutter contre ces inconvénients : il faut d'abord choisir des lames et lamelles en verre de première qualité, aussi peu altérable que possible. On peut aussi enduire les lamelles d'essence de girolle ou d'huile de paraffine. Ce moyen est très efficace mais il nécessite un nettoyage ultérieur très soigneux et quelquefois impossible, si on ne dispose pas de dissolvants appropriés. La conservation en boîtes métalliques hermétifjues donne de bons résultats.

Page 1