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I. — DiSSOCIÂTION MÉCANIQUE

On peut l'exercer soit sur des tissus frais, soit sur du matériel déjà fixé et coloré en masse. Cette opération, quoique très simple, demande beaucoup de soin, de jiatience et d'attention : elle est excellente pour atïermir la main et lui donner riiabileté qui manque généralement aux débutants.

Aiguilles. — La dissociation mécanique se pratique à l'aide d'aiguilles. Lesdeux formes utiles sont l'aiguille droite et l'aiguille lancéolée. 11 faut avoir une petite provision de ces instruments car ils s'émoussent assez vite et, pour obtenir de bonnes dissociations, il faut qu'ils soient toujours en parfait état. Non seulement il faut que les pointes soient très aiguës, mais encore il est nécessaire que la surface en soit parfaitement polie.

Beaucoup d'auteurs conseillent de se servir d'aiguilles ù coudre, qu'on emmanche dans des |)orte-aiguilles : à mon avis, ces aiguilles ne valent pas les aiguilles emmanchées. D'abord la pointe n'en est pas assez fine, elle est conique et non longuement eflllée, comme dans les aiguilles emmanchées. Ensuite elles sont trop flexibles : si, pour remédier à cet inconvénient, on prend des numéros un peu forts, les pointes déviennent beaucoup trop grosses. On a bien la ressource de les user sur la pierre,

puis de les polir sur un cuir, mais ces opérations sont assez longues et on ne réussit pas toujours très bien. Je conseille donc de préférence l'emploi de bonnes aiguilles emmanchées à pointe très effilée et à base solide, non Ilexible, ou, à leur défaut, d'épingles à Insectes de première qualité, qu'on {\xe dans un porte-aiguilles.

Pour manipuler de très petits objets (Infusoires, Diatomées, etc.), on peut employer, comme les anciens, une soie de Porc, ou mieux un cil de Porc, qu'on fixe avec un peu de lut à la cire (p. 447) à l'extrémité d'un petit bâton.

Manœuvre des aiguilles. — Il faut deux aiguilles, une pour chaque main : à droite, une aiguille droite qui sépare les éléments, à gauche, une aiguille lancéolée qui peut fixer les fragments par le plat et les diviser par la pointe et le tranchant.

On peut dissocier à Tœil nu, sous la loupe montée, ou sous le binoculaire. Si on peut disposer de ce dernier, on travaillera sans fatigue dans des conditions excellentes. A défaut d'autre appareil, on pourra employer le bras porte-loupe décrit p. 111 (fig. 69), ou encore une petite loupe à trois pieds d'un modèle très courant dans le commerce. Qu'on travaille à la loupe ou à l'œil nu, il est important que la préparation soit convenablement éclairée. Pour cela il faut disposer d'un fond mi-parlie noir et blanc (fig. 228) : on le réalise au moyen d'une plaque de verre sous une moitié de laquelle on colle du papier blanc et sous l'autre du papier noir. On peut ainsi passer d'un fond à l'autre, suivant la teinte de l'objet à dissocier. Il faut, en outre, que la lame sur laquelle on dissocie ne repose pas immédiatement sur le fond, de manière à ce que l'ombre projetée ne vienne pas obscurcir l'image de l'objet. On fera donc reposer la lame sur un support quelconque,' de manière à ce qu'elle soit éclairée par réflexion. On peut employer à cet effet une boîte de Pétri, un couvercle de cylindre Borrel ou simj dément un fragment d'agitateur courbé deux fois à angle droit, de manière à former un U. Lorsqu'on dissocie sous le binoculaire, on dispose de fonds blancs et noirs ainsi que d'un miroir (p. 113). Je ne conseille pas la dissociation sous le microscope à cause du renversement des images et de l'absence d'ajipuie-bras.

Pour manœuvrer correctement les aiguilles, il faut avoir quelques notions sur la structure du tissu à dissocier, savoir si ses éléments sont parallèles ou entre-croisés. En effet, si on dilacère au hasard, on déchire les éléments au lieu de les séparer et on les rend méconnaissables. Supposons que nous voulions obtenir des fibres nuisculaires : nous savons que ces fibres sont parallèles,

DISSOCIATION. DIGKSTION ARTIFICIELLE. DÉCALCIFICATION 257

nous prendrons donc un })etit IVagment, cou})é dans le sens des fibres; nous le séparerons d'abord en deux, puis, mellanl de côté une moilié, nous diviserons l'autre, et nous répéterons cette opération, de manière à obtenir des filaments de plus en plus fins. Dans ce cas, on dissocie dans le sens de la longueur, en appliquant les aiguilles à une extrémité des fragments, toujours la même, pour limiter les traumatismes, et en écartant progressivement les deux moitiés pour les séparer.

Emploi des liquides. — II est évident que cette opération ne peut se faire à sec, sous peine d'altérer irrémédiablement les tissus. Les fragments à dissocier seront donc maintenus en suspension dans un liquide, mais en quantité juste suffisante pour empêcher les éléments de se dessécher et d'adhérer à la lame. Pour les tissus frais, on emploiera la solution physiologique ou un des liquides indifférents indiqués p. 240.

La demi-dessiccation, imaginée par Ranvier, s'applique au tissu conjonctif, formé d'éléments entre-croisés de telle sorte qu'il s'étire en tous sens sans se déclnrer. En étalant ce tissu sur une lame de verre et en lui faisant subir un commencement de dessiccation, on arrive à faire adliérer certaines parties à la lame et à obtenir la séparation des éléments.

Vagilation de fragments ou de tranclies d'organes avec une petite quantité de liquide, dans un tube à essai bouché, donne quel([uefois de très bons résultats'.

Le raclage ou grattage avec un scalpel permet d'isoler facilement les éléments superficiels d'une mu({ueuse ou d'une tumeur.

Le brossage avec un petit pinceau très fin convient pour les organes lympboides : on chasse ainsi les leucocytes et on peut étudier plus facilement les cellules fixes et la trame conjonctive. Ce brossage s'opère sur des tranches minces, dans une goutte d'eau physioloi:i(iue.

La compression ou lécrasement modérés peuvent faciliter la dissociation des cellules nerveuses. Un fragment de substance grise d'une corne antérieure de la moelle, très légèrement écrasé dans un peu d'eau physiologique entre lame et lamelle [)eut montrer de beaux éléments (p. 659). Signalons ici un petit tour de main inditjué par Ranvier et ([ui consiste à laisser tomber une goutte d'eau sur les objets dissociés et à séparer ainsi des éléments (ju'on déchirerait infailliblement avec les aiguilles.

Le procède du tapotement sera étudié page 20 1.

Mentionnons enfm la métliode des injections interstitielles, qui, lorsqu'elle est bien exécutée, donne de bons renseignements sur le tissu conjonctif. Ce procédé, imaginé par Ranvier, consiste à produire une boule d'œdème en injectant de la solution physiologique dans le tissu

1. .Te ne puis (jue mentionner le ti'ès cui'icux procédé du diapason électrique de Bovier-Lapierre; cf. CR. Soc. bioL, V, p. 797, 1888.

M. Langeron. — Précis de Microscopie. 17

cellulaire sous-cutiuô; on sectionne rapidement une tranche de cet œlènie et on l'enferme entre lame et lamelle. La réussite de cette opération exige une grande dextérité. On opère soit sur l'animal lui-môme, soit sur un morceau de pe:iu prélevé par biopsie.

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