IL —DISSOCIATION CHIMIQUE
Nous dislhiguerons trois catégories d'agents chimiques produisant la dissociation. Ce sont les dissocialeurs proprement dits, les ferments solubles produisant la digestion arliilcielle et enfin les décalcificaleurs.
Agents dissocialeurs. — Il est impossible de citer tous les corps susceptibles de produire la dissociation ou macération. Je me contente d'indiquer les plus usuels et les plus faciles à employer.
Ùeau chaude ou bouillante, appliquée pendant dix à quinze minutes, peut donner des résultats pour la dissociation de la p»eau, des muscles et des tendons. On peut opérer par ébullition directe ou mieux au baiLi-marie.
Valcool au tiers, imaginé par Ranvier, convient surtout pour l'étude desépithéliums. Il permet d'étudier très bien les cellules à cils vibratiles. On le prépare en mélangeant :
Alcool à 90° 1 vol.
Eau distillée 2 —
Les objets qu'on y plonge doivent être très petits et on les y laisse au moins vingt-quatre heures. On peut l'employer aussi pour isoler les cellules ganglionnaires de la moelle épinière, et pour l'étude des éléments des organes glandulaires. Pour ces derniers, on prolonge l'action du réactif pendant plusieurs jours.
Mann recommande vivement rem|)loi de l'alcool au tiers, modifié selon Félix en le saturant d'acide salicylique. On double le temps d'immersion indiqué par Ranvier. Ce liquide est parfait pour l'étude du système musculaire de la Grenouille : les muscles deviennent blancs, tandis que les tendons restent transparents.
Les alcalis caustiques (potasse et soude), en solution concentrée, n'allèrent pas les cellules et dissolvent bien le ciment intercellulaire. Au contraire, en solutions faibles, ils détruisent les éléments figurés. On emploiera donc des solutions à 30 ou 40 p. 100, fraîchement préparées avec de la potasse ou de la soude en pastilles,.
DISSOCIATION. DIGESTION ARTIFICIELLE. DÉCALCIFICATION 2o9
qui sont faciies à peser et se conservent très bien en (laçons à Témeri bien boucbés. On emploie ces liquides pour l'élude des muscles striés du cœur et des muscles lisses qui résistent très bien; on s'en sert aussi pour Tisolement des fibres élastiques, qui sont respectées tandis que les autres éléments conjonctifs disparaissent. L'action est très rapide, aussi est-il bon d'opérer sur le porte-objet ou dans un verre de montre. On examine les éléments dans le liquide dissociateur ou dans du formol à 10 p. 100 : mais il faut bien se garder d'ajouter de l'eau qui, en abaissant la concentration, amènerait la dissolution immédiate des éléments figurés. Le traitement par le formol permet de laver à l'eau et de colorer. Les solutions alcalines faibles ne peuvent convenir que pour l'étude des éléments cornés, poils et ongles.
Les acides minéraux les plus employés sont l'acide chlorhydrique et l'acide azotique. L'acide chlorhydrique pur isole bien les canalicules urinifères en quinze à vingt heures. L'acide azotique très fort, à 40 p. 100, produit le même efîet, en trois à quatre heures; en solution à 20 p. 100, il est excellent pour dissocier les muscles qu'on y laisse vingt-quatre heures et qu'on agite ensuite dans l'eau.
Après les acides, on peut sans inconvénient laver les éléments à grande eau pour les examiner dans la glycérine.
Les agents fixateurs^ convenablement modifiés^ peuvent produire d'excellentes macérations. On peut donc, en combinant les concentrations, les faire agir isolément ou successivement comme fixateurs et comme dissociateurs. Dans ce dernier cas, il est nécessaire de n employer qu'une très petite quantité de liquide^ car, même aux faibles concentrations, ils peuvent agir comme fixateurs, lorsque leur volume est considérable par rapport à celui de la pièce.
Vacide osmique dissocie de 0,05 à 0,20 p. 100 et fixe à partir de 0,5 p. 100.
Le sublimé dissocie jusqu'à 0,15 p. 100 et fixe à partir de 0,25 p. 100.
Les bichromates alcalins dissocient de 0,1 à 1 p. 100 et fixent à partir de 1 p. 100.
Vacide chromique dissocie de 0,01 à 0,20 p. 100, fixe de 0,25 à 0,50 p. 100, dissocie de nouveau aux environs de 1 p. 100 puis devient destructeur à partir de 2 à 3 p. 100.
L'acide azotique se comporte inversement, puisqu'il dissocie de 3 à 40 p. 100 et fixe de 1,5 à 3 p. 100,
Les liquides chromi(|ues conviennent jiailicnlièremenl pour le système nerveux.
Digestion artificielle. — Cette métliode difi'ère de la dissociation simple en ce qu'elle est capable de détruire certains éléments pour en mettre d'autres en évidence. On opère avec la pepsine ou avec la pancréatine.
Pepsine. — On peut employer le suc gastrique naturel, extrait par une fistule gastrique, ou la macération d'estomac de Porc (1 })artie en poids pour 20 parties d'HCl à (),i p. 100). Il est plus commode de prendre de la pepsine en paillettes qu'on dissout dans de l'acide chlorliydrique à 0,2 p. 100. [,e litre de cette solution de pepsine peut varier de 0,1 à 0,5 p. 100, suivant la puissance du produit et l'effet qu'on veut obtenir. On opère à la température de 37^ ou mieux de 40° et on surveille attentivement, pour arrêter l'opération au moment où le résultat désiré est obtenu. On })eut ajouter un cristal de thymol pour empêcher les pullulations bactériennes.
Une bonne formule de suc gastrique artificiel antiseptique est celle de Jousset (p. 695).
Pancréatine. — Ce ferment agit en solution alcaline. On en fait une solution de 0,2 à 0,5 p. 100 dans de la soude caustique à 0,2 p. 100, on fait agir à 37-40° en ayant soin d'ajouter un cristal de thymol.
La digestion peptique convient pour Tétude des muscles et du tissu élastique. Elle est excellente pour isoler les parties chitineuses et pour obtenir, à l'état de liberté, certains parasites animaux (Gysticerques p. 551, Trichines p. 558, etc.)
La digestion pancréatique est employée en histologie pour isoler les fibrilles et les réseaux collagènes et, en général, pour l'étude du tissu conjonctif. Elle convient très bien pour la préparation des éléments calcaires ou chitineux des animaux.
Pour les recherches histologiques, il est bon d'éprouver la puissance des solutions, au moyen d'albumine cuite ou de (ibrine fraîchement extraite du sang, avant de soumettre les objets de recherche à leur action.
A la digestion artilicielle se rattachent les méthodes de recherche du bacille de la tuberculose par finoscopie, l'anliformine, etc. (p. 694).
Traitement des objets dissociés et digérés. — Ces objets doivent subir encore un traitement mécanique, destiné à achever