PREMIERS REMPLISSAGES DE CAVERNES. [Chap. Y
On a découvert, en Angleterre, dans un gisement comparable à celui de Montreuil, une faune de transition qui ressemble à celle dont nous venons d'énumérer les espèces. L'ancien lit de rivière de Gray's Thurrock, dans le comté d'Essex, contient en effet, avec un cheval, un ours, un bœuf, un cerf, VElephas antiquus, h Rhinocéros leptorhinus, et V Hippopotamus major (1). Un seul de ces mammifères, le premier, vivait encore, quand se sont déposées les alluvions de Bedford, etc., dont il sera parlé dans le prochain chapitre (2) .
Premiers rempllosages de cavernes.
Les résultats des fouilles exécutées dans les cavernes n'ont pas généralement la valeur démonstrative des observations recueillies dans les alluvions stratifiées. L'absence de relations géologiques certaines dans le plus grand nombre de ces cavités entre le dépôt ossifère et ceux qui l'ont précédé ou suivi dans la succession des âges, les difficultés qui surgissent lorsqu'il s'agit de déterminer les conditions de leur remplissage, la possibilité de remaniements postérieurs qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître, sont la cause de la défaveur qui a longtemps accueilli les recherches dans les grottes, et du peu de crédit que quelques naturalistes accordent encore aujourd'hui aux découvertes qui y ont été faites. Quelque peu justifiée qu'elle fût dans certains cas, cette défiance si souvent exprimée nous a imposé l'obligation de subordonner, dans tout le cours de cet ouvrage, l'histoire des dépôts de cavernes à celle des alluvions stratifiées. C'est à l'aide des lumières que nous aura fournies l'étude de ces dernières, que nous nous efforcerons de dissiper les ténèbres qui obscurcissent encore l'habitation troglody tique.
MM. Tournai et de Christol avaient, il y a quarante ans, tenté de rattacher les cavernes connues alors, à deux époques,
(i; Gh. Lyell, Ane., 2« éd., p. ili.
(2) W y en aurait deux, suivant M. Boyd Dawkins, mais il n'est pas prouvé que l'hippopotame qu'il cite soit le major, et non VampMbiui (Boyd Davkins, op. cit., Congr. Iniern., Paris, i867, p. 90).
Cbap. V.] LA GROTTE DE SAN-TEODORO li3
l'une dite antédiluvienne, l*autre désignée sous le nom de récente (1).
On s'était borné depuis lors à introduire dans chacun de ces groupes les subdivisions que de nouveaux travaux faisaient juger utiles. Mais les fouilles exécutées par MM. Cloz et Benoît, en France, par MM. Knab et Otz, en Suisse, par M. Anca, en Italie, et en Angleterre par M'Enery, Falconer et MM. Wood et Boyd-Dawkins, ont montré que le remplissage de ces cavités était, au moins pour quelques-unes d'entre elles, bien plus ancien qu'on ne l'avait soupçonné.
Aux deux groupes nommés ci-dessus, il a donc fallu en ajouter un troisième, comprenant les cavernes qu'avaient envahies des dépôts antérieurs à ceux que MM. Tournai, de Christol, etc., avaient autrefois fait connaître. La faune de ces grottes en partie remplies avant la seconde extension glaciaire (2) présentant les caractères de transition que nous avons reconnus à celles des alluviqns décrites dans les pages qui précèdent, il convient d'exposer rapidement ce que nous savons de ces premiers dépôts des cavernes, avant d'aborder l'histoire du dernier refroidissement de notre hémisphère.
Les grottes de Hjrmenme et de San-Teodoro, la grotte de Bamne, le Keat's-Hole et les eavernes de Cïower.
Nous mettons au premier rang sur cette liste des cavernes les plus anciennement remplies, celle de Syracuse où Ton a trouvé un machairodns et celle de San-Teodoro, où l'éléphant méridional caractéristique du pliocène supérieur a été découvert par M. Anca (3). Dans cette dernière caverne
(1) Cf. De Christol, Notice sur les ossements humains des cavernes du départi" ment du Gard, Montpellier, 1829, in-S», p. 4.
(2) Ce remplissage, antérieur à la dernière extension des glaciers, est bien manifeste à Cotencher, dans le Val de Travers. Dans cette caverne, située au milieu de la zone des blocs erratiques, à 150 mètres au-dessus de la rivière, la faune interglaciaire est représentée par VUrsus speîceus, dont les ossements ont été empâtés dans une sorte de béton, composé de limon et de cailloux roulés parmi lesquels se trouvent des galets des Alpes, qui n'ont pu être amenés là que par les glaciers (Desor, loc, dt).
(3) Marcel de Serres, Essai sur les Cavernes, 1838, p. 133.— Anca et Gemellaro, Monographia degli elephanti fossili di Sicilia, Palerme, 1867, in-4«.
HAMT. — PALIÎONT. HUM. 8
!li LA GROTTE DE BAUUE [Chàp. V.
se sont rencontrés l'éléphant antique et l'éléphant d'Afrique [1), deux hippopotames, un sanglier (2), l'hyène tachetée, l'ours brun, un loup et un renard de petite taille, un âne (?), deux bœufs, deux cerfs, un animal voisin du mouton, un porc-épic et un lapin (3). Nous ne savons malheureusement pas quelles étaient dans ce curieux dépôt les relations entre les différents débris d'animaux qu'on y a recueillis. La faune pliocène supérieure représentée par ses deux éléphants s'y confondait-elle avec la faune africaine que quatre ou cinq mammifères au moins caractérisent? Ou bien l'alluvion la plus profonde contenait-elle ces ossements les plus anciens à l'exclusion des autres? Notre ignorance sur ce point est doublement regrettable. Dos renseignements précis auraient permis peut-être de fixer approsimativeraent la date de l'immigration des mammifères africains en Sicile au moyen d'un exhaussement du sol dont M. le capitaine Spratt a déterminé l'amplitude (41- En second lieu, il eût été possible de fixer l'âge relatif des débris d'industrie humaine trouvés à San- Teodoro, débris grossiers qui ne sont pas sans analogie avec ceux de Saint-Prest, et que l'absence d'indications plus nettes ne nous permet pas de classer.'
L'exploration de la grotte de Baume, dans le Jura, a fait découvrir une autre faune intermédiaire, dont on n'a malheureusement nommé que quelques espèces, et qui représente dans Ihistoire des grottes une période comparable à celle dont Cromer ou Montreuil sont les équivalents dans les dépôts stratifiés. Explorée avec une méthode qui avait fait défaut aux géoli^ues italiens dont il vient d'être question,
{V) li'E1*ti(uu Afficaniti a élé iTOUTé k l'étui fosaîte dans les alluviuns qnalernuiruB, ilins l'Allier, i Uaneillef sur tes bords du Bhin, ea Espagne (Uadrid), Cl) Ilalio, l'ii Slule (Syracuse, Fassa dolla Garofala}, en Algérie (Gaetma), puis (Innt la» urollce sicilien nea de Saa-Teodoro, de l'OlÎTcllii, délie Vilelle, et Santa. l\i. Unel, op. dt., Butl. SocGiot. de Fr.,f sèr., l. XXV, p. B67, 1868. — AnM ul (ieiiiollAru, cp. cil., p. 18 et SI.) L'Eliphtu prûctu de Goldfuss n'est aotre <)iiii l'i'li'ii lui ut l'Afrique ponrll.Ed. Lariei.
(i) l'e aantiUnr ressonitile k celui du nord de l'Afrique,
(n) IUill.Siil,Qèol. dtFr.,i'iéT.. t. XVII, p. 680.i860.
(4) ;;|>rull,[''iarl'l'ki9tutiil tht potition af tht Advtnturt an4 Medina-Baiiki eonnN'iiii; Sicily iilM Afiita {Quarl. Juurn. of tkt Gcol. Soe. o{ London, I. XXlll, |i. Jiri, imi;.)- Voï- noin- iiou- 9, p. lOSdo rJiic. iIcLjcII, ï'ihlii.
Chap. V.] LE KENrS-HOLE 115
la petite grotte de Baume a démontré, en effet, le mélange intime de quelques espèces ayant survécu aux temps tertiaires avec d'autres espèces franchement quaternaires. Sa faune est véritablement une faune limite, comme l'a dit trèsheureusement M. Emile Benott (l). Avec un éléphant, qui pour ce naturaliste est le primigenius, se trouvait un rhinocéros qui n'est pas le tichorhinuSy son compagnon habituel, mais un rhinocéros plus ancien, qui n'a pas encore reçu de nom ; le machairodus latidenSf de M. R. Owen, grand felis aux canines denticulées (2), que nous avons mentionné parmi les carnassiers pliocènes de la France centrale, était associé à l'hyène des cavernes {h. spelœa), qui jusqu'alors ne s'était pas encore montrée ; Tours des cavernes était voisin d'un autre ours plus petit, peut-être Tours brun d'Europe. Un cheval et un cerf tertiaire vivaient avec le sanglier commun ; enfin un grand bœuf, qui n'est pas le primigenittë^ fermait cette curieuse liste.
L'Angleterre, comme la France et TItalie, a eu sa faune limite des cavernes. Dans les dépôts du Kent's-Hole, près Torquay (Devonshire), le révérend M'Enery avait, dès 1832, recueilli, mêlées aux débris des animaux quaternaires, mammouth, rhinocéros tichorhine, hippopotame, renne, etc., trois canines du machairodus pliocène, dont il a été parlé plus haut (3). Les cavernes de Gower, près de Swansea dans le sud du pays de Galles, explorées par Falconer et M. Wood en 1858 (4), ont démontré la coexistence en ce pays, au début des temps quaternaires, de l'éléphant antique et du mammouth, du rhinocéros de Merk et du rhinocéros à narines cloisonnées. Au Long-Hole ces deux pachydermes
(1) E. Benoît, LespoterUt et les otiemente de la grotte de Baume (Jura), (Congr, Internat., 2« sess., Paris, 1867, p. 269.)
(2) P. Gervais, op. cit., pi. XVIII, fig. 3, 3&.
(3) Le travail de M'Enery n'a été publié qu'eu 1859, par M. Vivian^ sous le titre de Cavern Beiearches. — Cf. Boyd Dawkins, Sur lee mammifèreepleitto'' cènes que Von a trouvés associés à Vhomme dans la Grande-Bretagne, {Congr» Internat,, 2« sess.» Paris^ iS67, p. 9i.)
(4) Quart, Journ. of the GeoL Soc. of London, t. XVI» p. 487, 1860. — Ch. Lyell, Ane, 2« édit, p. 189-190.
116 CAVERNES DE COWER [Chap. V.
étaient encore associés. Il en a été de môme à Wookey, près Wells (1).
Si, après avoir relevé ces résultats, on se reporte aux renseignements paléontologiques fournis par les alluvions stratifiées (2), on constatera entre les deux sources d'informations la plus frappante ressemblance. Sans doute on observera des variations de Tune des faunes à Tautre, mais ces variations s'expliqueront par les habitudes mêmes des animaux qui composent nos deux groupes. Les carnassiers, par exemple, sont fréquemment troglodytes, et le machairodus se trouvera exclusivement, à cetle époque, dans les cavernes ; les pachydermes, au contraire, habitent le voisinage des fleuves, et les alluvions anciennes conserveront leurs débris en plus grande abondance que les couches ossifères des grottes.
Il n'en sera cependant pas moins vrai, en général, que de mêmes animaux d'époques différentes auront vécu côte à côte de part et d'autre, que les mêmes faunes se seront succédé dans un même ordre, enfin que les mêmes espèces ou peu s'en faut auront graduellement fait place à de nouvelles espèces mieux accommodées aux milieux qui auront changé.
Cette similitude entre les alluvions et les grottes, nous la retrouverons, toujours aussi admirable^ dans la suite des temps qu'il nous reste à parcourir, et il nous sera permis, frappés par la ressemblance des phénomènes de l'un et de l'autre ordre, de conclure, en terminant ce travail, de la vérité des uns à la certitude des autres. En d'autres termes, les faits inattaquables qu'aura démontrés l'étude des alluvions, mettront, à nos yeux, à l'abri d'une critique partiale les observations recueillies avec soin dans les cavernes, dont, quelle que soit d'ailleurs leur précision, quelques savants n'ont pas tenu jusqu'à présent un compte suffisant.
(1) Quart. Journ. ofthe Geol. Soe, ofLondon, t. XIX, p. 273, 1863.
(2) Voy, plus haut, p. i08 et suiv.
GflAP. V.J LX GROTTE D£ SAN-CIAO Ii7
Im grotte de SMi-CTIro.
Le mélange des faunes dans la grotte de San-Ciro, près Palerme, peut, jusqu'à un certain point, se comparer à ceux dont nous avons fait connaître la composition tout à Theure. Cette grotte de San-Ciro, fouillée par M. Philippi, est particulièrement intéressante pour les géologues, car à la base des dépôts qui l'ont remplie, gisent des sables avec coquilles marines, identiques à celles de la Méditerranée, dont la présence à ce niveau indique que la caverne existait avant une submersion qui les y a déposées. Cet affaissement, qui a laissé des traces sur d'autres rivages méditerranéens (1), fut peut-être synchronique de celui dont les lits alluviaux, superposés au forest bed (2), sont la démonstration en Angleterre. Cromer, avec sa faune de transition où dominent encore les grandes espèces pliocènes, serait ainsi pour les géologues comme pour les paléontologistes plus ancien que San-Ciro, où quelques-unes de ces espèces ont survécu seules, comme il est antérieur aux couches à ossements de Gower et de Wookey, dont la faune a ce même caractère.
Im grotte de Wookey.
Nous pouvons suivre de couche en couche, de caverne en caverne ces transitions paléontologiques qui ont un si haut intérêt. Il n'en est malheureusement pas de même des transitions anthropologiques, si toutefois il y a eu transition.
Les dépôts stratifiés de Cromer et de Happisburgh, de Montreuil et de Gray's Thurrock, n'ont jamais fourni la preuve
(1) Cf. Ch. Lyell, Manuel de Géologie élémentaire, Paris, 1857, in-8% t. I, p. 206. — Etc.
(2) Yoy. plus haut, p. i09. Celte faune de San-Ciro est rapportée par M. Lyeir, « à la fin de l'époque tertiaire, si ce n'est à un âge plus moderne encore. » {Man. ieGèol élém,, t. I, p. 274.)
il8 LA GROTTE DE WOOKEY [Gbap. Y.
de l'existence, à cette époque, d'individus du groupe humain (1).
Aussi ignorons-nous complètement ce que sont devenues les populations qui vivaient à Saint-Prest, au Jâravall, etc. Ont-elles, comme les animaux contemporains, disparu pour faire place à d'autres populations voisines? Ont-elles, au contraire, lutté avec plus ou moins de succès contre les agents de destruction de plus en plus actifs que suscitait contre eux le changement des milieux? L'homme a-t-il succombé dans cette lutte ? S'est-il accommodé aux conditions nouvelles d'existence qui lui étaient faites ? A toutes ces questions la réponse est encore à trouver.
Un fait cependant, mais un fait isolé, permet de supposer que l'homme qui vivait à l'époque de transition dont nous terminons l'histoire, était dans un état de supériorité marquée sur celui de Saint-Prest. Une grotte, en effet, parmi celles que nous avons énumérées plus haut, a été habitée par l'homme, c'est la grotte de Wookey, dans laquelle M. Boyd-Dawkins a recueilli des ustensiles d'une nature particulière.
Nous avons dit de cette caverne qu'elle contenait une faune légèrement mêlée, qui nous la faisait classer non loin de celles de San-Teodoro, de Baume, etc. Il serait téméraire d'affirmer l'origine préglaciaire des plus anciens des dépôts qu'elle contient, puisqu'il n'a point été possible à M. Boyd- Dawkins de séparer les alluvions rouges de la caverne en plusieurs niveaux. Tout ce que nous savons, c'est que les « sols à hyènes {hyœna spelœa) , >» qui sont franchement quaternaires, y sont superposés aux instruments de silex (2), et que ceux-ci présentent un aspect spécial (3) dont nous allons parler.
M. Boyd-Dawkins en distingue quatre formes : la première, qu'il dé3igqe sous le nom de pointe de lance ; il la compare
(i) Le peu d'attention qu'on a mis à recueiUir les indices de cette nature dans la plupart de ces aUuvions, explique surabondamment Tabsence de renseignements à ce sujet.
(2) Cf. Congr. Intern., Paris, 1867, p. 94.
(3) W.-B. Dawkins, On a hyœna^en at Wookey-Hole near Wells. (Quart. Journ. oflhe Geol. Soc. ofLond., Jânv. 1862, Febr. 1863.)
Chap. V.] SILEX TAILLÉS DE WOÛKËY ii9
âux silex de même forme trouvés au Moustier, dans la vallée de la Yézère (1). La seconde forme est appelée sling-stone^ pierre de fronde; la troisième est la lame ou éclat tranchant; la quatrième enfin est le micléus c pyramidal, avec une face plate et le bord coupé. » M. Boyd-Dawkins fait observer, en terminant, que t 1 infériorité de la main-d'œuvre, » comparée à celle des silex taillés d'Amiens^ d'AbbeviUe ou de Hoxne, lui paraît devoir assigner une plus haute antiquité à la station qu'il a exploitée. L'archéologie, à défaut de la stratigraphie, s'accoMerait donc avec la paléontologie pour placer, dans l'ordre chronologique, avant les gisements classiques de Picardie et d'Angleterre, dont il va être question, celui de Wookey. A cette époque, l'homme taillait le silex suivant des formes variées, les unes déjà connues dans l'âge précédent, les autres tout à fait nouvelles , et des animaux qu'il tuait avec ses grossières armes, il faisait sa nourriture à l'entrée de sa demeure.
Dernière ezteneloa glaetalre.
Les quelques matériaux que nous possédons sur les premiers âges de l'humanité, ont été recueillis avec soin par des observateurs habiles, mais il est malheureusement impossible d'attribuer dès aujourd'hui à certains d'entre eux un emploi définitif dans l'édifice de la paléontologie humaine. Un jour viendra, nous l'espérons, où les vides souvent immenses qui séparent les plus anciennes manifestations évolutionnelles connues du groupe humain seront en partie comblés. Jusqu'à cette époque encore lointaine, assurément, nous devrons nous contenter, au milieu d'incertitudes de tout genre, de classer provisoirement les faits observés, et nous serons réduits dans bien des cas à fonder ces classifications sur des bases très-insuffisantes. Cela est surtout vrai des époques que nous venons de traverser, car, en ce qui
(1) Cette forme, dite da Monstier, s'observe déjà sur qaelqnes pièees de Saiût-Prest. (Bourgeois). — Voyez plus loin chapitre VIL
120 DERNIÈUE EXTENSION GLACIAIRE [Ghap. V.
concerne les âges post-pliocènes qu'il nous reste à étudier, les phénomènes s'enchaînent d'une manière à peu près continue depuis la dernière extension des glaciers jusqu'à la fin de Vdge du renne (1). Encore une barrière à franchir, barrière élevée entre les temps tertiaires et les temps quaternaires, et la route à parcourir deviendra presque sûre.
Notre course à la recherche de l'homme fossile est forcément arrêtée au commencement de la période post-pliocène; vers cet horizon géologique, une formation toute spéciale s'interpose aux dépôts ossifères. Généralement dépourvue de débris organisés, cette malencontreuse couche interrompt soudain les investigations du paléontologiste ; très-pauvre également en témoignages de l'action de l'homme (2), elle ouvre une vaste lacune dans l'histoire du développement des premières sociétés. Cette formation correspond à la dernière extension des glaciers à laquelle il a été fait plusieurs allusions dans les pages qu'on vient de lire.
Le lecteur sait déjà que partout où les glaciers ont de nouveau marché dans les directions qu'ils avaient suivies durant la précédente extension, leurs moraines se sont arrêtées bien en deçà des enceintes morainiques de la grande période glaciaire dont nous avons retracé l'histoire encore bien incomplète dans notre quatrième chapitre (3).
L'action glaciaire s'est, le plus souvent, traduite de nouveau par des phénomènes identiques à ceux que nous avons précédemment fait connaître, moins importants, disonsnous, mais beaucoup mieux connus puisqu'ils sont plus récents et que leurs manifestations sont, par là même, bien plus facilement reconnaissables. Dans nos zones tempérées les glaciers de la dernière extension s'observent dans presque tous les massifs de montagnes de quelque importance. Les
(1) Voy. pias haut, p. 5.
(2) Lq fait présenté à la Société d'Anthropologie de Paris (16 décembre 1869), par M. Tard y, et relatif à la présence de quelques silex taillés dans un conglomérat du Gantai, qu'il croit d'origine glaciaire, serait tout à fait exceptionnel. La seule piôce que nous ayons vue de cette provenance était une sorte de pointe de floche taillée dans la forme dite du Mouftier,
(3) Voir plus haut, p. 82, 83.
Chap. y.] GÉOGRAPHIE DES ANCIENS GLACIERS I2i
Alpes suisses , françaises , italiennes et allemandes , les Pyrénées, la chaîne d'Auvergne, les Vosges, le Schwarzwald, les Carpathes, l'Erzgebirge, etc., en Europe; en Asie TAltaï, les monts de la Chine, l'Himalaya, les montagnes d'Arménie, le Caucase, le Taurus» le Liban, l' Anti-Liban, etc., ont eu leurs glaciers plus ou moins envahisseurs. Trèsconsidérables dans les Alpes, par exemple, ils diminuaient d'intensité sous l'influence de la latitude et n'avaient plus quune importance relativement minime en Syrie et en Afrique. Dans l'hémisphère austral il en était de même, et c'était seulement dans la zone actuellement tempérée qu'on les rencontrait de nouveau, dans certaines provinces du Brésil, où MM. Agassiz et Coutinho les ont récemment étudiés, au Chili, dont MM. Ch. Darwin et Fonk ont décrit avec soin les manifestations glaciaires, à la Nouvelle-Zélande, etc.
La connaissance exacte de ces différents glaciers présenterait sans doute un très-grand intérêt; mais leur étude appartient surtout à la géologie, et les dépôts qu'ils ont formés ne fournissent que très-peu de pièces paléontologiques (1). Aussi nous abstiendrons-nous de plus grands détails à leur sujet. Les quelques pages que nous avons précédemment consacrées aux actions glaciaires antérieures à la faune pliocène supérieure, trouveront ici une nouvelle application. En effet, d'une extension de glaces à l'autre, les blocs et les boues de transport ne varient que dans leur composition minéralogique, les moraines ne diffèrent que par une conservation plus ou moins grande ; ce sont les mêmes silex et les mêmes cannelures, les mêmes polissages et les mêmes moutonnements de roches que nous avons rapidement décrits plus haut.
Mais, dans le même horizon que ces phénomènes de transport, les géologues du Nord ont classé toute une série de dépôts particuliers, qui, par les renseignements qu'ils fournissent sur l'état des milieux pendant cette période, méritent d'attirer tout spécialement notre attention,
(1) Cf. A. Fa?re, op. cit., 1. 1, p. 77.
iiS DÉPOTS DE TRANSPORT [Ghap. V.
Nous voulons parler de ces terrains de transport, composés d'argiles caillouteuses avec blocs, que Ton nomme en Angleterre boulderclay ou northern-drift. Les relations stratigraphiques de ces dépôts sont surtout très-évidentes dans les falaises du Norfolk, où Ton voit clairement leur superposition aux lits fluviomarins qui ont couvert le forest-bed (1) et dans les gravières deMundesley, de Biddenham, de Hoxne, etc., où les alluvions quaternaires anciennes sont déposées dans des excavations creusées aux dépens du boulder-clay (2).
Leur origine est incontestable, puisque les argiles dites de transport ne sont pas stratifiées et qu'elles contiennent en abondance, comme les boues de glaciers, des blocs de provenances éloignées, de formes anguleuses et de grandes dimensions, à la surface desquels il est quelquefois possible de reconnaître des striations et des polissages. De plus, lorsque Ton interroge les massifs montagneux de l'Angleterre et surtout du pays de Galles et de l'Ecosse, on y trouve des témoignages non équivoques de l'action mécanique d'anciens glaciers. Des observations du même ordre ont été recueillies en grand nombre dans les royaumes Scandinaves. Rien de plus naturel, par conséquent, que de conclure de l'identité des effets dans le nord et dans le centre de l'Europe à l'identité des causes qui les ont produits.
Mais ces formations de transport ne gisent pas seulement dans le Royaume-Uni, en Nofwège ou en Suède ; leurs limites sud, est et ouest sont tracées par des lignes de blocs qui décrivent à la surface des plaines de la Russie, de la Pologne et de la Prusse une ligne sinueuse plus ou moins continue. «Cette ligne part du golfe de Tcheskaia, sur le bord de la mer Glaciale, suit le versant occidental de la chaîne des monts Timans jusqu'à sa jonction avec l'Oural, et à partir de ce point descend au sud-sud-ouest jusqu'à Volronèje, remonte au nord vers Kalouga pour s'abaisser de nouveau et gagner au nord-ouest les marais de Pinsk, où on la perd de vue.
(i) Voir plus haut, p. 109.
(2) Cf. Gh. I^yell, 4ne., 2* éd., p. 180, 184, 236, 246.
Chap. V.] BOULDER^LAY ET BLOCS ERRATIQUES 123
On la retrouve au delà, sur leur limite occidentale ; contournant ensuite le massif de Kielce, de Gracovie et de Galatz, elle passe la Yistule au sud de Breslau, continue au nord-ouest sur les limites de la Prusse et de la Saxe, contourne le pied nord du Harz, traverse le Hanovre et va aboutir à Tîlot d'Urk, dans le Zuyderzée, formé encore de débris erratiques (1). » Les éléments de ce vaste dépôt de transport sont empruntés pour la Russie aux roches cristallines de la Finlande, pour la Pologne et pour l'Allemagne du Nord à la Scandinavie, qui a également fourni aux argiles inférieures des Des Britanniques une certaine quantité de blocs (2).
Il est impossible d'expliquer le transport d'une aussi grande quantité de matériaux à la surface de la moitié nord de l'Europe par l'existence de glaciers continentaux, qui ont pu, comme dans les monts Snowdon et les Grampians, avoir leur activité propre, mais dont les effets ont été nécessairement limités, et ne peuvent, par conséquent, pas expliquer des phénomènes aussi généraux. Force est donc de recourir à une autre hypothèse. Ce sont les glaces flottantes qui pour MM. Ch. Darwin, Lyell, Hausmann, Ch. Martins, etc., ont amené à d'aussi grandes distances de leurs points de départ les matériaux variés qui constituent ces dépôts. Les glaces flottantes, portant des débris de toute espèce, auraient été projetées, croient-ils, dans la mer par les glaciers et auraient voyagé ensuite, poussées dans des directions diverses, vers les limites que nous avons précédemment indiquées. Ce phénomène, qui ne peut s'expliquer que par un affaissement considérable au-dessous du niveau de la mer, va nous expliquer la formation erratique; et les modifications géographiques qu'il aura contribué à nous faire connaître nous fourniront une théorie des milieux glaciaires si importants dans la paléontologie humaine.
(i) A. d'Archiac, Cours de Paléontologie, 1863. Leçon d'ouverture {Rev, Court Scient,, t. ], p. 4 et 5).
(2) Ch. Lyell, Ane.,V édit., p. 24i,
124 ROLE DES GLACES FLOTTANTES [Chap V.
Qlaeea flottantes et terrain de transport. — AftelMieniento
et oonlèTemente.
Les énormes montagnes de glace {ice bergs) détachées des rivages de FAmérique boréale, et que Ton rencontre flottantes au gré des vents et des courants atlantiques jusqu'à la latitude des Açores, sont fréquemment chargées de pierres et de boues, produits des glaciers dont elles proviennent. Entraînées dans des parages où Teau est moins froide, elles commencent à fondre; leur centre de gravité se déplace, la masse oscille, se balance, prend une position différente de celle qu'elle avait auparavant, ou même chavire entièrement. Les gros blocs de rochers tombent au fond de la mer, tandis que les petits fragments restent incrustés dans la glace. Sous des latitudes plus tempérées, celle-ci fond de plus en plus, et les graviers, les boues dont elle est mêlée disparaissent successivement dans les profondeurs de l'Océan (1). Que la mer se déplace un jour et que le fond de l'Atlantique redevienne un continent comparable à nos continents actuels, l'homme pourra voir d'innombrables blocs erratiques, originaires du nord de l'Amérique, parsemant la surface de sa nouvelle demeure.
Supposons la moitié de l'Europe submergée, et cette partie du monde réduite à l'état d'archipel formé des sommets les plus élevés de nos chaînes de montagnes ; sous l'influence de ces changements géographiques, les îles, comme celles de l'Océanie actuellement placées aux antipodes dans les mêmes conditions, se couvriront de glaces à des altitudes peu considérables, et les détritus morainiques, charriés sur des icebergs, chemineront vers les terres voisines de la façon que l'on vient d'indiquer. Un soulèvement survenant ensuite pourra mettre à sec les dépôts ainsi formés, et l'on aura sous
(1) Gh. Martins, Gheiers actuels et période glaciaire, (Extrait de la Revue de* Deux-Mondes, i" mars 1867, br. in-8% p. 65, 66.) — Lyell, Man, de Geol, prat , ph, 3^1. — Prineip,, ch, xv,
Chip. Y.] AFFAISSEMENT ET SUBMERSION ii5
les yeux le spectacle que présentent les plaines de la Russie, de la Pologne, ou de la Prusse, couvertes du vaste terrain de transport ci-dessus décrit.
Ce que l'on vient de présenter sous forme d'hypothèse est bien réel, et les faits se sont bien passés de cette façon à l'époque quaternaire dans notre hémisphère boréal. Les anciens glaciers se reconnaissent, en effet, à leurs caractères habituels dans le pays de Galles, le Cumberland, l'Ecosse et l'Irlande, les Alpes Scandinaves et laponnes; l'argile détritique à blocs et à cailloux rayés s'étend dans les lies Britanniques jusqu'à la latitude de Londres, entame en France le Finistère, et en Allemagne, etc., couvre les terres limitées par les lignes de blocs que nous avons suivies plus haut; enfin ces blocs eux-mêmes, dont la composition minéralogique indique, comme nous l'avons dit (1), la provenance lointaine, sont d'autant moins volumineux qu'ils sont plus éloignés de leur point de départ. Tout concorde, par conséquent, en faveur de la théorie dont on a exposé les principaux fondements.
Un autre argument puissant à l'appui de cette doctrine, est tiré de la présence- de coquilles marines et de coquilles arctiques, en particulier, dans le boulder-clay et surtout audessus de cette formation. La découverte de ces coquilles, en concourant à démontrer la réalité de la submersion d'une partie de l'Europe, sert de plus à mesurer l'amplitude de l'oscillation du sol et, par conséquent, à refaire la carte de nos contrées pendant ces diverses phases glaciaires. Edw. Foxbes, J. Trimmer, MM. Smith (de Jordanhill), Jamieson, Ramsay, Ch.Lyell, Prestwich, Darbishire, James, Lovél, Erdman, etc., ont trouvé de ces coquilles reposant sur le sol glaciaire, à des hauteurs qui varient de 12 et 50 mètres à 90, 105, 157, 180 et même 390 et 420 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer (2). Un affaissement ou, comme dit M. Ch. Martins (3), une subsidence égale au plus élevé de ces chiffres, et plus
(i) Voir plus haut, p. 123.
(2) Ch. Lyen, Ane., 2» éd., p. 294, etc.
(^) Ch. Marlins, op., cit., p. G7.
126 AMPLITUDE DE CES MOUVEMENTS DU SOL [Chap. V.
considérable encore, puisqu'un terrain de transport, ayant les mêmes caractères que celui qui contient les coquilles, se continue sans interruption à Moël-Trjrfane jusqu'à 690 mètres, et qu'à Killarney, en Irlande, les sables et les graviers montent à 750 mètres au-dessus de la mer; une subsidence de cette amplitude, disons-nous, rendra compte seule de la présence de ces coquilles marines à de si grandes hauteurs.
Si l'on combine les altitudes connues du nord de l'Europe, de façon à dresser le relief des seules terres alors exondées (Trimmer, Ch. Lyell), on produira des séries de cartes qui représenteront les grandes îles bretonnes, la presqu'île Scandinave, etc., se réduisant graduellement. Avec une subsidence de 180 mètres, il ne restera des terres anglaises que quatre îles de moyenne grandeur, et un grand nombre de petites (1). A 600 mètres pour l'Ecosse, à 390 pour les autres parties de la carte (2), on ne verra plus en Grande-Bretagne qu'un fort petit archipel écossais et quelques îlots, et la Scandinavie sera réduite au tiers de son étendue actuelle. Si nous combinons cet affaissement quaternaire de TEurope du nord avec d'autres submersions contemporaines de l'Asie, de l'Afrique, etc., nous reconstituerons un milieu géographique éminemment favorable à la production des glaciers, ce qui nous dispensera de recourir aux hypothèses astronomiques, météorologiques, etc., qui sont impuissantes, d'ailleurs, à expliquer l'ensemble des phénomènes que nous étudions.
Ij'homme fossile de SéderteUe.
Un affaissement considérable, auquel a succédé un soulèvement d'une amplitudeplus grande encore, telles sont donc les phases dans lesquelles se décomposent les premiers temps glaciaires (périodes de M. Ch. Martins) (3).
Cet affaissement a submergé la demeure d'un habitant pri-
(1) Ch. Lyell, Ane., fig. 43.
(2) Id., ibid., fig. 4S.
(3) Ch. Martins, op, cit„ p. 69.
Chap. V.J L'HOMME FOSSILE DE SÔDERTEUE 137
mitif de la Suède, que le creusement du canal qui joint le lac Hœlar à la Baltique a fait retrouver assez bien conservée encore au milieu des sables et des graviers, en 1819. Sir Ch. Lyell a consacré à cette découverte un paragraphe du mémoire qu'il a lu à la Société royale de Londres en 1834. Nous empruntons la traduction de cet intéressant passage à la note 18 de la sixième édition des lettres déjà citées d'Alexandre Bertrand sur les révolutions du globe.
Le terrain dans lequel on a ouvert le canal dont il est question « est, dit sir Ch . Lyell, un dépôt de gravier, de sable et d'argile qui occupe le fond d'une vallée dont les parois sont de gneiss. Ce dépôt renferme des coquilles marines à des hauteurs variables, hauteurs égales dans quelques points à celle du gisement que nous venons de mentionner (celui d'Orby, près Stockholm, situé à 70 pieds (21 mètres environ) au-dessus du niveau de la mer).
« Le canal se compose de deux parties, l'une qui réunit le lac Mœlar au petit lac Maren, c'est ce qu'on nomme le canal d'en haut, l'autre le canal d'en bas joint ce dernier lac à la baie
d'Egelsta-Wikem
« Dans le canal d'en bas (à Sôdertelje), après avoip creusé environ cinquante pieds (15 à 16 mètres) dans un dépôt stratifié de sables, de gravier et d'argile, on arriva à des ruines qu'on reconnut pour être celles d'une ancienne hutte de pêcheurs qui avait dû être construite au bord de la mer et presque au niveau de ses eaux : cette hutte était en bois avec des fondations en pierres ; dans l'intérieur, on trouva un foyer grossier où il y avait encore des charbons et à côté étaient quelques branches de sapin brisé qui avaient été évidemment destinées à entretenir le feu (1). »
Couches sottleYées, leur faune. — Sqaêlettee humaine
da Bohnelân.
On a rapidement décrit ci-dessus le terrain de transport qui correspond à la plus ancienne àes périodes de M. Ch. Mar-
(1) A. Bertrand, Ed. ci7.,p. 470-471.
128 COUCHES SOULbYËËS, LEUR FAUNE [Ghap. V.
tins. Quelques détails sur les lits marins, que la seconde de ces phases a mis au jour, seront â*autant moins déplacés dans cet ouvrage, que Ton a signalé dans des dépôts, qui semblent remonter à cette date, la présence de Thomme, dont nous venons de retrouver la trace à Sôdertelje.
Ces terrains soulevés, que Ton rencontre aujourd'hui à de si grandes hauteurs, se composent de graviers et de sables coquilliers ou d'argiles laminées, tantôt en stratification concordante, tantôt, au contraire, à tel point contournées qu'elles peuvent se renverser presque complètement sur ellesmêmes (1).
Nous savons déjà que ces dépôts renferment un certain nombre de coquilles marines actuelles, mais presque toutes boréales. Cette faune peu variée, mais assez abondante, contient, entre autres espèces, des fuseaux et des venus au Moël- Tryfane ; dans le Derby shire, des turritelles ; des cyprines et des astartés à Dumbarton , des moules dans le Wexford , des arches, des térébratules, des peignes à Uddevalla (2). On a aussi mais très-rarement recueilli, dans ces anciens lits exondés, des os de vertébrés, parmi lesquels sont le mammouth, le renne, deux ours et un cheval (3).
C'est dans une formation qui paraît contemporaine de celles d'où ont été extraits les fossiles qu'on vient de mentionner, que M. le professeur Nilsson a découvert en 1844, à Stângenâs, deux squelettes humains dont il a entretenu, la. même année, le congrès des naturalistes Scandinaves, réunis à Christiania. Les ossements étaient enfouis à 89 centimètres de profondeur dans une couche coquillière intacte, située à 100 pieds suédois (un peu plus de 30 mètres) au-dessus du niveau de la mer, près de son rivage actuel.
« Les crânes, dit M. Nilsson (4), se trouvaient à environ 50 centimètres l'un de l'autre, mais les corps allaient dans
(1) Sir Ch. Lyeli a donné de ces anomalies géologiques de très-satisfaisantes explications. (Man, de Géol, élém,, 1. 1, p. 231. — Ane., 2« éd , p. 843.)
(2) Ch. Lyell, Ane., %• éd., p. 294, 300, 302, etc. — Nilsson, op. wl., p. 301.
(3) Ch. Lyell, Ane., 2- éd., p. 302.
(3) Nilsson, op. eit., p. 153.
Chip. V.] SQUELETTES HUMAINS DU BOHUSLÀN. 1S9
des directions opposées. Les jambes de Tun étaient écartées, celles de l'autre étendues en avant. Tout parait indiquer qu'ils représentaient des individus morts violemment, et qu'une partie du banc de coquillages s'était ensuite formé sur eux. i Les crAnes, tous deux brisés, et un seul fémur ont été conservés. On peut les voir aujourd'hui au musée de Lund, et H. Nilsson a figuré, dans le livre que nous avons souvent cité, une partie du plus grand (i), qui nous a semblé très-dolichocéphale. Ce dessin, assez médiocre d'ailleurs, est malheureusement réduit à de très-petites dimensions, et il n'est pas possible d'y prendre Vindice céphalique (2) d'une manière précise. Il nous a paru cependant que ce rapport oscillait entre 72 et 73, ce qui placerait le crAne de Stângenâs parmi les dolichocéphales les plus accentués (dolichocéphales purs de M. P. Broca) (3). La découverte de M. Nilsson, si nous l'interprétons correctement, trancherait donc, d'une manière définitive, la question de l'ancienneté relative des formes crâniennes d'Europe, si d'ailleurs la lumineuse discussion, qui a clos le Congrès international d'anthropologie de 1867, n'avait pas démontré de la manière k plus évidente l'antériorité des dolichocéphales. Aurions-nous d'ailleurs, à notre insu, vieilli le crâne de Stângenâs, qu'on a négligé de faire intervenir dans ce débat, qu'il faudrait néanmoins l'ajouter à la liste déjà longue des crânes humains fossiles de ce type, qu'on a cités à cette époque.
La pièce que nous étudions, très-intéressante par ses dimensions relatives, ne l'est pas moins au point de vue de ses dimensions absolues. Elles sont, en effet, très-dé veloppées,
(i) Id., ibid., pi. XV, fig. ^m, 254 et 255.
(2) On a déjà fait observer que l'on nomme indice céphalique, le rapport du diamètre transverse maximum d'un crâne à son diamètre antéro-postérieur supposé égal à iOO. (Cf. BuXU Soc. Anthrop,, t. Il, p. 505, 1861.)
(3) Bull. Soc, Anthrop., t. II, p. 507. Dans la classification de M. Broca, qui est la plus satisfaisante que nous possédions, les crânes dolichocéphales purs sont ceux dont l'indice céphalique est au-dessous de 75, les tout-doUchoeéphalet ont des indices qui varient entre 75 et 77, 77; de 77, 77 à 80, les crânes sont dits métaticéphales (on dit aussi mésocéphales onorlhocéphalet). De ce chiffre à 85, ils sont soui'hrachyeéphales, enfin au-dessus de 85^ braehycépfuiles purs, (Cf. Bull» Soc, Anthrop., t. VI, p. 513.)
UAMT. — PALÉONT. HUM. 9
i30 CRANE DE STÂNGENÂS. [Chap. V.
puisque le diamètre îniaque (1) est de 200 millimètres, que la courbe horizontale totale (2) en atteint 550. La capacité cérébrale qu'indiquent ces chiffres est sensiblement supérieure à celle des crânes actuels, et ce fait qui n'est pas isolé, constitue Tune des objections les plus sérieuses que Ton puisse opposer aux doctrines transformistes. Nous ferons cependant observer que rétendue de la cavité crânienne est surtout considérable en arrière, ce qui est généralement considéré comme un caractère d'infériorité relative. En effet, le front est bas chez Thômme du Bohuslân comme chez quelques autres hommes primitifs dont la description anatomique viendra plus loin, tandis que l'occiput est saillant et relativement développé. D'autre part, la fosse temporale est peu profonde, et la ligne d'insertion du muscle de ce nom est très-légèrement marquée; il n'y a pas trace de crête sagittale, et les arcades sourcilières font à peine plus de saillie qu'à l'ordinaire, caractères qui éloignent le fossile de Stângenâs des singes anthropomorphes.
Le fémur déposé au musée de Lund est fort et robuste ; il mesure 52 centimètres de longueur et indique un homme dont la taille dépassait! mètre 78 centimètres (3).
M. Nilsson a rapproché le crâne du Bohuslân d'un crâne des catacombes de Malte dont cependant la ligure et la description anatomique s'éloignent de celles qu'il a données de son curieux fossile. Il lui a également reconnu des affinités avec un ancien crâne irlandais (celui de O'Connor, dernier roi d'Irlande). Ce dernier rapprochement est bien plus acceptable, et trouvera sa confirmation dans la suite de ce Précis. M. Prûner-Bey ne manquera pas de lui assigner une trèsgrande valeur, car il vient à l'appui de l'une de ses hypothèses favorites, qui fait de certains crânes anciens des crânes Celtes
(1) On nomme iniaqm (de ^tcv, nuqne) le diamètre antdro-pustérîenr qui s^ëtend de la glabelle, c'est-à-dire da point de rencontre des arcades sonrcillôres inr la ligne médiane, à la saillie Iniagne (protubérance occipitale externe). {BuU* Soc. Anthrop., t. Hî, p. 182, 189, 1862.)
(2) Cette courbe se prend au ruban métrique que Ton fait passer dans le plan horizontal, qu'occupent en avant, la glabelle, en arrière, le point le plus reculé, déterminé d'avance, du diamètre antéro-postérieur maximum.
(3) Nilsson, op. cit., p. 4Ki.
Chap. V.] comparaisons ETHNOLOGIQUES. 131
qu'il rapproche de ceux des Irlandais. Mais il se verra en même temps dans la triste nécessité de reconnaître, qu'en attribuant, avec Retzius, aux brachycéphales d*Europe Tantériorité dans cette partie du monde, il a commis une grosse erreur ethnogénique.
La charpente en bois d'une hutte, un cercle de pierres de foyer, du bois carbonisé d'une part, de l'autre les restes fort incomplets de deux squelettes humains, tels sont donc les seuls documents ethniques que nous possédions sur les premières phases des temps post-pliocènes, documents trop insuffisants pour qu'il soit permis d'assigner par leur moyen aux premiers habitants de la Scandinavie une place quelconque dans l'ethnographie générale.
Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il ne nous étonne pas que l'homme de Sôdertelje, construisant sa cabaiïe circulaire d'après un modèle encore usité en Europe il y a peu de siècles (1), ait été considéré par quelques archéologues comme l'ancêtre probable de certains Européens d'aujourd'hui, l'examen du crâne de Stângenâs confirmant ce rapprochement archéologique, puisque les caractères anatomiques de cette pièce se montrent, à peine atténués, sur un petit nombre de crânes modernes, recueillis dans l'Europe occidentale par les anthropologistes.
La comparaison de ces anciens Scandinaves avec quelques Européens actuels est donc possible, dans de certaines limites. Établir un parallèle entre ces hommes et ceux qui les ont immédiatement précédés ou suivis nous semble, au contraire, à peu près impraticable. Car les seuls éléments de comparaison que nous ayons pu utiliser jusqu'ici sont les instruments en pierre et les os incisés, qui font défaut dans nos deux dépôts Scandinaves. Cependant, de l'avis de Sir Ch. Lyell (2), nous sommes pour la première fois en présence de sauvages pécheurs. Or, comme dans toutes les classifications ethnologiques, ce groupe de peuples occupe un rang peu élevé, forts
(1) Voyez notre note 2 de la page 24 de la 2« éd. de VAne, de Vhomme,
(2) Trad. cit. {ap. Bertrand, op» cU., p. 470).
m EXPLICATION DES PHÉNOMÈNES GLACIAIRES. [Cbap. V.
de cette infériorité bien constatée, nous nous trouvons autorisés à maintenir la loi d'évolution continue dont nous avons jusqu'ici vérifié la constance.
Explications dont sont sasceptlUes les phéBcmènes
glaciaires.
Nous avons déjà fait allusion, dans un précédent chapitre, certa ines théories qui interprètent les phénomènes géologiques par le retour de phases identiques, régulièrement espacées dans la suite des temps. On a pu voir que quelques naturalistes admettent, en particulier, la répétition des extensions glaciaires, dont ils cherchent Texplication dans certaines lois astronomiques. Ils parlent de déplacements de Paxe terrestre, de mouvements coniques de la terre; ils invoquent la précession des équinoxes, les variations d'inclinaison sur récliptique, etc., toutes choses importantes sans doute, mais dont on n'est pas encore parvenu à tirer aucune application sérieuse à la physique du globe. Nous ne doutons pas, pour notre part, que ces diverses variations aient exercé une influence notable sur les milieux terrestres, mais comme, en ce qui concerne les phénomènes glaciaires, le froid seul est invoqué comme agent, nous ne croyons pas devoir accorder plus d'importance aux théories mentionnées ci-dessus qu'à celles dont MBI. Renoir, etc., se sont faits les apôtres, et qui attribuent l'extension des glaciers à des changements dans l'intensité de radiation du soleil, à l'agrandissement des fiches de cet astre, ou à la translation de notre système planétaire à travers des espaces plus froids que ceux qu'il parcourt aujourd'hui (1).
c Le froid seul, en effet, dit Tyndall, ne peut pas produire des glaciers. Le vent de nord-est, le plus froid, peut régner à Londres pendant tout un hiver sans qu'il tombe un seul flocon de neige. Il faut que le froid puisse agir sur un
(1) Cf. A. d'Archiac, Hitt, des progr, de la géologie, Paris, 1848, in-8«, t. Il, !'• partie, p. 427 et suiv.
Cmap. y.] THÉORIE DE M. HOPKINS. 133
objet essentiel, et cet objet, la vapeur d eau dans Tatmosphère, est le produit direct de la chaleur (1). • La formation des grands glaciers réclame donc Faction simultanée du froid et de l'humidité. Par conséquent, il n y a pas lieu de se préoccuper d'hypothèses qui ne font intervenir, dans Texplication des phénomènes post-pliocènes, que Tun de ces deux agents et ne tiennent aucun compte de l'autre.
Une autre théorie, défendue avec talent par M. Hopkins, s'est efforcée d'expliquer les phénomènes glaciaires par un changement de direction du courant d'eau chaude appelé Gulf-Stream, qui, dans le cas d'un affaissement de TAmérique du Nord, indiqué par les phénomènes de transport identiques à ceux de l'Europe, que présente ce continent jusqu'au delà du 40® degré de latitude nord (2) , n'aurait plus été dévié vers l'Europe, mais aurait directement passé dans l'Océan Glacial, par la vallée occupée actuellement par les grands lacs. « Comme tout grand courant océanique doit avoir son contre-courant, il est probable, dit M. Hopkins, qu'il y aurait eu un courant d'eau froide entre les côtes de laNorwége et du Groenland (3). » L'existence d'un courant froid, en sens inverse du courant chaud qui longe actuellement les côtes européennes, produirait-elle une différence aussi considérable que celle indiquée par le géologue anglais dans la température de notre continent (4) ? C'est ce que n'ont pas admis les météorologistes en France.
La présence du morse et du narwal dans le foresUhed (5), à 15 degrés environ au sud des lieux qu'ils fréquentent aujourd'hui, démontre bien que les mers d'Europe étaient, au commencement de l'époque post-pliocène, sensiblement plus froides qu'elles ne sont aujourd'hui. La non-existence du Gulf-Stream à cette époque est probablement une des causes de cette différence dans la température des eaux. Quant aux tem-
(1) Tyndall, Heal eansidered as a mode of motion, p. 192.
(2) Cf. Whittlesey, On ihe freih-water glacial drifi of ihe Northwestern States (Smithson, Contrib. to Knowledge, t. XV, n« 197, WashingtOD, 1867. in-4«.)
(3) Quart. Journ. oftheGeol, Soe, of London, t. VUI, p. 85, 1852.
(4) Cf. Lyell, Ane,, 2« éd., p. 402.
(5) Voyez plus haut, p. 110. — Congr, Intern,, 2* sess., Paris, 1867
134 ÉTAT CONTINENTAL ET ÉTAT INSULAIRE. [Chap. V
përatures terrestres, le courant d'eau chaude actuel ne semble pas les avoir modifiées dans des proportions considérables. Tous les agents atmosphériques qui ont pu alors intervenir étant mis en ligne de compte, le Gulf-Stream n'entrerait que pour un vingtième environ dans ce total. Une part bien plus grande revient, dans la production des phénomènes glaciaires, à rétat insulaire ou péninsulaire du nord de TAncien-Monde. Nous avons précédemment indiqué (1), d'après Trimmer et M. Ch. Lyell, les changements que produiraient dans le relief de l'Europe du nord des affaissements d'amplitude correspondant aux divers niveaux atteints par les coquilles marines en Scandinavie et dans les îles Britanniques. Des dépôts de même ordre ont été observés sur bien d'autres points, en Danemark par exemple, puis dans les bassins de la Dwina, de la Vagka, de la Petschora, puis en Sibérie, dans le Sahara, etc. L'étude de ces couches coqurllières, combinée avec celle des terrains de transport, des atterrissements récents et des accumulations sableuses des plaines , des fonds de mer asséchés, etc. (2), a permis de refaire, d'une manière approximative, la carte ancienne de notre continent. Et il est certain qu'à l'éjpoque quaternaire les eaux occupaient de très-vastes espaces aujourd'hui émergés. II nous suffira d'indiquer rapidement les résultats obtenus par les géologues, les proportions de cet ouvrage ne nous permettant pas d'entrer dans de grands détails sur ce sujet.
Dans le nord, le Royaume-Uni, morcelé en un certain nombre d'îles moyennes et petites, la Scandinavie, très-réduite en étendue, la Finlande, séparée du reste* de l'Europe par un bras de mer reliant, à travers les lacs russes, la Baltique à la mer Blanche, l'Océan Glacial s'avançant jusqu'au pied de TOural du centre, les plaines de la Sibérie en grande partie inondées, comme celles de la Russie, de la Pologne et de la Prusse ; dans Test, la Caspienne réunie à la mer Noire et à la mer d'Azof, couvrant les steppes d'Astrakan entre
(1) Voyez plus haut, p. 125, 126.
(2) Cf. A. dV i-*nac, Hist. des progrès de la (jéotogie, l. 11, 1" p. passim.
Chap, V.] VARUTIONS CORRESPONDANTES DES CLIMATS, 135
rOural et le Volga, et s'étendant du Caucase jusqu'au delà de Kherson, les grands lacs d'Aral, de Ho-ho-noor, etc., bien plus vastes, une mer intérieure remplissant l'immense désert de Gobi; au sud enfin, le Sahara submergé, doublant presque la surface de notre Méditerranée ; telles seraient les principales modifications qu'il faudrait introduire dans notre carte de l'ancien continent pour y représenter une géographie quaternaire (1). Partout des îles ou de grandes presqu'îles, entre lesquelles pénètrent les eaux de la mer, et par là même, presque partout le climat insulaire substitué au climat continental.
Dans les conditions où se trouvent aujourd'hui nos contrées, les températures moyennes des divers mois de l'année varient de plus en plus, quand de l'équateur on va vers les pôles. Circonscrites entre 2^ et 3° centigrades, de à 10 de latitude nord, ces variations augmentent de 10 à 20°, augmentent encore de 20 à 30°, et s'accentuent de plus en plus dans les zones tempérées. A Paris l'amplitude de l'oscillation est de IS"" à lô"" centigrades; à Berlin elle en atteint 21 et demi ; à Moscou 35 ou 36. A Boothia Félix enfin, par 72 degrés de latitude nord, elle est de plus de 45^.
Dans les îles, ces variations sont bien plus limitées. Sous des influences qu'il n'est pas utile de rappeler ici, dans l'archipel de la Nouvelle-Zélande, par exemple, qui s'étend aux antipodes ^à des latitudes égales à celles de l'Europe, les divergences sont beaucoup moins fortes de l'hiver à l'été, puisque, au lieu d'aller à 16, 20 ou 25 degrés, elles ne dépassent pas 7 degrés (2) .
Avec un climat continental, les chaleurs des étés détruisent l'action du froid pendant les hivers ; le vent chaud du Sahara {fœhn des naturalistes suisses) (3) établit une sorte de compensation, à l'égard des vents froids qui ont souflBlé du nord ou de l'est, et les glaciers, dont quelques années froides, se succé
(i) Id., ibid.
(2) a Marié-Davy, op, eit, p. 89-92, et pi. III, IV et V. — Hursthouse, New- Zealand or Zeelandia, the Britain of the South, London, 1857, 1. 1, p. 107.
(3) Cf. Lyell, Ane., 8« éd., p. 406, 407.
136 INFLUENCES DE L.\ LATITUDE ET DE L'ALTITUDE. [Chap. V.
dantsans interruption, abaisseraient, comme en 1816, la limite inférieure d'une manière notable, se maintiennent, ou peu s'en faut, à la même élévation. Cette hauteur est actuellement, pour les Alpes et les Pyrénées, à 2700 mètres environ au-dessus du niveau des mers, tandis qu'à Quito, sous Téquateur, elles sont à 4800 mètres, et qu'au 71» degré de latitude nord, en Finmark, la limite des neiges perpétuelles descend à 720 mètres.
Ces influences de latitude s'atténuant dans un climat insulaire et l'altitude conservant toute sa force, on pourra voir de belles vallées, couvertes d'une splendide végétation méridionale, dominées de quelques centaines de mètres seulement par d'immenses glaciers.
Il en est ainsi à la Nouvelle-Zélande, que nous avons choisie pour exemple plus haut. Tous les voyageurs, depuis Cook, ont parlé avec enthousiasme des vigoureuses forêts de la terre des bois verts, où l'élégant areca sapida représente le groupe des palmiers et marie ses riants bouquets au feuillage des podocarpés, des dacrydies et des fougères arborescentes (1). Tous ont admiré la riche végétation de ces plaines verdoyantes où croissent en abondance les dracœna, les cordylines, les phormium tenaxj etc. Et, à quelque distance seulement de ces richesses végétales, ils ont vu se dresser les masses blanches des Alpes du Sud. Si, à la suite des Haast, des Hector, des Hochstetter, etc. , ils ont gravi les pentes de cette belle chaîne de montagnes, après avoir rencontré les moraines de l'extension quaternaire (2), ils ont trouvé, à des niveaux bien moins élevés que dans notre continent, la limite inférieure des neiges perpétuelles.
Ce n'est plus, en effet, à 2700 mètres, comme dans les Alpes d'Europe, que commence la fusion de la glace; c'est à 1460 environ au glacier de Hochstetter, à 1450 pour celui d'Ash-
(1) Voir la belle planche de M. Fischer (F. de Hochstetter, Neu Seekmd, Sluttgard, 1863, in-4% p. 416). — Cf. Dieffenbach, Travels in New-Zealand, LondoD, 1845, 2 vol. in-8^ — Hursthouse, NeW'Zealand or Zeelandia, the Brilain of the South, London, 1857, 2 vol. in-8«.
(2) Hochstetter, op. cit,, Trad. angl, 4867, p. 484.
Chap. V.] EUROPE QUATERNAIRE ET NOUVELLE-ZÉLANDE. 137
burton. Cette limite est située plus bas encore aux glaciers de Hourglass (1155 mètres) et de la Grande-Clyde (1140). Elle descend à 1070 mètres pour celui de Hurchison, à 838 mètres pour celui deTasman, enfin à 11 5 mètres seulement d'altitude pour le glacier de François-Joseph (I). C'est donc à 1000 mètres en moyenne au-dessus du niveau de l'Océan que s'arrêtent les glaces perpétuelles de la Nouvelle-Zélande. On remarquera que c'est précisément à cette même hauteur que se rencontrent les traces les plus inférieures des anciens glaciers alpestres.
Les résultats produits sont exactement comparables, et la cause qui maintient à ce niveau relativement bas les neiges perpétuelles de la Nouvelle-Zélande s'est certainement exercée, nous l'avons dit, sur une grande partie de l'Europe quaternaire. N'est-il pas logique de conclure de ce rapprochement que r Ancien-Monde, réduit à former des groupes géographiques comparables à l'archipel zélandais, par des affaissements considérables dont sa surface actuelle présente de nombreuses traces, dut à ces conditions spéciales les manifestations glaciaires que nous avons rapidement décrites (2) ? Les rapports des terres et des eaux ont complètement changé depuis cette époque lointaine, et les glaces ont reculé de 1700 mètres sous des influences diverses, conséquences de l'état continental qui se substituait à l'état insulaire. Leur fusion a déterminé la formation des courants qui ont déposé les alluvions où se rencontrent, en si grande abondance, les restes des grands animaux associés aux produits d'une industrie spéciale, dont l'étude fera l'objet d'un prochain chapitre.
(1) Id., ibid., p. 4.'4, 498, etc.
(2) Cf. Vogt, Congr. Internat., 2« Sess., Paris, 1867, p. 279. —Ed. Lartet, op, cit. {Ann. Se, Nat, 5« S^r., t. VIU, p. 191 et suiv.)