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CHAPITRE VI

ÉPOQUE POST-PLIOCÈNE (SUITE)

Les milieux quaternaires dans leurs rapports avec les êtres vivants. — Dédoublement de la faune. — Groupe septentrional. -^ Le mammouth. — Le rhinocéros à narines cloisonnées. — Le renne, l'élan et lemegaeeros, — Le glouton. — L'ovibos musqué. — Spermophiles et lemmings. -^ La chouette harfang et les tétras. — Migrations en latitude et en altitude. — L'ours des cavernes et Tours vulgaire. -~ Le chamois et le bouquetin. — Marmottes, etc. — Animaux intermédiaires! le bœuf primitif et le bison d'Europe. — Les chevaux. — • Groupe méridional, éléphants et rhinocéros. — Felii et hyènes. — Hip. popotames^ etc.

nilleax ^uatemaires dans leurs rapporta avec les êtres vlirants.

Dans les conditions de milieux que Ton vient d'exposer brièvement, l'altitude agissant presque seule sur la température qui, en raison de l'état insulaire, varie peu d'une saison à l'autre à des niveaux également élevés, il serait facile de placer un grand nombre d'espèces d'animaux variés dans les conditions les plus favorables à leur développement. On pourrait, par exemple, ainsi que l'a fait M. Saratz au Roseggthal, dans la Haute-Engadine (1), transporter des rennes dans le voisinage des neiges perpétuelles où ils prospéreraient, tandis que dans les régions basses les rhinocéros, les hippopotames trouveraient la douce température qui leur est nécessaire.

Pour des raisons spéciales, les mammifères manquent, ou peu s'en faut, à la Nouvelle-Zélande (2) ; mais, au bord des immenses glaciers qui descendent le long de ses chaînes de montagnes, on acclimatera aisément les animaux septentrionaux : rennes, gloutons, lemmings, etc. Les riantes plaines subtropicales *qui s'étendent au pied des montagnes, si elles

(1) Cf. Mat, pour V histoire primitive et naturelle de Vhomme, t. Y, p. 264, mai 1869.

(2) J. E. Gray. Notes on the Materials at présent existing towards a Fauna of New'^ealand (l, U, p. i77 et suiv. de Dieffenbach).

Chip. VI.] LES MILIEUX QUATERNAIRES ET LES ÊTRES VIVANTS. 139

sont vastes, nourriront avec la même facilité d'importants mammifères des régions chaudes : lions, hyènes, antilopes, etc. ; l'hippopotame se livrera à ses ébats dans les cours d'eau où viendront boire l'éléphant ou le rhinocéros.

En s'élevant graduellement de la plaine au sommet des monts, le zoologiste jouira ainsi d'un spectacle toujours nouveau, comparable à celui qui attend le botaniste sur certaines montagnes. De même que ce dernier peut, dans son ascension au Ventoux, par exemple, cueillir successivement sur les pentes du mont, des plantes qui correspondent à celles des diverses latitudes de l'Europe, chaudes, tempérées, glaciales ; de même le zoologiste rencontrera l'un après l'autre les divers groupes d'animaux qui peuvent se présenter à ses yeux, de l'Algérie aux Alpes laponnes. En d'autres termes, l'élévation en altitude remplacera l'élévation en latitude.

Les débris de ces animaux si divers, vivant en quelque sorte côte à côte dans ce milieu particulier, iront peu à peu se confondre, entraînés par les cours d'eau dans des alluvions plus ou moins stratifiées, et plus tard quelque paléontologiste, fouillant avec soin ces dépôts, rencontrera, associés intimement, l'antilope de la plaine et le renne de la montagne.

C'est ainsi que se sont passées les choses à l'époque quaternaire. Les fouilles pratiquées dans les alluvions anciennes de cette intéressante période ont en effet démontré la coexistence d'animaux aussi différents les uns des autres que pourraient l'être ceux que Ton acclimaterait, ainsi qu'on l'a dit, dans les lies tempérées de l'hémisphère austral. Les milieux anciens correspondant, comme on l'a vu, au milieu insulaire actuel que l'on vient de décrire, tout fait éroire que la répartition des animaux fut alors telle qu'elle serait aujourd'hui dans les conditions que nous avons exposées (1).

(1) Les obseirations que nous venons de présenter s'appliquent aussi bien à la flore qu'à la faune quaternaire. C'est grâce aux milieux modifiés ainsi qu'on l'a dit, que le laurier des Canaries s'est trouvé associé en Provence à des arbres que Ton n'y rencontre plus qu'à quelques centaines de mètres d'altitude, et que trois mousses arctiques (hypnwn Mrmenioium, h. fiuiians, h. aduneum, var. Groenlandicum) ont vécu à Schussenried et à Waldsee, en Wurtemberg. (Cf. G. de Saporta, Aperçu tur la flore de Vépoque quaternaire, Caen, 1857, in-8«. — Schimper, Traité de paléontologie végétale, 1. 1, p. 253, 1969,-^ Mat, pour Vhist., etc., t.V, p. 140.)

140 DÉDOUBLEMENT DE LA FAUNE. [Chip. Vf.

Dédooblcmeiit de la faune «inatemalre.

Un assez grand nombre d'animaux quaternaires éteints ou émigrés (1) depuis cette époque sont susceptibles de rentrer dans les deux catégories dont il vient d'être fait mention. Les uns, en effet, existent encore dans les régions boréales et sur les sommets des montagnes des zones tempérées, ou bien les renseignements fournis par leurs dépouilles nous les montrent protégés contre le froid par d'épaisses toisons; toutes les analogies rattachent les autres, au contraire, à la faune africaine.

M. Edouard Lartet s'est efforcé, le premier, de distinguer l'un de l'autre ces deux groupes dans un remarquable mémoire qu'il a présenté, en 1858, à l'Académie des sciences (2). C'est l'observation minutieuse des débris de toute espèce trouvés en si grand nombre dans les dépôts post-pliocènes de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique, qui a conduit ce célèbre paléontologiste à dédoubler ainsi la faune quaternaire. Son premier groupe (groupe septentrional) comprend l'éléphant primitif ou mammouth, le rhinocéros à narines cloisonnées, le bœuf musqué, le glouton, le renne, leslemmings, etc. ; son groupe méridional se compose de l'éléphant d'Afrique, d'un rhinocéros qu'il prenait alors pour le bicorne du Cap, des hippopotames, du lion, de la panthère, du serval, de l'hyène rayée, de l'hyène tachetée, de la genelte, de l'antilope, du sanglier, du porc-épic, etc. Nous allons rapidement exposer ce qui concerne les plus importantes de ces espèces ; l'histoire de leur découverte, leur date d'apparition, leurs limites d'extension, leurs migrations ou leur extinction, enfin les caractères anatomiques principaux qui les distinguent des espèces voisines, anciennes ou actuelles.

(1) Voyez plus haut, p. 7.

(2) Ed. Lartet, Sur ks migraiions anciennes des mammifères de Vépoque ac tuelle. {Comp. Rend, Acad, Se, i, XLVI» p. 409, 1858.)

Chap. VI.] GROUPE SEPTENTRIONAL.- LE MAMMOUTH. 141

Gronpe septeiitrloiial. — Le Biaiiimoath.

On trouve dans les anciens traités d'histoire naturelle des Chinois la description d'un grand animal semblable à Téléphant nommé tien-schu-ia, qui, ne pouvant pas supporter Faction de la lumière, vivrait à la manière des taupes, dans des souterrains. Cette même fable est racontée par les Sibériens, qui appellent cet animal mamont ou mammouth. En voici l'origine.

Un éléphant de grande taille a laissé quantité de débris variés dans les plaines et les îles (1) du Nord de l'Asie : habitués à les rencontrer abondamment dans le sol, les indigènes ont inventé, pour expliquer leur accuaiulation, cette fable dnmammonthi qu'un Allemand, nommé Isbrand, envoyé de Moscou en Chine par l'empereur de Russie, a le premier racontée à la fin du xvu® siècle. L'auteur de la relation de ce voyage dit que l'on trouve fréquemment des dents et des os de l'animal appelé mammouth soit dans les montagnes qui sont au nord-est de la Keta, s,oit sur les rives du fleuve Jenisea et des rivières de Trugan, Mungazea, Lena, soit même près de la mer Glaciale. Un voyageur t qui venait de la Chine, » dit l'auteur du récit, « m'assura avoir trouvé une fois, dans la terre gelée, la tête entière d'un de ces animaux^ dont la chair était corrompue, que les dents sortaient du museau comme celles des éléphants, et que ses compagnons et lui eurent beaucoup de peine à les arracher (2). »

Les Russes contemporains d'Isbrand expliquaient la présence de ces restes par la congélation sur place d'éléphants

(1) Les lies Lachov^ et la Noavelle-Sibérie « sont pour ainsi dire formées d'ossements d'éléphants et d'antres mammifères éteiftts. La première des îles Lachow est exploitée depuis quatre-vingts ans par les marchands de fourrures, qui n'ont cessé de faire des cargaisons de ces défenses, pour les porter à l'intérieur de la Sibérie et les répandre sur les divers marchés de la Russie; malgré cette extraction conUnue, la quantité de ces débris ne semble pas avoir diminué. (Â. d'Archiac. Cours de paléontologie {Rev. des Cours icierU., 1. 1, p. 457-58).)

(2) Cf. Relation du voyage de M. Evert Isbrand, envoyé de Sa Majesté Czarienne àCempereur de la Chine, en 1692, 93 et 94, Amsterdam, 1699, in-i2.

142 DÉCOUVERTES D'ISBRAND, DE PÂLLAS ET D'ADAUS. [Chap. YI.

particuliers, aux dents un peu plus courbées et serrées dans la mâchoire, qui avaient habité le j[)ays subitement refroidi depuis lors par une catastrophe, et dont les cadavres, flottant sur les eaux, s^étaient enterrés dans un limon, gelé plus tard.

Cette interprétation remarquable pour l'époque dont Isbrand se faisait l'écho, s'est modifiée à la suite de la découverte d'Adams, à la fin du dernier siècle. Pallas avait déjà trèsexactement décrit les nombreux débris d'éléphant trouvés en diverses localités de Sibérie, près de l'Irguis, sur les rives de riaïk, de l'Ousa et de la Toura, dans TAtœsch, le Vagaï, rirtsch, aux bords de l'Obi et de l'Eniséi, à Krasnoïak, etc. (1). Adams fut assez heureux, en 1806, pour trouver, à l'embouchure de la Lena, un mammouth encore en partie revêtu de ses téguments. Un chef tungouse avait découvert l'animal «n 1799, mais il n'avait osé y toucher que cinq ans après, effrayé qu'il était par certaines légendes. Lorsque Adams fit son voyage, il trouva l'animal en partie déchiré. Les Iakoutes en avaient enlevé la chair pour leurs chiens. Les loups, les gloutons, les isatis s'en étaient nourris ; il ne manquait au squelette qu'un des pieds de devant, t Une peau sèche recouvrait la tête. L'œil et le cerveau existaient encore ; les pieds avaient leurs callosités ; une oreille recouverte de poils soyeux s'était également bien conservée. » Les trois quarts de la peau étaient demeurés intacts ; elle avait « une couleur gris foncé ; le duvet en était roux, les soies noires et plus épaisses que des crins de cheval... Les plus longs poils étaient ceux du cou ; ils mesuraient plus de 70 centimètres de long. Tout le reste du corps était couvert d'une fourrure abondante (2). » On a plusieurs fois rencontré depuis lors des parties plus ou moins bien conservées d'éléphants velus, et tout récemment M. F. Schmidt a annoncé qu'un jeune animal de cette espèce dont la peau était asse^bien conservée, venait d'être décou-

(1) Pallas, Voyage en différentes provinces de Vempire Russe it dans VAtie septentrionale, trad. fr., Paris, 1798, In-is t. 1, p. 214, 243; II, 10, 402, 404; m, 84, 85, 107 ; IV, 80, 458, 559.

(2) Brehm, La Vie des animaux, trad. fr., t. II, p. 706-707. — On peut voir au Muséum des échantillons des poils et du duvet de Téléphant d*Adams.

Chip. YI.] CARACTÈRES ANÂTOHIQUES DU MAMMOUTH. i43

yert par un Samoyède dans la baie de Tas, près du golfe de rObi («).

Cet animal, si bien protégé contre le froid, est Yelephas primigenius, de Blumenbach, caractérisé d'ailleurs par l'allongement relatif de son crftne, la concavité de son front, le développement énorme des alvéoles de ses défenses, la longueur et l'incurvation de celles-ci, la forme obtuse de son maxillaire inférieur, enfin par la grandeur de ses mftchelières et le parallélisme des lames dentaires qui les composent.

Tertiaire en Sibérie, suivant MM. Murchîson, de Verneuil et de Keyserlink, dont MM. Lartet, d'Archiac, etc., acceptent les idées à ce sujet (2), Yelephas primigenius a fait son entrée en Europe pendant la période de transition du forest bed. Nous avons signalé sa présence dans l'ancien lit de rivière de Montreuil, dans les grottes de Baume, de Gower, au Kent's Gole, dans les plages soulevées d'Irlande.

Pendant cette phase nouvelle de la paléontologie humaine que nous allons 'étudier, nous trouverons le mammouth répandu sur toutes les terres situées au nord de la mer Caspienne et de la mer Noire. Les bassins des rivières qui descendent de rOural comme ceux des grands fleuves de la Russie d'Asie, les dépôts des bords de la Caspienne, comme les dépressions du calcaire des steppes d'Odessa, les alluvions anciennes de la Hongrie (Sohl) et de la Valachie (Olteniza), comme celles du Wurtemberg (Canstadt, Tûbingen), du Brunswick (Thiède) et du Brandebourg (Kreuzberg) contiennent en abondance ses ossements et ses dents. Outre les gisements du Norfolk et d'Irlande que nous avons cités, les paléontologistes en ont découvert un grand nombre d'autres dans les îles Britanniques, à Londres, à Copford, A Guildford, à Whilstable, à Hoxne, à Bedford, à Salisbury, etc. Le mammouth n'est rare ni en Belgique, ni^n Hollande (Ettelbrûck, Texel, Smeermass, Spiennes, Jambes). On le rencontre fréquemment dans le nord et Test de la France. Blandecques,

(1) Compt. Rend. Acad. Se, t. LXH, p. 867, 1866. — Bibl, Univ. Arch. Se. Phys. etNai., Février 1867.

(2) Ed. Lartet, loe. eit, p. 409. — A. d'Ârchiac (Rev. Cours Scient., 1. 1, p. 456.}

144 SON EXTENSION GÉOGRAPHIQUE. [Chap. VI.

Arques, Balinghen, etc., dans le Pas-de-Calais; Saint- Roch, Saint-Acheul, Menchecourt, Moulin -Quignon, Bavelincourt et quelques autres lieux, dans la Somme ; Cœuvres, Viry - Noureuil dans TAisne ; Chauny dans l'Oise, en ont fourni de notables débris. Dans les vallées du Rhin, de la Seille, de la Sarre, etc., dans le bassin de la Seine (Clichy, Levallois, Grenelle, Le Pôcq, etc.), il s'en trouve un grand nombre. Assez répandu en Auvergne, il devient plus rare dans les dépôts quaternaires anciens du Midi de la France, où Boyer, dans le Lot, Clermont, Venerque, dans la Haute- Garonne et quelques autres localités ont donné seules des preuves manifestes de son extension.

Il fait complètement défaut jusqu'à présent en Espagne, et n*a été signalé que deux fois dans le quaternaire italien, savoir : par M. Gastaldi, sur le versant piémontais des Alpes (1) entre Moncalieri et Carignano, en amont de Turin, et par M. Ponzi, dans les dépôts du Monte-Sacro, aux environs de Rome (2).

Les restes osseux du mammouth se rencontrent bien plus rarement dans les brèches et les grottes que dans les alluvions. On a néanmoins signalé sa présence dans un assez grand nombre de cavités où l'action des eaux, d'une part, et, de l'autre, l'intervention des carnassiers et de l'homme ont pu transporter ces débris : à Rabenstein, par exemple, à Chokier, à la Naulette, à Durdham-Down, à Kirkdale, à Paviland, à Breugnes, sous les grès de la Ferté-Aleps, sous les calcaires portlandiens d'Odre, près Boulogne sur-Mer, etc., etc.

L'extension géographique de cet animal était donc immense, du cap Oriental aux Pyrénées (3). Son extension dans le temps est également considérable ; car il fut l'un des derniers ani-

(1) Ed. Lartet, op, ciU (Comp. Rend, Âcad, Se., t. XLVI, p. 410, 1858.) (9) Ed. Lartet, Observations % propos des débris fossiles de divers éUphants dont la découverte a été signalée par M. Ponzi aux environs de Rome, (BulL Sœ. GéoL de France, â« sér., t. XV, p. 564, 1858.)

(3) Nous prenons cette limite à l'Est, car il n'est pas prouvé qfuo l'éléphant quaternaire d'Amérique soit notre primigenius (Lartet). Ce proboscidien du Nouveau-Monde est d'ailleurs descendu jusque vers le 38* degré, encore plus au Sud, par conséquent, que le mammouth en Europe (Whittlesey, op. cit., p. 15. — Cf. Lyell^ Ane, chap. xviii).

Ghap. Vf.] LE RHINOCÉROS A NARINES CLQISONNËES. . 145

maux éteints, à disparaître de nos contrées. Nous verrons plus tard, en effet, que quelques individus de cette espèce vivaient encore en France, au moment où s'accumulaient les alluvions des moyens niveaux et les dépôts correspondants des cavernes.

Le rhlnoeéro» h narlaes dolsomiéctf.

Une découverte inattendue faite au Yilhouiskoé par des Jakoutes, en 1771, mit le naturaliste Pallas en présence d'un animal énorme du genre rhinocéros, dont le cuir s'était en partie conservé dans le sable gelé. D'autres faits de même ordre ont été depuis lors recueillis en assez grand nombre, pour rendre certaine l'existence d'un rhinocéros boréal, couvert d'une épaisse toison.

L'étude des ossements qui accompagnaient les parties charnues de ce pachyderme velu, a démontré qu'il n'était autre que le rhinocéros à narines cloisonnées , inséparable compagnon du mammouth dans les gisements quaternaires de l'Europe occidentale et qui, en Sibérie, fut enveloppé avec ce proboscidien dans une destruction commune.

Ce rhinocéros, dont la caractéristique anatomiqué a été présentée plus haut (1), tertiaire en Sibérie comme le mammouth, se montre un peu après celui-ci dans la faune européenne. En effet, il fait défaut à Çromer et à Gray's Thurrock, etc., il est douteux à Montreuil, il manque à la Baume, mais on le trouve au Xent's Hole, à Gower, à Wookey (2).

Il n'est pas rare dans les alluvions inférieures des rivières : de la Seine, de la Somme, du Rhin, de l'Oise, etc. On a signalé sa présence dans certaines brèches osseuses à Kôstritz, à Aymestry, à Vallières, par exemple.

On le trouve aussi dans un certain nombre de cavernes anciennes. Nous citerons celles d'Engis, de la Naulette, de

(1) Voyez plus haut, p. 85.

(2) Voyez plus haut, p. 115.

IIAMY. — PALÉONT. HUM. 10

146 EXTENSION DE CE PACHYDERME. [Crap. YI.

Wirksworth, de Kirkdale, de Brixham, d'Oreston, de Rabensteîn, d'Arcy, d'Aurîgnac, de la Chaise, etc.

Abondant en Sibérie (1), dernièrement signalé en Chine, à Suen-Hoa-Fou, par M. David, il est commun dans les dépôts de l'Europe septentriotiale et centrale (Sîgmaringen, Ober-Gebra, Olsnitz, Canstadt, Quedlimburgh, Tour de Boulade, Clermont-sur-Ariége), mais il ne semble pas avoir franchi les Alpes avec son compagnon le mammouth (2). Il manque comme lui au delà des Pyrénées.

Cet animal, dont l'extension dans le temps et dans l'espace est, ainsi qu'on vient de le voir, moindre que celle de Vélephas primigmius, s'est aussi éteint beaucoup plus tôt que ce proboseidien. Jamais, en effet, on n'a signalé ses débris dans les moyens niveaux des alluvions fluviatiles (3) ; jamais non plus les dépôts ossifères qui leur correspondent dans les grottes n'ont montré ses ossements.

Les deux animaux que nous venons d'étudier se rattachent, ainsi qu'on l'a vu, à la faune boréale par des caractères anatomiques extérieurs tout à fait frappants. Les renseignements de cet ordre qu'ont fournis les découvertes inattendues de Pallas, d'Adams, etc., manquent pour les autres mammifères du môme groupe : mais les comparaisons ostéologiqties sont assez précises pour qu'il soit possible d'affirmer que le renne, le glouton, lelemming, etc., des terrains quaternaires sont spécifiquement identiques aux mêmes mammifères actuellement vivant au voisinage du pôle. Cette vérité a été contestée pour le renne par M. Nilsson. Mais il a formulé son opinion sur ce sujet en termes si peu explicites, qu'elle ne semble reposer que sur des détails minimes (4).

(i) Pallas, op. cit., t. Hl, p. 304; l.IV, p. 130,384.

(3) Le seul exemple cité par M. Boyd Dawkins de rhinocéros tichorhinus décoa- Tcrt en Italie, eslempranté à M. Gaselli (Proe, ofthe Geol, Soe. of Lond., 1867, p. S13.) Or M. Lartet a eu eu mains un moulage de la dent trouTée aux enyirons de Rome, et attribuée à cette espèce par ce savant ; c'est une quatrième prémolaire supérieure de Rhinocéros Merkii (Ëd. Lartet, op, cit., Ann, Se. Nat.,ti* série, t. Vnr, p. i75j.

(3) Voyez plus haut^ p. i 44 -145.

(4) Congr. Internat., S'iess., 1867, p. GS-67.

Chap. VI.] LE RENNE. 147

lieBe

Le renne (C. tarandus) a été trouvé pour la première fois, à rétat fossile, dans nos régions tempérées, il y a un peu plus d*un siècle. En 1751, Guettard, revenant d'Étampes, fit voir à ses collègues de TAcadémie des Sciences divers ossements qu'on avait récemment trouvés aux environs de cette ville. On parla vaguement de renne et d'hippopotame, mais l'Académie ne décida rien (1). Quelque temps après, un correspondant du Mercure se rendit sur les lieux pour vérifier les conjectures faites sur ces débris, et trancha la question en faveur du repne (2).

Fig. 27.

Fig. S7. — Bois de renne [Cervus tarandus)*

Son article nous apprend que ces restes ont été trouvés c sous une roche, dans un lit de sable gris, d'environ trois pieds... recouvert d'un autre dépareille épaisseur, mais de

(i) Cf. Hitt. de VAcad. deê teienees, i75i. -* Guettard, TroUième mémoire sur Us os fossiles d'animaux terrestres {Idem, sur différentes parties des sciences et des arts, 1. 1, p. 29, Paris, 1768, in-4»).

(2) Mercure de France, septembre 1754, p. 144 et sniv. — Cf. Petites Affiches pour 1754. Alléon Dulac, Mél. d'Hist, Nat., 1779, in-12, t. II, p. 419 et suivantes. — Etc.

148 HISTOIRE DE SA DÉCOUVERTE. [Chap. VI.

. terre rouge, surmonté lui-même d'une couche de terre végétale, encore plus épaisse. » Or, ce lit de sable gris représente précisément les alluvions inférieures {diluvium gris des géologues parisiens), dans lesquelles les débris du renne ont été si fréquemment découverts depuis lors.

L'existence de ce cervidé à l'état fossile dans la France sep- : tenlrionale n'a plus rien qui nous surprenne aujourd'hui, et ' sa rencontre avec l'hippopotame à l'époque quaternaire est ,' toute expliquée, on l'a vu précédemment, par l'état des mij lieux.

Mais en 1754, les géologues étaient bien embarrassés, la plupart se refusaient à voir un renne dans l'animal d*Étampes. ' Et lorsque Cuvier, cinquante ans plus tard, aborda l'étude des ossements fossiles de ruminants, le fondateur de la paléontologie ne crut pas devoir se prononcer définitivement (1). Les doutes qu'il manifesta alors, et qui s'étendaient d'ailleurs au cervidé des tourbières de Scanie décrit par Retzius (2), sont reproduits tels quels dans la première édition du grand ouvrage sur les ossements fossiles (3) .

Les fouilles de la caverne de Breugnes, dans le Lot, fournirent de nouveaux matériaux dont l'étude hâta la solution de cet intéressant problème. Cette fois le grand naturaliste reconnut qu'entre les débris du cervus, associés à ceux du rhinocéros et du cheval dans le limon rouge de Breugnes, et les ossements du cervus tarandtis, la différence était à peine sensible, et tout en convenant qu'il lui restait quelque incertitude, il admit qu'on ne pouvait pas établir de caractères d'espèces sur des modifications aussi légères (A).

Ce que nous connaissons de l'étendue des variations que présente cet animal, justifie les hésitations de Cuvier et explique jusqu'à un certain point les déterminations erronées de

(1) Cuvier, Sur les os fossiles de ruminants trouvés dans les terrains meubles {Ann. du Mus. d'HisU Nat., t. XII, p, 362, Paris, 1808, in-H

(2) Mém. Aead., Stockholm, 1802, 4« trimestre, p. 285.

(3) Cuvier, Reeherdies sur les ossements fossiles, 1812, in-4*« t. IV, p. 29.

(4) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, nouv. éd., Paris, 1823, in4% l. IV, p. 87.

Chap. Vi.] SON EXTENSION GÉOGRAPHIQUE. 149

Marcel de Serres (1). On sait que des quatre espèces de cerfs, créées par ce nomenclateur, sur des caractères fugitifs, deux ont été restituées au renne par M. Edouard Lartet en 1861 (î).

Schmerling rencontra le renne dans ses admirables fouilles de Belgique ; M. Desnoyers Texhuma des brèches, de Montmorency, près Paris; et presque dans le même moment on annonçait sa découverte dans l'Allemagne Centrale. Laurillard et M. Lartet ont reconnu, en 1851, sa présence dans la collection recueillie par M. Philippe (3) dans la brèche d'Estaillets, aux environs de Bagnères-de-Bigorre (4). M. Pomel l'a retrouvé en Auvergne en 1854, M. Noulet, dans la Haute-Garonne en 1856 (5), M. P. Gervais, enfin, dans l'Hérault en 1860. Depuis cette dernière date, les trouvailles de cette nature ont été si nombreuses qu'il ne nous est pas possible de les énumérer.

De leur ensemble, il résulte que ce ruminant, apparu en Europe avec le mammouth et le rhinocéros à narines cloisonnées vers la période de transition dont le forest bed nous a conservé la faune, a partout vécu dans les mêmes contrées que le premier de ces grands mammifères.

Aux environs de Rome comme dans la baie de Eschscholtz, aux bords de l'Olénia comme à Bolturbet, en Irlande, il accompagne l'éléphant primitif. Associé à ce proboscidien dans la Russie d'Asie, il se rencontre avec lui dans les allu-

(1) Marcel de Serres, Notice ëur les cavernes à ossements du département de ri uie, Montpellier, 1839, in-4o avec pi.

(2) Ann, Se. Nat., 4« série, t. XV, p. 2i4, 1861. — Le travail de M. Gervais sur la môme question est posldrieur de trois ans à celui-ci (Acad, des Se. de ' Montpellier, 1864, t. VI, p. 66 et suiv. ^— Cf. La caverne de Bize et les espèces animales dont les débris y sont associés à ceux de Vhomme, par P. Gervais et Brinckmann. Montpellier, 1864, in-8 (Extr. du Af«May€r du Aft(2{>.

(3) Philippe, Mémoire sur les brèches osseuses des environs de Bagnères-de-Bi' gorre {Aet. de la Soc, Linn. de Bordeaux, t. XVH, p. 117 et pi. I, H^ 1851). — Cf. Philippe, Mémoire sur les cavernes â ossemefnis des environs de Bagnères»^* Bw/orre (ifttd., t. XVill, p. 140i 1852).

(4) La découverte du renne dans le midi delà France n'appartient donc pas à M. Gervais, qui n*a publié qu'en 1860 sa note sur la présence du grand daim et du renne parmi les fossiles du midi de la France {Comp. rend. Acdd. Se, t. L}, p. 634, 1860) .

(5) Pomel, op. cit., p. 103. — J.-B. Noulet, Fossiles et cailloux travaillés des dépôts quaternaires de Clermont et de Venerque (Haute-Garonne), Toulouse, 1865,in.8, p. 16.

150 EXTENSION DU HENNE DANS LE TEMPS. [Ciiap. Vi.

vions aDciennes de TEurope centrale (vallée du Rhin, Schtissenried, etc.), de l'Angleterre (vallées de TOuse, de TAvon, etc.), de la France (Blacourt, Menchecourt, Saint- Acheul, Chauny, Compiègne , Montmorency , Clichy , Levallois , Grenelle , Étampes, Neschers, Coudes, Pas-Cahus, Quatre-Coins, etc) et même de l'Italie.

Il est surtout abondant dans les grottes : parmi les plus célèbres de nos contrées, on peut citer celles de Rabenstein, en Allemagne ; de Kent , de Brixham , de Gower , de Wookey, etc., en Angleterre; d'Engis, de la Naulette, en Belgique; deBreugnes, d'Arcy, duChaffaud, d'Aurignac, etc., en France ; de Monte délie Giqje, en Italie.

Outre ces cavernes dans lesquelles animaux émigrés et animaux disparus ont confondu leurs débris, il en est d'autres, telles que les cavernes de Chaleux, de Savigné, de Bize« de Lourdes, de Brives, du Salève, de la Yache, etc., où le renne n'est plus mêlé à des animaux d'espèces éteintes. Ce cervidé a donc continué à vivre dans nos contrées après la disparition du mammouth, et cette survivance caractérisCi on Ta déjà dit, le laps de temps assez bien circonscrit, aun quel on donne spécialement le nom d'dge du renne (i). Lorsque l'équilibre météorologique qui s'était établi en Europe entre les différentes saisons aura été rompu sous les inr fluences continentales que nous avons fait connaître, Tani*. mal, chassé par ces modifications des milieux, regagnera lentement avec les autres mammifères boréaux les régions septentrionales. Nous suivrons sa marche rétrograde dans les dernières strates formées par les cours d'eau quaternaires, et jusque dans les dépôts des tourbières anciennes, avec lesquelles prennent fin la période post-pliocène, et la paléontologie du genre humain.

(i) Voyez plus haut. — 11 n'est pas inutile de faire observer que fe/^ertmi Buettardi et le Cervus Gwklandi des Anglais sont des variétés du renne. Il y a tout lieu de croire que le premier a été eréé d'après les restes déjeunes animaux, tandis que 1« second est un rieiiz sujet. (Cf. B, Dawkins, On a hyœna 4en, eU. Qtiart. Jcum, oflhe Geol, Soe. of London^ t. WK, p. 266, 18Q3.)

Chip. VI.] L'ÉLAN ET LE MEGACEROS. 151

L'élan et le megAeerm.

Deux cervidés, assez rapprochés l'un de Tautre, accompagnent souvent le renne, leur voisin zoologique. L'un s'est rapidement éteint, sous des influences inconnues ; Tautre vit encore dans le nord-est de la Prusse, où des lois sévères protègent son existence. Le premier se nomme megaceros d'Irlande (M. Hihernicxis), l'autre est l'élan commun [cervus alces). Celui-ci s'est répandu à l'époque quaternaire de l'Altaï aux Pyrénées. Il a vécu non-seulement dans l'Europe orientale et centrale, en Russie, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne et en Suisse, mais jusque dans le sud de la France, où Marcel de Serres et M. Philippe ont recueilli ses restes (1), et dans la Haute-Italie, en Lombardie, à Crema, Lodi, Pavie, etc. (2).

L'élan faisait encore partie de la faune de l'Europe centrale, dans la période néolithique (3) (habitations lacustres de la Suisse, Rûlimeyer), et César en parle dans ses Cornmentaircs. Le megaceros hibernicus, dont les limites dans le temps sont encore inconnues, paraît avoir survécu au renne (Wauchoppe). 11 est peut-êtte un peu plus ancien que les différents animaux quaternaires décrits dans les pages qui précèdent, car ses ossements ont été découverts à Walton (Essex), par exemple, dans des dépôts que les géologues anglais considèrent comme contemporains du dernier crag (4). Mais, aussitôt entré dans la faune post-pliocène, il devient le compagnon fidèle des autres mammifères caractéristiques de cette époque ; il a surtout été très-abondant dans les îles Bretonnes, en Irlande surtout d'où il a tiré son nom. On l'a plusieurs fois trouvé en Allemagne, à Sundwich et à Clèves, par exemple. La Belgique et la Suisse le comptaient au nombre

(1) Philippe, op, cU, (AcL Soc. Linn, de Bordeaux, t. XVHI, p. 140, 1852.) — P. Gervais, Remarques lur VaneUnneté de l'homme, tirées de- Vohservation des cavernes à ossetnents du Bas- Languedoc {Ane,, App,, 1864, p. 289.) — A. d'Ârchiac (Rep. Cours Seieni,, 1. 1, p. 350.)

(2) A. d'Archiac, Hist, des progr, de la géolf t. H, i'* partie, p. 235.

(3) Ch. Lyell, Ane,, 2« éd., p. 31.

(4) Voyeï plus Iput^ p. 103,— rÇf. IÇ^. Larfot, op. cit (Ane,, Appendice^ p, 238.)

i52 LE GLOUTON ET L'OVIBOS MUSQUÉ. [Chap. VI.

de leurs habitants quaternaires, et on Ta découvert en France dans les alluvions (Viry-Noureuil, canal de TOurcq, Clermont-sur-Ariége), dans les brèches et dans les grottes (Yallières, Laugerie-HautCi Aurignac, Bouichéta), jusqu'au pied des Pyrénées. On Ta même signalé, dit M. Ed. Lartet, « sur quelques points de la péninsule italienne (1), » à Borgo d'Arena, en particulier.

Le glonton.

Cet apimal, qui habite aujourd'hui la Norwége, la Suède, la Laponie et les régions les plus froides dos Russies d'Europe et d'Asie (mer Blanche, Sibérie, Kamtschatka), a vécu en Europe sous des latitudes bien plus basses. « Eichwald assure qu'on en a vu dans les forêts de la Lithuanie; Brincken l'a qbservé, il y a quelques années, dans la forêt de Bialowicz, d'où il a maintenant. complètement disparu ; Bechstein parle d'un glouton qui a été tué près de Frauenstein, en Saxe, et Zimmermann d'un autre qui fut abattu près de Helmstedt, dans le Brunswick (2). i II descendait plus bas encore à l'époque quaternaire. On Ta, en effet, rencontré un certain nombre de fois dans l'Allemagne du centre (Gaylenreuth, Sundwich, Bauman), et du sud (Schussenried), en Belgique (Engis, Trou des Nutons, .etc.) (3). On vient, dit-on, de le trouver dans Test de la France.

Ij'ovlbos HÉiisqaé,

Décrit pour la première fois à Tétat fossile par M. Quenstedt, en 1836 (4), ce bovidé, nommé aussi bœuf ou bubale

(l)Loc. cii., p. 238.

(2) Brehm, La vie des animaux illustrée, description populaire du règne animal, édition française, 1868, U 1, p. 595. — 11 est certain que, comme le fait remarquer M. Brehm, ces deux derniers gloutons étaient des animaux égarés.

(3) Ct.Nov.Act. Acad, NaL cur,, t. IX. — Sclimerling, op. cit,, t. I, p. 167. — Duponi, Élude sur Vetnographie.de l'homme de Vâge du renne dans les cavernes de U vallée de la Lesse, p. 61 (Ëxtr. des Mém. Acad. Roy, de Belgique t. XIX, 4867).

(4) Ch. Lyell, Aîïc, 2« éd., p.'l71.

Chap. VI.] SPERMOPHILES ET LEMBIINGS. 153

musqué, n'habite plus aujourd'hui que le nord de rAmérique septentrionale, au delà du 61» parallèle. Il s'est étendu, pendant la période quaternaire ancienne, grftce aux modifications climatiques dont nous avons fait l'histoire, de la baie d'Eschscholts jusque dans la vallée de la Vézère. Pallas, Ozeretkowsky et Richardson l'avaient découvert en divers points de la Sibérie. Quenstedt a déterminé un crâne de ce curieux animal, extrait d'un terrain de transport au Kreuzberg, faubourg de Berlin. Geibel l'a trouvé à Merseburg; M. Schmid (d'Iéna) dans les alluvions de la Saale ; MM. Kingsley, Lubbock, Ch. Moore à Maidenhead, Bromley et Bath Easton en Angleterre. Dans notre pays, on Ta trouvé seulement trois fois. L'abbé Lambert en 1859, à Viry-Noureuil près Chauny, le docteur Eugène Robert, quatre ans plus tard, dans le diluvium de Précy, près Creil (Oise), enfin M. Edouard Lartet, dans la station de Gorge-d'Enfer (Dordogne), ont eu la satisfaction de rencontrer ses intéressants débris (1),

Spermophile» et leuftinliigs.

Trois rongeurs, du genre spermophile^ sont encore à mentionner parmi les animaux du Nord, qui ont vécu dans nos régions tencipérées dans la période quaternaire. L'un, assimilé au spermophile souslik (sp. citilhis), a été trouvé par M. J. Des; noyers dans la brèche osseuse de Montmorency. Un second, h spermophilus erythrogenus, fait partie de la curieuse faune exhumée à Cro Magnon, dans la vallée de la Yézere, par M. Louis Lartet (2). Un troisième, que M. Pomel rapporte avec doute m stêpercUiostis de Kaup, fait partie de la faune alluviale d'Auvergne (Paix, Neschers, Coudres) (3). Ces deux dernières espèces ont été signalées en Angleterre, l'une à Mendip, Tautre dans la vallée de VAvon, près Salisbury (4).

(l)Ed. Larlet, Noie on ovibos moschalus (Quart, Journ. of the Geol, Soc. o( hnâon, t. XXI, p. 474, 1865) . — Cf. Belgrand, oj). cit., pi. LV^ LVI.

(2) Ed. Lartet, Remarki on the faune found in the caves ofQio Magnon (Reliq^^ AquU., p. 93).

(3) Pomel, op. cit., p. 18.

(4) Quart. Journ, jof the Geol, Soc. of London, t. XX, p. 19i, 193, 1864.

154 LA CHOUETTE ET LES TÉTRAS. [Ghap. VL

Le lemming commun de Norwége {Myodes lemmim) et son proche parent, le lemming à collier [M. torquatus), sont venus dans le sud en même temps que les spermophiles. Le pre^ mier s'est avancé jusqu'à Coudres, en Auvergne; le second semble s'être arrêté en Allemagne vers la Saxe prussienne (1).

La clioaeMe harfang et les tétras.

Dans presque toutes nos cavernes du Centre et du Midi on a découvert des ossements d'un rapace nocturne, qui, déterminés tout d'abord comme parties de squelette de grand-duc, de hibou ou d'effraie , ont été rapportés, par M. Alphonse Milne Edwards, à la grande chouette harfang (Stryx nyctea^ Linné). Les études d'ornithologie de ce savant paléontologiste lui ont démontré que le squelette de cet oiseau présente des particularités anatomiques si remarquables, que l'on peut déterminer avec précision la plupart de ses os isolés. Ces caractères décisifs se retrouvent sur un fort grand nombre de pièces recueillies dans le Midi de la France.

La chouette harfang , dont Thabitat actuel se limite aux îles Shetland, vers le sud, a donc vécu plus de quinze degrés plus bas pendant les temps post-pliocènes. Avec cet oiseau de proie se sont trouvés, dans les dépôts des grottes, ses victimes ordinaires, les tétras, le tétras des saules (Tétras saliceti), le tétras à queue fourchue (T. tetrîx) et le grand coq de bruyère (r, urçgalLus), .Ce dernier, dont M. Van Beneden a constaté la présence dans les cavernes de Belgique, ne se montre plus que rarement d^ns l'Europe tempérée ; il abande, au contraire, m Suède, en Norwége, dans les Russies d'Europe et d'Asie.

Le tétras à queue fourchue est moins rare dans nos contrées, mais celui des saules, dont les débris fossiles sont si ^boudants dans nos grottes, a complètement abandonné J'Ei^rope centrale pour la Suède, la Laponie, etc. (2).

(f) Pomel, op. cit., p. 184. — Gh. Lyell, 4nc., 2? é(}., p. 17f. (è) A, JUilne Edwards, Faune ornifhologique quafer'naire {institiU du % ao^t J9^5, p. 24i). - Mat pour Vhist., etc., U II, p. 25, septembre iSdî,

Chap. VI.] LOIS DE GÉOGRAPHIE ZOOLOGIQUE. 155

Loi» de géographie soologlqne. — Hlgratioao en latflade

et en altiiade.

Le midi de la France, Tltalle centrale, le Wurtemberg, la Roumélie, la Basse-Podolie, en Europe ; en Asie, le versant nord de FAltaï, la Mongolie, sont les points extrêmes connus qu'aient atteints vers le sud les animaux' septentrionaux de l'époque quaternaire. Peu abondants aux confins méridionaux de cette région zoologique, ils deviennent d*autant moins rares qu'ils sont plus rapprochés de leur point de départ. En même temps, le nombre de leurs espèces augmente, comme on voit aujourd'hui les espèces ou les races franchement boréales prendre une plus grande importance relative dans les faunes du nord de l'Ancien ou du Nouveau Monde, quand on se rapproche des milieux climatiques qui leur sont le plus favorables. Le renne, par exemple, qui, au temps de Pallas, descendait en Russie jusque vers le 45® degré (1), et que l'on trouve encore aujourd'hui dans certains endroits au 52® degré (2) , est aussi le premier des animaux boréaux survivants que l'on rencontre vers le 42* degré dans la faune quaternaire, quand de la Sicile on se dirige par la pensée vers le nord de l'Europe (3). L'élan vient ensuite, à Ibenhorst, au delà du 55® degré ; il s!étendait, à l'époque post-pliocène, jusqu'au pied des Pyrénées et dans la Haute- Italie méridionale. Les spermophiles, dont la limite est aujourd'hui située à des latitudes intermédiaires à celles où le renne, d'une part, et, de l'autre, l'élan peuvent se trouver à présent, atteignaient, dans le midi de la France, sous le 45^ parallèle, das limites d'extension intermédiaires à celles de ces deux cervidés. Le glouton, qu'on commence à rencontrer en Norwége, vers le 60" degré, a pénétré jadis au delà du 47^ Les lemmings, qu'on voit maintenant du 62® au

(1) Pallas, op. eii., t. V, p. 231.

(2) Brehno, La vie de^ animaux illi^slrée, description populaire ()a rôgp^ (animal, i. II, p. 482. '- '

(3) B\^LSiOe. QéoL ^e France, 2« ijér., t, X}ÇI V, p. 123, 18Q7; t. %X\l, p. U,

156 MIGRATIONS DES ANIMAUX [Cuap. VI.

82® degré, ont autrefois prospéré du 46® au 52% et, des rongeurs quaternaires de ce genre, le plus septentrional, le lemming à collier, n'est pas descendu autant vers le sud que le lemming vulgaire (1).

De ces divers faits et de quelques autres encore, qu'il serait trop long d'énumérer ici, il a été possible de conclure, ce qui n*est pas sans importance pour la paléontologie de l'homme, que les animaux septentrionaux dont il vient d'être question présentaient en général une môme distribution zoologique relative. Nous disons en général, parce qu'il y a des exceptions à la règle que nous venons de formuler. Ainsi, le desman musqué du forest-bed du Norfolk vit maintenant en Russie, sous les mêmes latitudes qu'il occupait autrefois, et le saïga de France et de Belgique parcourt en troupes nombreuses la Russie méridionale.

Ces exceptions sont d'ailleurs souvent plus apparentes que réelles. Le renard blanc, par exemple, qu'on a découvert à l'état lossile, vers le 47® parallèle, ne se rencontre plus maintenant que dans les régions circumpolaires. Mais les poursuites ardentes des chasseurs ont bien plus contribué que toute autre chose à le rejeter ainsi vers l'extrême nord (2). L'ovibos musqué ou umingavak, que M. Éd.' Lartet a trouvé fossile dans la Dordogne, s'est retiré de même au delà du 61*^ degré, traqué par les Esquimaux qui recherchent sa viande, sa laine et son cuir. Les mêmes causes ont modifié, dans leur répartition actuelle, les espèces montagnardes, celles des Alpes en particulier ; les chasses dont quelques-unes d'entre elles sont l'objet ont complètement bouleversé la géographie zoologique de nos chaînes de montagnes.

Sans cette cause d'erreurs, il serait possible de constater,

(1) Cf. Congr. Intern, d'Anlhrop,, 2' sess., Paris, 1867, p. 66. — Voy. plus haut, p. itii.

(2) Dans un remarquable arlicle publié dans la Revue des Deux Mondes, par M. J. do Lastoyric, la migration de ce renard vers les solitudes septentrionales est attribuée aU prix cxxcssif que Ton paie de sa fourrure dans les comptoirs de la Compagnie'de la B;\ie d'Uudson. En i867, uue peau de cet animal se vendait 70 livres sterling, c'est-à-dire 1750 francs. (J. de Lasteyrie^ Le territoire de la Baie d'Hudson (Reo. des Deux-Mondes, i«' novembre 1867, p. 231.)

Chap. VJ.l EN LATITUDE ET EN ALTITUDE. 157

par rapport à l'altitude, des successions de faunes coaipa- , râblés à celles que les variations de latitude mettent sous les yeux du voyageur qui marche vers le Nord. La comparaison de ces faunes superposées en quelque sorte les unes aux autres sur les flancs des montagnes avec celles dont les débris fossiles ont été rencontrés dans les plaines à des niveaux de moins en moins rapprochés de la mer, permettrait d'établir un rapport intime entre les faits que l'on vient de rappeler, et dont l'ensemble compose cette grande migration en latitude^ l'un des phénomènes les plus remarquables de la période pôst-pliocène, et ceux que nous allons décrire sous le nom de migration en altitude.

li'onm des caveme» et l'oiim volgalre.

La faune boréale ne se compose pas seulement, en effet, des dix ou douze espèces dont nous venons d'esquisser l'histoire. Elle comprend, en outre, un certain nombre d'animaux qui vivent aujourd'hui dans les massifs montagneux des Alpes et des Pyrénées, par exemple. A côté du tétras des saules, émigré vers les terres Scandinaves, il nous faut placer le tétras lagopède, qui s'est retiré sur les sommités neigeuses ; à côté du renne et de l'élan, le chamois et lé bouquetin, les ours près du glouton, les marmottes près des lemmings, etc. C'est encore six ou sept espèces dont il nous faut résumer en quelques lignes la paléontologie.

La liste de ces animaux commence, comme la précédente, par un mammifère éteint. Il devait vivre dans les montagnes, comme ses congénères actuels, il a joué un rôle important dans la faune que nous étudions. C'est le grand ours des cavernes.

Dès la fin du xvni® siècle. Camper et Blûmenbach avaient vaguement distingué deux types d'ours fossiles allemands. L'un de ces animaux, plus grand, plus fortj plus abondam- . ment répandu, présentant des caractères anatomiques particuliers, reçut de Goldfuss le nom (ÏUrsus spelœus; Vautre,

158 L'OURS DES CAVERNES. [Coxp. VI.

jugé plus semblable à l'ours vulgaire {U. aretoi) fut appelé arctoidœus. A ces deux espèces, les paléoatolc^istes en ont successivemeDt ajouté un assez grand nombre d'autres : Ynrsus priscus de Goldfuss, l'urius Leodiensis de SchmecUng, Vursus Nesckersensis de Croiset, Vursus Pittorii de Marcel de Serres, Vursus Eirusctis, des terrains meubles de la Toscane nommé par Cuvïer, Vursus planifrons de M. Detiny, des marnes sous-tourbeuses d'Irlande, Vursus Boarguîgnati trouvé dans la caverne de Mars près Saiat-Cézaire, l'wsws Lartelianus du Thaya, en Algérie, etc. (l).'Nous n'avons à nous occuper ici que des deux espèces communes, les seules vraiment importantes dans la période que nous étudions, dont les limites de variations sont d'ailleurs très-étendues, et dans lesquelles semblent rentrer les divers ours qu'on vient d'énumérer, les derniers exceptés, qui appartiennent plutôt au groupe des ursidés maritimes.

Fig. 28.

Fig. 18. — Téie d'oun ia uvemu [Vrnu iptltmi).

L'ours des cavernes proprement dit, auquel se rapportent Vursus Pittorii, Vu. Nesehersensis, etc., a occupé la Sibérie et l'Europe presque entière, mais il est surtout abondant dans

(1) Cf. Goldfass, loe. «if. — Schmerling, Rechercbet tur la otsementi faitilti iieimvtrUdani lei cavemti de la province iê Liège, I. I, p. 86, etc. — Coagr. Inlernat., i-seas., Paris, 1867, p. 93. — Pomel.op. «(. — Ed. ULtlet, Noie lar (feu* WlM de eaTnaisiert fottiles, urtut et felii, elc. (Ann. Se. Nat., S* série, (. VKI, p. 1^7et pi. IX, etc.

Ghap. VI.] SA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 159

les grottes, dans celles en particulier qui sont ouvertes près des montagnes ou dont les niveaux sont relativement élevés au-dessus de la mer. Il est rare, au contraire, dans les alluvions, et surtout dans les alluvions éloignées des massifs montagneux; ainsi, dans toute là vallée de la Somme, il n'a été rencontré qu*à Menchecourt (1), encore M. Éd, Lartet déclare-t-il qu'il a vainement cherché jusqu'à présent à vérifier sur quelle pièce avait pu être établie la mention de cet animal dans la faune des bancs diluviens d'Àbbeville (2). L'ours des cavernes manque également dans les couches quaternaires du bassin de la Seine, mais MM. Watelet et de Saint-*Harceaux le font figurer parmi les animaux du gisement de Gœuvres, dans l'Aisne, où il est associé aux instruments de l'homme et aux ossements du mammouth, du rhinocéros à narines .cloisonnées, de l'hyène des cavernes, etc. (3). M. Wyatt Ta ^ trouvé dans les graviers de Bedfort (4). On l'a rencontré dans le lehm enBrisgau, puis à Sigmaringen, en Wurtemberg, et au Pauwang, en Suisse (5).

La rareté des ossements du grand ours dans les dépôts alluviaux, leur fréquence dans les cavernes tient surtout, nous semblert-il, aux habitudes des animaux de ce genre. Les Zoologistes nous apprennent, en «effet, que les ours vivent trèsvolon|4^r;^ dans les grottes, et quant à leur abondance relative dans les antres les plus élevés, si nettement constatée par M. Garrigou, en particulier, dans la vallée derAriége(6), elle s'explique par les habitudes de ces plantigrades que l'on voit aujourd'hui s'écarter peu des hautes montagnes.

Le nombre des cavernes dans lesquelles l'animal a été recueilli est extrêmement considérable : nous avons cité plus

(1) Buteax, esquisse géologique du département de la Somme, %• éd., Abbe* ville, i864, in-8% p. 106.

(2) Ane., Appendice, p. 132. — Cf. Ch. Lyell, Ane., %• éd,, p. 136. — Lubbock, op, dt,, p. 240.

(3) Cf. Watelet, V âge de pieri'e,., dans le département de V Aisne, Veryins, 1S66, in-4o avec 6 pi.

(4) Boyd Dawkins, loc. eit , p. 90.

(5) A. d*Archiac, Hitt, des prog. de la géologie, t. lU 1'* p., p. 250, 287. — Rev. Cours, Scient,,}, î, p. 422, 1864.

(6) F. Garrigou, Étude comparative des alluvions quaternaires anciennes et des cavernes d ossements. Paris, 1863, in-8», etc.

160 SON EXTENSION DANS LE TEMPS. [€BAr. VI.

haut celles de Gotencher et deBaume, dans le Jura(l). En Allemagne, le massif franconien a fourni des monceaux de débris de ce gigantesque animal ; les cavernes de Gaylenreuth, de Rabenstein , de Hockas , de Sundwich , de Bauman , de Scharzfeld, d'Erpiirgen, renferment des milliers d'os et de dents du grand ours. Kirkdale, Kent'sHole, Brixham, Gower, Wookey, en Angleterre ; Engis, Monfat, en Belgique ; Échenos, Nabrigas, Lunel- Vieil, Faùsan, Aurignac, rHenn, Bouichéta, Massât , en France ; Géré, en Yéronais ; la grotta alV onda, dans les Alpes Apuanes; Ségovie, en Espagne; Réale, près Longone, dans Tîle d'Elbe (2), peuvent encore être cités parmi les principaux gisements de Tours dans l'Europe occidentale. On voit que cet animal atteint à peu près, vers le sud, la même limite que Téléphant et le renne.

Son extension dans le temps serait bien plus considérable, d'après M. Dupont et M. Regnoli. En effet, dans les dépôts de Glacton, en Norfolk, comme en Suisse, en Auvergne, et Scandinavie, il fait déjà partie de la faune pliocène supérieure (3), et, pour le premier de ces observateurs, il constituerait en Belgique un âge à part, postérieur à celui du mammouth. Pour le second, il aurait été contemporain, dans les Alpes Apuanes, de la pérjode néolithique. .

Gette dernière opinion ne repose que sur un fait qui ne nous a pas paru bien établi. Grâce à la bienveillance de M. Éd. Larter, nous avons pu examiner, en effet, un certain nombre d'ossements à'ursus spelœusXuéiS de la grotta aW onda, fouillée par M. Regnoli , et nous croyons pouvoir établir avec M. Tardy qu'il y a eu des remaniements dans cette cavité, et qu'une confusion a eu lieu entre des pièces primitivement déposées à des niveaux divers ; car les restes de Tours des cavernes et ceux des autres animaux trouvés au même point diffèrent complètement d'aspect, et la fossilisation des premiers est bien plus complète que celle des seconds. Il n'y a donc pas lieu d'atta-

(1) Voyez p. 11.3 01115.

(2) H faudrait y ajontpr le Thaya, en Algérie, si. comme semble l'indiquer larédaclion des Matériaux pour Vhùi, primitive (t. W, p. 80); VUnut Larle-

iantii qa'on y a IrouTé n*est qa'une variété da tpeUew,

(3) Voyeï, plus haul, p. 85, 86, 103. — Cf. Larlcl,ilfic., App., p. 231.

Chap. VI.J théories DE MM. REGNOLL ET DUPONT. 161

cher à cette découverte une autre importance que celle qu'elle a justement acquise en prouvant Texistence du grand ours sous cette latitude à une époque qui reste indéterminée (1 ) .

Les faits qu'a donnés M. Dupont ont été recueillis avec beaucoup de méthode, mais ils sont trop peu nombreux pour qu'il soit prudent de créer d'après leur étude comme l'a fait l'explorateur des cavernes belges, un étage spécial à Ursus spelœus est superposé à Y étage du mammouth (2). Si d'ailleurs M. Dupont a trouvé à Chaleux (3) les débris de cet animal dans des argiles sablonneuses formant la partie supérieure d'un dépôt graveleux stratifié qui renferme ailleurs à sa base les restes de l'éléphant primitif, il ne faut pas oublier que cet observateur a recueilli une dent canine d'ours des cavernes au Trou-du-Frontal, dans le dépôt graveleux lui-même (4), et que la confusion de nos deux espèces éteintes *est aussi complète dans le trou du Sureau fouillé par M. Dupont (5) que dans maintes cavernes d'Angleterre, de France et d'Allemagne, telles que celle de Brixham, près Torquay, étudiée avec tant de soin par Falconer et M. Prestwich, celle de Rabenstein en Franconie, ou celle d'Aurignac dans la Haute-Garonne.

En résumé, il nous semble résulter de la comparaison des faits les mieux observés que l'ours des cavernes a vécu à peu près aussi longtemps que les mammouths ; qu'il devient rare dans les moyens niveaux des grottes en même temps que ce proboscidien dans les moyens niveaux des alluvions, et s éteint comme lui un peu avant cette période que l'on appelle Uge du renne. (Voyez p. 8.) Aussi avons-nous cru devoir confondre les deux étages géologiques de M. Edouard Dupont,

(1) Cf. Regnoli, Ricerche paleoethiiolo^iche nelle Alpi Apuane (Kxlr, du Nuovo Cimento). Pisa, 1867, in-8s p. 13 et pi. XII.

(2) Ed. Dupont, Élude sur le terrain quaternaire des vallées de la Meuse et de (a Lesse dans la province de Namur. (Ûxtr. des BulL Acad. Boy. de Belgique, 2'sér., t. XXI, n0 5, p. 52.)

(3) fid. Bnponi,- Étude sur les cavernes des bords de la Lesse et de la Meuse explorées jusqu'au mois d'octobre 1865. (Extr. des j8ii^/. Acad, Roy. de Belgique, 2«sér., t. XX, no 12,^ p. 13.)

(4) Ed. Dupont, Étude sur les fossiles scientifiques exécutés pendant Vhiver ie 1865-66 dans les cavernes des bords de la Lesse. (Extr. des Bull. Acad. Roy. (i» Belgique, 2« sér., U XXII, n»7, p. 26.)

(5) Ed. Dupont, Étude sur les cavernes du bois du Foy, à Montaigle. (Extr. Bull. Acad. Roy. de Belgique» 1868.)

BAMY. -^ PALÉONT. HUM. 11

162 L'OURS VULGAIRE. [Ghap. VL

comme nous fusionnons les deux âges paléontologiques indiqués d'abord par M. Lartet.

L'ours vulgaire {ursus arclos) et ses variétés désignées tour à tour sous les noms à'iirsus arctoïdeus^ priscus^ leodiensis, etc., a vécu à côté de son congénère gigantesque dans les plaines quaternaires, surtout au voisinage des grandes chaînes de montagnes. A Bize, M. de Christol, à Poudres, M. Emilien Dumas avaient reconnu sa présence, il y a plus de quarante ans (1); on a très-fréquemment recueilli depuis lors ses restes dans les grottes tant au pied des Pyrénées ou des Alpes que dans le voisinage des Ardennes, du Harz, etc.

Depuis répoque lointaine dont nous nous efforçons de reconstituer l'histoire, Tours vulgaire a émigré en altitude, tant sous Tinfluence des modifications climatiques que par l'intervention de Thomme. Il n'était pas encore devenu rare au moyen âge ; la chasse à Tours fut un des plaisirs aristocratiques que chantèrent le plus volontiers les trouvères. Et c'est à peine si quelques massifs de montagnes d'un difficile accès offrent encore aujourd'hui à des altitudes élevées un asile contre l'homme à l'un des héros les plus célèbres du fameux roman du Renard. Les Pyrénées, les monts des Asturies, le Jura français, les Alpes du Valais, des Grisons et du Tyrol, les Abruzzes, les Carpathes, la chaîne transylvanienne, les Balkans, les Dofrines, le Caucase et TOural sont les seules retraites où Tours vulgaire se soit maintenu jusqu'à présent. L'extension toujours croissante de l'homme finira certainement par Ten chasser comme, aidée par les agents naturels, elle Ta banni depuis l'époque post-pliocène des plaines boisées de TEurope (2).

Le ehamolfl eC le bominetln.

L'émigration en altitude se montre bien plus frappante chez ces deux ruminants que chez les ours, dont on vient de résu-

(1) Cf. De Christol, op, cit., p. 7 et 9.

(2) Cf. Marcel de Serres. Des espèces perdues, etc. (BulL Soc, Géol. de Fr., 2« série, t. xvii, p. 265. 1860.)

Chàp. VI.J le chamois et le bouquetin 163

mer l'existence quaternaire, et qui peuvent s'adapter à un milieu relativement chaud. Il n'en est pas de même du chamois et du bouquetin. On s'est efforcé vainement de placer ces animaux dans des milieux moins froids que ceux qu'ils occupent, et ^ont l'altitude est cependant déjà considérable; toutes les tentatives de ce genre ont malheureusement échoué. A Chambéry et à Annecy, élevées au-dessus du niveau de la merde 300 et 450 mètres, de nombreux essais ont été faits pour acclimater ces deux animaux. « Non-seulement, dit M. de Mortillet, auquel nous empruntons ces renseignements, non-seulement, ils ne s'y reproduisent que très-accidentellement, mais encore tous les sujets expérimentés périssent en peu de temps (1). »

Ces animaux, qu'on ne rencontre aujourd'hui que rarement, et sur les plus hauts sommets des Alpes, des Pyrénées, etc., ont vécu jadis jusqu'à 150 mètres, 100 mètres et moins audessus de la mer. Marcel de Serres a trouvé le chamois à l'état fossile dans les brèches osseuses de Caunes, près Carcassonne (2), M. Philippe, un peu plus tard, aux environs de Bagnères de Bigorre (3). M. Lartet a restitué à cette espèce VAnîilope Christolii de Marcel de Serres, trouvée longtemps avant à Bize ; depuis lors on a reconnu la présence de cet animal montagnard dans les cavernes quaternaires de Combe-Granal, des Eyzies, de Bruniquel, du Bas-Massat, de Lourdes, en France ; de Chaleux, des Nutons, du Bois-du-Foy, en Belgique, etc.

M. Paul Gervais s'attribue la découverte du bouquetin quaternaire. « Depuis que j'ai signalé, dit ce paléontologiste, la présence des ossements de bouquetin dans la caverne de Mialet (Gard), dans celle de la Salpétrière, près Ganges (Hérault), auprès du Puy-en-Yelay (Haute-Loire), et dans le département du Puy-de-Dôme, il a été observé des restes du même genre de ruminants dans divers autres gisements également pleistocènes, particulièrement dans les grottes de

(1) Congr, Internat., 2« sess., Paris, 1867, p. 65.

(2) M, de Serres, Sur de nouvelles cavernes de VAude, Voy. Y Institut, 3 no< veinbre i842.

(g) Philippe, loc, cit., t. XVIII, 1852.

i64 MARMOTTES, LAGOMYS, ETC. [Chap. Y1.

la vallée de Tarascon (Ariége), par M. Garrigou ; aux Eyzies (Dordogne), par MM. Lartet et de Yibraye; à Bruniquel (Tarn-et-Garonne) , par M. Brun; dans la grotte des Cinq- Fenêtres, près Chaînes (Ardèche), par M. Jules OUier, et même en Belgique par MM. Yan Beneden et Dupont (1). »*

M. Gervais aurait pu, dans cette liste, faire une place honorable à M. Fontan, dont les recherches ont amené la découverte du bouquetin dans la caverne inférieure de Massât (2) et citer encore les gisements bien connus de Combe-Granal, du Pey de TAzé, de Lourdes, des Battuts, de la Vache, dont MM. Lartet, Alph. Milne-Edwards, Garrigou ont enrichi la paléontologie du Centre et du Midi de la France. Il convient de mentionner à la suite des précédentes la station du Salève exploitée par MM. A. Favre et Thioly, celle de Cro-Magnon fouillée par M. Louis Lartet, celle de Montastruc par M. Peccadeau de Lisle, le Trou-des-Nutons et le Troudu-Frontal enfin étudiés par M. Edouard Dupont.

Maniftottes, lagomjs, ete.

Les marmottes quaternaires, qu'elles se rattachent à la marmotte vulgaire (arctomys marmotta) , ou à une espèce très-voisine qu'on a désignée sous le nom de jpnmijfem'a, séjournaient, comme le bouquetin, le chamois, etc., à des altitudes relativement peu élevées. On sait que les rrctomys habitent maintenant les hautes cimes des Pyrénées, des Alpes et des Carpathes, en Europe, la Sibérie méridionale, en Asie. Or, ils ont pu vivre à Mosbach, près Wiesbaden, et à KOstritz, près Mayence (H. deMeyer), c'est à-dire à 300 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer (3). Plusieurs squelettes de marmottes ont été déterrés dans le loess d'Aix-la-Chapelle (4). Cet animal a fait partie de la faune quaternaire de la Seine

(1) p. Gervais, L Ancienneté de Vfiomme, etc., Paris, 1857, in-4% p. 99.

(2) Ane., Appendice, p. 247, fo2.

(3) Bihl. Univ., t. V, p. 383, 1847. — Wlnstitutdvi 11 novembre 1847.

(4) Ch. Lyell, Ane, 2« éd., p. 366.

Ghap. YI.] animaux des ZONES TEMPÉRÉES. 165

(barrière d'Italie). On Ta découvert à l'état fossile dans les environs de Mantes, de Caen, de Niort, de Toul et d'Issoire, au Mont-Salève et dans quelques grottes du Midi.

Il nous reste, pour achever Ténumération des animaux émigrés en altitudes à nommer le lagomys alpin, le campagnol des neiges, etc., qui ont depuis longtemps quitté, sous les influences que nous connaissons, les plaines pour les montagnes.

Toute cette faune glaciaire se relie par un certain nombre d'animaux des zones tempérées qui vivaient à son contact, à la faune méridionale qui a envahi l'Europe par le Sud. Ces mammifères que l'on peut apçeler indifférents^ si l'on se place au point de vue spécial qui nous intéresse dans leur étude, sont, parmi les insectivores, le hérisson, la musaraigne, la taupe; parmi les carnassiers , le blaireau , le putois , la belette , l'hermine, la marte, la fouine, la loutre, le loup, le renard, le chat; parmi les ruminants, le cerf commun, le chevreuil, la chèvre , un bœuf dont nous allons parler , Vaurochs {bison Europœus) qui nous arrêtera également quelques instants; le cheval et l'âne parmi les solipèdes; enfin, parmi les rongeurs, le lapin et le lièvre, le campagnol, le loir, le mulot et le hamster. Quelques auteurs ont fait de ce dernier un animal émigré, mais on le trouve encore près de Strasbourg, et il est commun dans toute l'Allemagne. Pourquoi manque-t-il généralement dans la faune française ? Nous ne saurions le dire. Cela n'est-il point exactement comparable à l'absence du loir et du lérot dans la faune actuelle des îles Britanniques ?

Le bœnf prlmltir et le bison d'Europe.

Dans son remarquable travail sur le dédoublement de la faune quaternaire, M. Edouard Lartet n'a pas cru devoir fixer la place qu'occuperont dans cette répartition les espèces de bovidés post pliocènes. Leurs rapports avec les bovidés tertiaires supérieurs et avec les espèces ou les races actuelles, n'ont pas été déterminés d'une manière précise, et les caractères qui

166 L'AUROCHS OU BISON D'EUROPE. [Chap. Y1.

distinguent l'un de l'autre les principaux représentants de ce groupe dans la dernière période géologique ne sont même pas toujours faciles à reconnaître. De telle sorte que les limites géologiques et géographiques du bœuf primitif et du bison d'Europe sont encore un peu douteuses. Ce que Ton sait de leur extension dans Tespace, c'est que l'aurochs ou bison d'Europe [B, Europœm) s*est trouvé fréquemment à rétat fossile dans toute l'Europe, et qu'on a constaté sa présence jusqu'en Italie, et que le bos primigenim {bos urus, urm priscus) abondant en Suède, en Danemark, en Angleterre, en Allemagne, en France, a passé les Alpes et les Pyrénées et s'est répandu jusque dans l'Afrique septentrionale (P. Gervais). Quant à leurs limites dans le temps, M. Lartet, qui a si bien étudié la question , dit du premier, Taurochs, qu'il semble dater d'une époque antérieure au mammouth (1), que ses restes se trouvent à tous les niveaux dans les assises diluviennes, qu'ils sont aussi très-abondants dans les cavernes, mais deviennent plus rares dans les tourbières de France . Il a survécu au renne dans certaines grottes ; on le trouve dans les kjoekkmmoeddings du Danemark et sous les pilotis de la période néolithique en Suisse. M. Ed. Lartet a cru reconnaître l'aurochs dans une monnaie des Santones de la collection de M. de Saulcy, et peut-être aussi sur une autre monnaie des Bellovaques. Il est vrai, dit ce savant maître, que César n'a pas mentionné l'aurochs comme habitant les Gaules, ni même la forêt Hercynienne, à l'époque de la conquête. Mais, en divers passages de Pline et de Sénèque, rapportés par Cuvier, la Germanie est signalée comme fournissant deux espèces de bœufs, le bison et Turus. M. Steenstrup,cité par M. Morlot, a pensé que leveson omnipotens dont il est question dans la Chronique de Saint-Gall (x^ siècle) n'était que le synonyme de l'urus ou bos primigenitis^ dont les moines faisaient servir la viande dans leurs repas. Néanmoins,

(1) M. Owen a cité l'aurochs, en Angleterre^ dans plusieurs gisements considérés comme étant de l'âge du crag de Norwich {HisL ofthe Bntish fois. Mamm., p. 494), et M. Pomel le place en Auvergne et dans le bassin de la Loire, avec les espèces de la faune antérieure à celle du diluvium proprement dit. Voyez Lartet, op. cit.. Ane., Appendice, p. 243.

Chap. VI.] LE BOEUF PRIMITIF. 167

le poëme des Niebelungen (xiii® siècle) fait encore figurer les deux races dans la chasse de la forêt de Worms (1).

Le bison d'Europe ou aurochs, qui vivait encore en Poméranie au xiv® siècle, au xv« en Prusse, au xvi« en Lithuanie, au xvu® dans la Prusse orientale, entre Tilsitt et Laubian, enfin au xviii® en Transylvanie, ne se trouve plus aujourd'hui que dans la forêt de Bialowicza (2). M. Issakof vient d'en signaler un nouveau troupeau dans le Caucase (3). Il paraît qu'on le rencontre aussi en Asie, aux bords du lac Ho-Ho- Noor (4).

Le bœuf primitif apparaît dans les assises inférieures du diluvium. M. H.-J. Gosse a trouvé dans les alluvions de Grenelle une pointe de flèche en silex en contact avec un fragment de côte de bœuf et adhérente à l'os par le sable humide (5). Cet animal s'est montré très-abondant, dans les tourbières, dans celles de la Somme en particulier. M. Nilsson a cité en Suède le squelette d'un individu portant la trace d'une blessure qui lui avait été faite par une

(1) Ed. Lartet, op. cit,, Ane., Appendice^^. 244.

(2) Les rois et les nobles polonais et lithuaniens se sont occupés avec zèle de la conservation de ces animaux. On en avait, dit M. Brehm, dans des parcs, à Ostrolcnka, à Varsovie, à Zamosk, etc. Mais à mesure que la contrée se peuplait, que les cultures s'étendaient, cette protection devenait impossible; les forêts étaient éclaircies, et les bisons étaient de plus en plus refoulés. Ils continuèrent à séjourner pendant un certain temps dans la Lithuanie prussienne, surtout entre Laubian et Tilsitt, où les forestiers en avaient soin, les nourrissaient, en hiver, sous un hangar couvert. Très- rarement on en prenait un, pour l'envoyer en cadeau à une cour étrangère. Ainsi, en 1717, on en donna deux au landgrave de Hesse-Cassel et au roi Georges d'Angleterre, et en 1738 à Timpëratrice Elisabeth de Russie. Mais, au commencement du xviii* siècle, une épizootie enleva la plupart de ces animaux, et le dernier tomba sous la balle d'un braconnier. Les bisons de la forêt de Bialowicza auraient eu sans doute le même sort si les rois de Pologne et, plus tard^ les empereurs de Russie ne s'étaient spécialement oecupés de leur conservation. Aujourd'hui leur nombre est assez considérable. D'après un dénombrement fait en 1829, il y avait 711 bisons, dont 633 adultes, 48 veaux seulement en étaient nés; l'année suivante, il y en avait 722; en 1831, leur nombre, à la suite de la révolution, était redescendu à 557. A partir de cette époque, les lois que l'on rendit furent encore plus sévères, et, depuis, ces animaux se sont multipliés. Le pasteur Eawall les a estimés à 1543, en 1853. (Brehm,*7te des animaux : Animaux, trad. cit., t. II, p. 646.)

(3) Issakoif, Note sur V existence de V Aurochs ou bison d'Europe dans le Caucase. {Bull. Soc. d'Acclimat., 1868, n» 4, p. 145.)

(4) Brebm, Vie des animaux, loc. cit,

(5) Bull. Soc. Anthrop. de Paris, 1. 1, p. 303, 1860.

168 LES CHEVAUX. [Chap. VI.

flèche de silex (1). Les aborigènes du Danemark, aussi bien que les habitants lacustres de la Suisse, mangeaient le bos primigenius. M. Woods (Owen, Hist. of Brit. foss. mamm., p. 503) a mentionné la découverte d'un crâne et de cornes d'urus dans un tumulus des Wiltskire-Downs. C'est des animaux de la forêt Hercynienne, celui que César a le plus exactement décrit. Au x® siècle, il était encore servi sur la table des moines de Saint-Gall, et Turus figure également dans les chasses de la forêt de Worms, chantées par l'auteur des Niebelungen{xi\i^siec\e)[2).Le bœuf primitif n'avait pas complètement disparu au xvi« siècle de l'Allemagne selon Herberstein, et, à cette époque, on conservait encore en Angleterre, comme de précieux trophées, plusieurs têtes de cet animal au château de Warwick, où l'on racontait qu'ils avaient été tués paf les derniers seigneurs de ce domaine. On n'est pas éloigné d'admettre, en ce dernier pays, que les célèbres bestiaux sauvages de Chillingham, et même quelques bœufs domestiques, représentent Vurus dans la faune actuelle (3).

Les cbeTanz.

Les chevaux, comme les bœufs, étaient cosmopolites dans les premiers moments de la période post-pliocène. On les trouve partout, avec des races ou des variétés qui ont quelquefois reçu des noms spéciaux {equus adamiticus, piscenensis, Larteti, etc.) et parmi lesquelles il en est une très-remarquable que M. R. Owen a nommée plicidens, à cause des complications que présente son émail dentaire.

Nous ignorons, ou peu s'en faut, les relations qui peuvent exister entre les équidés quaternaires et nos chevaux domestiques. Aussi est-il présentement impossible de leur fixer une limite dans le temps. Quant à la limite dans l'espace, nous savons, depuis la publication du mémoire de M. Bayle sur

(l)Nilsson, op. cU.f irad. fr., Paris, 1868, in-S", p. 125.

(2) Ed. Lartet, op, cit.. Ane, Appendice, p. 244.

(3) Lubbock, op. cit., p. 244. — Brehm, Vie des animaux : Maiomifèrcs, t. II, p. 678.

» Gbap. YL] groupe ftlÉRIDIONAL. 109

la faune de Mansourah (1), qu'un cheval fossile a vécu en Algérie. Les dents de ces solipèdes se rencontrent en Espagne, en Italie, en France, en Belgique, en Allemagne et jusque dans le Nord. L'Amérique en a possédé plusieurs espèces, qui diffèrent sensiblement des chevaux quaternaires et récents de FAncien Monde (2).

Groupe méridional. — Éléphants, rhlnoeéroo.

Les analogies qui rattachent une certaine partie de la population quaternaire de l'Europe aux animaux actuels de l'Afrique, si bien démontrées par M. Lartetet quelques autres paléontologistes qui l'ont suivi dans cette voie, avaient déjà frappé quelques-uns des observateurs intelligents qui explorèrent, dans le premier quart de ce siècle, les dépôts ossifères du midi de la France. Il semble que les esprits aient été disposés, par la découverte des éléphants, des rhinocéros et des hippopotames fossiles, à accepter facilement cette idée, abandonnée depuis lors, que le refroidissement graduel de notre sol, qui perd de plus en plus sa chaleur primitive, a amené la disparition ou Témigration vers le sud d'un grand nombre de mammifères qui peuplaient encore nos contrées. Du moins les erreurs anatomiques qui se commettaient journellement à propos des mammifères septentrionaux étaientelles bien moindres quand il s'agissait des animaux d'Afrique. Marcel de Serres, par exemple, avait reconnu à Bize la présence du serval ; la panthère, le léopard, les hyènes et bien d'autres animaux sont venus se joindre à ce carnassier, et la faune chaude compte aujourd'hui douze à quinze espèces dans nos couches quaternaires : si l'on y ajoute quelques animaux éteints ou dont les rapports anatomiques avec leurs similaires vivants ne sont pas sûrement établis, on atteindra aisément le chiffre de vingt. Ces espèces sont réparties dans les genres elephas, rhinocéros, hippopotamus y felis, hyœna^

(1) Bull. Soe, Géol de Fr., 2« série,.t. XI, p. 343, 1854.

(2) Cf. Lyell, Ane, 2« éd.-, p. 485.

170 ÉLÉPHANTS ET RHINOCÉUOS. [Chap. VI.

viverrùy sus, antilapej hystrix. Leur distribution géographique est précisément inverse de celle des mammifères boréaux dont il a été question au commencement de ce chapitre. De même que les animaux communs à l'Afrique et à notre partie du monde, tels que le magot, la mangouste, le porc-épic, le chacal, etc., ne vivent en Europe que dans les régions circumméditerranéennes (1) : de même les mammifères qui , à l'époque quaternaire, se sont avancés du sud au nord, grâce aux milieux modifiés ainsi qu'on Ta dit, ne se rencontrent fréquemment dans les dépôts ossifères que dans ces mêmes contrées et vont en se raréfiant, pour ainsi dire, vers le septentrion, jusqu'aux points variables, suivant les espèces, où s'arrête leur extension.

Il est à remarquer que les genres qui ont fourni les animaux les plus extensifs de la première faune sont encore ici ceux dont on trouve les espèces répandues dans le plus grand rayon, comme si ces genres étaient doués de la faculté de s'adapter plus facilement aux milieux. On a compris qu'il s'agît des éléphants et des rhinocéros. Nous avons fixé, dans une note précédente (2) , la limite nord atteinte par un éléphant qui est identique à Velephas Africanus. De même que ce proboscidien s'est étendu jusqu'aux bords du Rhin, un rhinocéros assez voisin du rhinocéros bicorne du Cap pour qu'on l'ait pendant longtemps confondu avec lui, a vécu jusqu'en Angleterre (3).

La faune quaternaire proprement dite compte encore deux autres éléphants qui se rattachent au groupe méridional et dont nous devons dire quelques mots. Le premier est un petit éléphant de la taille d'un bœuf trouvé à Zebbug (Malte), et décrit par Falconer sous le nom de Melitemis (4) ; le second

(1) La môme obseryalion a éié faite à plusieurs reprises pour la flore, par MM. Ch« Martins, 0. Heer, etc.

(1) Voy. plus haut^ p. ii4, n. i.

(3) Ed. Lartet, op. cil. (Comp. Rend, Aead. Se,, t. XLVI, p. 409, 1858.)

(4) Spralt, Oh the boM emwt neor Crendi, Zebbug and MeUika in tke htand ofMalta, {Quart, Joum. oftheGeol, Soc. of Londou, t.XXHI, p. 283, 1867.)— M. Reboux croit avoir trouTé cet animal dans le quaternaire de Paris, mais cette détermination n*apasété acceptée par M: Lartet. (Congr. Intern., 2> sess., Paris, 1867, p. 105» 108.)

Chap. YI.] FELÏS et hyènes. 171

est Yelephas Armeniacus^ nommé par le même saYant d'après une pièce recueillie au Yillage de Sharvoon, près de Khanos, dans la proYince d'Erzeroum. Velephas Armeniacus a été trouYé en Sicile, dans le conglomérat du cours Victor-Emmanuel à Palerme, dans le tuf calcaire de Montelepre, dans les grottes de San-Teodoro, de Maccagnone et del' Addaura (1),

Felis et hyènes.

Les genres felis et hyœna sont représentés dans nos contrées, à l'époque quaternaire, par six animaux, au moins, qui se rattachent par des liens plus ou moins étroits aux faunes du Midi. Ce sont le felis spelœa^ le felis antiqua, le felis serval^ d'une part; de l'autre V hyœna spekea et deux hyènes de moindre importance. Le felis spelœa et Vhyœna spelœa sont les plus répandus.

Les relations du premier de ces carnassiers aYCc les grands fe//5 aujourd'hui Yivants n'ont pas encore été établies d'une manière complète. Falconer, par exemple, supposait que le grand felis de la Chine et des monts Altaï, qui s'avance parfois jusqu'au 52^ degré de latitude nord, au lieu d'être, comme l'a dit M. Von Schrenck, le felis tigris, pourrait bien représenter dans la faune de notre époque le felis spelœa (2). D'autres observateurs le rattachent à l'une des variétés du lion.

On a trouvé ses restes dans quelques dépôts alluviaux rapportés au quaternaire ancien ( Clermont-sur-Ariége , Ver, Grenelle, etc.), et, dans un certain nombre de cavernes (Rigabe, Lherm, Lunel-Vieil, Mialet, Aurignac, les Eyzies, Échenos, etc.) , et de brèches (Nice, Kœstritz) . Cet animal, vraisemblablement doué des mêmes instincts vagabonds que ses congénères actuels, est remonté jusqu'en Belgique (Goffontaine, Montfat, etc.), en Allemagne (Gaylenreuth, Sundwich, Bauraan, Scharzfeld, etc.), et jusqu'en Angleterre (Kirkdale, Kent's-Hole, Oreston, Gower, Wookey).

(i) Anca et GemeUaro^ op. cit., p. âl.

(2) Larlet, loc. cit, — Lubbock, op, cit., p. 240. — Cf. Gh. Lyell, Ane. 2* éd., p. 173.

172 FELIS SPELiEA, LÉOPARD, SERVAL. [Giiap. VI.

La couche à ossements de Ver, d'une part , considérée par M. Delesse comme un peu plus récente seulement que les assises quaternaires inférieures, la grotte des Eyzies, d'autre part, sont des divers gisements bien constatés du felis spelœa les moins anciens que Ton connaisse. Ce qui rend peu vraisemblable l'hypothèse qui fait de cet animal le lion de la Thessalie qui attaqua, suivant Hérodote, les bêtes de somme de l'armée de Xerxès.

Quelques catalogues paléontologiques ont dénommé felis antiqua certains fragments osseux d'une détermination difficile. Parmi ces pièces, il en est quelques-unes qui sont presque sûrement attribuées au léopard. Falconer et M. G.Busk ont signalé ce carnassier à Gibraltar, dans la grotte de Genista. Marcel de Serres, Dubreuilet Jeanjean le comptent au nombre des fossiles de Lunel-Vieil, M. Gervais l'énumère parmi ceux de Mialet. Il paraît que M. Fontan en a recueilli des fragments dans la grotte supérieure de Massât, et M. Edouard Lartet a récemment décrit un felis leopardus fossilis très-voisin du léopard du Cap, s'il n'est pas le même animal, extrait par M. Bourguignat de la caverne de Mars, près Saint-Cézaire (1). Est-ce le même Carnivore qui fait partie de la faune de la caverne de Mialet .et des brèches de Cannes et de Kœstritz que Schmerling a autrefois exhumé des grottes à ossements de la province de Liège, et qu'indique M. B. Dawkins parmi les mammifères post-pliocènes d'Angleterre (2)?

Notre troisième felis est le serval, bien plus restreint dans son extension au nord que les deux précédents. Découvert, ainsi qu'on l'a dit , à Lunel-Vieil, le serval n'a été trouvé à l'état fossile qu'en Espagne (Gibraltar) et dans la France du Midi, à Cannes près Carcassonne, à La Vallette, à Castries, etc..

Dans le groupe des hyènes, l'hyène des cavernes joue à peu près le même rôle que le grand lion dont nous avons précédemment parlé, dans le groupe des felis. De même que

(1) Ed. Lartet, Note sur deux tètes de carna$iiers, etc. {Ann. Se. Nat., 2« sér.t t. Vllî, p. 174.)

f2) Schmerling, op, cit., t. IJ, p. 72 elsuiv. — J. Desnoyers, art. Grottes da Dict. ded'Orhigny, — B. Dawkins, op. cit, {Congr, Internat., f sess., Paris, i867, p. 93.) — P. Gervais, op. cit., p. 67.

Cbap. VI.] HYÈNES TACHETÉE, RAYÉE ET BRUNE. 173

celui-ci a été rapproché d'une des variétés du lion actuel, de mênae le premier a été considéré par quelques naturalistes comme le représentant quaternaire de l'espèce tachetée de l'Afrique australe (A. crocuta). M. Lartet, dont lautorité est si grande en pareille matière, ne croit pas la question résolue, il semble néanmoins disposé à admettre qu'une distinction serait difficile à établir entre la grande hyène quaternaire et celle du Cap. Les pièces recueillies par M. Marion en Provence, par M. Anca, en Sicile, par M« Renou en Algérie, semblent d'ailleurs appartenir à cette dernière espèce. Quoi qu'il en soit des déterminations proposées au sujet de la grande hyène des cavernes, il est certain que cet animal a eu vers l'époque quaternaire ancienne une aire géographique considérable en Europe. On le trouve, en France dans un très-grand nombre de dépôts, surtout dans le midi de notre pays ; il se rencontre aussi en Allemagne, en Autriche, en Belgique et même en Angleterre, où ses débris sont trèsabondants dans certaines localités, à Aymestry, au Trou de Kent, à Brixham, à Gower, et surtout à Kirkdale et à Wookey (1).

Vhyœna spelœa intervient dans la faune quaternaire avec les premiers remplissages de cavernes, comme nous l'avons vu précédemment (p. 115); elle disparaît de même que le grand felis, les rhinocéros, les hippopotames, etc., dès les assises moyennes du terrain post-pliocène (2).

Le parallèle entre les genres felis et hyœna se continue avec les deux autres espèces. Ces hyènes en effet, comme les félidés dont il vient d'être question, ont été assimilées à des espèces vivantes d'Afrique, et semblent confinées, à l'époque quaternaire, dans l'Europe du Sud. La première est l'hyène rayée [h. vulgaris) que certains paléontologistes nomment encore prisca; elle s'est avancée jusqu'en Auvergne; la seconde dite ititermedia représente l'hyène brune, on l'a signalée dans le midi de la France, à Lunel-Vieil en particulier.

(1) Voyez plus haut, p. 118.

^2) Cf. Lartet, op. eit, {Ane,, Appendice, p. 234.)

174 ANTILOPES, HIPPOPOTAMES, ETC. [Ghap. YI.

AntOopesy Hippopotame», etc.

Le groupe méridional de M. Lartet comprend encore quelques espèces plus ou moins répandues en Europe à T époque quaternaire ; les unes, dans leur migration au Sud, ont complètement abandonné cette partie du monde ; les autres sont encore vivantes aujourd'hui dans nos terres les plus méridionales. Parmi ces dernières, on peut citer le porc-épic, commun à l'Italie et à TAfrique et qui ne remonte guère au nord de Rome : dans les temps post-pliocènes, il a vécu en France et jusqu'en Belgique (1) ; le mouflon, qu'on ne rencontre plus qu'en Corse et en Sardaigne et que M. Courtillier a trouvé fossile dans le Maine-et-Loire (2) ; le sanglier d'Algérie, qu'on rapproche de celui du midi de l'Europe et dont M. Anca a recueilli des restes à San-Teodoro (3); la genette, le daim {Cervus Somonensis?)^ etc.

Au nombre des mammifères qui ont complètement disparu vers le Sud, il nous faut mentionner les antilopes, dont plusieurs espèces ont été découvertes dans les brèches (Cette, Nice, Cannes près Carcassonne) et les grottes à ossements (Nabrigas, Mialet, etc.) du midi de la France ; le zébu que M. Gaudry croit avoir existé dans le bassin de la Seine ; et les hippopotames dont on connaît trois espèces inégalement réparties dans les alluvions quaternaires. La plus importante par sa taille et par son extension est l'hippopotame amphibie dont il n'existe plus de représentants que dans le Haut-Nil (4) vers le Bahr-el-Gazal, et qui a laissé ses débris dans les

(i) Depuis l'époqae où M. Lartet a fait connaître à sir Ch. Lyell ses doutes sur le prétendu agouti des cavernes de Liège (Ane, 2« éd., p. 76)» il a pu, grâce à la communication obligeante que lui a faite le professeur Dewalque, directeur da musée de Liège, des pièces originales figurées par Schmerling, s'assurer que ces dents, attribuées à un agouti, étaient, par leurs dimensions et par les formes caractéristiques de leur couronne, entièrement semblables aux dents homologues du porc-épic actuel d'Italie.

(2) P. Gervais, op, cit., p. 100.

(3) Voy. plus haut, p. 6 et il4.

(4) Cf. Lyell, Ane,, 2« éd., p. 198, n. 2.

Chap. VI.] CHRONOLOGIE PALÉONTOLOGIQUfi. 175

dépôts fluviatiles de bas niveaux, et dan^ quelques cavernes. Il a été confondu par un grand nombre d'anatomistes avec Yhippopotamus major du Val d'Arno, dont il diffère notablement par ses proportions. M. Albert Gaudry Ta ramené à sa véritable espèce.

L'hippopotame quaternaire manque complètement en Allemagne (1), mais il a été découvert assez fréquemment en Angleterre, dans les vallées de la Tamise, de TOuse, etc., et dans plusieurs grottes. On Ta rencontré en France dans les alluvions de la Somme (Saint- Acheul) , de la Seine (Grenelle Le Vallois), de l'Oise (Chauny), de FAuvergne (Issoire), du Yelay (Le Puy), des environs de Bordeaux, etc. Il fait partie de la faune quaternaire d'Algérie (Mansourah) et M. Louis Lartet l'indique dans les alluvions anciennes des hauts niveaux du Nil (2).

L'hippopotame de la grotte d^Arcy est plus petit que Yamphibius. M. Lartet le rapproche de celui qu'a trouvé Boucher de Perthes à Abbeville et que Blainville a figuré comme sanglier. Il a les proportions de V hippopotamus Liberiensis de Mortoa, petite espèce vivante, découverte il y a peu d'années dans l'Afrique occidentale, aux environs de la colonie de Libéria (3).

Falconer, enfin, a donné le nom à' hippotarmis Pentlandi à un autre animal de ce genre, découvert dans la caverne de Maghlak, île de Malte, et qu'il identifie à l'un de ceux des cavernes de Palerme (4).

Chronologie paléontologlque.

Les espèces qui constituent les différents groupes que nous venons de passer en revue, existant dans les mêmes contrées, en vertu des modifications de milieux précédemment expo-

(1) Ch. Lyell, Anc.y 2<» éd., p. 171.

(2) P. Gervais, op. cit., p. 93. — Louis Lartet, Essai sur la géologie de la Palestine et des contrées avoisinantes telles que V Egypte et V Arabie, Paris, 1869, in-4», p. 229.

(3) Ed. Lartet, op, dt, (Comp, Rend. Aead. Se., t. XLVI, p. 411, 1858.)

(4) Voyez note 2, p. 194, et note 2, p. 195, de Lyell, Ane., 2» éd.

476 CHRONOLOGIE PALÉONTOLOGIQUE. [Gbap. VI.

sées, sont réparties dans l'espace suivant des lois que nous nous sommes efforcés de formuler avec précision. Leur extension dans le temps est en rapport avec la durée des phénomènes géologiques qui ont créé les milieux que nous avons rapidement étudiés. Mais, sous l'influence de certaines lois naturelles c qui, en réglant la longévité des individus, limitent en même temps la durée des espèces (1), /> les mammifères quaternaires, destinés à disparaître, s'éteindront graduellement. De sorte que, sur une douzaine de grands animaux qui composent la faune éteinte propre aux temps post-pliocènes, cinq seulement vivront encore au milieu de la période, et que vers la fin il n'en restera plus un seul.

L'importance de ces modifications zoologiques n'a point échappé à M. Ed. Lartet; avec l'admirable perspicacité qui le caractérise, il vit dans ces extinctions successives autant de points de repère, à l'aide desquels il établit, en 1861, la chronologie paléontologique dont nous avons parlé dans notre Introduction. Légèrement modifiée, par suite de nouvelles découvertes, cette classification a coupé les temps quaternaires en deux âges différents à tous égards : un âge ancien qui porte le nom des deux animaux éteints qui, dans la faune des alluvions post pliocènes inférieures (bas niveaux) et des grottes du second groupe (2), jouent le principal rôle; ce sont le mammouth et le grand ours; un autre âge, relativement moderne, l'âge du renne, correspondant à la faune des alluvions supérieures (hauts niveaux) et des cavernes ou parties de cavernes de noire quatrième groupe. Nous relierons l'une à l'autre ces deux périodes ou âges par l'étude des alluvions moyennes des rivières (moyens niveaux) et d'un certain nombre de grottes qui formeront notre troisième groupe.

Le chapitre qui suit est consacré à l'étude de l'âge du mammouth dans les alluvions quaternaires inférieures.

(i) Ed. Lartet, op, cit. (Comp, Rend. Aead. Se, t. XLVI, p. 412, 1858.) (2) Voyez p. ii3.

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