DEUXIÈME GROUPE DE CAVERNES
Fig. 42.
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FIg. 42 — Carte des stations humaines quaternaires de la vallée de la Vczère.
Ghap. VIII.] TYPE DU MOUSTIER. 225
étudions. Située sur la rive droite dé là Vezère, à 20() mètres de la rivière et à 24 mètres au-dessus de son niveau (voyez la fig. 41 et la carte ci-jointe, fîg. 42, n<> 1) (1), la grotte du
Fig. 43.
Fig. 43. — Hacbe triangulaire de la grotte du Moustier [Reliq. Àquiian.j
A, pi. XVII, flg. 2.)
Moustier renferme, comme faune, le mammouth, Thyène des cavernes et le renne, avec l'homme représenté par tout un arsenal d'instruments en silex de formes très-variées (2). MM. Lartet et Christy y ont trouvé des haches convexes sur
(i) Cette carte est une seconde édition de celle qu'ont publiée MM. Ed. Lartet et H. Christy {Reliq. Aquit^, p. 19). On y a ajouté le tracé du chemin de fer et indiqué l'abri de Cro-Magnon.
(2) Ed. Lartet et H. Christy, Sur des figures d^animaux gravées ou sculptées et autres produits d^art et d'industrie rapportahles aux temps primordiaux de là période humaine, (Rev, Arch.^ avril 1867, et Ane, Appendice, p. 142.) ^-Beliq, Aquitan., A, pi. HT, V, VllI, XI, Xll, XV, XVII et Sk, n»l.
HAMy. — PALÉONT. HUM. 15
23i; HACHES, POINTES DE LANCES KT GRATTOIRS. [Chap. VUI.
leurs deux faces, lancéolées ou amygdaloïdes, et d'un travail assez soigné, qui rappellent d une manière frappante celles, des gisements de Saint-Àcheul, d'Abbeville, etc., dont il a été parlé précédemment. De ces diverses haches, celles dont la forme est lancéolée sont les moins rares. Le dessin au trait ci-joint (fig. 43) représente un de ces instruments qui appartient h la forme lancéolée courte^ dont elle exagère encore la brièveté dans le sens antéro-postérieur. On pourrait qualifier de triangulaires les instruments ainsi figurés.
Les haches ne sont pas, d'ailleurs, très-communes au Moustier; elles représentent seulement 10 à 15 centièmes de la masse des silex ouvrés de cette caverne. Mais autant le rôle de ces formes diminue, par rapport à celui qu'elles jouaient dans la statistique industrielle des dépôts fluviatiles, autant augmente l'importance (i^) des pointes de lances et de flèches « à face plane ou légèrement concave d'un côté, la face opposée étant relevée d'arêtes longitudinales, ou simplement bombée, avec des bords tranchants unis ou bien retaillés en festons (1). « C'est à ces pointes que, dans la nomenclature du musée de Saint-Germain, on a donné le nom de type^ ce mot s'appliquant dans l'esprit du classificateur à une forme d'outil, et non pas, comme nous le comprenons, à un ensemble d'instruments représentant l'industrie d'un pays à une époque donnée.
On applique encore quelquefois dans cette nomenclature les mots type du Moustier à une forme que nous avons précédemment décrite, à propos des dépôts fluviatiles de bas niveaux, sous le nom de racloir. Cet instrument, dont « la partie restée brute peut être aisément tenue en main, > dont < le tranchant allongé en courbe peu sensible est soigneusement taillé en biseau tantôt simple, tantôt double (2)» » entre pour 20 centièmes environ dans les pierres taillées du Moustier. Les éclats, les lames, les couteaux^ etc., y sont peu abondants et n'offrent rien de particulier ; les ossements utilisés font presque défaut.
(1) Ed. Lartet et H. Chrisly, op. eil. (Âne,, App., p. Uî.) ()) Id., ibid.
Chap. VIII.] AUTRES STATIONS DU AIÉME TYPE. 2Î7
Cette station-type qui, dans Thistoire des cavernes, représente de la façon la plus évidente nos stations-types alluviales de Saint-Acheul et d'Abbeville, s'est déjà répétée un certain nombre de fois. MM. Ph. Lalande et Massénat, par exemple, ont exploité près de Brives (Corrèze) une station dite Chez- Pouréy qui ne diffère de celle du Moustier que par les dimensions des pièces qu'on y trouve, beaucoup moins considérables, parce que le silex ne se rencontre pas dans la région où cette grotte est ouverte. A Chez-Pouré, presque tous les outils de pierre sont des pointes ou des racloirs ; on n'y a recueilli qu'un seul couteau (1).
La grotte du Pey-de-l'Azé (Dordogne), celles de Vallières (Loir-et-Cher), de la Martinière et de l'Ermitage (Vienne), ont donné à MM. Lartet, Christy, de Vibraye, Bouvet, etc., des formes analogues à celles du Moustier (2). On a également signalé les formes industrielles propres à cette station dans des cavernes, en Angleterre, à Torquay et à Wells, par exemple,, où les pointes sont associées à d'autres instruments rappelant les contoufs propres aux alluvions de bas niveaux, en Belgique, à Pont-à-Lesse (couche inférieure) et en Sicile, à Carburanceli, où ces mêmes instruments se lùélent à d'autres débris industriels, grattoirs, couteaux, etc. (3).
T/pe de Lherm.
Le type du Moustier établit, on vient de le voir, une Concordance archéologique frappante (4) entre certaines couches des grottes et des fleuves, reliées déjà les unes aux autres
(1) Cf. Mal. pour Vhist., etc., t. IV, p. 186. et 456. — Pli. Lalande, Monographie des grottes à silex taillés des environs de firirc, Monlauban, 1867, in 8«. — Etc.
(2) Ed. Lartet et H. Christy, op. cit. (Ane, Appendice, p. 140.)— De Vibraye, Note sur de nouvelles preuves de Vexistence de lliomme dans le centre de la France, à une époque où s'y trouvaient aussi divers animaux qui, de nos jours, n'habitent pas cette contrée. {Ibid., p. 117.) — Bouvet, la Grotte de Vallières. (Mat., t. II, p. 300, 1866.) — G. de Mortillet, Essai d'une classification des cavernes et des stations sous abri fondée sur les produits de l'industrie humaine. (Extr. des Matériaux. Mars 1869.)
(3) Gemellaro, Sulla grotta di Carburanceli, nuova grotta ad ossami e ad armi dipietra dei dintorni délia grazia di Carini. Palerme, 1866. In 4», avec 2 pi.
(4) Cf. Lnbbock. op. cit., p. 254.
ns TYPE DE LHERM. [Chap. Vlll.
par la paléontologie. Cet accord que nous venons de constater entre les stations-types alluviales d'Abbeville, de Saint- Acheul, et celles des grottes du Moustier, etc., l'étude du type de Lherm nous permettra de le retrouver entre la station-type de Clermont et quelques cavernes du Midi. Le limon rougeâtre de Lherm, fouillé par MM. Garrigou, Rames et Filhol en 1862, contient quelques débris de Fhomme et d'intéressants monuments de son travail, associés à une faune quaternaire ancienne, qui comprend le grand ours et l'ours vulgaire, l'hyène et le felis des cavernes, un cerf qui est peut-être le megaceros dlrlande et deux espèces du genre canis. Les restes de VUrsus spelœus sont surtout abondants.
Avec ces ossements, les observateurs nommés ci-dessus ont trouvé un éclat de quartzite taillé, presque identique à l'un de ceux que le docteur Noulet a retirés de la couche sous'lehmienne de Clermont-sur-Ariége (1), et un fragment d'os long d'ours des cavernes façonné en lame aiguë : « la partie inférieure, destinée à être emmanchée, est taillée en biseau; lapointe a été adroitement obtenue en* faisant détacher de petits éclats par coups ménagés; vers la base, la partie interne et celluleuse de l'os est presque intacte, elle a été sans doute protégée par le manche ; vers la pointe, elle est polie, tout comme la face externe (2). »
Vingt demi-mâchoires inférieures du même plantigrade avaient été transformées en outils de la manière suivante : c Le corps de la mâchoire a été aminci et transformé en un manche commode et facile à saisir; la partie épaisse et renflée, dans laquelle la canine est enchâssée, est seule restée intacte. » Taillée de façon à ouvrir le canal dentaire, dont ces sauvages mangeaient sans doute le contenu, cette pièce osseuse pouvait devenir l'arme de Samson entre les mains du guerrier primitif. Elle lui fournissait de plus, ainsi que l'ont remarqué MM. Garrigou, Rames et Filhol, un excellent instrument fouisseur.
(1) Voyez plus ham, p. i98.
(2) Rames, F. Garrigou et H. Filhol, L'homme fossile des cavernes de Lombrive et de Lhm (Ariége), Toulouse, 1862, in-8», p. 77, et pi. U, fig. 3.
Chap. VllI.] STATIONS CORRESPONDANTES. 2i9
Trois mâchoires d'ours des cavernes ont été percées d'un trou rond dans la branche montante. Un andouiller de cervidé était t un peu appointi au sommet et grossièrement tailladé à la base. » Enfin, sous la même croûte stalagmitique , on a rencontré de nombreuses parcelles de charbon (1).
Tel est ce type de Lherm auquel se rapportent un certain nombre de grottes plus ou moins importantes (2), parmi lesquelles nous citerons, en France, celle de Bouichéta, fouillée par les mêmes archéologues, dans laquelle plusieurs mâchoires du grand ours et du felis spelea étaient taillées dans la forme décrite ci-dessus et des os de rhinocéros fragmentés par rhomme, celle de Bédeillac, fouillée par M. A. Garrigou, et qui a donné, avec des ossements artificiellement éclatés, des instruments en granité, en leptinite, en pegmatite, façonnés suivant le type de Clermont-sur-Ariége (3) ; celle du Mazd'Azil (couche inférieure) (4), celle de Poudres où quelques os humains et des fragments de poterie étaient associés aux restes d'un rhinocéros, d'une hyène, etc. (Em. Dumas) ; celle de Nabrigas, enfin, où M. N. Joly a trouvé un crâne d'ours des cavernes présentant une grave blessure, qui paraissait avoir été occaspnnée par une arme aiguë et tout à fait primitive, et le fond d'un vase de forme irrégulière et massive, cuit au feu, et présentant l'empreinte des doigts qui l'avaient modelé (6).
(1) Rames, F. Garrigoa et H. FilboU op. eit,, p. 78 et 79.
(2) Un grand nombre do grottes où l'on trouve la faune qnatemaire ancienne, renferment des preuves de l'existence de l'homme, silex taillés, ossements incisés, os humains enfin. Celle de Gaylenrenth, en Francom'e, par exemple, contenait des os d'homme et de grand ours (Esper, 1774). Celles de Mondello, etc.^en Sicile, renferment des silex et des agates travaillés, mêlés à des os, à des co • quilles, etc. (Anca, 1860.) Celles du Chiampo et de Laglio, sur le lac de Côme, ont donné, avec des débris de grand ours, des silex taillés et de la poterie grossier». Nous en pourrions citer d'autres encore, où la coexistence de l'homme ei des grands mammifères a été seule constatée, et que, faute de détails archéologiques, il est impossible de rapporter à un des types que nous décrivons ici.
(3) Ihid., pi. il, fig. 5 et 6. — Cf. Garrigou, Lettre à M. le professeur N. Joly, Tonlouse. 1862, p. 10.
(4) F. Garrigou, op. eit,, p. 6. — F. Troyon, opreU,, p. 86.
(5) De Christel, op. cit., p. 9, 1829. — Rames, F. Garrigou et H. Filhol, op. cit., p. 24, 25. — Cf. Cazalis de Fondouce, Sur la grotte de Nahrigas, {Bull. Soc, Anthrop., 2« série, t. 111, p. 640, 1868.) Cet observateur dit n'avoir trouvé à Nabrigas de débris de poterie grossière et d'ossements humains que dans un terreau noirâtre superposé au sable dolomitique à ursus spelœus. Mais dans une
230 L'HOMME FOSSILE DANS LES CAVERNES DE CET AGE. [Chap. VllI.
Dans le même groupe et à une certaine distance dans le temps, se placera la grotte de Vergisson, en Maçonnais, explorée par H. de Ferry, dont la faune comprend le mammouth et le grand ours, le grand tigre et l'hyène des cavernes, le renne, le cheval, l'aurochs, le loup et le renard, et dont le mobilier archéologique se compose de grossières poteries, comme celle de Nabrigas, avec lesquelles on rencontre Tos du rocher d'un aurochs percé d'un ^trou de suspension. Nous retrouverons cet ornement dans les dépôts ossifères de Ver (Oise), dans la grotte funéraire d'Aurignac, à Combe-Granal,etc. (1).
L'homme ffoaaile dans le« eavernes de cet Age.
Les différentes cavités que nous venons d'énumérer, et qui constituent notre second grovpe^ ne contenaient que très peu de fragments osseux pouvant être rapportés au genre homo, et de ce petit nombre d'ossements à peine en est-il quelquesuns qui aient été l'objet d'une description détaillée, les écrivains spéciaux n'ayant presque jamais eu en vue jusqu^ici que la question de la contemporanéité de l'homme et des mammifères éteints. Le maxillaire et l'omoplate de Gaylenreuth, etc., le cubitus, le radius de Pondreset de Lherm, etc., sont demeurés à peu près inconnus. Il n'en est heureusement pas de même des os humains que MM. Dupont et de Vibraye ont exhumés des couches à ossements des grottes de l'âge du mammouth. Ces fragments intéressants ont été l'objet, le premier surtout, de minutieuses descriptions et de discussions prolongées que motivaient, du reste, les caractères d'infériorité qu'ils présentent, au point de vue de lanatomie comparée des races humaines.
Comme dans plusieurs autres dépôts précédemment signalés, les pièces recueillies par MM. Dupont et de Vibraye sont des arcs mandibulaires. Le premier est célèbre chez les an-
grotle aussi complélemenl bouleversée, les fouilles pratiquées en 1864 sont-elles de nature à inGrmer les résultats acquis en 1835?
(I) H. de Ferry, U homme pré-hittoriquc en Maçonnais, Dijon, 1868, br. in-8% p. 10 et it.
Chap. Vlll.] MÂCHOIRE DE LA NÂULËTTE. 231
thropologistes sous le nom de mâchoire de la Naulette. Kous allons rapidement exposer Thistoire de sa découverte et détailler les caractères anatomiques presque exceptionnels qu'il présente,
Héieholre de la Naulette.
Les fouilles scientifiques , entreprises sous le patronage du gouvernement belge, étaient activement poussées par M. Edouard Dupont dans une vaste caverne de la rive gauche de la Lesse, appelée Trou de la Naulette, Les ouvriers avaient successivement traversé de haut en bas des couches alternantes d'argile sableuse grise et de sable jaunâtre (2"90), puis une argile jaune-grisâtre avec pierres éboulées, cônes de stalactites tombés et ossements de ruminants (0"45), un premier lit de stalagmites, une petite bande de tuf, trois bandes d'argile grise alternant avec autant de nappes stalagmitiques. Dans une argile sableuse, située au-dessous de la dernière à 4 mètres et demi environ de profondeur, ils rencontrèrent des débris d'ours vulgaire, de mammouth, de rhinocéros, de renne, de cerf, de chamois, de sanglier, de loup, de renard, de blaireau, de chauve-souris, de marmotte, dont quelques-uns portaient des traces d'utilisation comparables à celles que nous avons décrites ci-dessus. Au milieu de ces ossements se trouvaient un maxillaire inférieur et un cubitus humains. Le cubitus n'était remarquable que par sa brièveté, qui Ta fait attribuer à une femme. Quant à la mâchoire, elle présentait des caractères assez peu ordinaires pour que de très-bons anatomistes aient tout d'abord hésité à l'attribuer à un individu du groupe humain (1). Elle est malheureusement incomplète : il n'en resle qu'un fragment composé de la moitié gauche du corps et d une partie de la droite. Elle est en outre édentée, mais la
(1) Congr. Intern,, 2« sess., Paris, 1867, p. 369. — Ed. Dupont^ ÈtiAde sur lu fouUles scientifiques exécutées pendant Vhiver de 1865-66, dans les cavernes de la Lesse, {Extr, du Bull. Aead, Roy, de Belgique, t. XXH, n» 7, 1866, p. 20. — Cf. Prûner-Boy, Sur la mâchoire humaine de la Naulette, {BuU, SoCa Anihrop, de Paris, 2- sér., l. I, p. 584, 1866.)
232 CARACTÈRES ANATOMIQUES DE CETTE PIÈCE. [Chap. VllI.
chute des dents a été posthume, et Tinspection des alvéoles peut donner une idée de la disposition et du volume des organes qui y étaient implantés. Les branches montantes, les condyles et les apophyses coronoïdes faisant défaut, nous n'aurons à nous occuper que des caractères anatomiqiies du corps de la mâchoire.
Cette partie moyenne de Vos, courbée suivant une parabole très-allongée qui tend vers le parallélogramme, est remarquable tout d'abord par une épaisseur exceptionnelle ; cette épaisseur atteint 15 millimètres au menton et en dépasse 16 vers la seconde grosse molaire. Par coi^tre, Tare mandibulaire est relativement peu élevé, surtout vers la seconde molaire ; sa hauteur à ce niveau est seulement de 22 millimètres. Sur cette mâchoire si solide, il n'y a pas ou presque pas d'empreintes musculaires. On n'y distingue pas de fossettes mentonnières, et la ligne maxillaire externe est à peine marquée.
La symphyse n'est pas indiquée, et l'éminence mentonnière ne fait qu'une très-légère saillie. Il résulte de cette dernière disposition une inclinaison notable en avant et en haut, qui donne lieu à un prognathisme dont les races inférieures actuelles n'ont presque jamais fourni d'exemple aussi frappant (fig. 44, n° 2).
Ce prognathisme s'accuse bien plus encore, lorsque l'on examine la pièce par sa face linguale. La partie symphysaire de l'os est tellement projetée en avant que l'on croirait tout d'abord voir une mandibule simienne. Il n'y a pas trace d'apophyses géni supérieures, dont une fosse assez profonde tient lieu. Un bourrelet transversal long et épais se rattachant à la ligne myloïdienne, qui est bien nette, sépare cette première cavité d'une seconde, qu'une petite arête verticale, vestige des apophyses géni inférieures, divise ellemême en deux larges fossettes qui réduisent à son minimuiri le bord inférieur.
Quant au bord supérieur, l'étude des alvéoles dont il est
Fig. 44. — 1. Mâchoire inférieure da chimpanzé d'Aubry. (Troglodytes Jubryi) — 2. Mâchoire de la Naulette. (Age du mammouth.) ^ 3. Mâchoire de Mélanésien des Nouvelles Hébrides.— 4. Mâcheroi d'Arcy. (Agedumammouih.)— 5. Mâchoire de Chamant. (Période néolithique.) — 6. Mâchoire de Parisien moderne, (P. Broca.)
Chap. Vlîl.] CARACTÈRES ANATOMIQUES DE CETTE PIÈCE. 233
231 CARAÈTËRES ANATOMIQUES DE CETTE PIÈGE. [Cbap. VUl.
creusé, permet de constater le petit volume des incisives serrées les unes contre les autres, le volume relativement énorme des canines, l'obliquité du second alvéole prémolaire et la progression croissante des alvéoles molaires du premier au troisième (1), progression inverse de celle qu'on observe presque constamment dans les races humaines actuelles. Faisons encore remarquer, en terminant, que Talvéole de la dent de sagesse porte l'empreinte de cinq racines, ce qui ne s'observe que très-rarement, et dans les races inférieures presque seules du groupe humain tel qu'il est auj ourd'hui constitué .
Étudiée isolément, la mâchoire du trou de la Naulette présenterait à Tanatomiste de véritables difficultés, en raison des caractères exceptionnels que nous avons énumérés ci-dessus. Nous avons heureusement quelques termes de comparaison dans les races humaines anciennes. Nous citerons en particulier la petite mâchoire de Clichy décrite précédemment et une autre mâchoire que M, de Vibraye a recueillie dans la grotte d'Arcy-sur-Cure.
La première de ces pièces sert surtout à démontrer l'identité ethnique des troglodytes de la Naulette et des indigènes de seconde venue du bassin de la Seine, pendant Tage du mammouth. Si nous là rapprochons en effet de celle delà Naulette, nous constaterons entre ces deux fragments les rapports morphologiques les plus intimes ; les parties similaires de ces os se correspondent admirablement et les dimensions seules, en rapport avec la différence d'âge des sujets, les éloignent un peu l'un de l'autre.
L'étude de la mâchoire d'Arcy (fig. 44, n° 4) sera plus utile, au point de vue ethnique. Offrant en effet, plus ou moins atténués, les caractères anatomiques si remarquables de l'homme de la Naulette, l'homme d'Arcy sera le trait d'union entre celui-ci et d'autres troglodytes de la même contrée pendant le dernier des âges archéolithiques.
(l) irê grosse molaire, longueur iO"™, largeur 9"",5
2« — — ii»», — i0",5
Chàp. VllI.]. MACHOIRE D'ARCY-SUR-CURE. 235
MAehoIre d*Arcy«aar-€Me.
A côté de la célèbre mandibule de la Naulette, les anthropologistes, et à leur tête MM. Broca, Prûner-Bey ont placé, nous Tavons déjà dit, le maxillaire inférieur trouvé par M. de Vibraye, dans la grotte des Fées, à Arcy-sur-Cure (Yonne). La mâchoire exhumée de la couche profonde de cette cavité, caractérisée paléontologiquement par Vursus spelœus, Vhyena spelwa^ Velephas primigeniu8j le rhinocéros tichorhinus, etc. (I), porte, en effet, des caractères qui la rapprochent de l'os que Ton vient de décrire. Découverte, comme celle de la Naulette, dans des conditions qui ne laissent guère de prise à la critique, à un mètre de profondeur au milieu de la couche inférieure intacte et homogène qui contenait, avec des âilex taillés et un sacrum d'ursus spelœus profondément incisé, les mammifères énumérés ci-dessus, la mâchoire d'Arcy présentée à la Société géologique de France, le 16 avril 1860, n'a été étudiée avec quelque soin que quatre ans plus tard, lors du fameux procès du Moulin-Quignon dont nous avons précédemment parlé (2). Nous en possédons aujourd'hui quelques bonnes descriptions publiées par MM. Prûner-Bey, Broca, Dupont, etc., elle est construite sur le même plan général que la mâchoire de la Naulette, mais ainsi que nous le disions précédemment, les singularités anatomiques de la pièce de M. Dupont ne se montrent plus qu'à un faible degré sur celle de M. de Vibraye.
Les deux branches de l'arcade alvéolaire, au lieu d'être à peu près parallèles, et même un peu convergentes en arrière, semblent diverger légèrement dans cette direction. L'épaisseur au menton est un peu moindre (14 millimètres), tandis que la hauteur au niveau de la deuxième molaire
(i) De Vibraye, Note sur les ossements fossiles accompagnés d*une màcfioire humaine, trouvés dans les grottes d*Ârcy-sur-Cure, {Bull, Soe, Géol, de Fr., 2» sér., t. XVil, p. 462 et suiv., 1860.) — M. Franchet a depuis lors découvert dans la même couche un atlas humain associé à de nombreux ossements d'ours et d'hyène des cavernes {Ane., i4pp.,p. 42i).
(2) Voyez plus haut, p. 218. — Cf. Ane., AppendUe, p. 47. — Etc.
236 MACHOIRE D'ARCY-SUR-CURE. [Chap. VIU.
augmente légèrement (23 millimètres). La face antérieure se montre plus accidentée, la fossette mentonnière est bien marquée, et il y a une saillie triangulaire qui représente un petit menton, situé à peu près sur un même plan vertical que la partie la plus saillante des alvéoles incisifs dont le prognathisme est bien .moins accusé que sur la mftchoire de la Naulette (fig. 44, n« 4).
La proclivité symphysaire si grande sur la face linguale de ce dernier os, est aussi notablement diminuée, les crêtes myloïdiennes sont moins nettes, et trois petites saillies, deux supérieures latérales, une inférieure médiane représentent les apophyses géni incomplètement séparées par un léger bourrelet transversal. Les canines sont moins saillantes, Talvéole de la seconde prémolaire beaucoup moins oblique, et l'égalité s'établit, ou peu s'en faut, entre la première grosse molaire et la seconde. Les deux dents qui sont encore insérées sur cet arc mandibulaire présentent d'ailleurs Vusure paléontologique, et la première grosse molaire de droite, comme les molaires de la mâchoire de Clichy, porte cinq cuspides.
Nous verrons plus loin que ces atténuations diverses établissent une transition entre la forme tout exceptionnelle du trou de la Naulette et le type mandibulaire le plus constant de l'âge du renne, dont le Trou du Frontal, ouvert dans la même vallée, a fourni en assez grand nombre de précieux échantillons.
CrAne da Neanderthal.
Nous croyons devoir aborder ici l'étude d'un crâne que de longues discussions ont rendu célèbre et qui, alternativement accepté ou repoussé, n'a pas encore trouvé sa place définitive dans l'histoire des races humaines anciennes. Il est connu sous le nom de crdne du Neander ou du NeanderthaL Voici en quels termes MM. Vogt et Fuhlrott exposent et commentent sa découverte (1). « Dans une vallée latérale de la
(1) G. Vogt, Leçons sur l'homme, irad. fr., I. IX, p.^ 345. — FuhlroU, Der fossile Mensch aus dem Neanderthal und sein V€rhàltniss]zum Aller des Menscfm' geschleehts, Duisburg, 1865, in-8«, p. 49 et suiv.
Chap. VllI.] CRANE DU NEANDERTHAL. 237
Dûssel, près d'EIberfeld, nommée le Neanderthal, et formant un ravin sauvage enfoui dans le calcaire devonien, on a rencontré une petite grotte d'environ quinze pieds de long, dix de large et huit de haut, s'ouvrant sur une paroi de rochers presque verticale, à environ soixante pieds au-dessus du niveau de la Dûssel. En dessous, le rocher est taillé à pic ; mais on peut parvenir, par un sentier escarpé, du sommet au plateau sur lequel s'ouvre la grotte. Le ravin du Neander est exploité pour le marbre, le côté gauche où s'ouvrait la grotte est actuellement presque détruit, et la grotte même doit disparaître devant les progrès de l'exploitation. On y a trouvé une couche horizontale de lehm, dure comme la pierre, sans stalactites, mais avec des fragments arrondis d'une pierre roulée brunâtre, dépôt diluvien, comme il s'en trouve partout dans les cavernes et grottes de la vallée de la Dûssel, et qui dans quelques localités, comme à Sundwich et Hônnethal, renferme des os d'ours. C'est dans cette argile à ossements mélangés de cailloux roulés, qu'on a découvert, en août 1856, à deux pieds de profondeur, les os d'un squelette humain, étendu horizontalement dans le sens de la longueur, la tête tournée vers l'ouverture de la grotte. Le lehm était si adhérent qu'on ne prit pas garde aux ossements ; on jeta la calotte crânienne avec d'autres débris, croyant avoir trouvé des ossements d'ours des cavernes, jusqu'à ce que le professeur Fuhlrolt d'Elberfeld, à qui nous devons les détails de cette découverte, les reconnut pour des ossements humains, et sauva d'une destruction complète la calotte crânienne, le fémur, l'humérus, un cubitus, une clavicule, la moitié gauche du bassin, un fragment de l'omoplate droite, et plusieurs morceaux de côtes. Les os happent fortement à la langue et sont couverts à leur surface de petits points,* qui, examinés à la loupe, se montrent être des dendrites délicates élégamment ramifiées comme de la mousse et semblables à celles qu'on observe sur les ossements d'ours dans les cavernes voisines. Si ces formations ne peuvent pas donner d'indication absolue, puisqu'on a constaté déjà sur des os bien plus jeunes de tombeaux romains, des infiltrations métal-
238 HISTOIRE DE SA DÉCOUVERTE. [Chap. VIII.
liques et arborescentes analogues, montrant que ces dendrites peuvent se développer assez rapidement lorsque les circonstances sont favorables et que les argiles voisines fournissent les sels de fer et de manganèse nécessaires ; elles peuvent du moins, d'autre part, donner une indication importante; car dans toutes les cavernes voisines les ossements d'ours et d'éléphants trouvés enfouis dans cette même couche étaient également recouverts de ces mêmes cristallisations dendritiques. »
c Cette indication, dit M. Fuhlrott (I), est encore confirmée par ce fait que la région entre la vallée de la Dûssel et la station voisine du chemin de fer de Hochdahl est recouverte d'une puissante couche de lehm, de douze à quinze pieds d'épaisseur, jusqu'au niveau des bords du ravin du Neander, tout à fait identique avec celle que Ton retrouve dans l'ensemble des grottes et des cavernes, et par conséquent avec celle où on a trouvé les os humains. Que cette couche de lehm appartienne bien à la période quaternaire, cela a été confirmé, entre autres, par la dernière découverte paléontologique qui ait été faite dans ce lieu, à savoir : les restes du mammouth qu'on a découverts, le 27 décembre 1858, dans une carrière calcaire de Dornap, et dans une fente verticale ouverte, large de quatorze pouces, et environ à treize pieds de profondeur au-dessous du sol actuel ; cette fente était remplie d'une masse argileuse. Ces restes de mammouth mettent hors de doute que le terrain qui les renferme appartienne au diluvium. Comme, maintenant, le calcaire de Dornap (devonien) forme la continuation occidentale de la chaîne calcaire du Neanderthal, que le point où a été trouvé le mammouth est à peine éloigné d'une lieue et demie du Neanderthal, il est plus que probable que les dépôts du lehm, qui ont rempli les crevasses et les grottes de ces deux localités, ont une même origine géologique e\ appartiennent tous deux à la même époque. Si les restes du mammouth sont incontestablement fossiles, les os humains du Neanderthal,
(\) Fuliirolt, op. cil. — C. Vogt, irad. cil , p. 340-347.
CuAp. VIII.] CARACTERES ANATOUIQUES. 139
enfouis dans la même coache diluvienne, doivent l'être aussi, n
Les excellentes raisons fournies par M. Fuhliott, à l'appui de sa thèse, les arguments tirés de certains faits relativement nouveaux, tels que la découverte d'une canine d'ours encore indéterminé malheureusement, dans une cavité latérale de la grotte, à un niveau qui correspond à celui du squelette (i), l'adhésion plus ou moins formelle qu'ont donnée au crâne du Neanderthal un grand nombre de savants spéciaux, enGn l'étude de cette pièce qui a, dans les séries an-
Fig. 4S.
Vi(.iS. ~ le crina du Neindn'Uiil, va piTifiyanl(Hiii]«}].
ciennes et modernes, des équivalents et des successeurs, tout cela nous a déterminé à lui consacrer un paragraphe à la suite de ceux qui sont relatifs aux découvertes sur lesquelles repose l'histoire de l'homme de l'âge du mammouth, non loin, par conséquent, des pièces similBires qu'a fournies cette époque dont l'histoire s'enrichit tous les jours de nouveaux «locuments.
Repoussé tout d'abord, presque de parti pris, par quelques paléontologistes, moncment défendu par les géologues, (raiié de pathologique par un anthropologiste, baptisé idiot par in autre, l'homme du Neanderthal a été réhabilité en partie
{I) Cf. Cb. Lyoll. Ane., i* éd., p. 86. - Cf. Ibid., p. 85, fig. 3.
140 CAIIACTËRES ANATOUIQUES. [Ukap. Vltl.
dans ces derniers temps, gr&ce aux trouvailles de MH. Faudel et Cocchi qui ont démontré que ses caractères, réputés exceptionnels, se retrouvent presque au même degré, sur d'autres sujets incontestablement quaternaires. Ces arcades sourcilières énormes (fig. 4S et 46), rapprochées de la ligne médiane an point de se confondre ((}, les crânes de Maëstricht, de Caberg,
Fig. 46.
Pig.U. — Le crtne du NegndeTlhtl, vu a'«D hioi (tlaile;).
d'Éguisheim les présentent plus ou moins atténuées (2), le front est encore plus bas et à peine plus ou moins fuyant dans ce dernier que dans celui du Neanderlhal (3). Quant à l'aplatissement postérieur étudié avec tant de soin par M. Huxley [*), M. Vogt l'a retrouvé à peu près le même sur le crâne de
(1) Cf. Schaaffhansen, Zur Kmlniit der àltaUr Ramniiliâdet. (Hnller'i Arohiv., 18tS8, p.4S3, et pi. XVIl-)
(S) Voyez plus h»Dl, p. SOi et eujt.
(3) Voyei ptns bm, fig, 39, p. SOEI.
(i) Hailey, Dt la plaa de l'homme âani ta nature, trad. Daily, p. 336, et flg. 47. A. — Lyelt, iliu!., 2>^d., p.9l, fig, Se.