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CHAPITRE IX

ÉPOQUE POST-PLIOCÈNE (sUITE).

Transiiion de l'âge du mammouth à celai da renne. — Étude des moyens niveaux fluviatiles. — Dépôt de Ver. — Type de Grenelle. — Instruments de pierre et d*os, et débris humains que renferme cette station. — Grottes du troisième groupe. — Type d'Aurignac. — Châtel- Perron, Gorge-d'Enfer. — Oro-Magnon. — Engis, Engihoul et le Trou-du-Sureau. — La Chaise et Bize.

Transilioii de l'Age da mainmoath à celai da renne.

La faune qui règne dans nos régions pendant Vdge que les deux précédents chapitres ont fait connaître comprend, outre de nombreux vertébrés émigrés depuis vers le nord ou vers le sud, une dizaine d'espèces aujourd'hui perdues. Or l'examen attentif de quelques gisements alluviaux et de certaines grottes a démontré aux paléontologistes que la suppression de ces espèces a eu lieu graduellement. Nous croyons savoir, par exemple, que quelques-uns de ces grands mammifères quaternaires ont survécu au reste de la faune, que le grand felis, par exemple, l'hyène des cavernes, le rhinocéros cloisonné, le grand ours ont encore habité l'Europe moyenne pendant quelque temps, que l'éléphant primitif enfin s'y est maintenu quand tous les autres mammifères étaient déjà éteints.

A ces transitions paléontologiques correspondent des transitions archéologiques extrêmement intéressantes, et la stratigraphie nous fait voir, en certains points, une superposition très-nette de la faune incomplète à la faune complète, et deux types de stations correspondant à ces deux groupes d'animaux.

Chap. IX.] TR. DE L'AGE DU MAMMOUTH A CELUI DU RENNE. 247

Cette superposition ne nous a nulle part autant frappé qu'à Grenelle, dont les moyens niveaux fluviatiles peuvent servir de type pour l'étude de cet âge intermédiaire dans les alluvions.

Dépôt de Ver.

Quelques observations sur le gisement de Ver seront utilement présentées tout d'abord. Ce gisement, en effet, nous mettra sous les yeux quelques pièces archéologiques, une surtout bien caractérisée, dont nous retrouverons les similaires dans des grottes importantes qu'il nous faudra classer plus loin.

Le dépôt de Ver (Oise), qui, pour M. Delesse, est seulement un peu plus récent que les assises quaternaires inférieures, renferme, entre autres mammifères importants : le rhinocéros à narines cloisonnées, la hyène des cavernes, le grand felis^ l'aurochs, le cheval, le cerf élaphe, etc. (1).

L'intervention de l'homme y est attestée par la présence d'ossements incisés, dont l'étude a contribué en 1860 à faire accepter les idées de M. Lartet sur l'utilisation des os des mammifères quaternaires (2). Elle y est démontrée avec plus de netteté encore par la découverte que M. Delesse .a faite dans ce dépôt de l'os de l'oreille d'un cheval, auquel on avait pratiqué un trou de suspension soigneusement exécuté. Nous avons déjà vu cet ornement utilisé à Vergisson ; nous le retrouverons assez fréquemment dans les grottes, pendant la période de transition dont nous allons exposer rapidement l'histoire. ^

Étude des mojenm niveaux fluviatiles. — Type de drenelle.

Les terrains quaternaires de Grenelle, signalés par Boucher de Perthes, dès 1857, comme offrant la plus grande analogie

(i) A. d'Archiac, Rapp. sur les progrès de la paléontologie, p. 474. Paris, 1868. (2) Voyez plus haut, p. 36.— Cf. Quart, Joum. of the GeoUSoc, of Lond., t. XVI, p. 476, 1860.

Î48 ÉTUDE DES MOYENS NIVEAUX FLUVIATILES. [Ghap. IX.

avec ceux qu'il explorait lui-même dans la vallée de la Somme, ont été étudiés, au point de vue de l'anthropologie primitive, par M. H. J. Gosse d'abord, puis par M. Emile Martin (de Vervins). M. Gosse s'était borné à constater la présence de silex taillés de diverses formes dans des couches reconnues quaternaires par MM. Hébert et CoUomb, etc., et contenant, entre autres animaux, Velephas primigenitiSy un grand Carnivore qui paraissait être le felis spelœa, le cheval, l'âne, le cerf, etc. (1). Les recherches de M. Gosse n'avaient pas été assez longtemps prolongées pour lui permettre de constater des différences paléontologiques et archéologiques d'un niveau à l'autre des sablières qu'il exploitait. Il résultait cependant de ses observations que les formes de la Somme, précédemment étudiées (p. 182 et suiv.), occupent ordinairement à Grenelle la partie inférieure des bancs de sable ou de gravier, tandis que les couteaux, les pointes de flèches, etc., sont plus nombreux en haut. Cet archéologue attribuait au poids relatif des pierres taillées leur situation dans les bancs où elles avaient dû s'enfoncer plus ou moins profondément. Cette opinion, repoussée dès lors par la majorité des savants spéciaux, est d'autant moins acceptable que Ton a constaté la présence, dans ces parages, à 3 ou 4 mètres seulement de la surface, d'un grand nombre de blocs erratiques, dont quelques-uns très-volumineux (2).

L'étude attentive de la faune, dans ses rapports avec la stratigraphie, a donné de ces différences archéologiques une explication tout à fait satisfaisante. Il résulte, en effet, des recherches lés plus récentes de M. Emile Martin, que les animaux de Grenelle peuvent se diviser en deux groupes distincts. Le groupe inférieur est caractérisé par le felis spelœa, Yhippopotamus amphïbius, Velephas antiqims, Velephas primigeniuSf etc. (3).'Tous ces animaux disparaissent dans les moyens

(1) n.-J. Gosse, Note sur des instruments en silex et des ossements fos$iles trouvés à Paris. (Mém. Soe. Anthrop, de Paris, 1. 1, p. i45.) — Etc. — Cf. Lyell, Ane., 2* édit., p. 164, note 2.

(2) BulL Soc. Géol de Fr., 2« sér., t. XXIH, p. 387, et fig. 1866. — Co^igr. Intern., 2« session, Paris, 1867, p. 341.

(3) Bull. Soe. Géol. de Fr., 2« sér., t. XXIV, p. 148, et XXV, p. 576, 1867 et 1868. — Voyez plus haut, p. 196 et fig. 38.

Châp. IX.] TYPE DE GRENELLE. 249

niveauï, le dernier excepté. Encore y devient-il rare ; il n*en a été rencontré quun fragment de molaire. Le renne, au contraire, est relativement commun ; l'aurochs, le cheval, le cerf commun, etc., l'accompagnent. A cette faune qui, l'éléphant excepté, appartient tout entière au dernier dgepaléontologique, succéderont, dans la terre noire de la surface, des animaux de la faune actuelle, bœuf, porc, etc.

Inatrumenta de pierre et d'os des ntoyemi niveaux

de drenelle.

Des outils très-variés sont associés à ces deux groupes d'ossements. Dans les bas niveaux, on trouve les deux principales formes de haches de la Somme, le disque de Clermont-sur- Ariége, la pointe de lance du Moustier, enfin le couteau commun dans tout le bassin séquanais (1), et qui, avec la pointe du Moustier, constitue, à l'exclusion des formes précédentes, un tribut archéologique important des niveaux moyens. La curieuse collection de M. Emile Martin renferme, outre les divers types qu'on vient d'énumérer, un certain nombre d'instruments spéciaux qui, sans doute, ont été trouvés ailleurs, mais qui ne nous ont paru nulle part relativement aussi communs que dans la localité que ce patient archéologue explore depuis quelques années avec tant de zèle et de succès.

Les outils qui caractérisent les stations de moyens niveaux de Grenelle, sans leur être cependant tout à fait spéciaux, sont d'abord une sorte de perçoir un peu différent de celui des bas niveaux de la Somme, etc. (2), qui s'associe fréquemment aux couteaux, aux pointes de lances; puis une lame plate, formée d'un fragment d'os long, grossièrement éclaté à l'une de ses extrémités, de manière à pouvoir s'emmancher à la façon du couteau actuel (collection de M. Martin).

On voit que le travail de l'os s'améliore en même temps que se simplifie la taille de la pierre. Représentée dans son

(1) Voyez plus haut, p. 193.

(2) Voyez plus haut, p. 186.

250 INSTRUMENTS DE PIEKRE ET D'OS, PERÇOIRS, ETC. [Chap. IX.

état le plus rudimentaire par les incisions de Pouancé (1), de Saint-Prest, de FOurcq, etc., puis par les amincissements ou les perforations des grottes de Lherm, de la Naulette, etc., la taille de Vos occupera une place de plus en plus importante dans l'industrie qui va se développer. Elle donnera enfin naissance aux dessins et aux sculptures de cet art primitif que nous allons voir apparaître dès la station d'Aurignac.

Les perçoirs des niveaux moyens de Grenelle diffèrent de ceux des bas niveaux moins par leur forme que par leur tra vail. Ces instruments, en effet, à l'âge du mammouth, s'obtenaient en appointissant à l'une de ses extrémités une pierre généralement taillée sur les deux faces; substituez à ce silex appartenant à l'une des formes prédominantes des types d'Abbeville ou de Saint-Acheul une pointe du type du Moustier, et exécutez le même travail à son extrémité terminale, vous obtiendrez une sorte de pointe plus ou moins aiguë, droite, ou un peu contournée ; ce sera ce que, à défaut d'autre nom et sans préjuger aucunement la destination de cet instrument, nous appellerons perçoir. Ces outils ne présentent donc, que d'un seul côté, comme les pointes de flèches, les couteaux, les lames, etc., des traces d'un travail humain ; marques de fabrique surtout bien évidentes à la pointe et du côté de la poignée qui est généralement amincie à l'aide de quelques tailles supplémentaires.

Aux perçoirs sont associés, avons-nous dit, des lames ou couteaux, des pointes de flèches et de lances. Il n'est pas sans intérêt de faire observer que parmi ces dernières, il en est qui sont finement retouchées à leur extrémité. Nous allons

(1) Puisque le nom de Poaancé se retrouve sous notre plume, disons en passant que, depuis l'impression de notre chapitre sur l'homme miocône^ et du paragraphe, en particulier, où se trouve appréciée la découverte de M. Delaanay, un naturaliste hordclais, M. Delefortrie, a publié un petit travail dans les Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux (t. XXVIII et pi. XI Y, 1869) sur les ossements des faluns de Léognan (Gironde) , sur lesquels il a découvert des entailles qu'il attribue à des poissons carnassiers, au sargus serratus en particulier. M. Delefortrie parait avoir raison dans l'espèce, mais il s'est donné le tort de généraliser les résultats de ses recherches et de nier, d'après les quelques faits intéressants qu'il a recueillis, l'existence d'un homme miocène^ que démontrent les reprises intentionnelles si manifestes sur les pièces incisées de Pouancé. (Voy. plus haut, p. 56 et fig. 2i et 32.)

Chap. IX.] STATIONS DU TYPE DE GRENELLE. 251

trouver de semblables retouches dans plusieurs des cavernes que nous rapprochons des dépôts fluviatiles moyens.

Au type de Grenelle ainsi défini appartiennent tout d'abord quelques localités de la rive droite de la Seine à Paris. On peut encore rattacher à ce type certains gisements des plateaux que l'absence de renseignements paléontologiques ne permet pas de classer définitivement, et qui, archéologiquement au moins, ont avec notre station des rapports intimes. Le plus important de ces gisements est situé sur le plateau de Pontlevoy, où les pointes de flèches, les perçoirs, les lames, les couteaux, sont relativement nombreux, mais dont le contingent archéologique comprend également des hachettes, qui ne diffèrent de celles de Saint- Acheul que par leurs dimensions un peu moindres ; ce qui semble indiquer un remaniement ayant mélangé les pièces des bas et des moyens niveaux. Ces traces de mélange se trouvent d'ailleurs, en d'autres localités, à Saint-Jean-Froidmantel, à Pressigny, à Pierrefitte, à Saligny, etc. (1). Il en est de même à Châtillon, près Boulogne-sur-Mer, où Bouchard, le D'' Sauvage et nousmême avons recueilli, avec quelques silex taillés sur leurs deux faces, des pointes de lances et de flèches du Moustier, des racloirs d'un travail très-simple mais que nous rattachons à ceux de cette même grotte, enfin des perçoirs, des couteaux, etc. (2). On voit que cette industrie se rapproche tout à la fois de celle des strates inférieures de la Somme et de celle des dépôts moyens de la vallée de la Seine.

Bouchard avait, de cette même localité, plusieurs de ces silex taillés à facettes multiples qu'il considérait avec raison comme des projectiles et qu'on a successivement nommés pierres de fronde et casse-têtes. Nous retrouverons ces instruments caractéristiques dans la grotte d'Aurignac et les

(1) Mus, de SaiiiVt'Germain, Salle L — Cf. Mat, pour Vhist., e/c, t. Ilf, p. i88, 1867,

(2) Em. Sauvage et E. T. Hamy, Étude sur les terrains quaternaires du Bou^ lonnaii et sur les débris d'industrie humaine qu'Us renferment, Paris, 1866, in-8°, p. 49 et suiy. -*- Ë. T. Hamy, Étude sur Vaneienneté de Vespèce humaitie dans le département du Pas-de Calais (Bull. Soc, Acad» de Boulogne-sur-Mer, t. I, p. 238, etpl. U, 1866).

3S3 BOUMES FOSSILES DE GRENELLE:. [Cair. H.

autres grottes du même type que nous allons étudier. EdRu le dépôt sliatifié de ChâtîUon-lès-Boulogne nous a donné une grossière petite pointe d'os fracturée, qui parait tendre vers la forme sagittale, dont Aurignac, Gorge-d'Enfer, Châtel-Perron, Cro-Magnon fourniront tout à l'heure de nombreus exemples.

Sqncl«Mea hnBUbu dea moyena bItcbox de Clvea«II«.

L'importance de ces gisements de Grenelle était déjà considérable au point de vue archéologique, puisqu'ils avaient fait trouver dans des dépôts [stratiflis les produits industriels d'une époque exclusivement étudiée jusqu'à présent dans les cavernes, et qu'ils avaient rendu possible pour cet âge intermédiaire la démonstration du parallélisme des deux sources de renseignements préhistoriques qui n'avait été faite jusqu'alors que pour les dépôts quaternaires anciens et quelquesunes des grottes décrites dans notre précédent chapitre.

Grâce aux découvertes récentes de M. Émite Martin, ces gisements vont prendre dans la paléontologie humaine une , place bien plus grande encore. A deux reprises, en eiïet, cel archéologue a recueilli dans l'une des sablières moyennes de Grenelle des squelettes humains appartenant à une race, dont les dépôts précédemment formés n'ont fourni, à notre connaissance, aucun échantillon.

Nous avons vu dans les deux derniers chapitres, que deui races très-différentes l'une de l'autre ont successivement peuplé l'ouest de l'Europe. L'une de ces races, plus ancienne, largement répandue de la Suède (Stangenàs) à l'Italie centrale (l'Olmo), est caractérisée au point de vue du crâne, par une dolichocéphalie exagérée, avec aplatissement plus ou moins marqué du front, proéminence plus ou moins grande des arcades sourcilières, dépression pariétale postérieure, etc. Celle race parait avoir été de haute stature ; sa capacité cérébrale était médiocre.

Uno seconde race est arrivée ensuite en Belgique et en France. Des fragments minimes qu'elle nous a laissés dans

Ghap. IX.] DESCRIPTION DES CRANES. 253

les dépôts quaternaires inférieurs, il serait impossible de tirer aucune indication ethiiographique sérieuse, si la comparaison avec des pièces plus complètes extraites de gisements postérieurs ne montrait pas qu'ils ont appartenue une race brachycéphale de petite taille, au crâne peu volumineux, à la face plus ou moins prognathe, dont nous donnons plus loin la description.

Les ossements découverts par M. Em. Martin sont d'une troisième race, dolichocéphale et de grande taille, comme la première, mais au crâne volumineux, et présentant en même temps avec la seconde certaines affinités. Nous la retrouverons avec ses caractères particuliers à Cro-Magnon, dans la vallée de la Vézère (fig. 42, n° 9). Et il ne nous sera pas difficile de démontrer que, contrairement aux opinions exprimées par MM. Prûner-Bey, Vogt, etc., le célèbre crâne recueilli par Schmerling dans la caverne d'Engis doit être rapporté à la même race. Nous en rapprocherons également certains fragments d'Engihoul, d'Aurignac, etc.

La race de Grenelle est grande, avons-nous dit. Si en effet l'on applique au fémur intact de l'homme de Grenelle les règles de proportions formulées' par les médecins légistes (1), on trouvera qu'il avait 1 mètre 70 cent, environ.

Ces deux sujets et un troisième, découvert plus loin dans la même carrière, il y a quelques jours à peine, ont pour diamètres antéro-postérieurs 191°»"», 180"" et 184"""; leurs diamètres trans verses égalent 142"", 136"" et 141"". Par conséquent, l'indice qéphalique du premier est 74,34, celui du second 75,55, celui du troisième 76,63, ce qui donne un indice moyen de 75,50, et constitue une série dolichocéphale que celle do Cro-Magnon, celles des dohnens et des sépultures mérovingiennes dépassent seules en France.

Nous avons dit que les crânes de Grenelle sont volumineux.

(1) M. Hroca qui se préoccupait des mêmes rapports en éludiant les os de Cro- Magnon, a fait remarquer ayec raison que les chiffres des médecins légistes ne peuvent pas être appliqués ici ayec sécurité, car ils ont été obtenus en étudiant nos races actuelles, et il n'est pas certain que toutes les proportions aient été les mêmes dans les races anciennes. {Bull, Soe, Anthrop,, 2* sér., t. Ul, p. 359, 1868.)

25i DESCRIPTION DES CRANES. [Châp. IX.

La circonférence horizontale de Thomme atteint en effet S42""', celle de la première femme dépasse 528°°, celle de la seconde égale 525°°. La capacité crânienne, déterminée approximativement à l'aide du cubage par le plomb n® 8, s'élève à 1510 centimètres cubes pour l'homme, à 1325 environ pour le seul des crânes féminins qui ait conservé sa base à peu près intacte. Et nous devons déclarer que ces chiffres sont des minima, la solidité douteuse des deux pièces examinées n'ayant pas permis de tasser le plomb d une manière suffisante. Cette capacité crânienne considérable est à peu près également répartie entre les régions antérieure et postérieure. La loge frontale est assez spacieuse sur nos trois individus, la longueur de la courbe du coronal atteignant 430, 126 et 140°°, la largeur, indiquée par le diamètre frontal minimum, étant représentée d'ailleurs par 93, 103 et 92. La circonférence horizontale pré-auriculaire atteint 247, 233 et 245 et la circonférence transverse sus-auriculaire, 312, 305 et 315 (?)

Mais les lobes postérieurs aussi sont volumineux ; Técaille de l'occipital se projette notablement en arrière du lambda et de la protubérance occipitale externe peu prononcée d'ailleurs. La courbe de la portion cérébrale de cette écaille est de 70, 80 et 72 millimètres et sa courbe horizontale post-auriculaire de 285, 295 et 280.

Ce développement de la région postérieure du crâne coïncide avec la présence d'anomalies donnant naissance à un os épactal sur notre individu masculin, à des os wormiens sur les deux femmes. Les sutures assez peu compliquées semblent plus fermées en avant qu'en arrière. Ce caractère, comme le précédent, est un signe d'infériorité. Il est spécialement attribué par Gratiolet aux races humaines les moins nobles. Quant aux anomalies du lambda de nos crânes de Grenelle, nous avons démontré ailleurs qu'elles occupent de préférence cette région chez les peuples les moins civilisés, tandis qu'elles sont relativement plus fréquentes au bregma dans les races supérieures. Nous signalons, enfin, sur la suture sagittale une sorte de voussure plus ou moins étendue qui

GtfAP. IX.] CARACTÈRES FACIAUX. 253

n'est pas sans analogie avec celle que Ton remarque sur quelques crânes hyperboréens et qui donne à la voûte inclinée sous un certain angle un aspect légèrement ogival.

Les faces sont malheureusement mutilées ; ce qu'il en reste permet néanmoins, sur nos deux premiers crânes, de constater que les arcs sourciliers sont bien développés, les glabelles saillantes, les apophyses orbitaires externes obliquement dirigées, la racine du nez assez épaisse. Ces faces sont relativement courtes et larges, développées dans le sens transversal au niveau des pommettes (diam. bizygomatique max : 130? 128?), brusquement rétrécies au-dessous.

Les orbites sont peu hautes (hauteur minima, 3i), extrêmement larges (largeur maxima, 42). L'indice orbitaire, c'està-dire le rapport du diamètre vertical au diamètre transverse supposé égal à 400, est de 73 sur le seul crâne qui possède une orbite complète. Cette orbite est d'ailleurs découpée en rectangle et très-obliquement dirigée en dehors et en bas.

Ce qui précède s'applique à la face du sujet mâle ; ce qui reste de la même région sur le premier sujet femelle présente atténués les mêmes caractères.

Sur les deux sujets, la face généralement orthognathe est un peu prognathe dans sa région alvéolaire; l'angle facial supérieur dont le sommet correspond à l'épine, égale 80** et 86°?, l'angle facial moyen qui a son sommet au bord de l'alvéole des incisives, est de 72*^ et 73°. Sur le seul maxillaire inférieur que nous possédons intact, celui de la femme, ce prognathisme se retrouve légèrement indiqué. Cet arc mandibulaire, assez mince sur le mâle, est, au contraire, très-épais sur la femelle. Il mesure alors 14 à 15™"" à la symphyse et 17mm g^^ niveau de la deuxième grosse molaire. Ces mâchoires inférieures sont d'ailleurs assez élevées (haut, symph., 28,5, 00; au niveau de la seconde grosse molaire 27,5 28,5) et terminées en pointe triangulaire. Les dents qu'elles portent, très-bien conservées, sont usées, obliquement de bas en haut et de dehors en dedans.

La remarquable alliance de caractères de supériorité et d'infériorité que nous présentent les têtes fossiles de Grenelle,

256 TRONC ET MEMBRES. [Gbap. IX.

cette combinaison anatomique qui associe» par exemple, une face frontale assez vaste à un occiput volumineux, qui, sur un crâne de grande capacité, fait marcher d'avant en arrière la synostose, qui superpose une région faciale supérieure orthognathe à une région alvéolaire prognathe, se signale jusque dans les membres par des juxtapositions vraiment étonnantes de caractères presque simiens et d'attributs propres aux races humaines considérées comme les plus élevées. Ainsi l'humeras est moins tordu que dans nos races blanches actuelles, ce qui est un caractère d'infériorité, et cet os est relativement plus long par rapport au radius, ce qui éloigne notre fossile des races humaines sauvages. Le fémur est fortement tordu, au contraire, mais sa ligne âpre est saillante, ce qu'on n'observe pas sur les individus placés aux degrés les plus infimes de l'échelle ethnographique. Le tibia est encore platycnétnique (1), le péroné est remarquable par ses gouttières musculaires profondes et la saillie de la crête d'insertion du ligament interosseux. Les cubitus sont courbés au-dessous de l'olécrâne, les radius au-dessous de la cupule, de façon à présenter une concavité antérieure comme chez les grands singes anthropomorphes.

Un bassin d'homme presque entier a été conservé; il est grand et robuste; les os iliaques sont évasés (distance des deux épines iliaques ant. sup. 230), et les fosses dç même nom profondément concaves. Le sacrum large (H?"*"*) est en même temps fortement courbé, sa hauteur est considérable (11 ô"»"»).

A côté de ces caractéristiques élevées, nous avons à signaler des marques presque bestiales. Ainsi, comme dans les races humaines inférieures, la diapophyse de la première vertèbre lombaire se subdivise légèrement en parapophyse et en métapophyse. Ces deux saillies osseuses, complètement séparées chez les pithéciens, se fusionnent incomplètement chez les anthropomorphes, dont se rapproche à ce point de vue l'homme de Grenelle, présentant ainsi <lans son système

(1) Voyez plus haut, p. 2ii et fig. 40.

Chap. IX.] TYPE D'AURIGNAC. 257

vertébral, comme dans son crâne, sa face et ses membres, un bizarre mélange de noblesse et de bestialité. Ce précurseur de la civilisation, cet initiateur de l'industrie et de Tart devait nécessairement allier à l'esprit qui crée la* force qui exécute. C'est cette force brutale qui, mise au service d'une intelligence relativement développée, a assuré le progrès inséparable de la sécurité (1).

T/pe d'Anrlgnae*

La grotte funéraire d'Aurignac est la plus anciennement connue de celles qui, au point de vue de la paléontologie et de l'archéologie, nous paraissent devoir être placées immédiatement après les cavernes des types du Moustier et de Lherm. C'est pourquoi nous la prenons pour type de notre troisième groupe (2) caractérisé paléontologiquement par la disparition lente et graduelle des grands mammifères qui s'éteignent, archéologiquement par quelques silex d'une forme spéciale et un grand nombre d'instruments en os particuliers, anthropologiquement, enfin, par l'apparition de la même race humaine dont nous avons décrit les os trouvés dans les moyens niveaux de Grenelle, et qui se juxtapose et se fusionne, sans doute, avec la petite race dont Clichy, la Naulette, Arcy nous ont conservé les débris précédemment décrits.

Découverte et violée par un ouvrier terrassier, la sépulture d'Aurignac ne présentait plus que des restes presque informes, lorsque M. Éd. Lartet la visita en 1860. Cependant les fouilles méthodiques qu'il a fait exécuter sous ses yeux, ont amené la découverte d'un certain nombre d'objets intéressants (3),

(1) Cf. p. Broca, op. cit., p. 40. — Nous avons analysé dans ce qui précède un mémoire spécial que nous ayons préparé sur les crânes de Grenelle. Nous y renvoyons les lecteurs désireux de connaître de plus grands détails.

(2) C'est en s'appuyant sur des considérations de même ordre que M. de Mor** tillet a donné à la période correspondante de i'hisloire des cavernes le nom ùi*époque d*Âurignae {op, eiL, Mat,, mars 1869).

(3) Cf. Lyell, Ane,, 2« éd., p. 203 et sniv* — Ed. Lartet, Sur une ancienne station humaine, avec sépulture contemporaine dét grands mammifères fossiles réputés caractéristiques de la dernière période géologique (Ane* Appendice^ p. 190

HAMY. — PALÉONT. HUM. 17

258 FAUNE D'AURIGNAC. [Chap. IX.

Au milieu des cendres et des charbons (1) accumulés sur la petite terrasse formant talus à l'entrée de la grotte, on découvrit de rares débris de mammouth, de rhinocéros et de megaceros d'Irlande, les restes plus importants de Tours et de rhyène des cavernes; enfin, en grande abondance, des os de renne, de cheval et d'aurochs auxquels étaient mêlés le chevreuil, le cerf commun, Tâne (î), le loup, le blaireau, le putois, etc. (2).

Presque tous ces animaux avaient été mangés à la porte de la grotte funéraire. Parmi les quadrupèdes, nous devons mentionner un ours des cavernes qui a subi l'action du feu, et un jeune rhinocéros dont les os ont été brisés, comme ceux des herbivores qui l'accompagnent, de façon à en extraire la moelle et rongés ensuite par un animal carnassier à ses extrémités. Ces dernières traces sont attribuées par M. Éd. Lartet aux hyènes dont les os et les coprolithes sont mélangés aux cendres et dispersés sur le sol.

Avec ces os, on a trouvé une centaine d'objets en silex. Comme à Grenelle, les haches avaient disparu; la plupart des outils étaient façonnés en couteaux ; il y avait quelques grattoirs, quelques nuclétis et d'autres silex taillés à facettes multiples, semblables à ceux de Châtillon dont nous avons parlé, et que M. de Mortillet considère comme caract&istiques (3). On a supposé, dit M. Lartet, que ce devaient être des projectiles dont le choc était rendu plus dangereux par les saillies anguleuses ménagées à la surface (Joe. cit.^ p. 193). Il y avait, enfin, dans le même dépôt extérieur, une sorte de disque épais, portant sur chaque face une dépression centrale, et formée d'une roche dure qu'on ne trouve pas dans la région circonvoisine. C'est une sorte de marteau destiné à façonner les ustensiles en silex et qui

et suiv.). — Ed. Lartet, Nouvelles recherches sur la coexistence de Vhomme et des grands mammifères fossiles réputés caractéristiques de la dernière période géologique, I Station et sépulture d'Aurignac (ibld., p. 196 et suir.)- — Cf. Ann, Se, Nat,, i'sér,, t. XV. —Etc.

(1) Cf. Lyell, Ane, 2" éd., flg. 28 e,

(2) Id., ibid., p. 20^. — Appendice, p. 210, 211.

(3) 6. de Mortillet, op. cit., p. 5. — Voyez plus haut p. 2Î$1.

Chap. IX.] INSTRUMENTS EN PIERRE ET £^ OS. 259

a été en usage jusque vers la fin de la période^ néolithique (1).

Les pièces en os sont relativement nombreuses et de formes variées. De même qu'à la porte du caveau d'Aurignac, nos indigènes fossiles taillaient parfois leurs ustensiles de pierre, ils y fabriquaient aussi leur outils en os; du moins, a-t-on extrait du même talus des os de bœuf é vidés et des bois de rennes préparés pour divers usages (2). Nous avons déjà fait remarquer que, dès cette époque^ l'industrie de Tos prenait une part de plus en plus importante dans la vie des hommes primitifs. A Grenelle, dans quelques mauvaises conditions que se soient trouvés les os travaillés au point de vue de leur conservation, leur importance relative avait attiré notre attention. A Aurignac, quelque tardives que fussent les recherches de M. Éd. Lartet, elles ont amené la découverte d'outils en os nombreux et importants. Ce sont surtout des poinçons, des lances, des flèches, des lissoirs et quelques autres instruments. Les poinçons sont fabriqués avec les bois du chevreuil et soigneusement appointis. Les lances ou dards cyUndro-coniques allongés, en bois de renne, ont la base taillée en biseau. Les flèches en os, à tête lancéolée, n*ont ni barbes ni ailerons et leur base est transversalement fendue. Les lissoirs j enfin, sont des lames minces de bois de rennei polies sur leurs deux faces. Une autre lame (3) de la même matière présente, sur Tune de ses faces planes, de nombreuses raies transversales, également distancées, avec une lacune d'interruption qui les divise en deux séries ; sur chacun des bords latéraux de ce morceau ont été entaillées de champ d'autres séries d'encoches plus profondes et régulièrement espacées. « On serait tenté, dit M. Lartet, de voir là des signes de numération exprimant des valeurs diverses ou s'appliquant à des objets distincts ; » M. Steinhauer fait de ce curieux objet une marque de chasse.

Une phalange de renne, naturellement creuse comme dans

(1) Cf. Nilsson, op. eit, , p. 31 et pi. I. — Mus, de Saint-Germain, salle I, etc.

(2) Lartet, he. cit., p. 207.

(3) Id., ihid., p. 194.

260 ORNEMENTS ET SCULPTURE. [Chap. IX.

les rumj^iants du genre cervus (1), est percée d'un trou. « En plaçant la lèvre inférieure dans la concavité transversale de cette articulation et en soufflant dans le trou, on obtient un son aigu semblable à celui produit par une clef forée employée à la même intention. » C'est le premier exemple de sifflet de chasse quaternaire.

A côté de ces divers instruments, on trouve à Aurignac des ornements assez variés. Nous citerons la pièce caractéristique de Ver, de Combe-Granal et de Vergisson, un rocher de cheval perforé et un autre ornement de suspension, la première, par ordre chronologique, de ces tentatives artistiques si remarquables qui caractérisent la fin des temps postpliocènes. Ce morceau curieux « est une canine de grand ours des cavernes encore jeune. La couronne a été entièrement dépouillée de son émail, puis amincie des deux côtés et une gouttière creusée le long de son bord concave, simulerait une sorte de commissure buccale ou de bec; la fossette oblongue, placée au-dessous et un peu en arrière, à la place que devrait occuper Fœil et surmontée d'un trait sourcilier, compléterait un semblant de forme animale assez mal définie, peut-être une tête d'oiseau (2). »

Cette petite sculpture semblait provenir de Tintérieur de la grotte où différents objets de meilleur choix avaient été déposés, parmi lesquels M. Éd. Lartet signale un manche fait avec la partie inférieure du merrain d'un bois de renne, des silex taillés avec beaucoup de soin, et de petits disques percés, formant collier, et dont la face légèrement convexe, bien qu'usée et à demi polie par un frottement artificiel, laissait encore apercevoir la trace incomplètement oblitérée des côtes saillantes de la coquille d'une espèce de Cardium (3).

La sépulture, fermée presque complètement par une grande dalle de grès relevée verticalement contre l'ouverture, contenait avec ces divers objets des fragments de poterie grossière, des ossements et des dents de grands mammifères,

(1) Appendice, pi. H, fig. 12.

(2) Éd. Lartet, loc. cil., p. 200.

(3) Id., ibid.y p, 200.

Chap. IX.] OSSEMENTS HUMAINS D'AURIGNAC, 201

les uns intacts et dans leurs connexions naturelles, une jambe d'ours par exemple, les autres intentionnellement fracturés, os longs assez maladroitement fendus, mandibules brisées, etc. On n'y a trouvé ni maxillaires supérieurs entiers, ni parties notables de crânes. Ce qui donne à supposer que la tète des animaux ^tait généralement fracassée, et que la cervelle en était extraite dans l'intérêt de l'alimentation ou d'une industrie quelconque (1).

Dix-sept individus, hommes, femmes, enfants reposaient dans le caveau, avec les ornements et présents funèbres qu'on vient d'énumérer. Ces précieux documents ethno^ graphiques sont malheureusement perdus pour la plupart, H. Éd. Lartet, dans ses différentes fouilles à Aurignac, a pu cependant recueillir une centaine de fragments osseux, et une trentaine de dents, qu'il a bien voulu nous communiquer.

Ces débris de squelettes appartiennent pour la plupart à des adultes ; quelques-uns cependant, non encore épiphysés, proviennent de sujets en voie de développement. Parmi les dernières pièces nous signalerons spécialement la clavicule droite d'un f<Btus à terme.

Il serait difficile de déterminer avec précision le sexe auquel ont pu appartenir les individus de cette sépulture, dont les os mutilés sont parvenus jusqu'à nous. L'exiguïté de certaines pièces permet néanmoins de supposer que plu' sieurs d'entre elles sont féminines. Nous ajouterons cependant que ces dimensions restreintes pourraient bien dépendre plus de la race que du sexe. Nous savons déjà, en effet, qu'une race de petite taille a vécu en France et en Belgique vers la fin de l'âge que nous venons d'étudier (Çlichy, la Naulelte, Arcy), et il n'est pas impossible que cette même race ait été représentée dans la population d' Aurignac.

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, à côté de très-grands fragments, cubitus, radius, fémurs, calcanéum, métatarsiens, etc., en tout point comparables à ceux de Grenelle, à la race des-

(Ij Éd. Lartet^ loc. cil., p* 209.

262 OSSEMENTS HUMAINS D'AURIGNAC. [Chap. IX.

quels nous sommes tenté de les rattacher, le caveau funéraire d'Aurignac a rendu à la lumière des os extrêmement petits, os de Tavant-bras, de la jambe, etc.

Un morceau de mandibule, malheureusement sénile, élevé encore néanmoins et relativement robuste, portant de profondes empreintes musculaires et terminé par un menton pointu et triangulaire, rappelle la forte race des niveaux moyens. Un autre fragment nous paraît reproduire, en plus grand, le maxillaire inférieur de la petite race des bas niveaux (1). Deux molaires encore en place sur cette dernière pièce sont profondément usées de dedans en dehors et de haut en bas. La seconde, un peu plus petite seulement que la première, a cinq tubercules.

Des différences de même nature se retrouvent dans les os du tronc et des membres. Certaines portions de côtes sont grandes et épaisses, d'autres sont petites. et minces. Nous avons des extrémités supérieures de cubitus qui égalent en dimension les parties correspondantes du squelette de Grenelle, et d'autres qui en atteignent les deux tiers seulement, quoique leur développement soit parfaitement achevé. Une extrémité inférieure du même os est bien petite, puisqu'elle représente seulement la moitié de l'extrémité correspondante du cubitus de l'homme de Grenelle ; par contre, la partie supérieure d'un radius atteint la même taille que sur ce fossile. A côté de débris de fémurs très-gros nous en avons sous les yeux qui ont appartenu à des fémurs petits. Un morceau de tibia représente en volume les deux tiers de la diaphyse correspondante de Grenelle, etc.

Au pied et à la main, les variations sont moins étendues, et lorsque nous comparons des os similaires grands et petits, nous constatons des modifications de taille qui ne dépassent guère les 7^ de la longueur totale. Le sexe suffirait largement à rendre compte de variations aussi faibles que ces dernières : mais cette même cause peut-elle être légitimement invoquée, comme explication des différences bien plus considérables que nous avons citées?

(1) Voyez plus haut, p. 216.

Cbap. IX.] CflATEL-PERRON. 263

Sur quelques-unes des pièces moyennes on retrouve les caractères extraordinaires des pièces plus grandes, courbure concave en avant de Textrémité supérieure du cubitus, platycnémisme du tibia^ etc. Et il y a lieu de croire, alors, que Ton a sous les yeux les os d'un homme grand et robuste, et ceux d'une femme assez forte encore, mais de petite taille.

Mais cette explication ne nous parait pas applicable à d'autres ossements, qui, relativement plus petits encore, ont cependant un aspect masculin, et que nous rattachons provisoirement à une race différente, peut-être à celle de l'âge du renne de Belgique (Trou-du-Frontal, Trou-Rosette, etc.), dont une mandibule, que nous examinons, nous semble, quoique très-incomplète, reproduire assez bien les traits.

Il n'est pas sans quelque intérêt de rappeler, en terminant cette description, qu'aucune des pièces d'Aurignac ne présente de traces de rachitisme. Une seule nous a paru pathologiquement déformée, mais sa déformation est de cause traumatique. Il s'agit d'une fracture de l'extrémité inférieure du radius avec pénétration du fragment supérieur. Nous trou • verons sur les os de Cro-Magnon les traces d'autres affections chirurgicales, moins intéressantes par elles-mêmes que par les lumières qu'elles jettent sur la vie privée de ces sauvages habitants de notre sol, pendant la transition que nous nous efforçons de faire connaître.

ChAtel- Perron et Gorge d*Eitfer.

Le type d'Aurignac que nous venons de décrire se répète, archéologiquement, du moins, en certaines localités appartenant au midi de la France et à la Belgique. On peut citer entre autres stations qui reproduisent l'industrie, et jusqu'à un certain point la faune de cette intéressante grotte, Châtel- Perron, Gorge d'Enfer, Cro-Magnon, etc.

Le premier de ces gisements, fouillé par M. Bailleau, contenait des débris do mammouth, de grand ours, de grand felis, d'hyène des cavernes, de renne, de chamois, de bou-

264 GORGE D'ENFER. [Chap. IX.

quetin, de cerf, de cheval, d'aurochs, de bœuf, de loup et de renard. Il a donné des silex taillés, pointes du Moustier, per^ çoirs de Grenelle, grattoirs et lames, et quelques os façonnés, parmi lesquels se trouvent la flèche en os à base transversalement fendue, un métatarsien d'aurochs taillé en poinçon, deux fragments d'os plats arrondis, deux osselets de l'oreille polis et deux dents perforées. M. Bailleau a aussi recueilli des fragments de minerai de fer et de manganèse provenant d'un point voisin. Il est assez porté à croire que les habitants de Châtel-Perron se servaient de ces substances pour se tatouer, comme le font encore aujourd'hui bien des sauvages (1).

Le second gisement^ situé non loin du Moustier (â), dans une petite vallée ouverte dans le calcaire, sur la rive droite de la Vézère (fig. 47), a été étudié par MM. Éd. Lartet et

Fig. 47.

. Calcaire.

Caverne à osscmenU.

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