‹ Précis de paléontologie humaineChapitre 21 sur 40 · IL. Abri · texte numérisé non relu

IL. Abri

Fig. '*7. * Profil de la vallée de la Gorge d'Enfer (rive droite de la Vézère).

{Reliq. Aquitan., flg. 2, p. 4.)

H. Christy. Ils y ont découvert le poinçon, la marque en os et la flèche, caractéristiques d'Aurignac. Avec ces instruments se sont rencontrés, outre des couteaux et des grattoirs à un et à deux bouts (3), une sorte de racloir qui n'est pas sans analogie avec ceux du Moustier, et des pointes en silex comparables, moins la largeur peut-être, à celles de ce gisement célèbre, et certainement identiques à bien des pointes des

(i) Mat. pour VHisL, t. Y, p. 384 et suiv.

(2) Voyez plus haut, fig. 31, n» 4, p. 224.

3) Cf. Reliq, Aquitan., A, pi. X.

Ghap. IX.] CRO-MAGNON. Î65

moyens niveaux de Grenelle ou du plateau de Pontlevoy (\). Ce qui atteste une transition industrielle entre les produits de notre second groupe des cavernes et ceux que fournit la troisième de ces subdivisions, transition identique à celle que Grenelle nous a déjà fournie.

Bien plus remarquable que les d^x précédents, le gisement de Cro-Magnon a été découvert en 1868 dans les travaux de chemin de fer de Limoges à Agen. M. Louis Lartet en a donné une description élégante et fidèle dans les Bulletins de la Société d'Anthropologie Qt les Reliquiœ A quiianicœ. Ouvert dans cette même vallée de la Vézère, un peu au-dessus du confluent de cette rivière et delà Beune (2), Y abri de Cro-Magnon doit en grande partie sa célébrité à la découverte qu'on y a faite d'ossements humains d'un type inconnu jusqu'alors, découverte qui concorde admirablement avec celle de Grenelle que nous avons fait connaître au commencement de ce chapitre.

Ce mot d'abri s'est rencontré plusieurs fois dans les pages qui précèdent; il convient d'en donner ici une brève définition. Les escarpements rocheux des bords delà Vézère, dit M. Louis Lartet (3), sont constitués par les tranches des couches à peu près horizontales des calcaires crétacés que les cours d'eau ont profondément taillées en creusant leur lit. Ils présentent de larges sillons ou cannelures (fig. 48, 49 et 51, p. 266-267), qui courent parallèlement à plusieurs niveaux et se prolongent fort loin. On serait au premier abord tenté d'attribuer ces cannelures au passage rapide et longtemps continu d'un cours d'eau très-large et s'élevant bien au-dessus du niveau actuel de la Vézère. Mais, en y regardant de plus prè&, on reconnaît aisément que ces cannelures parallèles ont été produites par

(1) Voyez pins haut, p. â49-2ol.

(2) Voyez plus haut, p. 224 et fig. 42 m 9.

(3) L. Lartet, Une sépulture des troglodytes du Périgord. (Bull. Soc. Anthrop. de Paris, %• sér., t. lll, p. 337, 1868.) * Traduit en anglais. (Reliq. Aquitan., p. 02 et suir.)

ISe UODE OE FORMATION DES ABRIS. [Cbap. IX.

la dégradation incessante des couches tendres, feuilletées, propres à l'imbibition, intercalées au milieu d'assises plus résistantes, sous l'intluence des agents atmosphériques et pa^ tieulièrement à la suite des gelées. L'exactitude de cette ex* plication est démontrée par rindépendance des cannelures, par rapport au thalweg de la rivière. Ainsi, dans ce croquis

Fig. 48.

Fig. 18. — Vue ie la nMtc de b Veièrc, caonlnDt 1;$ (tnncivret nai elllonnfal les teùea

d« It Tiiï dritile en plongeant en uni tnierw de 11 pente de U ri (1ère. (L. Liciet.) a, village des Eriles; b, grolles du Cingle; e, ponl du chemin de Ter; i, mclier de Cro-

Uagnoni d, roc de ifiju; i, Gorge d'EnFer; A, gare des Ejïle»; b, Langetle-Bass«;

0, tgUicde Ta;ac.

de M. Louis Lartet fflg. 48), la Vézère coule de droiteà gauche et les cannelures plongent de gauche à droite.

Dans les points où les agents atmosphériques ont exercé

plus énergiquement leur action, les cannelures sont protondes

et les roches on surplomb forment des abris, qui ont été fré-

FJg. 49.

e^rr

Frg. 49. — Voe des rochers de la

Chip. IX.] RENSEIGNEMENTS TOPOGRAPHIQUES. 167

quemment utilisés oomine demeures, comme rendez-vous de chasses, comme sépultures enfin, &ux époques lointaines que nous nous efforçons de reconstituer.

C'est un de ces t^ris, depuis longtemps dissimulé par un lalus d'éboulement de quatre mètres d'épaisseur, que la pioche des terrassiers a rendu à la lumière, au mois de mars 18(>8.

Fig. 60.

Cro-Magnon (fig. 49, c), c'est le nom qu'on a donné à cet 'tbvi, dégagé des terres qui le masquaient par les travaux de

Flf. SI. — ProUl IrauEversat île 1> valIÉo de li VézËte passuil p*r l'abri de Cro-Hasniui.

P, ululcetrèlaeé-, M, iboaVa ries lalus et allavlonj; e, rotliei de Cro-U9t[ran; f, ibrl; i, tuiplombdn rocher pi gditparn: b, talas: c, grès bloc calcaire; g, chlleau et village detEiiles; h, vilita de la Benne: (, malsoD de gardera rrltre; k, grattes da Ciii(Ie; i, ponl du chemin de ter.

â68 DESCRIPTION DE L'ABKf. [Chap. IX.

terrassement, se présentait sous Taspectâguré dans les dessins ci-dessus (fig. 50 et 51). Au pied d'un rocher, figurant grossièrement une sorte de champignon, s'ouvrait à peu près horizontalement la cavité qui, consolidée par un pilier de soutènement, fut méthodiquement exploitée en tranches horizontales (1).

Une certaine quantité de débris calcaires s'étaient déjà accumulés (fig. 52, A), sur le plancher de l'abri, lorsque pour la première fois l'homme y séjourna, laissant comme traces de son passage une couche noirâtre (fî) de 5 à 15 centimètres d'épaisseur, renfermant des silex taillés, des fragments de charbon, des ossements d*animaux brisés et calcinés, et à la partie supérieure une dent d'éléphant (a).

Ce premier foyer, continue M. L. Lartet, est recouvert par une couche (C), épaisse de 25 centimètres de débris calcaires détachés peu à peu de la voûte pendant l'abandon temporaire de l'abri. Puis on retrouve une nouvelle couche mince de foyer (D).de 10 centimètres d'épaisseur, contenant toujours des fragments de charbon, d'ossements et de silex taillés. Cette assise est encore surmontée d'un lit d'éboulis calcaires (E) de 50 centimètres d'épaisseur ; enfin vient au-dessus une série d'assises plus importantes renfermant toutes, en des proportions diverses, des charbons, des ossements brisés, brûlés et travaillés ; des silex taillés suivant divers types, mais principalement en grattoirs , des nucleus^ des cailloux arrondis de quartz, de granité, etc., empruntés au lit de la Vézèreet portant de nombreuses traces de percussion. L'ensemble de ces couches paraît se rapporter à une époque pendant laquelle la grotte fut habitée, sinon constamment, au moins à des intervalles rapprochés, qu'ils ne permirent plus l'intercalation des dépôts d'éboulis calcaires, au milieu des divers lits correspondant aux phases successives de cette troisième période d'habitation. La première ou la plus inférieure de ces couches est un lit charbonneux (F) de 20 centimètres d'épaisseur, qui n'atteint pas le fond de la grotte, mais qui se prolonge un

(1) La description qui suit est empruntée presque teztueUemeni au mémoire déjà cité cle M. Louis Lartet, loe, cit,, p. 343.

CaiLt. IX.] SUPERPOSITION DES COUCHES. 163

peu plus que les précédeats. À son contact avec les débris calcaires sur lesquels il repose, ceux-ci sont forternent rougis, ce qui est un indice de calciaalion.

Fig. Si.

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