‹ Précis de paléontologie humaineChapitre 24 sur 40 · C»AP. X.] STATION DE SGHUSSENRIED · texte numérisé non relu

C»AP. X.] STATION DE SGHUSSENRIED

8ehiusenrl«d.

La station de Schussenried, découverte'au nord de Ravensburg, en Wurtemberg, a donné au professeur Fraas, de Stuitgard, des débris semblables à ceux que nous venons de mentionner, en Boulonnais, mais représentant d'une manière plus complète l'industrie du commencement de Vâge du renne.

Le dépôt de Schussenried, dont nous avons déjà parlé (1), remplit de ses argiles à cailloux striés une dépression du terrain morainique du glacier du Rhin. Et ce fait a beaucoup d'importance, car il prouve que le retrait des glaces était alors en partie opéré. Le climat était froid encore puisque le renne, le glouton, le renard polaire composaient la nourriture de Thomme qui fracturait leurs os pour en extraire la moelle et que des mousses boréales poussaient à Schussenried et à Waldsee(2). Mais les milieux se modifiaient et sous Finfiiuence de ces changements la première faune quaternaire allait s'éteindre.

Le matériel industriel de Schussenried se compose de petits silex taillés en lames, en scies, en perçoirs et en grattoirs, de grossiers harpons en os, de pointes plus ou moins allongées, de phalanges de renne transformées en sifflets par le procédé exposé précédemment, d'éclats d'os long plus ou moins appointés, comme ceux d'Equihen, etc., de bois de renne enfin portant des coupures comme celui de Blacourt, ou des incisions longitudinales comme à Laugerie-Basse. Deux de ces bois ont été percés, l'un d'un seul, l'autre de deux trous, formant ainsi ce que MM. Éd. Lartet et H. Christy ont provisoirement désigné sous le nom de bâton de commandement, instrument ou insigne dont il sera parlé longuement dans la suite de ce chapitre (3).

A Schussenried, à Châtillon-sur-Seine, aux environs de Boulogne-sur-Mer, ce sont les couteaux et lès lames qui domi-

(1) Voyez plus haat, p. 82.

( 2) Voyez plus haut, p. 139, note.

(3) Congr, Internat,, 2« sess., Paris, 18 p. 283-254. — Etc.

1867, p. 147. — MaL pour Vhist., t. 111,

m mM\ms silex tailles oe la se(NE et de la soume. [Chap. x. neot. Il en est encore de même dans les dép6ts les plus récents des vallées de la Seine [l ) et de la Somme. Dans ces deux vallées cependant on a trouvé très-exceptionnellement de grosses pierres taillées à petits éclats, avec habileté et que M. de MoFlillet a données comme caractéristiques. On trouvera le dessin d'une de ces pierres dans le grand ouvrage de M- Bel- Fig. 59. Fig. 60.

grand. Nous mettons sous les yeux du lecteur celle qui a été découverte à Menchecourl en 1866 [2).

Les autres instruments du quaternaire supérieur sont, avonsnous dit, presque toujours des couteaux. Nous allons voir,

(I) Ce n'esl que dans les diipflls alluviaux les plus suportlcicU el les plus rapprochés du fleuTe, lels que ceux da Billantourt que l'on trouve des instrumcnis de la période néolilique.

(S) G. de Uortiliel, Nûle iur la ctanificatwn des hacha ta pierrt. (Butt. Soe. Anlhrop., 2' iir.l. I, p. Î13.)

Chap. X.] TYPE DES EYZIES. Ï97

dans les cavernes et les abris de l'âge dti renne, s'établir presque partout cette prédominance, qui a valu, chez quelques nomenclateurs, à l'époque correspondante le nom A'dge des couteaux. Nous retrouverons aussi dans ces mêmes cavités Où les animaux éteints se montrent de plus en plus rares, les harpons plus ou moins barbelés, les bois de renne sciés et percés, les pointes et les éclats d'os des dépôts que nous venons d'étudier au point de vue archéologique. Et ainsi s'affirmera le parallélisme entre les grottes et les abris du quatrième groupe et les alluvions supérieures, parallélisme établi dans les chapitres précédents pouf les alluvions inférieures et moyennes et les second et troisième groupes de cavernes post-pliocènes.

Tjfc d«> EfMica.

Les deux dernières grottes rattachées au type d'Aurignac contenaient encore, l'une trois, l'autre deux animaux d'es-

pèces éteintes. A la Chaise, la prédominance appartient au renne, au cheval et à l'aurochs, il n'y a plus que trois dents de grand ours, deux dents d'hyène des cavernes, une dernière molaire supérieure et une astragale de rhinocéros. A Bize, quelques débris d'hyènes et d'ours représentent seuls la faune disparue. De môme la station des Eyzies n'a donné

298 DESCRIPTION DE LA GROTTE DES EYZIES [Ciup. X.

qu'un OS de felis spelœa et quelques fragments d'ivoire d'éléphant.

Cette grotte des Eyzies, qui donne son nom à notre deuxième type de transition, est ouverte à peu de distance de l'abri de Cro-Magnon, sur une saillie en plate-forme, à trentecinq mètres au-dessus de la rivière la Beune, affluent de la Vézère(l).

L'ouverture en est large, demi- circulaire (fig. 61); elle est profonde de douze mètres ; dans sa plus grande largeur elle atteint seize mètres environ.

Lorsque MM. Ed. Lartet et H. Christy visitèrent les Eyzies, en 1863, ils y trouvèrent encore le long des parois de la grotte des concrétions ossifères (fig. 61 c), témoignage de l'existence au-dessus du plancher actuel d'une couche meuble de 60 à 90 centimètres. Le sol rocheux de la cavité était encore couvert, à peu près en continuité, d'un plancher de brèche osseuse d'une épaisseur de 20 à 25 centimètres. « On y distinguait empâtés pêle-mêle, des ossements fragmentés, des silex taillés de formes et de dimensions diverses, des cailloux arrondis ou anguleux et des plaques schistoïdes de rocher pour la plupart différentes de celles que Ton trouve dans la vallée de la Beune, et même dans le bassin de la Vézère. Sur quelques points on pouvait reconnaître, à la quantité de cendres et de débris de charbon que renfermait la brèche, l'emplacement d'anciens foyers (2). >

Cette assise inférieure qui avait conservé « en quelque sorte stéréotypées par leur consolidation en brèches les circonstances originelles du dépôt ainsi soustrait à tout remaniement ultérieur • contenait les débris d'une faune dans laquelle l'éléphant n'est représenté que par un fragment de défense portant des traces de travail, le felis spelœa, par un métacarpien du petit doigt entaillé et rayé. Le renne prédomine considérablement : il est accompagné du cheval, du bœuf, du bouquetin, du chamois. Le cerf commun, le lynx,

(1) Voyez pliis haut, fig. 41, p. 2i4. — Cf. Reliq. Aquitan, Sk., n» 2.

(2) Ed. Lartet et II. Christy, op. cit, (Ancienneté de Vhomme, Appendice, 186i, p. i48.)

. Les

Chap. X.] BRECHIf A OSSEUEhTâ.

le lièvre et l'écureuil ont fourni quelques rares t

oiseaux et les poissoas sont abondants.

Tous les os longs sont invariablement cassés, et cependant des séries osseuses de la colonne vertébrale ont gardé leur

Fiï- 6i.

- FragoKnl de brèche des os ai

^i Eyzles.

contiguïté articulaire, et les pièces du carpe et du tarse sont eiactement dans leurs connexions anatomiques. M. Ed. Lartet observe, à ce propos, que les troglodytes qu'il a fait revivre diffèrent essentiellement au point de vue de l'alimentation des sauvages, leurs précurseurs, de l'âge du mammouth. Ces derniers, en effet, détachaient avec soin les cartilages

300 OS INCISÉS ET SILEX TAILLÉS. [Chap. X.

des OS, et leurs outils ont laissé des traces d'excision sur les surfaces articulaires de rhinocéros tichorhine. Les chasseurs des Eyzies, friands de la moelle des herbivores dont ils fendaient les os longs, laissaient dans leurs repas les articulations intactes, defaçon à permettre à la brèche, qui s'est formée après leur départ, de saisir et d'incruster les os dans leur assemblage naturel (1).

Les fouilles des Eyzies ont fourni des instruments en pierre et en os, quelques ornements et quelques sculptures.

Les pierres travaillées sont des blocs matrices ou nucléus dont nous avons déjà parlé, des couteaux plus ou moins semblables à celui qui est représenté page 192, et dont quelquesuns retouchés avec soin se contractent vers leur tiers inférieur, pour s'insérer dans un manche, des grattoirs presque toujours allongés et étroits, à un ou à deux bouts terminés par une tète arrondie retaillée à petites facettes obliques (fig. 58), des perçoirs semblables à ceux de Grenelle, enfin de très-petites flèches, triangulaires ou aplaties, effilées à leur extrémité qui forme une pointe aiguë (2).

On peut voir dans les figures 63 et 64 ci-jointes une de ces pointes encore engagée dans une vertèbre lombaire déjeune renne. Sa lame pénètre par la face inférieure du corps de l'os, pour ressortir en dessus (3).

Nous avons dit que la brèche des Eyzies avait fourni avec les silex taillés décrits ci-dessus des cailloux arrondis ou anguleux de provenance plus ou moins éloignée. Il n'y a rien à dire de la plupart de ces pierres, sinon qu'elles ont pu être utilisées comme pierres à chauffer. Mais quelques-uns de ces galets, plus réguliers, portent sur une de leurs faces une cavité quelquefois à peine indiquée, souvent assez profonde pour simuler de petits mortiers (4) qui paraissent avoir subi

(1) Cf. Ed. Larlet et H. Chrisly, V Homme fossile dans le Périgord, (Ane,, Appendice, 1864, p. 148-149.)

(2) Ed. Lartetet H. Christy, Reliq. Aquitan,, A, pi. I, II, VII, XIV, XV, XVI, XVIII, XXIV. —Cf. Ane. f Appendice, pi. I.

(3) Cf. op. eit, (Ane., Appendice, p. 153.)

(4) Ed. Lartet et H. Christy, V Homme fossile dans le Périgord. (Âne, Appendice, 1864, p. 155.) — Reliq, Aquitan., pi. XUl et XXUI.

Chat. X.] APPAREIL A FAIRB LE FEU. 301

l'action de frottements répétés, tout en demearant rugueux, ce qui est le propre de ia roche granitique qui les compose. Ils ne sont jamais assez grands pour avoir servi à broyer. MM. Lartet et Christy sont portés h voir, avec M. RouJin, dans ces prétendus mortiers , t un moyen de se procurer

Fig. 63.

Fig. SI el 61. - Vertèbre lombjii ElleeslreprËscuiée, St. 63, p>r

>, (nnsperccc par une lime de si pénètre l'arme, et Bg. 61, par l'aDlrei

du feu, analogue à celui employé par les sauvages de l'Amérique du Sud (1), c'est-à-dire en faisant tourner rapidement dans la cavité toujours rugueuse de ces cailloux de granit

(i) Oïiedo, Hiiiaria gênerai de lot Indiai, I. VI, c. 8. — Cf. Tylor, Earig hiiUtry of Mankind, p. 156, 339. — Lnbbock, op. (il. — Retiq. Aquilanieœ, Deieript. of the PL, p. 59.

:02 INSTRUMENTS EN OS. AIGUILLES.' [Chap. X.

un bâton de bois sec. > Si cette opinion se confirme, Thomme des Eyzies aura acquis un titre déplus à notre reconnaissance, puisqu'il aura trouvé un moyen facile et pratique d'avoir toujours le feu à sa disposition. La connaissance du feu remonte probablement aux temps miocènes et la conquête définitive de ce précieux auxiliaire se datera peut-être un jour de l'âge où vivaient les industriels des Eyzies.

Les progrès constatés ici dans la fabrication des ustensiles de pierre, se manifestent encore par l'apparition d'un certain nombre d'instruments en os de formes variées. A côté de certains objets du type précédent, poinçon à base taillée en biseau, sifflet de chasse, dent de cervus ou de lynx perforées, s'en rencontrent d'autres caractéristiques d'un type nouveau. Ce sont surtout des harpons en bois de renne et en os et de fines aiguilles faites de cette dernière matière. Ces aiguilles qui ont la forme et les dimensions de nos grosses aiguilles actuelles, sont percées de trous si petits et si réguliers c que les personnes mêmes qui sont convaincues de l'antiquité de ces objets auraient pu penser qu'il était impossible de faire un trou semblable avec une pierre, si cet observateur consciencieux, M. Lartet, n'en avait pas fabriqué une semblable, avec les instruments mêmes qu'on a trouvés avec ces aiguilles (1). »

Les harpons quaternaires sont généralement, nous l'avons déjà dit, des morceaux de bois de renne ou de cerf cylindriques ou subcylindriques, pointus à une extrémité et arm^s tantôt des deux côtés et tantôt d'un seul d'un ou plusieuis crochets récurrents qui sont le plus souvent creusés d'une rainure dans laquelle Gratiolet supposait que chasseurs et pêcheurs avaient dû mettre une substance vénéneuse ou du moins stupéfiante. Au-dessous de la partie barbelée se voient, dans les pièces intactes, une ou deux saillies « servant probablement, dit M. Éd. Lartet, à fixer ces armes dans une canne ou hampe creuse, par une demi-révolutiôn qui engageait le bouton dans un cran ou échancrure transversale (2). » Les

(i) Lubbock, trad. cit., p. 255.

(2) Ed. Larlet, Nouvelles recherchée mr la coexistence de Chomme et des grwâ» mammifères fossiles, etc., % H. (Appendice eU., p. 224.)

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