GRAVURES DE LA MADELAINE
> variés de ces b&tons, découverts à la Madelaine. L'un, de deux trous entourés d un carré, porte gravés un et six poissons indéterminables; un autre qui n'a ) perforation est décoré de stries longitudinales et transis; un troisième et un quatrième fragments portent trous cerclés profondément : ce dernier est orné d'un qui parait représenter des vertèbres articulées (1 ) ; un ème b&ton, percé une seule fois comme celui de notre , nous montre deux rennes au galop, etc.
derniers dessins sont moins soignés que celui du che- )résenté page 315. Les tôtes de bœuf, affrontées sur ;ment de bois de renne représenté ci- contre (ûg. 72 , sont médiocres ; le cenus de la fig. 74, quoique d'un incorrect, est au contraire d'une exécution remar- ^ dont notre dessin, d'ailleurs fidèle, est loin de rendre sse. Des hachures, simulant des touffes de poils, indi- , comme dans les pièces des Eyzies et de Massât, les osseux et musculaires (2).
mêmes qualités d'exécution se retrouvent sur l'os d'oiîygne?) gravé ci-joint, représentant un quadrupède, sans un renne (fig. 75). Son contour est vigoureux, ses s charnues sont habilement rendues; mais la pièce, inement fracturée, a été défigurée après cet accident le sorte de zigzag tracé sur presque toute la longueur du î l'animal si bien représenté.
renne, le cheval, le bœuf, les poissons ne sont pas les
animaux qu'aient dessinés les artistes de la Madelaine ;
ut voir encore dans l'album des Reliquiœ de nombreuses
res de la même provenance, représentant une fleur, un
m, un jeune batracien, et parmi les mammifères un car-
3r, qui paraît être le renard, le sanglier (?), le cerf com-
l'aurochs, le mammouth enfin et l'homme. L'on connaît
dernier deux dessins : Tun représente un avant-bras
ièrement esquissé et terminé par quatre doigts juxtaposés,
e un homme tout entier, complètement nu, le corps
\eliq. Aquitan., B. pi. III et IV.
A. Reliq. Aquitan., B. pi. II, tig. 5.
318 GRAVURES DE LA MAI^LALNE. [Chap. X.
assez fortement cambré ; il marche le corps légèrement incliné en arant, et porte sur Tépaule un court bâton (1).
Le mammouth découvert à la Madelaine, en 1864, en présence de Falconer, de MM. Lartet et de Yemenil, est dessiné au trait sur une lame d*iToire un peu épaisse, détachée d'une assez grande défense d'éléphant. On y reconnaît le crftne éleié, le front concave, les défenses recourbées de Velepha$ primigenins. L'œil est petit, l'oreille en est relativement rapprochée, la trompe allongée verticalement et la queue retroussée en une sorte de fouet.
Des traits parallèles, en assez grand nombre^ indiquent un animal velu; ils sont surtout abondants à la nuque où ils simulent cette crinière de longs poils, propre au mammouth que le naturaliste Adams a signalée sur l'animal de la Lena, ainsi que nous l'avons dit précédemment (2).
Avec ces nombreux produits de la gravure et de la sculpture en bas-relief sur l'os ou sur le bois des ruminants, il s'est, une seule fois, rencontré un dessin sur pierre qui nous a paru hardiment jeté, mais qui, demeuré imparfait, ne nous permet pas de juger en connaissance de cause si les progrès du travail sur la pierre ont marché de pair avec ceux dont l'os fournissait la matière première. Ce dessin est gravé sur une leptinolithe percée qui porte sur chacune de ses faces deux traits profonds se rejoignant obliquement sur le bord du trou destiné à suspendre ce singulier bijou (3).
(1) Reliq, Aquitan,, B, pi. II, VU, Vm. IXelî.
(S) Voyet plus bant, p. 142. — S'il restait quelques doutes sur l'assiaiflatioa proposée entre l'animal fi^ré par l'artiste de la Madelaine et Velephat primgeniu$, il suffirait de comparer le dessin publié par M. Ed. Lartet. (Note reîaiive d une Urne dTtoeir» fomU trouvée dma un gitement êuifire dm Périgard, LUtn d M. MUn9-Edwardt.) (Ann. Se, NaL, 5« sér., t. IV» pi. XVI, 1865), et celoi da mammouth de Pétersboarg, dessiné dans les Recherches sur les^ossements fossiles de CaTÎer, on mieax encore de jeter fœil sur ces denz esquisses réduites aux mêmes proportions par M. Le Bon, pour se conyaincre de l'identité spécifique des animaux ainsi représentés. (Le Hon, Ukomme fo$sUe, S* éd., Bruxelles, 1868, in^» p. 8i.)
(3) Reliq. AquUanieœ, Dmr^L of the PI, p. 45, fig. 4 et B. V. fig. 1.
Chap. X.} LAUGERIB- BASSE. 319
Langer le -Basse.
Les œuvres d'art son4; aussi nombreuses et plus variées encore à Laugerie-Basse qu'à la Madelaine. Nous retrouvons dans cette station, peu éloignée d'ailleurs de la précédente (fig. 42, n° 7), les vigueurs et les faiblesses de l'art tout jeune de ces peuplades demi-sauvages. A côté d'œuvres d'une grande correction relative, comme cet arrière-train d'herbivore (fig. 76), on en peut voir d'autres très-défectueuses, comme CQlle qui représente cet autre animal (fig. 77).
Le dessin net et vrai de l'une de ces figures fait un contraste frappant avec les contours sans exactitude et sans fermeté de l'autre. La gracilité de la queue, la forme des jarrets, la position avancée du signe sexuel, tout cela est pris sur nature dans la première œuvre et permet de rattacher le quadrupède incomplet dont elle reproduit les formes élancées à un bœuf que t le brusque relèvement du dos, en approchant du garrot, » a fait supposer voisin de l'aurochs. Au contraire, quoique le second animal soit parfaitement intact, le manque de correction dans les lignes du chanfrein et de la nuque, des cornes et des oreilles empêche de le rattacher au bouquetin dont il n'est pas éloigné. Par une négligence tout enfantine « le dessinateur a replié les jambes de derrière sous le ventre de l'animal, de façon à ce que les sabots, visiblement bisulques, touchent à l'abdomen (1). »
MM. Lartet, Christy, de Vibraye, E. Massénat ont fait connaître un assez grand nombre d'autres gravures de la même localité, représentant un bovidé qui pourrait être le 605 j»nmigenius (2), un bouquetin (3), le renne, le cerf, la loutre, le castor (4), le cheval, l'aurochs, le mammouth, un cétacé, des poissons, etc. (5).
(4) Éd. Lartet et H. Christy, op. eiî. (Ane., Appendice, p. 468.)
(2) Id., ihid., p. 167. — Cf. Mat. povr Vhùt., t. V, pU XXI, fig. 4,. ô.
(3) Reliq. Aquitan., B. pi. 11, fig. 6.
(4) De Yibraye, Note tur de nouvelles preuves de Vexistenee de Vhomme dans le Centre de la France, à une époque où s'y trouvaient aussi divers animaux qui, de nos jours, n*habitent pas cette contrée. (Compt. Rend, Acad, 5c., 29fév. 1864. "- Appendice, p. 118.)
(5) E. Massénat, Objets gravés et sculptés de Laugerie-Basse (Dordogne), (Mat,
3Î0 GRAVURES DE LAUGERIE-BA.SSE. Ch.ip. X.]
Los plus importantes de ces pièces sont l'homme chassant l'aurochs, et le cétacé, dont nous alloos donner une brève descriptioD .
Fig. 76.
Fig. 76. — Palme i)« ht
Le premier de ces dessins a été découvert par M. Masséait dans les fouilles qu'il a faites récemment à Laugerie-Basse.
pour rAûl. prtm. cinal. âtThommi, I. V, p. 3i8 el suiv., el pi. iù.tlti U.) — Ed. LsTttt, liait rtlatiw d une lame d'ivoire foMiU trouvée danê un gitetitii ottifère du Pirigord. Itttre à il. MUnt-Edwarii. (Ann. Se. Nat., S*3Jr., t.lV, p. 353elpl. XVI, isas.}
Chap. X.] GRAVURES DE LAUGERIE-BASSB. 321
Sur une fraction de bois de renne de 25 centimètres environ de longueur, se trouve profondément gravé un magnifique aurochs mâle fuyant devant un homme. L'aurochs a la tête baissée, les cornes menaçantes. Cette tète volumineuse est couverte d'une énorme crinière. L'homme le suit de près, le bras droit armé d'un trait. L'animal est bien dessiné, la figure humaine, au contraire, est détestable, sans proportions
Fig. 77.
Fig. 77. — Palme de bois de renne lYee ^awre d'an inimil armé de cornes.
(Lartet et Christy.)
et sans vérité. Pour être mal faite elle n'en est pas moins instructive à étudier; elle nous montre, en effet, comme celle de la Madelaine, le sauvage du Périgord chassant complètement nu ; il a les cheveux dressés en touffe sur le haut du front et porte une longue barbiche pointue. Malheureusement son exécution est si mauvaise qu'il n'y a rien à tirer de cette ébauche au point de vue de l'anatomie comparée des races hu^ maines.
HAMT. — PALÉONT. HUK. 21
322 GRAVURES DE LAUGERIE-BASSE. [Chap. X.
Lé cétacé (?) fait partie, comme l'aurochs, de la collection Massénat. Gravé sur une portion d'omoplate de bœuf, ce dessin montre encore une forme humaine grossièrement dessinée terminée par un bras immense dirigé vers la nageoire du gigantesque animal, que l'on peut prendre pour une baleine. Cette figure est d'autant plus intéressante qu'elle nous montre notre graveur faisant quelque séjour au bord de la mer de Gascogne, qui nourrissait encore des cétacés il y a peu de siècles. C*est de ces rivages qu'il rapportait les coquilles dont il faisait sa parure.
Les relations de la tribu de Laugerie-Basse avec la côte ne s'affirment pas seulement par ce dessin ; il y en a deux autres encore qu'on ne peut expliquer, ce nous nous semble, que par la rencontre de quelqu'un de ces géants maritimes (1).
Nous avons dit que le type dont la description nous occupe actuellement se recommande par des progrès notables dans les arts. On a vu par ce qui précède que la gravure sur os a prospéré entre les mains de nos ingénieux troglodytes. La gravure sur pierre se montre au milieu des débris accumulés de leurs curieuses stations, très-supérieure à celles que nous ont précédemment révélées les fouilles des Eyzies et de Massât. Ainsi le renne gravé sur pierre, que M. P. Gervais a figuré d'après une photographie (2) prise dans la collection de M. de Vibraye, est d'un dessin généralement très-ferme, et, dans le combat de rennes qui a été découvert à Laugerie Basse par le même observateur, le vainqueur est représenté sur la plaque de schiste t- dans une attitude dont la vérité doit surprendre (3). »
Le même abri sous roche a fourni des échantillons de sculptures tels que nous n'en avons pas encore rencontré sur notre route. Nous avons donné plus haut (4) le dessin d'un harpon en bois de renne, orné d'une tête de cheval
(1) Mat, cit., p. dU et pi. XXI, fig. 2; XXII, fig I et 4. (î) P. Gervais, op. cit., fig. i, p. 25.
(3) De Vibraye, Sur la reproduction enhoiide renne éCune Ute ^prèiume) de mammouth, et sur quelques morceaux d'ivoire travaillé, provenant plue particu^ lièrement dee stations du Périgord. (Compt. Rend. Acad. Se., t. LXl, p. 403, i86S.)
(4) Voyez fig. 69, p. 306.
Chap. X.] PREMIÈRES SCULPTURES. 3S3
en relief d'un travail barbare , exhumé à taugerie-Basse par MM. Ed. Lartet et H. Christy. Le poignard représenté plus loin et détaché tout d'une pièce du merrain d*un bois de renne est au contraire fort remarquable. L'artiste a fait preuve d'habileté et de goût, en adaptant les formes animales, sans trop les violenter, aux nécessités du maniement usuel de cette arme (flg. 78). c Les jambes de derrière sont allongées dans la direction de la lame ; celles de devant sont repliées sans efforts sous le ventre. La tête, armée de cornes ramées, a son museau relevé de façon à faire retomber les cornes sur le côté des épaules, où elles s'appliquent sans gêner aucunement la préhension de l'arme par une main très-petite (plus petite que d'ordinaire dans les races actuelles de l'Europe centrale), et dont la paume vient se loger dans la concavité formée par l'encolure, le dos et la croupe de l'animal. L'attitude donnée à cette tête ne permettait pas au sculpteur de conserver les andouillers basîlaires, qui ne sont pas exprimés dans son travail; aussi ne pouvons-nous pas invoquer ce caractère pour l'identification spécifique du sujet. Néanmoins la brièveté des oreilles et la grosseur comparative de l'encolure nous ramèneraient de préférence vers le renne. De plus, l'artiste, avec ou sans intention, a laissé subsister sur le col de l'animal une saillie en crête mince et déchiquetée sur son bord, laquelle simule assez bien la touffe de poils que l'on remarque ordinairement dans cette partie chez le renne mâle, et qui ne se retrouve pas dans le cerf élaphe (1). » Quelque remarquable que soit cette pièce capitale, comme elle n'a pas été achevée, il ne serait pas possible de juger, d'après ce seul échantillon, de l'état de la sculpture à Laugerie-Basse aux temps quaternaires. Mais M. de Vibraye a extrait de la même brèche un morceau de bois de renne sculpté, d'une exécution achevée, sur lequel c Tartiste semble avoir pris à t&che de reproduire les moindres particularités physiologiques de l'animal qu'il avait l'intention de représenter. > La tête seule a été conservée. Le corps,
(1) Ed. Lartet et B. Christy, L'homme fosiile dans le Péngord, {Appendice, p. i70.)