RENNE SCULPTE SUS UN POIGNARD
Fig. 78.
[Cbai>. X.
exécuté sans doute sur le prolongement du bois du Teûne, a été perdu par suite d'une fracture ancienne. Ce fragment présente à l'une de ses extrémités une perforation circulaire analogue à celles des bâtons de commandement que nous avons décrits plus haut.
u Ce qui m'a frappé tout d'abord dans cette tête,ditM.deVibraye[1), c'est la grande élévation presque verticale du crâne. On sait que cette particularité caractérise tout spécialement l'éléphant, puisqu'elle ne se trouve chez aucun autre animal. La protubérance due à la saillie des deux os du nez est, ce me semble, claire^ ment indiquée. La face antérieure du crâne, située au-dessus de ces deux os, est légèrement concave etrappetle cette même partie chez l'éléphant des Indes. L'œi],
;e r^réscQlaut au reuoe.
(1) De Vibraje, op. cil. (Camp. Rend. Acad. Se., t. LXI,.p. 403.)
Chap. X.] MAMMOUTHS SCULPTÉS. 325
placé dans la position normale, est indiqué non-seulement par la proéminence résultant du grand développement du tubercule lacrymal, mais aussi par un petit trait oblique, très-net, qui donne assez l'idée d'un œil fermé. L'oreille en saillie se trouve assez rapprochée de l'œil. Elle est pendante, oblongue et relativement fort étroite ; elle diffère donc nota« blement de celle des deux espèces d'éléphant qui nous sont connus, non-seulement par sa forme, mais encore par sa position. Le maxillaire inférieur, visible seulement du côté gauche par suite de la détérioration du morceau, présente la même direction que chez les éléphants actuels, c'est-à*dire qu'il forme avec le crâne un angle très-ouvert. Les défenses y sont indiquées par une entaille sur chacun des côtés. La trompe assez étroite est très-nettement accusée : sa longueur égale environ une fois et demie celle de la tête. »
Il n'est pas douteux que l'éléphant sculpté de Laugerie* Basse soit le mammouth. L'élévation du crâne, la concavité frontale, la situation en avant du trou auditif, le développe^ ment considérable du lacrymal sont propres à cette espèce, et la forme de l'oreille est bien celle que les découvertes sibériennes nous ont fait connaître. Nous avions un mammouth gravé; cçlui-ci est sculpté, et M. Peccadeau de Lisle en a récemment fait connaître un troisième formant, comme le renne de Laugerie-Basse, le manche d'un poignard (1). L'animai de Montastruc (fig. 79) avait été pris tout d'abord pour un être fantastique. M. de Mortillet a démontré que c'était un mammouth assez nettement représenté, c II a la tête baissée et la trompe entre les jambes, comme on peut s'en assurer en couvrant avec le doigt la lame du poignard ornée d'incisions ovales, qui part du front et contre laquelle s*appuient les défenses. Sa queue est relevée en fouet, comme dans la gravure de la Madelaine. » Il est tout naturel, dit M. de Mortillet en terminant sa description, qu'un animal couvert de crins et de laine (2) ait eu un fouet (3).
(i) Compt. Rend. Acad, Se, iS mus iS^7, (9) Voyez plus haut, p. 142.
(3) G. de Mortillet, Mammou^ et rennçe sculplef da Bruniquel, {Mot, pour l'hist., t. IV, p. 970
3ie UAUMOUTUS SCULPTÉS. [Cbaf. X.
'■ Revenons à Laugerie-Basse pour décrire rapidement les sculptures que H. £. Alassénat a exhumées de ce gtsement en 1869. Elles sont au nombre de deux. La première.
Knl)iiare repriMnlant le
dite les bœufs jumeaux, formait le manche d'un poignard, ou faisait peut-être partie d'un de ces bÂtons dits de commandement, La crinière, les cornes très-courtes et la barbiche
Chap. X.] MAMMOUTHS SCULPTÉS. 327
semblent caractériser des bovidés du genre bison. La deuxième pièce, formée d'un bois de renne comme la précédente , est un morceau de b&ton du même genre* Elle se termine par une tête admirablement sculptée, sur laquelle on reconnaît une foule de détails attestant une copie parfaite de la nature ; narines saillantes, crâne aplati, oreilles grandes, yeux petits, lèvres épaisses, bouche légèrement ouverte, etc. M. £. Massénat suggère que cette pièce pourrait avoir représenté un hippopotame, ce qui nous parait inadmissible. «Vue d'en haut, disent MM. Trutat et Cartail* hac, elle parait être celle d'un cheval, mais plusieurs dét«ib et Taspect général ne nous rappellent pas cet animal (1). >
L'assimilation de cette figure à un mammifère quaternaire n'est pas facile à faire. Il nous paraît cependant que (Jette tête plate, ces narines épaisses et dilatées, ces lèvres charnues, cet orifice buccal largement fendu, cet œil petit, conviennent assez à un individu du genre rhinocéros. Les oreilles seules diffèrent essentiellement de celle du bicorne, mais l'artiste de Laugerie-Basse a pu copier une espèce disparue qui différait de l'espèce actuelle par des caractères comparables à ceux qui différencient le mammouth de l'éléphant de l'Inde. Et nous avons dit que chez ces proboscidiens Toreille externe présente, d'une espèce à l'autre, des variations étendues. On nous objectera peut-être que l'animal figuré dans la planche 20 du journal Les Matériaux ne porte pas les appendices cornés propres au genre auquel nous proposons de le rattacher. Mais sur lé poignard décrit par MM. Lartet et Christy (2), l'andouiller basilaire si remarquable du renne n'a pas été représenté, et nos deux auteurs expliquent cette omission par l'attitude donnée à la tête qui ne permettait pas de le sculpter sans lui donner une saillie qui eût rendu la préhension de l'instrument difficile. N'en aurait-il pas été de même des cornes du rhinocéros (?) de la même station? Et ne pourrait-on pas voir dans la saillie indiquée en arrière des narines sur le
(1) E. Massénat, op. cit. Matériaux, t. Y, p. 352. — Tratat et Cartailhac, i&td., p. 357.
(2) Voyez plus haut, fig. 78, p. 324^ — Appendice cit., p. i70.
328 AUTRES SCULPTURES DE LAUGBRIE-BASSE. [Ghap. X.
dessin que nous avons sous les yeux^ Tindication d'une corne que la forme de Tandouiller utilisé et la destination qu'on lui avait attribuée n'auraient pas permis de représenter dans toute son exubérance ?
Il nous reste & mentionner deux pièces intéressantes de la collection de M. de Yibraye, l'une remarquable par son exécution, c'est une tète de renne sculptée, l'autre par la figure qui y est représentée, c'est une petite statuette en ivoire représentant un corps de femme maigre et allongé, sorte de Vénus impudique, dont les parties sexuelles sont très prononcées, et qui sans être eallipyge présente dans la région sacrée des proéminences étranges. La tète et les pieds manquent par suite d'anciennes fractures, les bras n'ont jamais existé (1).
Les divers objets gravés et sculptés dont il vient d'être question forment le tribut archéologique le plus intéressant de la station de Laugerie qui ressemble par ses autres détails archéologiques, aux stations contemporaines. Les bois en cours de préparation, sciés, troués, entamés de diverses façons, y abondent. Les aiguilles, les pointes, les lances en os, les flèches barbelées, les spatules (2), les sifflets, les marques de chasse, etc., n'y sont pas rares, fabriqués tantôt avec le bois de renne, tantôt avec l'ivoire (3).
Enfin les ornements de suspension sont des canines ou
(1) Cf. G. de Mortillet, Promenades préhistoriques d VExpotitian universelle, (Mat. pour Vhist, t. Hl, p. 909, 1867.)
(2) Ces spatules plas ou moins ornementées, sont effilées par un bout, tandis que l'antre extrémité creusée en gouttière assez profonde, semble avoir été desti-» née à recevoir ou à enlever une substance plus ou moins liquide. « Nous n'oserions pas dire, écrivent MM. Lartet et Cbristy, que ce fut une cuiller propre à extraire la moelle des grands os d'herbivores?... Il est probable que nos ibongônes n'y mettaient pas tant de façons. (Ed. Lartet et H. Cbristy, loc. cit,, p. 16$. — Cf. Letton, op. cit,, p. 82.)
(3) Cet ivoire, quoique moins friable que celui des défenses qu'on retrouve dans les dépôts flaviatiles, est en général fragile, et Ton a prétendu qu'il était déjà fossile quand l'homme le travaillait. Or, parmi les pièces de la collection de Vibraye, il s'en trouve qui ont été entaillées plus ou moins profondément. Les arêtes sont si vives, les angles si aigus, que l'ouvrier n'a pu les produire que sur de l'ivoire frais, ce qui suffirait à prouver la contemporanéité de l'homme et du mammouth, dans les stations de transition dont nous terminons l'histoire, si nous n'avions pas déjà tant de preuves accumulées de ce fait paléontologique. Cf. De Yibraye, op, cit. {Compt. Retad, Açad, Se,^ 4 sept. 1865.)
Ghap. X.] USTENSILES ET ORNEMENTS. 320
des incisives perforées de bœuf, de loup, de renard, d'ours ; une coquille {pectunculus), un os calciné, un rocher de cheval ou de bœuf également percés. Les silex taillés appartiennent aux types précédemment décrits.
Les gravures et les sculptures dont nous avons tracé une courte description démontrent la coexistence de Thomme de Laugerie-Basse avec le mammouth, le renne, le cheval, Taurochs, le bœuf. Les ossements et les dents découverts dans cette station permettent d'ajouter à ces mammifères l'ours commun, le loup, le renard et le castor.
L'homme est représenté à Laugerie Basse par un grand nombre de dents, par des mâchoires inférieures et des os longs, fémur, tibia, humérus, etc., qui n'ont pas encore été étudiés. Dispersés dans la station, ces ossements ont fait croire que les indigènes de Laugerie-Basse pratiquaient, accidentellement au moins, l'anthropophagie. Cette opinion ne repose sur aucun fait positif; jamais ces os ne portent de traces d'incisions ; jamais ils rie sont fendus comme ceux des animaux qui ont servi de pâture. Tout ce que l'on peut conclure de,s conditions de leur trouvaille, c'est que, comparables par ce trait comme par tant d'autres aux hyperboréens actuels, les peuples qui hantaient, à l'âge du renne, les bords de la Vézère ne faisaient aucun cas des restes de leurs sem- . blables, arrachés à la sépulture par quelque cause accidentelle (1).
Broniquel.
Les cavernes et les abris de Bruniquel ont fourni les plus remarquables produits jusqu'à présent connus de cette civilisation primitive, au point de vue industriel et artistique. L'homme quaternaire, dont nous étudions les œuvres, est parvenu à Bruniquel au point le plus élevé qu'il lui soit donné d'atteindre. Il perfectionnera encore le travail des instruments
(1) Cf. Voyage deParry, 1821-1823, p. 280. — Cité p(ir Lubbock, 14'homm avant VhUtoire, trad. fr., p, 402.
330 BRUNIQUEL. [Ghap. X.
en pierre, mais nulle part ailleurs il ne se montrera aussi habile dans le travail de Tos et de l'ivoire. Nulle part ailleurs il ne réalisera avec autant de perfection ses conceptions artistiques. Et ajoutons que, ce qu'il est si souvent permis de de constater à l'observateur qui suit avec attention révolution historique d'un peuple, la période de progrès, dont Bruniquel est l'apogée, sera suivie d'une véritable décadence, qui occupera toute la seconde moitié de l'âge du renne, dont l'histoire va suivre, caractérisée paléontologiquement par la disparition complète des animaux d'espèces perdues.
Ces œuvres si parfaites de Bruniquel sont les deux rennes sculptés en ivoire représentés ci-conlre, qui ont été trouvés, avec le mammouth décrit plus haut, par M. Peccadeau de l'Isle dans l'abri de Montastruc.
Il suffira de comparer les deux figures que nous donnons ici avec les précédentes pour se rendre compte de leur supériorité. Ces deux manches de poignard sont en effet des représentations d'une vérité saisissante et d'une exécution relativement parfaite.
Avec ces admirables sculptures, M. Peccadeau de l'Isle a rencontré quelques dessins sur pierre que nous ne connaissons pas et le matériel industriel et ornemental habituel, silex de petites dimensions, droits ou curvilignes, taillés en pointe ou à bouts aplatis, harpons, aiguilles, sifflets, dents perforées, minces disques percés d'un trou et portant des rayons gravés en creux, etc. M. Peccadeau a trouvé aussi à Montastruc, comme MM. Lartet et Christy dans la Dordogne et H. Dupont en Belgique, des fragments de sanguine qui pourraient bien avoir servi à peindre le visage des indigènes (1).
Les deux abris de Lafaye et de Plantade (2), dans la même commune, fouillés par M. V. Brun, ont fourni en abondance des objets de même nature. Une seule particularité archéologique est spéciale à cette station, c'est la présence d'un trèsgrand nombre de petits outils en silex d'un travail particulier, véritables scies à dentelures plus ou moins fines, plus ou
(1) Rev. Archéologique, mars 1868, p. 2i3.
(î) Cf. Mat, pour Vhitt., t. II, p. 545; HI, p. ÎOI, 203, 209; IV, p. 94, 98.
- Ch*p. X.] SCULPTURES DE BRDNIQUEL. 33t
moins espacées, tanlM d'un seul côté et tantôt sur les deux bords. Parmi les gravures, nous citerons spécialement le felis
Fig. 80.
Fig. BO. — UanclM de poignjrd en ivoire, irec sculiiUire rcpTéHnunt an renne.
UonMsiruc. (PcccideiD de l'Ialc.) Fig. 81. — Antra manche de poignard eu Iroire, ivcc IcmemcaDimiticDlpld.
Moaiaslruc {l'eccadem de l'Isle.)
représenté sur un fragment de bâton de commandement, dool quelques naturalistes ont fait le felis spelœa.
338 OSSEMENTS HUMAINS. [Cbap. X.
Il n'y a rien ou presque rien à dire des nombreux objets fournis par la grande grotte de Bruniquel. Pratiquées sans ordre et sans méthode, les fouilles de cette intéressante cavité, qui, entre les mains d'un savant spécial, auraient assurément révélé bien des détails précieux sur les troglodytes de l'âge du renne, n'ont abouti qu'à former une coUeetion vendue au British Mjiaeum.
L'homme était représenté à Bruniquel par quelques débris recueillis par MM. Brun, Garrigou, Martin et Trutat. Nous ne connaissons de ces ossements que nous n'avons fait qu'entrevoir, qu'une description sommaire faite par M. Priiner-Bey au
Fig. 8S.
congrès de Paris, une petite notice de MM. Garrigou, Martin et Trutat, et un court exposé de M. Broea accompagnant la gravure de l'une des deux têtes trouvées par M. Brun, {ag. 81 et 83) (1).
Le crâne qu'elle représente est dolichocéphale ; il parait avoir un indice céphalique de moins de 74. Sa forme est ovale ; il est remarquable par la pureté de ses contours et la
(1) Bnll. SocAntkrop. de Parit, 2*sér.,t. 1, p. 51,
Chap. X.] CRANES DE LÀFATe. 333
douceur de ses lignes. Les crêtes osseuses sont peu apparentes et les empreintes musculaires peu marquées. Les arcades sourcilières sont peu saillantes ; la face est large et courte, les orbites sont un peu inclinées en dehors et en bas^ les arcades zygoma tiques sont peu volumineuses, les fosses canines peu profondes, le squelette du nez est étroit et saillant, Les sutures sont presque complètement oblitérées, les incisives et la canine qui restent en place ont été obliquement usées. Ce crâne, autant qu'il nous est possible d'en juger d'après nos souvenirs et les écrits que nous avons sous les yeux, se rapproche beaucoup du type féminin de Grenelle et de Cro-Magnon.
Au moment où il a été décrit, on ne connaissait de troglodytes dolichocéphales contemporains de l'éléphant que celui d'Engisdont quelques auteurs contestaient encore, sans raisons sérieuses, Tàuthenticité. Aussi firent-ils ce crâne plus récent que le gisement où il avait été rencontré. Ces insinuations étaient malheureusement appuyées sur certaines circonstances de la trouvaille qui donnaient prise au doute. Il gisait isolé sous la stalagmite, accompagné du seul morceau de poterie découvert dans ces fouilles, et les silex taillés qui l'environnaient étaient décomposés et blanchis, ce que Ton n'avait pas observé ailleurs. Fermement attaché au système qu'il soutient depuis si longtemps avec persévérance, M. Prûner contesta l'ancienneté de cette pièce, que M. Broca ne défendait pas, et il la rattacha, en raison de cette dolichocéphalie même, qu'il ne voulait pas que les temps quaternaires aient jamais connue, aux pièces de la grotte de Lombrive qui appartiennent à la période néolithique. L'étude détaillée de ce premier crâne, la comparaison de cette pièce avec les pièces similaires de Grenelle et de Cro-Magnon pourront seules vider le débat qui s'est engagé à son sujet (1).
Du second, il n'y a que peu de chose à dire. Il appartenait à un squelette entier dont M. Brun a pu sauver une grande partie. Ce crâne est incomplet et déformé par la compression
(1) Cf. Bull. Soe. Anthrop., 2« sér., 1. 1, p. 5i; t. II, p. 248. — Congr, Internat., 2« sess., p. 349, Paris, 1867.
334 CRANES DE LAFAYE. [Chap. X.
posthume qu'il a subie dans le sens de sa longueur. Il est par conséquent impossible d'en établir avec précision Tindice céphalique. M. Prûner-Bey, fidèle à sa manière d'interpréter les caractères anatomiques des races humaines fossiles, a conclu néanmoins de la position reculée du trou occipital, de la grande distance des cavités glénoïdes, et enfin de la direction excentrique de l'apophyse zygomatique, que t ce crâne devait être originairement brachycéphale. » Il ajoute que t ce qui reste de la face nous permet d'établir que sa largeur.était considérable à la région des pommettes. » Ces caractères ne sont pas incompatibles avec la dolichocéphalie. Nous ne dirons rien de la position du trou occipital, dont la compression posthume a certainement altéré les rapports ; mais la distance interglénoïdienne peut être considérable, et le crâne en étant très-large, sera très-long, ce qui est le cas à Cro-Magnon. De même la direction excentrique du zygoma, qui est en rapport avec un diamètre bizygomatique considérable, et la saillie de la pommette liée à ce grand développement de la face en travers, se concilieront dans la race de Cro-Magnon avec l'allongement du crâne d'avant en arrière. De ce débat, nous concluons que la question ethnographique est loin d'être résolue à Bruniquel ; cette station pourrait bien, d'ailleurs, avoir été habitée tour à tour ou en même temps par des individus des deux races qui ont alors vécu dans le Midi de la France. Les descriptions de MM. Garrigou, Martin et Trutat et de M. Prûner donnent en effet à penser que la race présumée brachycéphale de Clichy, d'Aurignac, d'Arcy, etc., a laissé quelques restes dans cette curieuse station (1).
Trov-aiagrlte, doyet et le Saleté.
Ces faits anatomiques exposés, nous en avons fini avec le type de la Madelaine, pour ce qui concerne la France ; il nous reste à lui chercher des équivalents dans les contrées voisines.
(4) F. Garrigou, L. Martin et E. Trutat, Note sur deux fragments de mâchoires humaines trouvées dans la caverne de Bruniquêl (Tarn-et-Oaronne). (Ane., Appendice, p. 182.) - Prûner-Bey, loc. cit., p. 349.
Chap. X.] TR0U-HA6RITE, GOTET. 335
Les Stations de Goyet et du Trou-Magrite la représentent en Belgique et celle du Salève lui correspond en Suisse.
Goyet et le Trou-Magrite diffèrent un peu par leur faune de la Madelaine, de Laugerie-Basse, etc., quoique ces gisements aient entre eux les plus grandes analogies archéologiques. Dans ces cavernes belges, en effet, les animaux éteints sont relativement plus communs que dans les abris du Périgord. A leurs ossements sont associés des silex taillés généralement en forme de couteaux, mais dont quelques spécimens rappellent la faune du Moustier; des os travaillés, surtout des pointes de dard, des gravures et des sculptures.
M. Dupont a recueilli dans les dépôts argilo-sableux du Trou-Magrite, une statuette qui représente une grossière forme humaine accroupie, et un petit bâton de commandement (?) portant, dessinée au trait, la figure d'une sorte d'oiseau, les ailes déployées (?).
Un autre bâton, découvert à Goyet au mois de juin 1869, est également orné sur ses bords et sur ses faces de traits gravés ; Tune des deux faces présente le dessin d'un poisson dont la partie postérieure manque par suite d'une cassure. « Les points en creux qui ont été gravés sur le dos du poisson portent à y reconnaître les taches caractéristiques du dos de la truite (1). »
Un bâton de commandement est encore l'objet travaillé le plus remarquable du gisement du Salève. Le pied de cette montagne du côté de Genève avait fourni, il y a une trentaine d'années, à MM. Taillefer et Mayor des ossements brisés, des silex taillés, etc. MM. Gosse, Lubbock et Evans ont retrouvé quelques débris de ce gisement en 1867, et à la suite de nouvelles recherches inspirées par cette découverte, MM. A. Favre et F. Thioly ont constaté au Salève l'existence d'une station du type de la Madelaine. Les objets recueillis, tant par MM. Taillefer et Mayor, que par M. Favre et M. Thioly, ressemblent à ceux que l'étude des abris du Périgord nous a appris à connaître ; ce sont des silex taillés qui viennent du
(1) Bull. Aead. Roy, de Belgique, t. XXIV, p. 129 et pi. 1867; t. XXVII, p. 274« 1869.
386 TYPE DE LAUGERIE-BASSE. [Chap. X.
Petit Salève, des ossements travaillés, harpons barbelés, aiguilles, etc., des charbons, et quelques débris animaux.
Parmi les os travaillés, il en est un qui, trouvé il y a trente ans, porte un dessin représentant un animal assez mal gravé. Une autre figure tracée sur le bâton de commandement perforé dont nous parlions plus haut, représente un bouquetin parfaitement caractérisé, et une longue tige garnie de folioles à droite et à gauche, quia paru à M. Thioly figurer une fougère. Comme pièces ornementales, cet auteur a signalé douze valves de pétoncles perforées.
On n'a pas encore constaté la présence d'animaux éteints au Salève ; le renne et le cheval sont relativement abondants comme dans presque toutes les stations contemporaines ; un ou deux bœufs très-grands et un de petite taille, un grand cerf, le bouquetin, le lièvre des Alpes, le lapin, la marmotte et le blaireau, enfin le tétras lagopède constituent cette faune.
T^pe de Laugerle-Banie. » Pont-à-Le««e, Solvtré.
Le rapide examen des quelques stations du type de la Madelaine nous a montré des ouvriers adroits dans la fabrication des instruments de silex, et à côté d'eux, d'autres travailleurs non moins habiles qui avaient réalisé des progrès remarquables dans l'industrie de l'os et s'élevaient parfois jusqu'à des conceptions artistiques d'ordre supérieur. Ces producteurs vivaient côte à côte dans certaines stations, à Bruniquel, par exemple. Mais parfois aussi à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, deux gisements d'ailleurs semblables parleurs caractères généraux se sont présentés avec un mobilier archéologique spécial. Dans l'un, le travail de l'os prédomine singulièrement et a accompli de remarquables progrès ; dans Tautre la prépondérance appartient au travail du silex.
C'est ce qui s'est produit à Laugerie» Tandis que Laugerie- Basse fournissait les nombreuses pièces gravées et sculptées que
(i) Rev. Sav., Annecy, 20 janvier et 26 mars 18Ô8. ^ Areh. Se. Phys, e< JVol. Bibl, Univ., mars 18Ô8. — McUériaux, t. II, p. 91. — Etc.
Chap. X.] TYPB DE LAUGERIE-HAUriC. Dil?
nous avons décrites plus haut, Laugerie-Haulé éloignée de 300 mètres seulement donnait son nom à un type qui paraît
Fig. w. .
Le poialiua Fig. 8Ï. -
ie Langerid-Haule. (Urlct et Chrisiv.) Id complètent Idèil de celle pièce, laoce de Sointrt. [H, de Ferrj.)
remonter à la même antiquité, mais qui est caractérisé par la
prépondérance des instruments en piene taillée, parmi les-
wuiY. — niiotn. bdh. fi
338 LAUGERIE-HAUTE. TChap. X.
quels figurent au premier rang des pointes de lance ou de flèche dont les figures ci-jointes donneront une idée exacte.
Laugerie-Basse, ou plutôt la Madelaine, station-type à laquelle se rapporte cette localité, se rattachait au type d'Aurignac par la station intermédiaire de la Chaise. Laugerie-Haule et les gisements qui reproduisent ses formes archéologiques se relient à ce même type d'Aurignac par Cro-Magnon.
Nous avons dit, en terminant ce qui concerne cette dernière station, que MM. L. Lartet et Massénat y avaient rencontré divers ustensiles en silex finement taillés à petites facettes, et à bords plus ou moins élégamment festonnés. Ces instruments vont prédominer à Laugerie-Haute, àPont-à-Lesse, à Solutré. Nous trouverons de plus, dans ces diverses stations, des formes qui nous sont déjà connues, et Tune d'elles en particulier, attestant une dérivation par rscpport à Aurignac, le casse-tête anguleux considéré, on l'a vu, comme caractéristique, et dont l'emploi persiste dans les stations du type de Laugerie- Haute.
D'une part, emploi très-fréquent d'instruments déjà connus, mais rarement utilisés à une époque antérieure; de l'autre, fabrication persistante mais relativement peu répandue d'ustensiles spéciaux à cette même époque antérieure : tels sont les phénomènes propres au type que l'on va décrire, et qui autorisent, croyons-nous, à développer les stations qui le composent en série parallèle à celle qui a été passée en revue dans les précédents paragraphes.
La faune est d'ailleurs la même ou peu s'en faut dans le type de Laugerie-Haute que dans ceux des Eyzies et de la Madelaine. Les animaux éteints sont extrêmement rares et leurs espèces sont de moins en moins nombreuses. Le megaceros hibernicus s'est bien rencontré à Laugerie-Haute, le grand felis à Solutré, etc. Mais le mammouth est le seul animal dont il y ait encore des restes un peu importants. MM. Éd. Lartet et H. Christy ont recueilli à Laugerie-Haute des lames isolées et des fragments de défense de ce proboscidien. Les silex, relativement très-abondants de cette station, sont travaillés suivant des types peu variés, mais d'une exécution
Chap. X.] PONT-A-LESSE, SOLUTUÉ. 339
remarquable. Ce sont, outre les t^tes des flèches et de lances précédemment décrites et figurées (fig. 84 et 85) (1), des couteaux faits également à petits coups et rétrécis à leur partie inférieure de manière à pouvoir s'engager dans un manche (2), des grattoirs finement retaillés, etc. Il n'y a que très-peu d'objets en os, et ils n'offrent rien de remarquable.
Le même matériel ou peut s'en faut a été découvert par M. Dupont dans les dépôts supérieurs de Pont-à-Lesse. Et la station de Solutré, en Maçonnais, signalée par M. H. de Ferry en 1867, et explorée par ce regrettable travailleur et par quelques autres archéologues, correspond pour une partie de ses produits à ce type de Laugerie-Haute (3). Mais il est difficile de déterminer exactement la part qui revient à Vdge du renne dans ce curieux gisement, tant à cause des remaniements qu'il a subis, que par suite de certaines particularités qu'il présente. Ainsi le grand nombre de squelettes de chevaux qu'on y a trouvés (on en évalue le nombre à plus de deux mille) nous paraît incompatible avec l'état sauvage d'un animal dont la chasse est si difficile. Et la domestication du cheval n'est pas plus démontrée que celle du renne à cette époque.
D'autre part les sépultures sous des dalles brutes rectangulaires sont bien plutôt le fait de la période de la pierre polie que de Vdge du renne. La même observation s'applique aux poteries qui, de l'aveu même des archéologues de Mâcon, sont analogues aux poteries néolithiques des bords de la Saône.
Par certains points, le gisement de Solutré semble donc appartenir à une époque de transition vers la pierre polie ; par d'autres particularités, au contraire, il se rattache tout à idiiihVdge du renne. Nous avons déjà parlé des silex taillés, dits en feuille de laurier (fig. 85), qui sont les mêmes que ceux de Laugerie-Haute. Les os travaillés, poinçons, sifflets, etc., peu nombreux d'ailleurs, semblent se rapporter à cette même date.
(i) Reliq, Aquitan,, A, pi. IV.
(2)'/6id., A, pi. VI.
(3.) Ed. Dupont, Sur la succession des temps quaternaires d'après les modifica* lions observées dans la taille du silex, {Bull, Acad, Roy. de Belgique, 4 janv. 1868. — H. de Ferry, V Ancienneté de V homme dans le Maçonnais, Gray, 1867, in-4». — Ktc.
340 SOLUTRÉ. [Chap. X.
Enfin H. de Ferry a trouvé à Solutré une petite statuette taillée dans un rognon siliceux, représentant un bisulqae femelle, dont la tête fait, malheureusement défaut, et qui pourrait être le renne (1). Cette pièce se rapproche par sa facture des os et des bois sculptés de Tâge du renne. Or le travail de la pierre représentant, comme on Ta vu, un progrès sur celui de Tos, il peut paraître légitime de placer dans l'histoire du développement artistique les parties indéterminées de la station de Solutré, qui sont de Tftge du renne, après les stations à sculptures du type de la Madelaine.
On comprendra aisément, au milieu des incertitudes que donne la lecture des travaux publiés sur Solutré, que nous n'abordions pas l'étude des ossements découverts par MM. de Ferry, etc., et qui peuvent être, partiellement du moins, attribués à une époque qui sort du cadre dans lequel nous nous sommes renfermés. Il nous suffira de dire que les cr&nes de Solutré ont été rapprochés par M. Prûner-Bey de ceux que M. Ed. Dupont a exhumés des cavernes de Furfooz, et dont il sera question dans notre dernier chapitre.
(i) H. de Ferry, Note sur une figurine en pierre de Vàge du renne trouvée dans la station de Solutré (Saône-et-loire), br. in-8« extr. de la Bev. Areh., 1868, pi. VII.