TROUBLES DANS LA REPRODUCTION CELLULAIRE
Les modifications anormales susceptibles de survenir dans la reproduction des cellules peuvent être numériques ou qualitatives.
Numériques, elles portent sur la quantité des éléments reproduits et le trouble est dû soit à l'excès, soit au défaut de cellules nouvelles.
Qualitatives, elles indiquent qu’un trouble est survenu dans le mécanisme intime de la reproduction.
La reproduction est une fonction essentielle des cellules ; l’être unicellulaire qui ne se reproduit pa?, périt au bout d’un temps plus ou moins court. Les cellules des organismes supérieurs se reproduisent d’une façon constante, les nouveaux éléments prennent la forme et la place des anciens, ils en remplissent les fonctions et la substitution est si parfaite, que rien ne paraît changé, ni dans la morphologie, ni dans la physiologie de l’ensemble de l’organe.
Il arrive cependant que certaines cellules subissant la loi de l’évolution naturelle ou étant altérées pathologiquement, deviennent inaptes à se reproduire. Si ces cellules sont peu nombreuses, leurs voisines se multiplieront davantage ou s’hypertrophieront et rien ne paraîtra changé dans l’organe ; si, au contraire, les cellules frappées de stérilité sont nombreuses, l’organe s’atrophiera et entrera en déchéance fonctionnelle.
A côté du défaut de reproduction, on observe parfois l'excès qui, dans les tissus, prend le nom d 'hyperplasie.
L'Injperplasie et Y hypertrophie cellulaires existent souvent simultanément et peuvent être déterminées parles mêmes causes; la résultante de l’une et de l’autre est l’hypertrophie de l’organe ou de l’organisme dans lequel elles s’accomplissent.
Des modilications circulatoires, des excitations physiologiques ou pathologiques sont capables d’exagérer la multiplication cellulaire. 11 existe une hyperplasie fonctionnelle parallèle à l'hypertrophie fonctionnelle et de même une hyperplasie compensatrice. Si un organe ou une partie d’organe est altérée ou détruite, l’organe similaire ou la partie voisine de l’organe atteint tendra à établir une suppléance. La substance active des cellules augmentera et se répartira soit dans des éléments plus volumineux, soit dans un plus grand nombre d’éléments ; dans le premier cas, on dit qu’il y a
* H. Claude et J. Camus. — Pathologie générale. 7
PATHOLOGIE CELLULAIRE
hypertrophie, dans le second, qu'il y a hyperplasie ; mais encore une fois, ces deux modalités de suppléance sont très souvent associées. Elles ne le sont pas toujours et l’examen attentif des muscles qui sont si fréquemment le siège d’hypertrophie fonctionnelle, a montré à Morpurgo que cette hypertrophie existait seule en l’absence d’hyperplasie. Gel auteur comparant les muscles d’un chien privé d’exercice et ceux d’un autre chien soumis à un travail important, vit qu’au bout de quelques semaines, les fibres musculaires du second étaient sept fois jdus volumineuses que celles du premier, mais que leur nombre était identique dans les deux cas.
L’hyperplasie, par contre, s’observe seule ou associée à l’hypertrophie dans un grand nombre de cas ; l’hyperplasie, dans les phénomènes de compensation, est particulièrement fréquente chez les sujets jeunes.
A côté de ces faits d’hyperplasie cellulaire, il faut faire une place à des faits d’un ordre tout différent qui ont été mis en lumière surtout par Klippel et son élève Renaut, nous voulons parler de V atrophie numérique des tissus. Cette lésion est caractérisée par une réduction des dimensions des tissus qui conservent d’ailleurs les caractères anatomiques et les fondions des tissus normaux; elle apparaît à la suite d’une lésion locale, traumatique ou infectieuse, survenue chez un individu au cours du développement. Elle parait résulter d’une diminution dans le pouvoir d’accroissement des tissus, consécutive à une diminution du pouvoir de prolifération des cellules; l’atrophie numérique est donc causée, en somme, par la diminution du nombre des divisions cellulaires, en dehors de toute lésion interstitielle, parenchymateuse ou dégénérative.
Les troubles de reproduction peuvent porter sur le mécanisme même de la division cellulaire, il n'y a plus alors modification quantitative, mais qualitative de la reproduction.
Les cellules en se reproduisant obéissent à des lois précises, et suivent des stades déterminés qui ont déjà été exposés. La division des cellules peut être directe ou amitosique , ou bien elle peut être indirecte ou mitosique (Voy. plus haut, p. 15). La première forme est très rare; suivant Ghanlemesse et Podwyssotsky, elle paraît être le résultat d’une incitation plus faible que celle qui donne naissance à la transformation mitosique de la chromatine, ou elle semble être l’effet d'un acte de la vie cellulaire moins énergique que celui qui engendre la division indirecte.
La division directe des noyaux est plus rarement suivie de la division du corps cellulaire que sa division indirecte, de telle sorte
MODIFICATIONS DANS LA NUTRITION CELLULAIRE
que dans la forme amilosique les cellules renferment souvent deux ou plusieurs noyaux.
Sous l’influence d’actions pathogènes, les actes successifs de la division indirecte sont modifiés à différents stades et l'on assiste à la formation de mitoses atypiques. Les déviations anormales portent soit sur la durée des stades, soit sur la division du noyau, la répartition inégale des segments chromatiques, etc. Ces principales anomalies dans la reproduction cellulaire ont été divisées en deux groupes : la division nucléaire asymétrique et la division nucléaire abortive. Le caractère commun de ces variétés de processus est la tendance à former une cellule fille différente de la cellule mère. Ces déviations s’observent dans des cas pathologiques bien connus : sarcomes, cancers, etc.