‹ Précis de pathologie généraleChapitre 20 sur 112 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

Les causes de perturbation dans la vie des cellules ont été déjà étudiées dans les pages qui précèdent. Toutes ces causes, lorsque leur action est intense, ou se prolonge, sont susceptibles de déterminer la mort. C’est ainsi que la privation d’oxygène, d’eau, l’excès de chaleur ou de froid, l’influence d’agents chimiques nombreux sont capables de tuer les cellules.

Les modifications cellulaires qui précèdent, accompagnent ou suivent la mort, nous sont également connues, nous les avons passées en revue, en étudiant les lésions cellulaires, et les différentes variétés de dégénération.

Wervvorn appelle nécrobiose les processus qui, commençant par une

MODIFICATIONS DANS LA NUTRITION CELLULAIRE

atteinte irréparable à la vie normale, conduisent plus ou moins rapidement à une mort inévitable. Il divise les phénomènes de nécrobiose en deux groupes : 1° ceux dans lesquels les processus vitaux normaux cessent peu à peu, sans subir auparavant de modifification essentielle, ce sont les processus histolytiques-, 2° ceux dans lesquels les processus vitaux normaux sont pervertis par l’atteinte mortelle qu’ils ont subie, et dégénèrent avant de s'arrêter complètement, ce sont les processus métamorphotiques.

Dans les processus histolytiques prennent place les atrophies, les nécroses (nécrose de coagulation, nécrose colliquative), la destruction granuleuse. L’étude de cette dernière variété conduit à des considérations intéressantes; les phénomènes qui précèdent son apparition sont analogues à ceux de la contraction et Werworn admet que « la fonte granuleuse dépend d’une contraction poussée au delà du maximum ». S’appuyant sur des exemples tirés de la mort des amibes, des rhizopodes, des leucocytes, des fibrilles contractiles, il conclut que tout protoplasma dont la contractilité peut se manitester meurt en état de contraction.

Les processus métamorphotiques sont ceux dans lesquels la mort n’est pas simplement le résultat d'un arrêt graduel comme dans les processus histolytiques, mais la conséquence de l’apparition ou de l’accumulation dans la cellule des substances anormales en qualité ou en quantité. Dans ce groupe se placent les dégénérescences graisseuse, muqueuse, amyloïde et la calcification.

Toutes ces lésions nous sont d’ailleurs connues, nous avons seulement voulu en indiquer un groupement différent à l’occasion des processus qui conduisent les cellules à leur mort. Les causes extrinsèques de la mort (agents physiques, chimiques, etc.) nous apparaissent avec évidence ainsi que les modifications pathologiques qu’elles impriment aux cellules, mais ces causes sontelles les seules, et la mort naturelle n'en reconnaît-elle pas d’autres? Nombre d’observateurs l'affirment; pour eux, 1 évolution des cellules vers la mort n’est que la conséquence de ces causes extrinsèques agissant d'une façon inappréciable et prolongée. D’autres biologistes admettent que les causes extrinsèques sont insuffisantes à expliquer la mort naturelle, tout organisme vivant porte en lui les causes intrinsèques de sa mort; quant a la nature de celles-ci, elle nous échappe à l’heure actuelle. « La question de savoir, disait Johannès Muller, pourquoi les corps organiques périssent, et pourquoi la force organique passe des parties productives qui meurent, dans les jeunes produits vivants de ces corps, est une des plus ardues de la physiologie générale; nous ne sommes pas en état

do résoudre l’énigme ; el nous ne pouvons que décrire la connexion des phénomènes. Il serait absolument insuffisant de répondre à cela que les influences inorganiques usent la vie peu à peu, car alors la lorce organique devrait commencer à diminuer dans le début de 1 existence d'un être; or on sait qu’à l’époque de la virilité, elle se trouve encore à un tel degré de perfection qu’elle se multiplie alors par formation de germes. Il doit donc y avoir une tout autre cause, plus profondément cachée qui amène la mort de l’individu, tandis quelle assure la translation de la force organique d’un individu à un autre, et rend par là cette force impérissable. »

Les causes, les modalités de la mort des cellules viennent d’être passées rapidement en revue, mais nous n'avons pas défini la mort elle-même.

La mort de la cellule, de l'être unicellulaire, réside-t-elle dans I absence de mouvement, dans une forme spéciale, dans l'absence des courants protoplasmiques, dans la suppression delà respiration, de la nutrition ? Pour définir la mort, il est impossible de se servir de l’idée de forces antagonistes à la vie, caria vie elle-même demande une délinition.

La fonction qui au premier abord semble la plus essentielle consiste dans la nutrition. Nous concevons mal une cellule qui vivrait sans phénomènes de nutrition; cependant certains êtres unicellulaires conservent la vie à l’état de dessiccation complète et à des températures extrêmement froides; et lorsqu’ils sont replacés dans des conditions convenables, les phénomènes de vie reparaissent, même apiès des temps très longs. Les phénomènes de vie latente sont assez troublants; il est permis de supposer que la fonction nutritive subsiste, en étant réduite alors au minimum, mais la preuve n'est pas faite qu’elle ne soit complètement supprimée.

Nous ne savons pas en réalité en quoi consiste exactement la mort, et pour ce motif nous sommes incapables de dire à quel moment cesse la vie, à quel moment apparaît la mort d’une cellule.

Nous savons distinguer une cellule vivante d’une cellule morte, mais nous ne saisissons pas le passage du premier état au second. Ce passage n'est d’ailleurs pas instantané dans la plupart des cas. Chez les êtres pluricellulaires toutes les cellules ne meurent pas ensemble, car alors qu’un grand nombre sont mortes, quelquesunes peuvent être greffées sur un autre être, et continuer à vivre.

La mort ne survient pas non plus brusquement chez les êtres unicellulaires : quand on sectionne certains d’entre eux en deux parlies dont l’une contient le noyau et dont l’autre en est privée, cette dernière est fatalement vouée à la mort, mais pendant long-

MODIFICATIONS DANS LA NUTRITION CELLULAIRE

temps encore on constate dans ce segment des phénomènes de vie qui s’éteignent lentement et progressivement.

En somme, la mort de la cellule peut être rapide , brutale, dans les cas où les fonctions de nutrition ou de respiration sont supprimées radicalement par la privation des apports nutritifs ou de l’oxygène, ou lorsque les éléments constitutifs de la cellule sont transformés, détruits par des poisons qui les coagulent, les brûlent, les déshy-

dratent, etc.

La mort peut être progressive, lente , après une période plus ou moins longue de deformations ou de transformations de ces éléments constitutifs provoquant une déviation fonctionnelle (exagération ou diminution, transformation de la fonction). La durée de cette déviation fonctionnelle peut être fort longue; elle est provoquée tantôt par une cause qui a exercé son action à un certain moment et a cessé d’exister après avoir produit le trouble en question; elle peut être engendrée aussi par une cause permanente qui s oppose au rétablissement de l’activité normale. L’élément cellulaire, après une lutte plus ou moins longue, épuise ses ressources vitales, subit une désintégration progressive de ses diverses parties, s’atrophie et meurt. Ouand, dans un tissu, de nombreux éléments ont été placés dans ces conditions, la reproduction des divers organites devient impossible, la régénération de types cellulaires normaux ne s opéré plus, la fonction, d’abord déviée, est finalement supprimée.

Page 1