I. — L'INFLAMMATION
Définition.
Les palhologistes sont loin d’être d’accord sur la nature de l’inflammation; plusieurs d’entre eux, parmi lesquels Magendie, Andral, Thoma, proposent même de rayer ce mot des traités de pathologie. C’est qu’en effet, après avoir servi à désigner tout d’abord des phénomènes simples et précis, il a été dévié de son sens primitif, il a subi des additions, des remaniements de la part de tous les chefs d’école, pour lesquels la définition de l’inflammation était considérée comme un point doctrinal fondamental.
Aussi après toutes ces modifications successives on sait à peine ce qu’il faut comprendre par le terme inflammation. La même difficulté se présente pour beaucoup de vieux mots qui progressivement ont été écartés de leur premier sens, et nous nous retrouverons, par exemple, dans le même embarras quand il nous faudra définir la fièvre ( Voy. IVe partie). Ce dernier terme a été tellement remanié qu’on en est arrivé à décrire des pyrexies apyrétiques , ce qui revient à parler de fièvre sans fièvre.
En lisant certaines descriptions et opinions sur l'inflammation et en les rapprochant des premières conceptions, on croit se trouver en présence d’une inflammation sans inflammation.
Quand un terme a été tellement éloigné de son sens premier qu’il n’exprime plus un seul des caractères qu’il désignait primitivement, il mérite peut-être de disparaître.
La définition de Celse « Rubor, lumor cum calore et dolore » a été longtemps acceptée presque universellement et est restée classique.
Les perfectionnements (le la technique peuvent permettre de reconnaître (les lésions inflammatoires qui auraient été méconnues par les auteurs anciens; on conçoit par exemple l’existence d'inflammations des organes profonds alors que primitivement il n’était question que de lésions superficielles ; il n’est pas non plus illogique d’admettre l’existence d’inflammations histologiques visibles seulement au microscope, dans lesquelles on retrouve les caractères microscopiques des lésions inflammatoires macroscopiques. Ceci n’est plus une déviation d’un terme, c’est une extension d’un mol à des phénomènes d’abord inaperçus par insuffisance des moyens d’investigation.
Sans doute il faut faire une place à des formes anormales d’inflammation, où l’un des facteurs peut manquer. On ne saurait, par contre, admettre la présence d’inflammation là où il n’y a ni rubor , ni turnor, ni calor , ni dolor, c’est-à-dire ni congestion, ni tuméfaction même au microscope.
Nous n’avons pas voulu intentionnellement décrire l’inflammation dans la première partie de cet ouvrage qui traite de la pathologie des cellules isolées et des êtres unicellulaires. 11 est souvent utile, pour bien étudier un phénomène, de le rechercher là où il est le plus simple, c’est ce que nous avons cru pouvoir faire pour l’infection en la décrivant avec ses caractères essentiels et ses conséquences dans les êtres unicellulaires.
Mais pour qif’il y ait inflammation, si nous voulons nous rapprocher du sens primitif du mot tel qu’il a d’ailleurs été accepté par presque tous les pathologistes, une cellule ne suffit pas, il faut un ensemble de cellules, il faut un tissu, une vascularisation, et ces éléments font défaut au bas de l’échelle animale; c’est pourquoi, quelque désireux que nous soyons d’exposer les phénomènes dans leurs éléments les plus simples, nous ne suivrons pas Metchnikoff dans ses études sur l’inflammation chez les êtres inférieurs.
L’idée d’inflammation suppose précisément des phénomènes complexes qui ne peuvent exister que dans des tissus différenciés, et si nous voulons conserver le mot il faut le réserver pour désigner des lésions des tissus des êtres supérieurs, lîn autre terme doit servir à désigner les réactions des cellules isolées, ainsi que celles des êtres inférieurs et celles des tissus dépourvus de vaisseaux ; ces réactions élémentaires se retrouvent sans doute dans les foyers inflammatoires, mais elles ne constituent pas Y inflammation, elles n’en sont qu’une partie. Suivant celte conception, un tissu dépourvu de vaisseaux ne devient réellement le siège d’une inflammation qu’alors que l’irritation y a fait apparaître des néo-vaisseaux.
L’INFLAMMATION
Nous renvoyons l’examen des doctrines sur l’inflammation à la lin de cel exposé, ne voulant décrire tout d’abord que les phénomènes nets, les lésions précises (pie l’on constate dans l’évolution des altérations que l’on décrit habituellement sous le nom d'inflammation.