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NATURE ET ROLE GÉNÉRAL DE L’INFLAMMATION

Après avoir étudié les éléments constitutifs, les étapes, les modalités, les terminaisons de l’inflammation, il nous est permis de nous demander quelle conception d’ensemble nous devons adopter sur la nature et sur le rôle général des phénomènes inflammatoires.

Ces questions ont préoccupé les médecins de tous les temps, des théories sans nombre ont été émises au sujet de l’inflammation, et même d’après ces théories, se sont formées des écoles à différentes époques de l’histoire de la Médecine.

La doctrine d’Hippocrate sur l’inflammation était contenue dans ces termes: ubi stimulus, ubi flux; l’afflux du sang ou d’humeur était la conséquence d’une irritation produite en un point de I organisme.

Galien admettait que réchauffement du sang dilatait les vaisseaux et produisait des transsudations, et les suppurations n’étaient que la conséquence de la corruption de ce sang.

Les doctrines de l’inflammation trouvèrent un nouvel élément de discussion dans la découverte de la circulation du sang par Harvey;

à partir de cette époque, l'arrêt local de la circulation devient un phénomène capital et les théories rayonnent autour de la stase, de ses causes et de ses conséquences.

Hippocrate avait entrevu la possibilité d'un rôle joué par les tissus siège de l’inflammation, Haller et Spalanzani reprirent cette idée et la développèrent.

Puis peu à peu les phénomènes vasculaires prirent une importance plus considérable; Hunier le premier admet l’existence d'une dilatation active des vaisseaux; il reconnaît que la région enflammée, au lieu d’être le siège d’une stase, est pourvue d'une circulation plus active ; cet auteur expose encore des considérations intéressantes sur la formation des exsudais et le rôle des tissus dans l'inflammation.

Broussais considère l’inflammation non comme un simple I rouble, mais comme une véritable maladie, comme l’essence même de la maladie.

Après une série de discussions sur l’état des vaisseaux dans les territoires enflammés, sur la composition des exsudais, en particulier sur leur teneur en fibrine, la question de l’inflammation entra avec Virchow dans une nouvelle voie.

Virchow reconnut que la cause principale de l’inflammation était l’irritation des cellules, de cette irritation découlaient comme conséquences une nutrition plus intense des cellules et de la congestion avec formation d’exsudats ; l'irritation déterminait également une prolifération cellulaire active. L’hyperhémie, pour Virchow, n’était ainsi qu'un phénomène accessoire.

Virchow avait attiré l’attention sur le rôle des cellules fixes des tissus; Gohnheim, comme nous l’avons déjà exposé, mit en lumière l’importance des cellules migratrices, et en même temps celle des phénomènes vasculaires.

Le cadre des processus inflammatoires s'est élargi brusquement à la suite des découvertes bactériologiques : Metchnikofl* fait alors résider toute l'inflammation dans la phagocytose ; il appuie sa doctrine sur de nombreux exemples très intéressants qu'il puise dans toute la série animale en s’attachant en particulier à l'étude des irritations provoquées chez les êtres inférieurs privés de vaisseaux. (Nous avons discuté plus haut l’importance des phénomènes vasculaires et nous avons admis par définition que l’inflammation ne pouvait se produire que dans des tissus différenciés; sans cependant méconnaître la très grande importance de la phagocytose.)

Rôle des toxines microbiennes. — L’étude des poisons des microbes et les modifications engendrées par eux dans les humeurs de l’organisme a été l’occasion de nouvelles recherches se rattachant

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à l’inflammation en particulier de la part de M. Bouchard ef de son école, de Charrin et Roger, Charrin et Gley et encore de Arloing, .1. Courmont, Doyon, etc.

Par ces recherches, l’inflammation infectieuse a été ramenée, suivant son mécanisme, à une inflammation toxique.

La nature de l’inflammation, sesrapportsavec l’infection générale, son mécanisme, son rôle dans l’organisme, étaient dès 1891 enseignés par le professeur Bouchard dans une leçon magistrale (pii est restée classique : « Les microbes en général peuvent faire tantôt l’infection générale, tantôt l’inflammation locale. J’ai établi que la résistance plus grande de l’organisme favorise le développement de la lésion locale et que, à son tour, la lésion locale augmente la résistance à l’infection générale. L’inflammation, l’inflammation suppurative surtout, serait donc la marque d’un certain degré de résistance à l’infection générale par les pyogènes et même par d’autres microbes; elle serait de plus une protection contre cette infection.

« Mais qu’est-ce (pie la lésion locale? C’est, pour une part prépondérante, la transsudation et la diapédèse, l’accumulation d’un plasma et de cellules migratrices en dehors des vaisseaux, dans une région circonscrite. Or, le plasma inflammatoire, dit Buchner, est bactéricide; les leucocytes, dit Metchnikoff, dévorent les bactéries; les mêmes leucocytes, dit Ribbert, forment autour des bactéries une barrière infranchissable; tandis qu’ils sont ainsi retenus dans une partie limitée de l’économie, les microbes sécrètent ces matières vaccinantes qui, absorbées, changent la nutrition de toutes les parties du corps, modifient l’état chimique de l’organisme et rendent bactéricides les humeurs et les tissus ; nous trouverons sans doute, dans l’une ou l’autre de ces quatre conditions et peut-être dans les quatre, l’explication du rôle protecteur (pie joue l’inflammation circonscrite contre le développement d’une infection générale.

« Mais pourquoi et comment la présence des bactéries sur un point y provoque-t-elle l’exsudation et la diapédèse ? Ces effets résultant de leur présence sont dus aux propriétés physiologiques des matières qu’elles sécrètent. Or, les bactéries sécrètent des matières dont les unes provoquent, les autres empêchent l’exsudation et la diapédèse.

« Comme le mercure, comme l’essence de térébenthine, certains produits bactériens provoquent au point injecté l'exsudation et la diapédèse. »

L’inflammation, après avoir été regardée comme l'origine des maladies, et même comme une maladie en elle-même, devint aux yeux des médecins une réaction utile, un moyen de protection, de défense de l’organisme et cet effet utile fut I un des caractères fonda-

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mentaux de certaines détiiii Lions de l’inflammation. Assurément l’inflammation est souvent utile, elle est fréquemment l’indication d’une réaction locale, bienfaisante, mais il ne faut pas exagérer ces heureux effets qui sont incontestables; l’inflammation locale peut èLre l’origine d’une infection générale; la diapédèse, la phagocytose souvent utiles peuvent conduire à la dissémination des germes par l’intermédiaire des leucocytes.

Les produits toxiques partis du foyer inflammatoire peuvent aller à distance léser soit le foie, soif le rein en s’éliminant par lui ; celte inflammation secondaire du rein ne nous apparaît plus comme un phénomène réactionnel utile. Charrin et Gamaleia ont, par une expérience curieuse, montré que l’organisme peut se dérober à une inflammation sans qu’il en résulte pour lui aucun effet fâcheux. Lorsqu'on frotte l’oreille d’un lapin avec de l’huile de croton, il se produit habituellement une inflammation locale; si, avant la friction à l’huile de croton, on empêche les phénomènes vaso-moteurs par l’injection de produits filtrés du bacille pyocyanique, aucun trouble inflammatoire ne survient, l’inflammation est évitée. 11 n'était donc pas indispensable que les effets irritants de l’huile de croton se produisissent.

Mais en général les éléments, dont la fonction est de détruire ou d’éliminer les toxines, subissent des altérations graves au contact de celles-ci. Ces lésions ont été mises en évidence par les travaux de Roux et Yersin, Morel, Enriquez et Hallion, pour la toxine diphtérique, par Charrin pour la toxine pyocyanique ; H. Claude a entrepris l’étude expérimentale de l’action des diverses toxines diphtérique, pyocyanique, streptococcique, tétanique, etc., sur le foie etsur lerein. De ces recherches, poursuivies d'une façon systématique, en faisant varier les conditions d'intensité et de durée de l’intoxication, il résulte que les intoxications aiguës par les toxines engendrent des hépatites et des néphrites caractérisées par des altérations diverses, inflammatoires et dégénératives, des cellules des parenchymes rénaux et hépatiques, aussi par des altérations des voies biliaires, des hémorragies de la vésicule, des dégénérescences amyloïdes, etc. L’intoxication est-elle continue et progressive; on observe soit des lésions cicatricielles localisées à certaines régions du foie ou du rein, soit des scléroses diffuses avec des altérations plus ou moins prononcées des cellules. Les cirrhoses du foie, les néphrites subaiguës et chroniques continuent à évoluer, même après la cessation de l’intoxication. En somme, ces faits ont permis d’affirmer « que les lésions du foie et du rein dans les maladies infectieuses sont le plus souvent de nature toxique (intoxications d’origine locale ou générale). Les

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mêmes faits expérimentaux amènent à penser que l’intoxication microbienne aiguë, subaiguë ou chronique, peut jouer un rôle actif dans la détermination d’un certain nombre d’états morbides en pathologie humaine. Les hépatites aiguës et l’ictère grave, certaines cirrhoses atrophiques ou hypertrophiques, pour une part; le mal de Bright dans quelques cas, certaines néphrites aiguës, subaiguës ou chroniques, n’ont sans doute pas d’autre pathogénie qu’une ou plusieurs intoxications, aiguës ou chroniques, récentes ou anciennes, déterminées par des toxines microbiennes » (IL Claude).

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