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II. Claude et J. Camus. — Pathologie générale

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DES TISSUS

La transmission directe d’une tumeur de la mère au fœtus est exceptionnelle, h riedreich rapporte pourtantl’observation d'une femme enceinte atteinte d’un cancer primitif du foie avec généralisation et dont le fœtus présenta un noyau cancéreux dans un genou. Des observations semblables ont été publiées en très petit nombre.

Il n’en est pas de même de cette hérédité, mal précisée d’ailleurs, qui ne seraitqu’une prédisposition familiale à l’apparition de tumeurs. Des cas nombreux de tumeurs bénignes de la peau, de nævi en particulier se montrant avec prédominance dans certaines familles, ont été mentionnés.

La prédisposition héréditaire au cancer a été affirmée par beaucoup d’auteurs, et les statistiques ont paru leur donner raison ; c'est ainsi que, d’après les recherches de Williams, de Paget, de Butlin, on pourrait considérer qu’un cancéreux sur trois a eu des cancéreux dans sa famille.

A côté de ces statistiques instructives il est intéressant de citer celle de Snow qui, ayant trouvé des antécédents héréditaires cancéreux chez 15 p. 100 de malades atteints de cancers, constate une proportion de 18 p. 100 de cas de cancer dans les familles d’individus bien portants.

ASe. — Les tumeurs épithéliales, les cancers appartiennent surtout à l’adulte et au vieillard, leur maximum de fréquence est entre cinquante et soixante ans ; elles sont rares avant trente ans, exceptionnelles pendant l’enfance. S’agit-il, comme le veut Thiersch, d’un défaut de parallélisme dans l’involution sénile des tissus, le tissu conjonctif étant atteint par cette involution alors que les épithéliums sont encore en pleine activité? Ce n'est qu'une hypothèse. La nécessité d’irritations lentes et longtemps prolongées pourrait expliquer l’apparition tardive des cancers.

Les tumeurs bénignes se voient fréquemment chez les sujets jeunes, les nævi chez le nouveau-né, les exostoses pendant la croissance, les kystes de l’ovaire à la puberté; ces dernières tumeurs sont plus ou moins liées à des modifications physiologiques des organes et des régions dans lesquels elles apparaissent.

Les sarcomes sont rares chez les vieillards et fréquents chez les sujets jeunes ; leur maximum de fréquence est vers trente ans.

Sexe. — Les cancers envisagés d'une façon globale sont plus fréquents chez la femme que chez l’homme, cela tient certainement aux nombreux cas de cancers du sein et de l’utérus qu’on rencontre chez elle et à ce qu’en dehors de leur fréquence, ces cancers sont plus facilement diagnostiqués que ceux des autres organes.

Cependant certaines variétés de cancers tels que ceux de l’estomac

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paraissent plus fréquents chez l'homme ; ceux de la bouche et des lèvres s’observent presque uniquement chez lui (90 p. 100 des cas chez l’homme). L’influence des irritations locales paraît indéniable dans ce dernier groupe.

Les ostéosarcomes des membres seraient plus fréquents chez l'homme, ceux du bassin plus fréquents chez la femme.

Conditions d’existence des malades. — Contagion.

Shattock et Ballance citent les observations très remarquables de six personnes d’une même famille, la mère et cinq filles ayant toutes succombé par suite de cancer du sein gauche. En présence de ces faits, l’hérédité sans doute peut être invoquée, mais ne convient-il pas de faire également une place aux conditions d’existence, aux habitudes, à l’alimentation, à la contagion?

Nos données sur ces différents points sont très vagues, certains auteurs admettent une plus grande fréquence du cancer chez les riches, d’autres les trouvent plus nombreux dans la classe pauvre.

La fréquence plus grande du cancer dans les pays civilisés s’explique sans doute par des examens médicaux plus soignés et des diagnostics plus précis.

Des statistiques bien curieuses onl été publiées montrant l’existence de foyers endémiques de cancer dans certains villages, certaines rues, voire même dans des maisons où l’on voyait se succéder une série de cas de cancer. Des recherches sur ces questions ont été faites en Normandie et l’on a invoqué tantôt l’origine hydrique du cancer, tantôt l’influence du cidre sur l’apparition de cette variété de tumeur.

L’influence des cours d’eau, de l’humidité a été également soutenue pour certaines régions du pays de Galles dans lesquelles le cancer est fréquent.

La valeur de ces différentes causes n’est, pas d’ailleurs démontrée d’une façon péremptoire.

Itôle des traumatismes, des irritations locales. — Beaucoup de malades font remonter l'origine d’une tumeur à un traumatisme. Une femme reçoit un coup dans la région du sein ; à quelque temps de là, en palpant la partie qui peut rester assez longtemps endolorie, elle reconnaît l’existence d’une « grosseur ». Doit-on penser qu’il n’y a là qu’une coïncidence, que la malade a simplement découvert à l’occasion d’un choc une tumeur qui était latente depuis longtemps ? Doit-on admettre au contraire la version delà malade, c’est-à-dire que le traumatisme a fait apparaître une tumeur?

11 est nécessaire assurément de faire une part aux coïncidences et de ne pas accepter sans enquête tous les dires des malades, mais il

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est certain que les traumatismes sont capables d’être 1 origine de proliférations cellulaires.

Schuchardt, Menetrier distinguent, au point de vue de l’étiologie des tumeurs, les traumatismes brusques des irritations prolongées. Les chocs brusques détermineraient, suivant eux, surtout des saicomes, opinion qui est également celle de Quénu ; les irritations chroniques donneraient plutôt naissance à des tumeurs épithéliales.

Inflammations chroniques. — Les irritations chroniques, quelles soient de nature physique, chimique ou microbienne, peuvent se rencontrer à l’origine des tumeurs.

Le cancer de la bouche, des lèvres, de la langue se voit presque exclusivement chez l’homme et l’action irritante de la fumée, du tuyau de la pipe, les brûlures ne semblent pas niables dans la genèse du cancer des fumeurs. Fréquemment des altérations épithéliales, leucoplasie buccale, psoriasis buccal de Bazin dépendant d’ irritations chroniques précèdent l’apparition du cancer de la bouche. Les rapports entre l'ulcère simple de l'estomac et le cancer gastrique ont été mis en évidence par Dittrich, par Lebert, par Hauser surtout qui a montré la production d’éléments adénomateux engendrés par l'ulcère chronique, éléments qui sont un acheminement des glandes gastriques vers le cancer.

Les lésions chroniques, des reins, néphrites avec petits adédomes (Sabourin, OEttinger, .Netter), les lésions chroniques du foie (adénocancer avec cirrhose, tlanot et Gilbert), des voies biliaires, de la vessie, de l’utérus, etc., peuvent servir de points de départ à des cancers.

Beaucoup d’actions irritatives longtemps prolongées sur la peau aboutissent à la formation de proliférations cellulaires dont les unes restent bénignes et dont les autres peuvent devenir malignes : c'est ainsi qu’interviennent les frottements répétés, les poussières, les irritations professionnelles, d’origine chimique ou physique, donnant parfois des papillomes et ultérieurement des épithéliomes.

Les cicatrices, les affections anciennes de la face, le psoriasis par exemple servent, dans certains cas, de base au développement des

tumeurs.

Aux cicatrices se rattache un mécanisme particulier de iormation des tumeurs. A la suite d’une plaie, d’un traumatisme, une parcelle d’épiderme a pu être enfoncée dans les tissus sous-jacents, et ce tissu épidermique après cicatrisation peut continuer à proliférer dans la profondeur. Les cellules ainsi enclavées dans une région qui n’est pas la leur donnent lieu habituellement à des tumeurs bénignes, mais des transformations cancéreuses ont cependant été signalée;'. La tuberculose paraît jouer un rôle analogue dans 1 apparition

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des épithéliomes. C'est principalement le lupus que l’on peut accuser de favoriser ces proliférations malignes. Alibert, Rayer avaient déjà mentionné le fait; on a rapporté un grand nombre de cas qui montrent l’épithéliome apparaissant tantôt sur des cicatrices de

Fig. 59. — Coupe montrant un follicule tuberculeux développé au voisinage d un alvéole

cancéreux (H. Claude).

cc' Alvéole; cancéreux à des stades divers de développement ; cg, follicules tuberculeux et cellules géantes; gg, culs-de-sac glandulaires hypertrophiés; m, fibres musculaires de la couche musculaire de la paroi abdominale ; t, partie en voie de caséification du tubeicule ; vv, vaisseaux.

lupus, tantôt sur des lupus fl ori des, soit sur de très anciens lupus, soit sur d’autres de date plus récente. Il est à noter que le lupus érythémateux no paraît pas favoriser la naissance de 1 épithéliome.

Dans son étude sur le cancer et la tuberculose, II. Claude a rappelé que si le cancer est relativement rare chez les tuberculeux,

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il n’y a nullement antagonisme entre les deux maladies, à tel point que non seulement on peut les observer sur le même individu, mais qu’on les observe parfois simultanément sur un même organe (1). Le cancer et la tuberculose peuvent se développer sous trois modalités différentes : 1° Le cancer apparaît sur une lésion tuberculeuse préexistante : dégénérescence cancéreuse du lupus, cancer du poumon développé sur une caverne pulmonaire, cancer de l’oesophage sur une ulcération tuberculeuse. PourRibbert, le processus tuberculeux serait dans ces cas le primum movens de la désorganisation des assises épithéliales, de leur désorientation et de la prolifération cellulaire atypique qui constitue le cancer. 2° Lubarsch admet que le cancer et la tuberculose peuvent être associés de façon à provoquer une lésion particulière d’un même organe ; telle serait l'origine de certains lymphomes ganglionnaires. 3° La tuberculose peut apparaître sur un cancer préexistant constituant une sorte d infection secondaire. Telle était l’origine de l’association tuberculocancéreuse observée et décrite par H. Claude : cancer de l’estomac et adénome polypi forme dans lesquels on voyait nettement par places, des follicules tuberculeux à bacilles de Koch. L’extension des lésions tuberculeuses avait été assez active pour détruire en partie le champignon cancéreux.

La syphilis et ses différentes lésions se retrouvent à 1 origine de plusieurs cancers superficiels ou profonds; ces tumeurs se montrent surtout dans ces conditions à la peau et aux muqueuses, en particulier au niveau de la bouche et des organes génitaux. La très grande fréquence de la syphilis dans les antécédents des malades atteints de cancer de la langue, de l’œsophage, du rectum est une notion qui prend chaque jour plus d’importance.

Greffes de tumeurs.

La possibilité de greffes de tumeurs doit être envisagée sur le malade déjà porteur d’une tumeur, sur un individu sain de même espèce et sur des individus d’espèces différentes.

Chez un malade porteur d'une tumeur , des parcelles détachées de la tumeur primitive peuvent se fixer en des points rapprochés ou éloignés de l’organisme et donner lieu à la formation d’une tumeur de structure semblable à la première.

La dissémination des éléments cellulaires se fait par voie sanguine, par voie lymphatique déterminant, à plus ou moins grande distance, des noyaux secondaires, des métastases.

(1) Claude, Cancer et tuberculose, Actualités médicales, Paris, 1900.

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La propagation se fait aussi directement; ainsi le cancer dè la lèvre supérieure se transmet par frottement à la lèvre inférieure; le cancer d’une face de la vessie peut déterminer une greffe sur la face opposée. Des cellules cancéreuses de l’oesophage, après déglutition, peuvent donner lieu à des noyaux cancéreux dans l'estomac.

Des auteurs allemands n’ont pas craint de faire des greffes de tumeurs chez des malades, greffes qui ont été suivies de succès et Cornil a rapporté un cas semblable à l’Académie de médecine.

Il arrive qu’au cours d’opérations de cancer, des cellules néoplasiques se greffent sur la cicatrice et prolifèrent ensuite; des cellules de péritonite cancéreuse ont ainsi pu se greffer sur la plaie déterminée par le trocart après ponction.

L’un de nous (H. Claude) a rapporté avec Pillietune observation très précise de greffe d’un épilhéliome de l’avant-bras sur la peau du ventre par contact prolongé des parties.

La greffe du cancer chez des individus sains, malgré des observations assez impressionnantes, ne paraît pas démontrée d’une façon certaine. On a cité des cas de cancers conjugaux ; un mari, par exemple, présentant un cancer de la verge alors que sa femme était atteinte antérieurement d’un cancer de l’utérus. Cependant, dans des expériences conduites scientifiquement, des médecins, Âlibert entre autres, tentèrent vainement de s’inoculer le cancer. 11 est arrivé a bien des chirurgiens de se blesser avec des instruments souillés de suc cancéreux sans qu’ils aient observé aucune contamination.

La greffe du cancer de l'homme aux animaux a été tentée par un grand nombre d’expérimentateurs; beaucoup de recherches silice sujet sont négatives et, parmi celles qui sont positives, un certain nombre ont manqué d’un contrôle histologique suffisant.

Pfeiffer. Firket, Mayet, P>oinet et d’autres auteurs ont publié des expériences positives d’inoculation de cancers ou de sarcomes de provenance humaine à des rats.

Mayet a obtenu des inoculations positives du cancer de l’homme au chien après injection de produits solubles cancéreux.

Dans des expériences restées inédites en collaboration avec P.-E. Launois d’une part, avec Courcoux d’autre part, Jean Camus injectant des émulsions de tumeurs de l’homme dans la circulation porte du chien et greffant des parcelles de tumeurs directement dans le parenchyme hépatique, n obtint dans deux cas que des résultats négatifs.

Les greffes de tumeurs entre animaux de même espèce ont été suivies de résultats variables dont quelques-uns sont nettement positifs. Morau a transmis ainsi des tumeurs en sécie chez les souris.

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Sticker ayant fait couvrir une chienne atteinte (le cancer du vagin par quatre chiens, vit chez deux d’entre eux apparaître après quelques semaines des noyaux cancéreux au niveau du pénis.

Les recherches de Menetrier et Netter mettent en évidence le rôle du terrain dans tous ces essais de greffe; elles montrent qu’une même tumeur greffée à une série de souris peut proliférer chez elles alors que son inoculation à une série de souris différentes ne sera suivie d’aucun résultat.

Menetrier, avec raison, invoque un état particulier de réceptivité de l’organisme « probablement analogue aux modifications des tissus et des tumeurs qui, dans les maladies microbiennes, permettent l’infection ou même en rendent le développement inévitable et peut s’expliquer également par le trouble des fonctions phagocytaires, des réactions nerveuses, de la composition des humeurs, etc. »

Cette manière de voir trouve sa justification d’une part dans les insuccès fréquents des inoculations de cellules cancéreuses à des organismes sains et d’autre part dans l’extrême facilité des greffes et métastases dans les organismes déjà atteints d’un cancer primitif.

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