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ÉVOLUTION DES TUMEURS

Les tumeurs peuvent pendant longtemps conserver un même volume, c’est qu’alors les zones centrale et périphérique sont au repos et n’ont pas de tendance à l’extension; en effet l’accroissement se fait par la périphérie et par le centre.

11 est à remarquer que les tumeurs, les épithéliomas en particulier détruisent surtout les tissus qui ne sont pas semblables au leur et se développent mieux dans des organes différents de ceux où ils ont pris naissance.

Les cellules néoplasiquesavancent dans les tissus sainspar l'accroissement de la masse de la tumeur; on n’observe pas de zone inflammatoire entre la tumeur et les cellules saines, contrairement à ce qui se voit dans les lésions infectieuses.

Les éléments sains s’effacent, disparaissent par compression et laissent la place au tissu pathologique.

L’envahissement se fait aussi par infiltration dans les interstices voisins; les cellules cancéreuses se comportant, dans ce cas, comme des cellules migratrices.

On admet encore que, dans le cas où la tumeur se développe aux dépens d’un tissu semblable à celui où elle a pris naissance, les cellules de ce tissu peuvent subir de proche en proche la transformation cancéreuse.

L’accroissement n’est pas la loi de toute tumeur, on voit parfois des adénomes du sein diminuer lentement et disparaître ; par contre, une tumeur peut conserver indéfiniment son volume et l’on sait qu’un lipome peut garder ses dimensions, alors que l’individu qui en est porteur a maigri considérablement.

La nutrition des tumeurs est assurée d’une façon souvent défectueuse, les dégénérescences graisseuse, colloïde, muqueuse, y sont fréquentes; les nécroses cellulaires, les dépôts calcaires s’y observent également.

Les vaisseaux sont soit insuffisants et des nécroses plus ou moins étendues apparaissent, soit trop fragiles et des épanchements hématiques se produisent. Ces épanchements peuvent être l’origine de kystes. Mais les kystes fréquents dans les tumeurs sont plus souvent dus à la rétention des sécrétions de tubes glandulaires qui ne trouvent pas de canaux excréteurs pour s écouler.

Généralisation. Métastases.

Les tumeurs se développent non seulement en leur lieu d’origine, mais encore en des points éloignés par des noyaux erratiques. On voit même une tumeur primitive rester immobile, s’atrophier par places, alors que les noyaux erratiques prennent une extension énorme.

La propagation des tumeurs se fait par voisinage ou par l’intermédiaire de la circulation.

Par voisinage, un cancer de Pœsoghage se propage à la trachée, aux bronches, aux poumons. Un cancer de la plèvre donne lieu au passage de cellules néoplasiques dans la plèvre remplie de liquide et ces éléments cellulaires vont se fixer en un autre point de la séreuse, en y déterminant des noyaux secondaires. Un cancer de la lèvre inférieure peut donner lieu de même par contact à un cancer de la lèvre supérieure. L’un et l'autre, en progressant lentement, peuvent envahir les os maxillaires.

Parfois les cellules cancéreuses se propagent parla gaine des nerfs, par les faisceaux musculaires.

Les propagations du cancer par voie lymphatique sont particulièrement fréquentes et importantes.

Les voies lymphatiques communiquent facilement avec les alvéoles des cancers (Corail et Ranvier); les cellules cancéreuses cheminent, et souvent d’une façon précoce, dans les canaux lymphatiques ; elles s’arrêtent dans les ganglions où elles donnent naissance à des noyaux secondaires qui conservent les caractères histologiques de la tumeur primitive.

Les lymphatiques eux-mêmes subissent souvent l’envahissement par les cellules du cancer, leur paroi prolifère, la lumière disparaît et se trouve constituée la lymphangite cancéreuse. Les noyaux des voies lymphatiques laissent échapper de nouveau des cellules qui donnent lieu à distance à de nouveaux foyers.

Il est de règle en clinique de rechercher toujours en présence d’une tumeur quel est l’état des ganglions du voisinage et dans l’ablation d’une tumeur, même suspecte, d’enlever toujours largement les ganglions correspondants. Sans cette précaution, après l’ablation d'un cancer, les ganglions déjà atteints seraient bientôt le siège de nouvelles tumeurs cancéreuses. Les chirurgiens n ont eu qu à s’applaudir de cette pratique.

Notons que, si, en règle générale, l'envahissement des voies lymphatiques se fait dans le sens du courant de la lymphe, la propagation par voie rétrograde est fréquente.

La dissémination par voie sanguine est analogue à la dissémination

LES TUMEURS

par voie lymphatique; des organes très éloignés de la tumeur primitive sont ainsi envahis; les vaisseaux sanguins eux-mêmes sont assez souvent le siège de proliférations néoplasiques. Les cancers du tube digestif empruntent avec; prédilection celle voie pour aller donner naissance à des noyaux secondaires dans le foie; ils se développent souvent dans cet organe avec une rapidité étonnante et il arrive que le malade succombe par le fait de masses cancéreuses énormes du foie, alors que le cancer primitif du tube digestif est encore peu développé.

Dans la dissémination des cellules du néoplasme par voie sanguine il ne semble pas que les noyaux secondaires apparaissent au hasard dans les organes. Les cellules cancéreuses choisissent leur terrain; ainsi le cancer de l’utérus donne rarement des métastases dans les os (2 à 3 p. 100); le cancer du sein leur donne par contre souvent naissance (14 p. 1 00) et le cancer du corps thyroïde plus fréquemment encore (20 à 25 p. 100). Le tissu musculaire dont la proportion par rapport aux autres tissus est cependant si grande, n’est pour ainsi dire jamais le siège de néoplasies secondaires.

Bénignité. Malignité.

Il y a des tumeurs qui s'accroissent rapidement, touchent profondément l’état général, se généralisent et tuent leur malade en peu de temps; il est légitime de les appeler malignes. Il y a des tumeurs qui, après avoir atteint un certain volume, restent stationnaires, ne modifient pas l'état général du sujet, ne se généralisent pas et sont compatibles avec l’état de santé ; on est en droit de les appeler bénignes. S’ensuit-il que toutes les tumeurs puissent se diviser en ces deuxgroupes? Ce serait une division simple et précieuse pour le médecin. Malheureusement non. Voici une tumeur du sein qui, après être restée longtemps stationnaire, sans aucune tendance à la généralisation, sans répercussion sur la santé du sujet, prolifère rapidement, se généralise, prend tous les caractères d’une néoplasie maligne. Dans quelle catégorie la rangerons-nous?

Voici en opposition une néoplasie que, par ses caractères cliniques, on serait tenté de classer parmi les tumeurs malignes et qui pendant fort longtemps reste torpide sans incommoder le sujet qui en est porteur. Est-il permis de l’appeler maligne si pendant des années elle se comporte comme une affection bénigne?

Cette ancienne division, pratique dans beaucoup de cas, ne saurait donner toute satisfaction à l’anatomo-pathologiste. Cependant elle repose sur des constatations histologiques qui, pour une part au

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DES TISSUS

moins, sont exactes; ces constatations tendent à faire considérer les tumeurs malignes comme hétéromorphcs, et les tumeurs bemgnes

comme homœoiriorphes. . . .

Sans doute Yhctéromorphie, au sens étymologique du mo , n est plus admise, on n’accepte plus l’idée de néoplasies entièrement eti ancres à l’organisme, mais il est vrai que les cellules de certains néoplasmes n'obéissent plus aux lois de la morphologie et de 1 agencement des cellules normales; atypiques d’une part, dev.ees dans eui sécrétion d’autre part, elles sont en état d anarchie, suivant a

comparaison imagée de Dard et de Marshall.

Tout autre est l’état des éléments anatomiques dans les tumeuis dites homœomorphes. Ici les cellules, au lieu d’être atypiques, restent typiques, c’est-à-dire normales dans leur forme ; leur agencement entre elles rappelle également dans ses grandes lignes un tissu noimal 11 y a hyperproduction de tissu normal et non pas apparition de tissu pathologique ; ainsi les adénomes, à part quelques particularités, sont des glandes hypertrophiées. ,

Remarquons qu’une tumeur dite homceomorphe, bemgne d apres la conception que nous venons d’exposer, peut cependant présenter des caractères de gravité par son siège, par son volume, par es organes quelle peut comprimer et les fonctions qu elle trouble. Cette tumeur, si elle est enlevée incomplètement, pourra proliférer de nouveau in situ par les parties qui auront été laissées par le chirurgien. Mais cette prolifération, cette reproduction ne devra pas

la faire considérer comme maligne.

11 est nécessaire par conséquent de distinguer la malignité de la gravité La malignité est constituée par la prolifération des cellules de la tumeur dans les tissus sains, dans les espaces interstitiels (en dehors de la membrane glandulaire par exemple) par la dissémination à distance, parla généralisation, par le retentissement prolond

sur l’organisme. , r , TT

Influence «les tumeurs malignes sur l’état général — Un

individu de cinquante à cinquante-cinq ans chez lequel on ne peut trouver cliniquement, par un examen attentif, de cancer en aucune ré-ion présente parfois des troubles profonds de l’état général, une teinte particulière de la peau, une modification de la nutrition, un ensemble symptomatique, en un mot, qui fait porter à un clinicien averti le diagnostic de cancer probable, de cancer latent. Ainsi donc le cancer, bien que ne comprimant aucun organe important, ne donnant lieu à aucune némorragie, à aucun trouble fonctionnel peut déjà altérer l’état de santé.

On a appelé dyserasie cancéreuse l’ensemble des modifications

LES TUMEURS

organiques, affaiblissement de la résistance des tissus ou autres qui favorisent le développement du cancer ; on désigne sous le nom de cachexie cancéreuse les signes généraux graves d’un cancer à une période déjà avancée de son évolution. Ces états sont d’ailleurs assez mal définis.

Rommelære avait pensé trouver des renseignements de premier ordre dans l’analyse des urines qui lui montrait, chez les cancéreux, une diminution de l’urée, des phosphates ou des chlorures..Ces faits sont exacts mais ont une faible valeur, car la diminution de ces éliminations dépend surtout du fait que les cancéreux s’alimentent moins; si leur alimentation reste suffisante, comme l’ont montré Cazin et Duplay, le taux de l’urée éliminée reste normal.

Existe-t-il des sécrétions cancéreuses nocives, capables d’intoxiquer l’organisme ? Feltz, puis Gaudier et Ililt ont noté que l’urine des cancéreux était hypertoxique, Griffiths en a extrait une substance toxique. Suivant K. Muller, le sérum des cancéreux est plus toxique que le sérum normal. Boinet, Pfeiffer, Adamkiewicz, etc., ont extrait, des substances toxiques des masses cancéreuses.

Dans beaucoup de ces recherches il n’a pas été tenu compte que les extraits de (issu d'une espèce (homme) étaient injectés àdes organismes d’espèces différences (chien, lapin, oiseau, etc.); il n'a pas toujours été tenu non plus un compte rigoureux des règles de l'asepsie, de plus les injections brutales, massives sont-elles comparables à ce qui se passe dans l’organisme du cancéreux?

Mme Girard-Mangin et 11. Roger ont conclu de leurs recherches récentes que la plupart des tumeurs malignes renferment des substances toxiques, et que les poisons cancéreux sont d’autant plus actifs que le tissu est plus mou, les extraits de tumeurs à évolution fibreuse sont par contre peu toxiques. Les extraits cancéreux sont hypotenseurs et doivent contenir plusieurs variétés de poisons; ces poisons ne dialysent pas et sont précipités par l'alcool.

Il importe de faire entrer d’autres facteurs dans la cachexie cancéreuse, en particulier les hémorragies répétées, les résorptions des parties mortifiées de la tumeur, les infections surajoutées (les phlébites des cancéreux ont souvent été démontrées de nature infectieuse). Ajoutons encore à ces causes les troubles dans la fonction de l'organe atteint (estomac, foie, etc.), les conséquences pour la nutrition des différentes localisations, et le retentissement de toutes ces causes sur le rein, le foie, les glandes à sécrétion interne ou externe.

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