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EXPLORATION FONCTIONNELLE DU REIN

Le moyen le plus simple d’examiner la fonction rénale c’est d’étudier son produit, l’urine et les éléments qui la composent; il sera ainsi facile d’apprécier si le rein remplit en tout point son rôle normal d’élimination.

Un second procédé consiste à provoquer de la part du rein l’excrétion de certains produits et à se rendre compte comment il se comporte vis-à-vis d’eux, ayant établi au préalable, à l’aide de nombreux cas, comment un rein normal élimine ces subtances; c’est la méthode des éliminations provoquées.

Nous supposons connue la constitution de l’urine normale et ne

FONCTION RÉNALE

nous occupons ici que des variations pathologiques. Les modifications qui frappent tout d’abord sont celles qui ont trait à la quantité ; le volume des urines est augmenté ou diminué pathologiquement dans un grand nombre de cas.

Polyurie.

La quantité moyenne d’urine émise en vingt-quatre heures par l’homme est de 1 500 grammes et par la femme de 1200 grammes ; mais ces chiffres n’ont pas une valeur absolue et l’on admet qu'il n’y a pas polyurie tant que le volumedes urinesne dépasse pas deux litres. Le polyurie se présente en clinique sous plusieurs aspects; elle est constituée soitpar des'urines claires, soitpar des urines troubles, la polyurie trouble est un signe important dans la pathologie des voies urinaires.

Les urines ont rarement leur composition normale; la densité est presque toujours modifiée; il existe un excès soit de chlorures, soit de phosphates, soit d’oxalates, soit d’urée.

Elles contiennent, dans nombre de ras, des substances anormales, sucre et albumine principalement.

L’eau est parfois seule augmentée, et cela dans des proportions énormes; la densité devient voisine de celle de l’eau distillée.

Pour diagnostiquer la polyurie, il est indispensable île recueillir la totalité des urines des vingt-quatre heures, comme cela doit toujours être pratiqué dans un examen complet d’urine. Les sujets atteints de pollakiurie ont une fréquence exagérée des mictions et croient volontiers que la quantité des urines est augmentée ; il est de toute nécessité de s’en assurer en mesurant les urines; il est bon d’autre part d’établir une surveillance près des malades qui se disent polyuriques; un assez grand nombre d’entre eux sont des névropathes simulateurs qui ajoutent en cachette de l’eau à leur urine.

Mécanisme. — Dans le mécanisme delà polyurie, un rôle capital doit être attribué à la dilution sanguine.

L’ingestion de grandes quantités de uoissons, d’eau par exemple, amène momentanément une rupture de l’équilibre de la composition sanguine, puis, la polyurie se produisant, l’équilibre est rétabli.

Les injections de liquide hypotonique sous la peau ou dans les veines agissent de même. Elles augmentent la masse du sang, puis l'eau et la substance injectée sont éliminées.

Les injections de solutions hypertoniques occasionnent une polyurie marquée (Charriu et Desgrez ; Ilédon).

Cette polyurie est proportionnelle au litre osmotique de la solu-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DES APPAREILS

lion injectée (expériences de Balthazard, de Lœper); là encore il y a dilution sanguine, car la solution étant hypertonique il se produit un appel d’eau qui tend à rétablir la tension osmotique normale du sang.

Un (ait analogue doit se passer chez les diabétiques; le sang, pour rétablir sa tension normale modifiée par l’accumulation de sucre, fait un appel d eau aux tissus. La déshydratation consécutive des éléments est la cause de la soif.

La pression sanguine est également un facteur de premier ordre; si elle s’élève, la polyurie apparaît; les hypertrophies cardiaques, les exi dations du cœur par des médicaments (digitale) occasionnent de la polyurie par élévation de la pression ; la ligature ou la compression de 1 aorte abdominale au-dessous des artères rénales augmente la quantité des urines par le môme mécanisme.

La vaso-dilatation du rein, si elle n’est pas accompagnée d’une vaso-dilatation générale avec baisse de pression détermine de la polyurie.

L activité propre de l’épithélium rénal entre également pour une part dans le mécanisme de la polyurie ; certaines substances excitent l’épithélium du rein. M. Bouchard pense qu'au cours des néphrites interstitielles, la polyurie s’explique par la rétention dans l’organisme de substances diurétiques.

L’hypertrophie compensatrice observée au cours des néphrites (Chauffard, Claude) peut devenir une cause de polyurie.

Formes. — Les formes de polyurie sont classées suivant la nature des éliminations et suivant la cause.

LeDiARËTE iiydrurique est caractérisé par une polyurie aqueuse avec soif intense. Les matériaux dissous sont peu abondants, la densité tombe de 1022 à 1010. La soif est violente et, si le malade ne boit pas suffisamment, ses (issus se déshydratent et des accidents graves peuvent survenir; les urines peuvent atteindre 10 à 20 litres en vingt-quatre heures.

Le diabète HYPERcin.onuRiQUE, dont nous devons la connaissance à Teissier et Courmont, semble dû à une perte de sel exagérée de la part des (issus, l’élimination de ce sel par les reins entraîne de la polyurie, une soif vive et l'absorption de grandes quantitésde liquide.

Tous les cas de polyurie avec hyperchlorurie ne sont pas justiciables de cette explication, et peuvent se comprendre sans qu'il soit nécessaire d’invoquer une désassimilation du sel des tissus. Widal, Digne et Lemierre ont vu en effet .que les polyuriques nerveux sont assez souvent, en môme temps, des malades qui consomment beaucoup de sel et, chez eux, la polyurie et l’hyperchlo-

FONCTION RÉNALE

ru ri o pou vent être associées sans l’être forcément dans tous les cas.

Le m.vuKTE phosphaturique est caractérisé par l’élimination exagérée de phosphates avec polyurie. Teissier (de Lyon) l’a assez souvent observé au début de la tuberculose.

Le niABETE sucré reconnaît comme symptôme important la polyurie ; mais ici non seulement l'urine est plus riche en eau, mais au lieu que sa densité soit abaissée comme dans beaucoup de polyuries, elle est élevée, supérieure même à la normale.

Le diabète iNosuiuQUE (Gallois, Harley, Eichhorst) est dû à l’élimination par les urines du sucre musculaire, l’inosite.

Le diabete azoturiuue, comme son nom l’indique, se manifeste par une élimination exagérée d'urée qui atteint 40, 80, 100 grammes et même davantage (Robert Willis, Miquel, Bouchard, Haycm).

Le diabète oxalurique montre à l’analyse qui1 les oxalates sont en quantité très supérieure à la normale.

11 est associé à des troubles nerveux : fatigue, irritabilité, neurasthénie.

Parmi les maladies du rein, celles qui s’accompagnent surtout de polyurie sont : la néphrite chronique dite interstitielle , la dégénérescence amyloïde. Les pyélo-ncphrites suppurées donnent de la polyurie trouble; elles sont simples ou tuberculeuses.

Les affections du coeur, et principalement celles qui s’accompagnent d’hypertension artérielle, causent de la polyurie, mais le phénomène souvent est attribuable eu partie au rein atteint quelque peu de sclérose.

Les poussées aiguës d’aortite, de péricardite donnent passagèrement de la polyurie.

Dans les maladies du foie, Gilbert, Milian, Lereboullet attribuent la polyurie de la cirrhose biliaire à une hypertrophie et à un hyperfonctionnement du rein.

L'action du système nerveux et des affections qui dépendent de ses altérations a reçu une démonstration de la part de Glaude Bernard, qui produisit de la polyurie par piqûre du quatrième ventricule.

De nombreux cas de polyurie ont été signalés au cours de la sclérosé en plaques, de la sciatique, des méningites.

Sous le nom de polyurie héréditaire familiale on a décrit une exagération de la quantité d’urine émise, apparaissant dune façon très précoce dans l’enfance et même chez le nouveau-ne; «die est compatible avec une bonne santé et une longue vie et s’observe souvent chez plusieurs membres d’une mèmelamille.

Les névroses causent également le phénomène qui se rencontre

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dans lepilepsie, dans le goitre exophtalmique, mais surtout dans l’hystérie.

Les HYSTERIQUES ont de la polyurie, comme elles ont d’autres ti ou bit s séciétoires, de la salive, du suc gastrique, du suc intestinal, etc. ; le point de départ est un traumatisme, physique ou moral, 011 simplement une suggestion (polyurie réflexe).

Au cours des maladies mentales, chez des idiots en particulier, a ete décrite une polyurie dite des dégénérés. Elle survient à l’adolescence et dure fort longtemps; elle est parfois, suivant Gilbert Ballet, le seul signe de dégénérescence.

La potomanie (Achard et Ramond), ou manie de boire toutes espèces de boissons, se rapproche des troubles psychiques de l’appétit et est une cause de polyurie par la quantité de liquide ingéré.

Les polyuries critiques, qui se montrent à latin des maladies, ont été l’objet de nombreux travaux.

Achard et Laubry e*i ont étudié plusieurs modalités. Il se produit à la période de convalescence une décharge de substances accumulées dans l’organisme au cours de la maladie : eau, chlorure, phosphate, urée. La crise urinaire, qui porte sur l’eau et les chlorures,’ est particulièrement remarquable. Il est à noter que l’élimination exagérée des différentes substances constituantes de l'urine ne se

lait souvent pas en même temps; il y a dissociation de la crise urinaire.

La déchargé des chlorures est surtout nette à la lin de la pneumonie et de la fièvre typhoïde; il y a là un indice important et si cette élimination ne se lait pas, il faut craindre une rechute, malgré les autres signes apparents de convalescence. Elle se produit dans la pneumonie environ trois jours après la défervescence (Claude et Balthazard, E. Rick).

Anurie.

Rar anurie, on entend non pas le défaut d émission d’urine, mais le défaut de sécrétion du rein. Un malade qui a de la rétention d’urine n est pas anurique. L anurie est sous la dépendance soit d’un obstacle siégeant au niveau des uretères, soit d’altérations rénales.

Anurie calculeuse. — L’anurie calculeuse est un type très fréquemment observé : un calcul s’arrête dans un uretère, l'oblitérant; si 1 autre rein est malade antérieurement, comme cela s’observe souvent (Legueu), l’anurie se déclare.

Sans que le rein opposé soit malade, sa sécrétion, suivant Guyon, peut être tarie par une action réflexe inhibitrice.

Ge réflexe inhibiteur s’exerce même sur le rein siè<re de l’obs-

FONCTION RÉNALE

1.1‘ucüon, ce qui explique les cas fréquents d’absence d’hydronéphrose et d’anurie avec oblitération incomplète de l’uretère.

Une période de tolérance existe au début de l’anurie, pendant laquelle l’état général reste relativement bon jusqu’au quatrième ou cinquième joui1, 1rs malades continuent leur existence ordinaire, avec un peu de lassitude cependant et de l’insomnie.

Le besoin d’uriner est très atténué et le cathétérisme est pratiqué sans résultat, ou ne donne passage qu’à une petite quantité d’urine.

Puis, vers le sixième jour, la langue devient blanche, le malade a de la constipation, du météorisme, des nausées.

Donnadieu range ces troubles ainsi que l’agitation, l’insomnie dans une période intermédiaire à la période de tolérance et à celle d’urémie.

Cette dernière ou phase d'intoxication comprend le tableau de l’urémie que nous décrirons à la fin de ce chapitre et dans lequel dominent les secousses musculaires, le rétrécissement pupillaire, l’absence d’œdème, l’anxiété, l’agitation.

La mort est la terminaison fatale avec hypothermie et coma, si l’obstacle ne cède pas ou si le chirurgien n’intervient pas.

Anurie cancéreuse. — Elle présente une allure assez différente de celle de l’anurie calculeuse.

Le cancer de l’utérus en première ligne, puis ceux de la vessie et de la prostate le produisent. Les troubles digestifs prédominent dans cette forme.

L anurie est parfois le premier gros symptôme d’un cancer au début (Debove et Dreyfous), mais souvent la compression des uretères parla tumeur est un phénomène tardif. Un uretère ou bien les deux sont englobés dans la masse cancéreuse et sont quelquefois même le siège de noyaux cancéreux. Si un seul est oblitéré, on doit imaginer une action inhibitrice sur l’autre rein pour expliquer l'anurie.

Dans 1 anurie calculeuse, il y a hydronéphrose, soif simple, soit double, cette variété étant plus fréquente ; il existe une distension considérable des calices et des bassinets, le tissu du rein est parfois réduit à l'état de coque.

La lenteur du processus explique l’installation insidieuse des symptômes d’anurie, d’autre part les infections surajoutées sonl fréquentes. Le début brusque, analogue à celui de l’anurie calculeuse, a cependant été signalé.

Anurie d'origine rénale. — Elle reconnaît toutes les causes qui touchent la fonction de sécrétion et non plus l’excrétion, comme les formes précédentes.

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Los néphrites aiguës, infectieuses ou toxiques, lorsque les lésions sont très étendues, conduisent à l’anurie, par lésion des tubes urinifères qui sont obstrués par glomérulites et par lésions interstitielles (scarlatine, péritonite, intoxication par le sublimé).

Les néphrites chroniques produisent le même phénomène par atrophie lente des éléments noblesou peut-être par leur compression due à la prolifération conjonctive.

Le dépôt de sels uraliques amène l’infiltration, la compression, l’oblitération des tubes.

Les obstacles à la circulation artérielle ou veineuse, embolies des artères, stase veineuse, cardiopathies, en empêchant l'arrivée du sang au rein, ou en s’opposant à son retour sont des causes très importantes d’anurie.

Les troubles circulatoires sous la dépendance des vaso-moteurs ont une action analogue.

Les traumatismes, les lésions graves du système nerveux sont parfois suivis d’anurie par commotion nerveuse.

Ainsi donc les causes de l’anurie seront cherchées dans les oblitérations ou compressions des artères, dans les lésions du rein, dans les troubles circulatoires et parmi les maladies nerveuses.

11 ne suffit pas de reconnaître l’anurie, il faut savoir quel est le rein atteint et cette notion sera fournie par la séparation des urines ou par le cathétérisme des uretères.

Hématurie.

L’hématurie ou pissement de sang est l’évacuation simultanée d’urine et de sang, pendant une miction ou un cathétérisme. Par cette définition, sont éliminées les hémorragies de l’urètre antérieur qui se font en dehors des mictions.

Les hématuries surviennent spontanément, sans cause appréciable, ou à la suite d’une fatigue, d’une promenade en voiture.

Les mictions sont parfois difficiles, pénibles, parfois plus fréquentes; dans quelques cas, l’obstruction du canal par un caillot entraîne de la rétention d'urine.

L’urine émise a une coloration qui varie du rouge franc au rose pâle ; on l’a comparée à du sirop de groseille, du marc de café, à la liedu vin; le sang habituellement teinte l’urine d’un bout à l’autre de la miction, mais quelquefois l’urine renferme seulement du sang à un moment de la miction.

Si l’urine a séjourné longtemps dans une vessie infectée, son odeur est fétide.

FONCTION RÉNALK.

Laissée au repos ou centrifugée, l’iirine abandonne des caillots, irréguliers ou moulés, des débris de tumeur, des parasites, des fausses membranes. Le culot de centrifugation contient des globules blancs, des cylindres, des microbes parmi lesquels les uns sont d’ordre banal, les autres spécifiques (bacille tuberculeux). Le culot peut servir à des inoculations au cobaye dans le but de déceler la tuberculose.

L'examen au spectroscope donne les deux raies d’oxyhémoglobine caractéristiques (D et E) que le sulfhydrate d’ammoniaque, après réduction, ramène à une seule. L’analyse chimique montre la présence des albumines du sang.

Le sang est encore décelé à l’aide de la teinture de gaïac et de l’essence de térébenthine ozonisée qui donnent en sa présence une coloration bleue.

Le chlorure de sodium et l’acide acétique donnent lieu à la formation de cristaux rouge brun d’hémine ou chlorhydrate d’hématine (cristaux de Teischmann).

Lorsque les hémorragies sont abondantes, ou souvent répétées, des symptômes généraux d'anémie grave apparaissent.

Un procédé très simple et longtemps classique sert théoriquement à reconnaître de quelle partie de l’appareil urinaire provient le sang. 11 consiste à faire uriner le malade dans trois verres (au début, au milieu et à la lin de la miction). La prédominance du sang dans le premier verre indiquerait l’hémorragie de l’urètre postérieur et du col de la vessie, la prédominance à la lin serait caractéristique de l’hémorragie vésicale, et l’hématurie qui dure tout le temps de la miction appartiendrait au rein.

Cette méthode rend très souvent des services, mais elle n'a pas une valeur absolue et peut induire en erreur.

Les causes des hématuries sont très nombreuses.

Les affections de la prostate : tuberculose, cancer, hypertrophies, les occasionnent assez souvent.

Les cystites tuberculeuse, blennorragique, canlharidienne, les tumeurs , les calculs de la vessie, la décompression brusque par un cathétérisme trop rapide après rétention, voilà autant de causes déterminantes des hématuries.

Les hématuries de cause rénale sont au moins aussi importantes et aussi nombreuses. C’est dans ces variétés que se rencontrent les longs caillots, vermiformes, moulés sur l'uretère, capables de déterminer des coliques néphrétiques.

Les néphrites aigues des maladies infectieuses, les maladies hémorragipares (scarlatine, variole, purpura, ictère grave), les indoxi-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DES APPAREILS

calions par le phosphore, la cantharide, etc., les parasites des reins (douves, lilaires du sang, strongles, bilharzia) occasionnent par des altérations rénales ou par des modifications sanguinesdeshématuries, parfois très abondantes.

On a signalé des hématuries supplémentaires , des hématuries consécutives aux troubles circulatoires, infarctus, etc.

Les poussées congestives au cours des néphrites chroniques occasionnent souvent des hématuries. Certains brightiques ont pendant lort longtemps de petites hémorragies qui passent inaperçues; les globules rouges sont dissous dans l’urine et l’hémoglobine modifiée profondément ne donne plus de coloration rouge. Ces hémorragies méconnues sont à la longue une cause d’anémie elles ne sont pas reconnaissables cliniquement, l’analyse chimique seule, en montrant la présence du 1er, permet de les diagnostiquer. Ces phénomènes d’hémolyse et d’altération de l’hémoglobine peuvent être reproduits expérimentalement in vitro (Jean Camus et Pagniez).

Les traumatismes de la région lombaire, ainsi que la tuberculose rénale, la lithiase, les tumeurs des reins sont des causes graves et f r é qu e n t es d’ hém alu rie .

La tuberculose donne lieu à des hématuries spontanées sans causes apparentes; elles ne s’accompagnent pasdedonleuretontété, à cause de leur analogie, appelées hémoptysies rénales. Elles s’accompagnent fréquemment de polyurie trouble; le culot, après centrifugation, détermine assez souvent de la tuberculose chez le cobaye après inoculation.

Les hématuries de la lithiase rénale se montrent au contraire à la suite de fatigues, de voyages en voiture, elles s’accompagnent de coliques néphrétiques et sont longtemps compatibles avec un bon état général.

Les hématuries cancéreuses apparaissent sans provocation ; elles ne disparaissent pas par le repos.

Au cours des hématuries, la séparation intravésicale des urines avec un appareil approprié (Cathelin, Luys) ou le cathétérisme des uretères indiquent quel est le rein malade et précisent les motifs d’une intervention chirurgicale.

Hémoglobinurie.

L’hémoglobinurie est la miction d’urine mélangée à de l’hémoglobine libre, « c’est le pissement d'hémoglobine » (Jean Camus), de même que l’hématurie est le pissement de sang.

Cette définition ne préjuge en rien de la pathogénie; elle écarte

FONCTION RENALE.

seulement comme fausse hémoglobinurie toute dissolution de globules rouges dans l’urine postérieure à la miction et transformant une hématurie en hémoglobinurie. Ces fausses hémoglobinuries, dont Jean Camus a rapporté plusieurs exemples dans sa thèse, ne seront pas des causes d’erreur si l’on a soin d’examiner l’urine aussitôt après la miction et de se mettre en garde contre les hémorragies des organes voisins : urètre antérieur, appareil génital de la femme, rectum.

La véritable hémoglobinurie a été longtemps confondue avec l’hématurie. La manière la plus simple de les distinguer consiste à centrifuger l’urine fraîche. Dans le cas d’hématurie, les globules rouges sont réunis dans le culot de l'urine et celle-ci n’est plus rouge; dans le cas d’hémoglobinurie, l’urine reste teintée par l’oxyhémoglobine après centrifugation et il suflit de donner un coup d’œil au spectroscope pour reconnaître les raies caractéristiques d’oxyhémoglobine.

De toutes les hémoglobinuries, une seule présente un tableau clinique bien net, c’est Y hémoglobinurie paroxystique, dite a frigore.

Elle survient par crise, elle frappe surtout l’homme à l’occasion d’un refroidissement ou d’une fatigue musculaire. Elle débute souvent par une sensation de froid et un frisson intense. En même temps apparaissent de la pâleur de la face et delà cyanose des extrémités, des douleurs lombaires, des accès de bâillements, d’étirement ; le malade s’étire « si violemment qu’on croirait qu’il va se rompre là colonne vertébrale » (Haycm). Au niveau des lombes, des parois du thorax et jusque dans les cuisses, il éprouve une sensation pénible qui rappelle une courbature (Giraudeau). « Les sensations de lassitude et de courbature persistent et se prolongent plusieurs jours alors que les autres symptômes qu’il nous reste à énumérer auront disparu » (Giraudeau).

Nous insistons, à dessein, sur ces manifestations musculaires qui ont frappé beaucoup d’auteurs, car elles ont une grande importance au point de vue de la pathogénie.

Parmi les autres symptômes, on signale : des éruptions cutanées, de l’œdème, du gonflement du foie et de la rate, de l’ictère, de l'élévation de la température.

L’hémoglobine apparaît rapidement dans les urines; la coloration de celle-ci varie du rose au rougenoir. llayem insiste sur la présence de la méthémoglobine. L’albumine : globuline pour Gull, sérine et globuline pour Saundby, existe d’une façon constante et apparaît souvent dans l’urine avant l’hémoglobine.

Une sudation abondante annonce la lin de l'accès qui se termine

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DES APPAREILS

presque toujours d’une luçon favorable ; dans quelques cas très rares la mort par anurie a été signalée.

Le sérum sanguin examiné pendant la crise contient de l’hémoglobine dans certains cas et dans d’autres paraît normal.

A côte tle cet accès typique, on a signalé (Giraudeau) des crises larvées avec frissons, étirements, bâillements, et urines albumineuses sans hémoglobinurie.

Biastianelli a observe a la suite de la marche des crises d’hémoglobinurie pouvant alterner avec de simples accès d’albuminurie ; Ralfe a publié des faits analogues. Chauffard, a vu, chez un hémoglobinurique, une crise caractéristique dans laquelle il n’y eut que de l’albuminurie.

Les autres variétés d hémoglobinurie n’ont pas d’histoire clinique qui mérite une description spéciale.

Le mécanisme de l’hémoglobinurie a reçu des explications très différentes suivant les auteurs qui ont essayé de l’élucider. La plupart des discussions provenaient de ce que le sérum sanguin renfermait de l’hémoglobine dans certains cas et n’en contenait pas dans d’autres. Cette constatation fit admettre que l'hémoglobine des globules pouvait être mise en liberté dans le sang circulant ou dans le rein (llayem, Robin).

Les recherches de Jean Camus et Pli. Pagniez permettent de classer les hémoglobinuries en trois groupes, suivant leur origine : hémoglobinurie musculaire, hémoglobinurie globulaire, hémoglobinurie urinaire,

Hémoglobinurie musculaire.— Jean Camus et Pagniez ont vu que les lésions expérimentales des muscles peuvent mettre en liberté l’hémoglobine propre des fibres musculaires striées, et que cette hémoglobine traverse le rein avec la plus grande facilité, alors que l’hémoglobine des globulespasse dans l’urine beaucoup plus .difficilement. De plus, le plasma sanguin, au moment du passage, tantôt est coloré en rouge, tantôt n’est pas modifié à l’œil nu (suivant la quantité d’hémoglobine libre), ce qui explique les constatations différentes faites au cours des crises en clinique. Au contraire, pour que l’hémoglobine des globules traverse le rein, il faut, au préalable, que le plasma soit fortement teinté en rouge.

En injectant des extraits filtrés de muscles rouges débarrassés de sang à 1 avance, on produit de l’hémoglobinurie avec de très faibles quantités: 1 injection d’extrait des muscles blancs (les lapins ont des muscles rouges et des muscles blancs), ne produit pas d’hémoglobinurie.

11 existe chez le cheval des crises d’hémoglobinurie paroxystique

FONCTION HÉNALE.

qui ressemblent beaucoup à celle de l’homme, mais sont plus violentes et surviennent, comme chez lui, parle froid ou parles fatigues. Ici les phénomènes musculaires dominent la situation ; les muscles sont le siège de gonflement, de paralysies, ultérieurement d’atrophie, et Lucet y a constaté, chez des animaux morts en état de crise, des lésions de myosite très prononcées. Les recherches expérimentales de Jean Camus et Pagniez éclairent la nature, très obscure jusque-là, de cette hémoglobinurie du cheval, en montrant l’origine musculaire de l’hémoglobine qui passe dans l’urine.

Pour ces auteurs, la même pathogénie est applicable à beaucoup de cas d’hémoglobinurie chez l’homme, étant données, chez lui, l'importance des troubles musculaires et les notions étiologiques qui montrent habituellement, à l’origine des crises, soit une fatigue, soit un frisson. Or le frisson est un travail musculaire exagérée destiné à produire de la chaleur par un véritable mécanisme de défense de l’organisme.

Hémoglobinurie globulaire. — La destruction des globules rouges dans le sang circulant se fait par de nombreux agents, par des microbes ou des parasites, par des intoxications, par des autointoxications et par Faction indirecte du froid.

Les poisons, les médicaments capables de détruire les globules dans le sang sont nombreux ; le sulfate de quinine a été à plusieurs reprises incriminé ; il ne donne pas d’hémoglobinurie à un animal sain.

Récemment Widal et Rostaine, s’appuyant sur les données nouvelles touchant , l'hémolyse, ont apporté une fort intéressante explication de la destruction des globules rouges dans le sang, sous l’influence du froid. V7oici brièvement la conclusion qu'ils tirent de leurs observations : normalement, dans le sang, la sensibilisatrice qui favoriserait la destruction des hématies est neutralisée par une antisensibilisatrice; or, chez les hémoglobinuriques examinés par les auteurs, cette antisensibilisatrice était insuffisante et plus vite détruite par le froid que la sensibilisatrice, d'où rupture de l’équilibre normal et destruction des globules rouges. De plus, en injectant un sérum antisensibilisateur, on neutralise 1 action de la sensibilisatrice et la crise d’hémoglobinurie est empêchée.

Les faits de Widal et Rostaine, quoique peu nombreux, ont un double intérêt clinique et thérapeutique, mais ils ne peuvent évidemment pas expliquer tous les cas d'hémoglobinurie, surtout ceux dans lesquels le sang circulant ne contient pas d’hémoglobine libre.

Pour qu’il y ait hémoglobinurie globulaire, il faut une hémoglobin-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DES APPAREILS

hémie préalable importante; une destruction en moyenne dc.-r^-dela

masse totale du sang est nécessaire (Thèse de Jean Camus).

Hémoglobinurie urinaire. — L’existence de cette variété d’hémoglobinurie a été établie par Jean Camus et Pli. Pagniez à la lueur des ti avaux recents sur I hémolyse. Ils oui établi que l’urine est capable de détruire les globules rouges qui se mélangent à elle pendant son séjour dans les voies urinaires. Le processus de destruction se fait par la faible concentration de l’urine, ou mieux par pouvoir osmo-nocif, ou encore par des substances toxiques globulicides qu’elle contient.

Suivant ce mécanisme, une hémorragie des voies urinaires peut se traduire au moment de la miction par une hémoglobinurie (pissement d hémoglobine) et non une hématurie (pissement de sang). Si on augmente la concentration de l’urine, en faisant absorber du sel au malade, l’hémoglobinurie disparaît et l’hématurie apparaît. De plus, l’urine en prolongeant son action sur l’hémoglobine, change sa couleur, fait disparaître ses caractères spectroscopiques et empêche de reconnaître son existence ; la recherche du fer par analyse chimique indique seule qu il y a eu de l’hémoglobinurie. Ces faits sont démontrés in vivo et in vitro.

Albuminurie.

Les caractères des urines albumineuses sont loin d’être toujours les mêmes; elles sont tantôt peu abondantes, présentant l'aspect de bouillon sale ou légèrement hémorragiques (néphrites aiguës), tantôt très abondantes, claires, limpides, peu colorées, mousseuses (dans la néphrite dite interstitielle); tantôt elles ont une apparence d’urines normales.

La recherche de l'albumine se fait de plusieurs manières : en chauffant l’urine, s’il se forme un précipité qui disparaît par l’acide acétique, il ne s’agit pas en règle générale d’albumine; l’albumine se précipite par la chaleur et reste précipitée en milieu acide; en versant de l’urine dans un verre conique contenant de l’acide nitrique, il se forme un disque d’albumine entre l’acide et l’urine ; le réactif de Tanret précipite l’albumine à froid et celle-ci ne se redissout pas par le chauffage, alors que le précipité des alcaloïdes formé à froid disparaît en chauffant.

Certaines albumines précipitées par la chaleur sont redissoutes par 1 acide acétique; elles sont appelées acéto-solubles, quelques-unes sont aussi nitro-solubles.

FONCTION RENALE.

Ces albumines sont reconnues à l’aide de l’acide trichloracétique.

Quand une urine albumineuse contient très peu de chlorure de sodium, il arrive que l’albumine précipitée par la chaleur se redissout par l’acide acétique; mais si au préalable on a ajouté du chlorure de sodium, la redissolution ne se fait plus, il s’agirait alors de fausse albumine acéto-soluble.

Les albumines trouvées dans 1 urine sont de la sérine, de la globuline, des peptones, des propeptones, etc.

M. Bouchard, au point de vue pratique, a divisé les albuminuries en rétractiles et non rétractiles. L’albuminurie non rétractile se voit au cours des maladies lébriles et s’observe sans qu’il y ait lésion du rein, 1 albuminurie rétractile est au contraire, suivant M. Bouchard, l’indice d’une néphrite.

Cette division a lait l’objet de plusieurs critiques (Capitan, Lepine et Cazeneuve, Rodet); Castaigne, sans être aussi formel que M. Bouchard, confirme cependant son opinion dans les grandes lignes.

La quantité d’albumine est habituellement mesurée de deux manières : par la méthode d’Esbach ou par pesée.

Dans la méthode d'Esbach, on verse de l’urine jusqu’à la division II du tube, puis on remplit le tube du réactif d’Esbach jusqu’à la division R, on agite un grand nombre de fois le tube; un précipité se produit qui se dépose par le repos, le lendemain on lit la hauteur du dépôt et le chiffre correspondant à son niveau indique en grammes la quantité d'albumine contenue dans un litre d’urine.

S’il y a beaucoup d’albumine dans l’urine, il est nécessaire de la diluer d’une quantité connue d'eau.

C’est un procédé rapide, qui est assez souvent inexact; il rend cependant des services en clinique.

La méthode de la pesée est au contraire d'une exactitude rigoureuse; elle consiste à précipiter l’albumine, à verser l’urine sur un filtre et à débarrasser l’albumine par plusieurs lavagesdes substances qui restent dans h; filtre avec elle; le filtre est ensuite desséché à l’étuve, puis pesé. Connaissant le poids propre du filtre, on en déduit le poids de l’albumine qui lui est restée adhérente.

Une classification des albuminuries est très difficile à faire en tenant compte de toutes les discussions de ces dernières années.

Nous les diviserons en albuminuries paraissant fonctionnelles ou physiologiques et en albuminuries attribuables à une cause morbide, connue, sans nous dissimuler le côté artificiel de celte division et sachant bien qu'il est difficile de ranger nombre de cas dans un groupe ou dans l’autre.

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