TROUBLES DES FONCTIONS PSYCHIQUES
Troubles du langage. — Aphasie.
L’aphasie est la difficulté ou l’impossibilité d’exprimer ses idées ou de comprendre celles des autres à l’aide des signes conventionnels,
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malgré 1 intégrité des nerfs, des muscles des organes des sens qui servent à exprimer ou à percevoir ces signes et malgré une intelligence suffisante.
Grâce aux travaux de Bouillaud, de Marc Dax, de Broca, de 1 rousseau, de Wernicke, de Kussmaul, de Dejerine et de ses élèves, Mirallié, Ihomas et Roux, Bernheim, l’aphasie nous est connue tant au point de vue clinique qu’au point de vue anatomo-pathologique.
11 existe deux grands groupes d’aphasies : les aphasies motrices et les aphasies sensorielles.
Aphasie motrice. — Deux variétés d'aphasie motrice ont été décrites : l’aphasie motrice corticale vraie ou de Broca et l’aphasie motrice sous-corticale ou pure.
Aphasie motrice corticale vraie ou de Broca. - — L’aphasie motrice appelée par Broca aphémie est l’impossibilité d’exprimer sa pensée par la parole, phénomène dû à la perte des images motrices des mots. La lésion qui engendre ces troubles siège au pied de la troisième circonvolution frontale gauche appelée encore circonvolution de Broca. Telle est la notion classique.
11 est vraisemblable cependant que cette localisation est trop étroite et qu’il est plus juste de dire que la lésion qui détermine ce syndrome siège dans la région du pied de la troisième frontale. Pierre Marie, dans des travaux récents, a été plus loin et pense que la lésion de la circonvolution de Broca ne cause pas l’aphasie. Lorsqu'un foyer destructif occupe une partie d'un quadrilatère qu’il a décrit et qu’il limite par deux lignes passant à peu près par la pai lie antérieure et la partie postérieure de la circonvolution de 1 insula et comprenant la zone lenticulaire, on observe une forme particulière d’anarthrie consistant dans la difficulté ou l’impossibilité à s’exprimer, sans trouble du langage intérieur. Lorsqu’un sujet a de la difficulté à s'exprimer et ne comprend pas la parole ni les caractères écrits ou les comprendmal, réalisant ainsi le type classique de 1 aphasie de Broca, il a, d après le même auteur, une lésion occupant non seulement le quadrilatère en question, mais une partie de la zone dite de Wernicke, c'est-à-dire le pli courbe, le pied des deux circonvolutions temporales et le gyrus supra-marginalis.
Quoi qu'il en soit, le vocabulaire de ces malades atteints d’aphasie motrice se trouve très réduit; ils ne peuvent dire que quelques mots, oui ou non, ou bien souvent ils prononcent un ou deux mots sans aucun sens, ou ne peuvent émettre que quelques consonnes ou quelques voyelles qu’ils répètent fréquemment.
1 ai lois, dans des formes plus légères, ils. disposent de quelques mots avec lesquels ils arrivent à se faire comprendre, mais fréquem-
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ment ils se trouvent arrêtés par un mot qu’ils ne peuvent trouver.
L’intonation est le plus souvent très altérée et dépend du nombre de mots que le malade a à sa disposition. Brissaud a décrit une aphasie d'intimation.
Les aphasiques chantent souvent mieux qu’ils ne parlent et même pendant le chant ils articulent des mots qu’ils ne peuvent plus articuler quand on les fait parler.
L’aphasie ne porte pas toujours également sur tous les mots, il arrive que les chiffres peuvent encore être exprimés alors que les autres mots ne le sont plus. Lorsqu’un sujet qui parlait plusieurs langues est frappé d’aphasie, c’est l’usage des mots de la langue maternelle qui persiste si l'aphasie est incomplète, et ce sont ces mots qui sont prononcés les premiers quand il y a amélioration au cours d’une aphasie complète.
Dans les cas légers ou mieux lorsqu’une amélioration notable esl survenue, l’aphasique moteur par lésion corticale paraît comprendre parfaitement tout ce qu’on lui dit et est capable de lire et de s’intéresser a une lecture. Cependant si on examine le malade avec attention, comme l’ont lait Dejerine, Thomas et Roux, on s’aperçoit qu il ne saisit pas parfaitement les phrases compliquées et qu il existe une certaine lenteur dans la compréhension.
La lecture à haute voix, la parole répétée offrent au malade les mêmes difficultés que la parole spontanée. La lecture mentale esl altérée comme l’ont montré Trousseau, Gairdner, Dejerine et Mirallié, Thomas et Roux. 11 n’existe pas chez ces malades de surdité verbale.
L 'alexie est rarement totale, plus souvent partielle; le malade reconnaît assez souvent son nom écrit, et distingue quelques mots usuels qu’il devine plus qu’il ne les lit parce qu’il a reconnu une lettre ou deux; ou distingue plusieurs types: le malade atteint de cécité verbale qui ne reconnaît pas les mots, le malade atteint de cécité littérale qui ne reconnaît pas même les lettres, Yasyllabirjite qui reconnaît les lettres, mais ne peut les réunir pour former des syllabes. Ces troubles, quand ils existent, sont plus ou moins passagers.
L’écriture spontanée ou sous dictée est impossible ou imparfaite, mais le malade peut copier et transcrire de l’imprimé en manuscrit d’une façon convenable. En dehors de son nom et d’un très petit nombre d’autres noms, il ne peut écrire spontanément et il est à noter qu'il est incapable également d'assembler des cubes alphabétiques pour former des mots et exprimer des idées.
D’après les travaux de Dejerine et de ses élèves, l’aphasie motrice corticale intéresse tous les modes du langage avec prédominance des troubles de la parole.
Aphasie motrice sous-corticale ou pure. — Charcot, Pitres, Lichtheim, Dejerine ont étudié un type très spécial d’aphasie motrice dans lequel la circonvolution de Broca reste intacte, mais qui est dû à une lésion sous-jacente à celte circonvolution. Les malades atteints de cette forme d’aphasie se représentent les mots tels qu’ils doivent être articulés, l’image motrice est intacte et l’ordre part bien de la circonvolution de Broca, mais n’est pas transmis aux organes moteurs du langage parce que les fibres qui doivent le transmettre sont coupées; suivant l’expression de Charcot, le malade joue sur un piano muet.
La parole spontanée est donc impossible; le malade n’articule pas davantage les mots quand il chante, il ne peut lire à haute voix ni répéter les mots prononcés près de lui. Mais, signes distinctifs avec l’aphasie motrice corticale, le langage intérieur est conservé; l’écriture spontanée ou sous dictée est parfaite, la lecture mentale se fait normalement; il n’existe en somme aucun trouble de compréhension du langage écrit ou parlé (1).
De plus, la mimique est expressive et l’intonation bien nuancée; et si le malade ne peut prononcer un mot il indique par des pr essions de main et à l'aide de ses doigts le nombre des syllabes (Proust, Lichtheim), ou il fait autant d’efforts d’expiration que ce mot contient de syllabes (Dejerine).
C’est ce type qui répondrait pour une part à l’anarthrie, suivant Pierre Marie.
Aphasie sensorielle. — Le malade atteint d’aphasie motrice a perdu le moyen de traduire sa pensée par des signes conventionnels, mots ou lettres assemblées. L’aphasique de la variété sensorielle est devenu incapable de comprendre les mots qui sont prononcés près de lui ou de les lire s’ils sont écrits. On a appelé I aphasie motrice une aphasie d’évocation et l’aphasie sensorielle une aphasie de réception ou de compréhension.
La surdité verbale est l’impossibilité de comprendre la parole des autres individus, bien que l’acuité auditive ne soit pas modifiée. Elle est due à une lésion de la partie postérieure des première et deuxième temporales gauches. Le malade entend parfaitement les bruits, mais la parole humaine n’est pour lui qu’un bruit, une conversation dans sa langue maternelle est une série de sons qu’il ne distingue pas de ceux d’une langue étrangère.
La surdité verbale présente des degrés : le plus souvent les
(1) Actuellement du reste le diagnostic différentiel entre l’aphasie motrice corticale et sous-corticale est de nouveau en discussion depuis les recherches récentes de Dejerine tl Bernheim et de Ladame.
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malades reconnaissent leur propre nom quand on les appelle; certains sont incapables de reconnaître la parole humaine d'un autre bruit, d’autres comprennent qu’on parle mais ne distinguent pas les mots les uns des autres, ils peuvent répéter les mots sans les comprendre; d’autres enfin, moins atteints, comprennent quelques mois et grâce à eux devinent une partie de la conversation.
La surdité verbale est susceptible de dissociation, elle peut porter ou non sur les chiffres, sur les airs de musique ( amusie ) ; lorsque le malade est polyglotte, les troubles sont moins marqués pour la langue qui lui est le plus familière.
La cécité verbale est caractérisée par l’impossibilité de reconnaître la signification des mots écrits en imprimé ou en manuscril. Cette alexie varie suivant les cas; en effet, il y a cécité verbale proprement dite quand le malade ne reconnaît pas les mots, cécité littérale quand il ne reconnaît pas les lettres, asyllabie quand il ne Peut assembler les lettres qu’il reconnaît en syllabes. La cécité ' ei baie respecte parfois les chiffres que le malade peut encore lire, elle lui permet de reconnaître ou non les notes musicales. Si le malade écrit, il est incapable de se relire; en suivant les caractères avec son doigt il ne peut trouver le mot formé, sauf dans le cas de cécité verbale pure qui est assez rare.
Le plus ordinairement il distingue son nom écrit; s’il a conservé la compréhension de quelques autres mots, il devine certaines phrases.
La cécité verbale est due à une lésion du pli courbe (centre des images visuelles du langage).
La dyslexie, décrite par Berlin, par Bruns, consiste en ceci: le sujet qui en est atteint, mis en présence d’une page écrite, lit quelques mots, les comprend parfaitement, mais ne peut saisir le sens des suivants; après le repos, ces derniers sont compris par lui aussi bien (pie les pi emiers, il y a là une fatigue (sans lésion) des images visuelles
et que Pick a expliquée par une claudication intermittente du pli courbe.
La cécité psychique qui s’est trouvée parfois associée à l’aphasie sensorielle est un trouble rare qui empêche le malade de reconnaître les personnes ou les objets qui l’entourent.
Dans l’aphasie optique (Kreund), le malade ne peut dire le nom d un objet en le regardant, mais trouve ce nom en touchant l’objet ou en le sentant et en le goûtant. Ainsi donc dans cette dernière variété les souvenirs tactiles, olfactifs, gustatifs réveillent l’image motrice d’articulation, ce que ne peut faire l’image visuelle.
Sous le nom de cécité psychique des mots , on a décrit l’impossibilité
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de comprendre le sens des mots associée au pouvoir de les copier et de les lire à haute voix; le malade est dans la situation du sujet normal qui lit une phrase à haute voix, sans penser à ce qu’il lit et par conséquent sans la comprendre.
On a publié parallèlement à cette forme des cas de surdité psychique dans lesquels le sujet n'établit pas de différence entre les bruits qu’il entend.
Sans nous arrêter à toutes les variétés d’aphasie, revenons à l’aphasie sensorielle caractérisée par les deux grands symptômes que nous avons décrits : surdité verbale et cécité verbale. L’intelligence de l’aphasique sensoriel est en général plus altérée que celle de l’aphasique moteur. Sa mimique est parfois moins expressive que celle d’un homme normal, mais elle est encore conservée.
L’hémianopsie homonyme latérale droite accompagne assez souvent l’aphasie sensorielle mais non nécessairement; elle tient à ce que la lésion n’est pas limitée à la zone corticale mais a fusé plus profondément, sectionnant le faisceau visuel dans la couche sagittale du lobe temporo-occipital, ou bien elle est due à une autre lésion siégeant dans la scissure calcarine (Dejerine et Yiallet).
Au début des accidents de l’aphasie sensorielle, on note à la fois de la cécité verbale et de la surdité verbale, troubles qui persistent si la lésion est étendue à toute la zone sensorielle du langage. Si celle-ci au contraire a respecté le centre des images visuelles, la cécité verbale s’atténuera alors que la surdité verbale persistera. Il y aura ainsi prédominance ou persistance d’une seule des deux manifestations de l’aphasie sensorielle. D’ailleurs si ces troubles s’amendent, jamais ils ne disparaissent aussi complètement que ceux de l’aphasie motrice.
Le langage de l’aphasique sensoriel est très différent de celui de l’aphasique moteur; ce dernier prononce à peine quelques mots, le premier au contraire parle beaucoup, c’est un verbeux, mais il ne s’entend pas plus parler qu’il n’entend les autres, il a perdu le moyen de contrôler ses paroles, aussi il est atteint de paraphasie, c’est-à-dire qu’il emploie des mots, mais ne peut les faire Servir à exprimer une idée ; s’il prononce correctement les mots mais les emploie à tort et à travers, on dit qu’il y a paraphasie verbale; s’il les prononce mal, s’il les modifie, il y a paraphasie littérale. H mélange en parlant, des mots bien articulés avec d’autres qu’il crée lui-même et qui sont parfaitement incompréhensibles: c’est un jargon impossible à suivre, la jargonaphasie.
L’aphasique sensoriel n’est pas aidé par le chant, contrairement à l’aphasique moteur; il chante aussi mal qu’il parle; il ne sait non
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plus répéter les mots prononcés près de lui, car il les comprend mal
ou pas du tout, et il les reproduit aussi mal que s’il parlait spontanément. 1
Aphasies sensorielles pures. - Cécité verbale pure -
ejerine a montré qu’une lésion sectionnant les fibres qui unissent le pli courbe (centre des images visuelles du langage) au centre bilatéral de là vision générale (régions calcarines) détermine une forme d aphasie différente de l’aphasie sensorielle de Wernicke. En eflet, toute la zone du langage est intacte, et Je malade a perdu seulement la possibilité de comprendre la lecture. Il est incapable (le lire mentalement ou h haute voix, mais il parle spontanément très bien, ,1 comprend ce qu’on lui dit, il écrit spontanément et sous dictee; il voit les mots comme des traits noirs sur du blanc mais ils n’évoquent en lui aucune idée; il les copie servilement transcrivant 1 imprimé en imprimé et le manuscrit en manuscrit’ l possédé cependant un moyen déliré, c’est de suivre avec un doK le contour des lettres, le mouvement par une association d’idée lui
rappelle le mot ; ce qui ne se produit pas dans l’aphasie de Wernicke.
La ceci te verbale pure s’accompagne toujours d’hémianopsie homonyme latérale droite.
Surdité verbale pure. - Elle a été décrite par Lichtheim et etudiee depuis par Pick, Sérieux et Dejerine, Ziehn, Liepmann ; le malade qui en est atteint ne comprend pas ce qu’on lui dit, il est incapable de redire les mots prononcés près de lui et ne peut écrire sous dictée. 11 parle, lit, écrit spontanément d’une façon par- Les lésions du labyrinthe donnent un tableau voisin de celui-ci qui pourrait prêter à confusion (Freud) si on n’examinait pas l'appareil auditif.
Dans le cas de Liepmann, les troubles étaient dus à une lésion souscorttcale. Dans le cas de Dejerine et Sérieux, il s’agissait d’une lésion bitemporale siégeant dans le centre cortical de l’audition commune etces auteurs attribuèrent les troubles à un affaiblissement progressif du centre auditif commun. I>. Marie n’admet pas l’existence de la surdité verbale pure; tous les cas rapportés étaient en réalité des cas de surdité banale.
Aphasies internucléaires (Pitres) ou transpolygonales
(Grasset). — Les formes d’aphasie qui ont été décrites sous le nom d'aphasies internucléaires sont d’une interprétation encore discutée, on en distingue deux variétés : 1° l’une du type auditif dans laquelle le malade ne peut répéter les mots, ni écrire sous dictée, mais parle,
lit, écrit ; 2° l’autre, dite visuelle, répond à l’aphasie optique de Freud, signalée plus haut.
Troubles <le l’écriture. — Ces troubles, dans l’exposé qui précédé, ont été signalés avec leurs modalités dans chaque forme d’aphasie dont il a été question ; sont-ils simplement des symptômes appartenant à chacune de ces variétés, ou bien existe-t-il un centre cortical de l’écriture, dont la lésion détermine Vagraphie ?
Exner a localisé les mouvements de l’écriture dans le pied de la deuxième circonvolution frontale gauche; l’existence de ce centre admise par Charcot, Bernard, Pitres, Bastian, etc., lut niée par Wernieke, lvussmaul, Lichtheim, Gowers, Dejerine, Bianchi, von Monakow. En réalité, comme l’a fait remarquer Dejerine, il n'existe pas une seule observation d’agraphie pure avec constatation à l’autopsie d’une lésion localisée et unique du pied de la deuxième circonvolution frontale. 11 existe par contre des cas de lésions de celte zone sans agraphie. De plus, chez les gauchers qui ont leurs images motrices visuelles et auditives dans l’hémisphère droit et qui écrivent de la main droite (donc avec leur hémisphère gauche), s il survient une hémiplégie du côté gauche du corps, il y a aphasie motrice et agraphie ; si 1« centre de l’agraphie existait, ces malades devraient être capables d’écrire puisque leur hémisphère gauche est intact.
De plus, comme l’ont fait remarquer Lichtheim, Dejerine et Mi rallie, si l’aphasique moteur était agraphique par destruction de son prétendu centre graphique, il devrait pouvoir transcrire sa pensée avec des cubes alphabétiques comme un ouvrier typographe composant un texte; or, il est aussi incapable de le faire par ce procédé que par celui de l’écriture.
Aucune preuve décisive d’un centre de l’agrapliie n’a été encore apportée et ce trouble doit être considéré comme dépendant de l’altération du langage intérieur. Chaque fois que la zone corticale du langage estatleinte, il yaagraphie ; l’écriture spontanée, au contraire, est intacte, quand les lésions siègent en dehors de cette zone corticale (aphasie motrice pure, cécité verbale pure, surdité verbale pure, restriction faite de l’écriture sous dictée dans la surdité verbale pure et de la copie dans la cécité verbale pure).
Langage intérieur. — Trois centres président au langage intérieur : le centre des images auditives, celui des images motrices et celui des images visuelles des mots. En pensant intérieurement, les mots résonnent cà notre oreille et leur image auditive réveille plus ou moins les mouvements nécessaires à les prononcer. De même en lisant ou en écrivant, nous entendons le mot résonner à notre oreille.
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Ainsi donc, nous pensons avec des images auditives, motrices et visuelles et surtout avec les deux premières. L’intégrité de ces trois centres d’images est nécessaire au langage intérieur; chaque fois que 1 un d’eux sera lésé, le langage intérieur sera altéré.
Cette manière de comprendre l’aphasie est admise au moins dans ces grandes lignes par tous les auteurs. Tout récemment Pierre Marie l’a mise en doute, il n’admet pas l’existence des images du langage, et a llirme que la circonvolution de Broca ne joue aucun rôle dans l’aphasie et que toute aphasie motrice ou sensorielle présente a sa hase une altération de l’intelligence.
L’aphasie motrice ne différerait de l’aphasie sensorielle que par la présence de la dysarthrie. Pour P. Marie, en somme, l’aphasie sensorielle, dans ses diverses variétés de surdité et de cécité verbale, n’existerait pas. La lésion de la zone de Wernicke donnerait seulement une série de modifications de l’élaboration intellectuelle, engendranl les troubles dans la compréhension de la parole, de l’écriture et dans le contrôle de la parole et de l’écriture (paraphasie, paragraphe).
Dejerine s’est fait le défenseur de la doctrine classique à l’aide d arguments cliniques et anatomo-pathologiques, montrant les rapports de l’intelligence et de l’aphasie, rappelant la différence fondamentale entre l’aphasie et la dysarthrie afin d’établir à nouveau la légitimité des grandes formes d’aphasies telles que nous les avons exposées.
Agnosie et apraxie.
Nos perceptions et nos mouvements, et par conséquent nos actes sont conditionnés par la persistance dans la conscience d’une infrnie variété de souvenirs sensoriels et de souvenirs moteurs ou kinesthésiques. Ces souvenirs sont emmagasinés, localisés dans la corticalité cérébrale et les diverses localisations sont réunies entre elles par les voies d associations, ainsi qu’au centre psychique supérieur de coordination. Les lésions de la voie psycho-sensorielle provoquent une perte de l'identification primaire, c’est-à dire des impressions élémentaires tactiles, auditives, visuelles, ou de l’identification secondaire, c’est-à-dire des souvenirs sensoriels dans leurs adaptations fonctionnelles, ou, si l'on veut, suivant le territoire sensoriel atteint d’une perte de la reconnaissance tactile, visuelle ou auditive psvchique. Ce sont ces troubles de la reconnaissance, dus à une lésion des centres mnésiques ou des voies d’association de ces centres au centre psychique supérieur conventionnel, c’est-à-dire de la voie psycho-sensorielle, qu’on groupe sous le nom d 'agnoèie, qui sé
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manifeste par conséquent, suivant les cas, sous la forme d’agnosie tactile, visuelle ou auditive (Wernicke, Freud). On réserve d’un autre côté, depuis les travaux de Liepmann, le nom d 'apraxie aux troubles moteurs qui résultent d’une interruption delà voie psychomotrice, c’est-à-dire de la voie par laquelle l’idée directrice, l'idée du but, doit passer pour mettre en branle les synergies musculaires acquises, nécessaires à l’accomplissement des actes. La lésion peut atteindre d’ailleurs, soit la voie d’association reliant les centres kinétiques aux centres psychiques, soit les centres des images kinétiques eux-mêmes. L’apraxie consiste en somme, comme l’a bien indiqué F. Rose dans une excellente revue, en un trouble moteur, se développant en dehors de toute paralysie et de toute agnosie, et consistant dans l’impossibilité pour le sujet d’exécuter des actes adéquats à un but déterminé. Liepmann distingue trois variétés d’apraxie : 1° Yapraxie motrice dans laquelle le sujet a la notion de l’acte à accomplir, mais l’exécute incorrectement et rectifie par le contrôle de la vue certains des mouvements impropres; 2° Yapraxie idco-motrice qui consiste dans un oubli complet des images kinétiques et des mouvements appropriés : le malade ne peut exécuter spontanément ou au commandement aucun mouvement et n’ébauche que des mouvements sans signification et hors de propos, à l’exception de certains mouvements réflexes ou de certaines associations de mouvements constituant une sorte d’autokinétisme; 3° Yapraxie idéatoire , souvent liée àf’agnosie et à l’apraxie idéomotrice et difficile à distinguer à l’état pur. Certains faits d’agrapliie et d’amusie instrumentale sont des formes d’apraxie, et l’aphasie elle-même dans ses diverses variétés n’est qu'une modalité del’apraxie.
Troubles des fonctions psychiques en général. Insuffisance
cérébrale.
Le cerveau qui préside à l’élaboration de nos pensées, à notre vie psychique, est un organe qui joue un rôle dans notre organisme, comme le font le cœur, le foie, le rein, etc. Comme eux il remplit bien ou mal ses fonctions, suivant qu’il est sain ou malade ; il n’est pas isolé dans l’organisme ; comme eux et souvent plus qu’eux il subit le contre-coup d’une mauvaise circulation, l’action d’un sang mal oxygéné ou chargé de principes infectieux ou toxiques. Alors comme celles de ces autres organes, ses fonctions sont déviées, les impressions qui parviennent à lui sont mal interprétées et les incitations qui en partent sont faussées; des hallucinations, des impulsions, etc., sont l’expression de la perturbation fonctionnelle des centres psychi-
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que souvent favorisée, il est vrai, par la prédisposition héréditaire ou constitutionnelle.
1.0 serait donc une erreur de considérer la pathologie mentale comme une science à part et le cerveau comme un organe échappant aux lois lie la physiologie et de la pathologie générale. Au même titre qu un autre organe, il accomplit bien ses fonctions, si sa structure anatomique et les conditions dans lesquelles il se trouve sont normales, il es accomplit mal si sa constitution est altérée héréditairement ou d une façon acquise, ou bien si des circonstances passagères Mennentlroubler 1 activité de ses cellules.
Voici une Classification des affections mentales empruntée à Gilbert .alla, elle est basée sur 1 étiologie et peut donner une idée d’ensemble cle nos connaissances actuelles suc les troubles psychiques et en meme temps sur leurs liens avec la pathologie générale.
Classitication d’ensemble des affections mentales.
A. Troubles men- / 1» Délires fébriles.
i taux dans les <
infections I 2» Délire des septicémies.
/ / Alcool.
1° Troubles men taux dans les intoxications et les infections.
B. Troubles mentaux dans les intoxications,. .
1° D’origine externe
2° Troubles mentaux dans les lésions organiques du cerveau
Chloral.
Morphine.
Cocaïne.
Plomb.
Solanées.
I Hachish.
D’origine alimentaire (pellagre).
D’origine in- ( Jb'ibète.
terne (auto-in to- < trémie.
xications) / Insuffisance hépa-
( tique.
-J. Paralysie générale progressive.
li. Encéphalopa- \ thies organiques f 1» Hémorragies, à lésions consentes.
cir- j 2° Ramollissements.