‹ Précis de pathologie généraleChapitre 64 sur 112 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DE L'ORGANISME

'• - VARIÉTÉS DES PROCESSUS MORBIDES

A I"ts avoir envisagé les troubles pathologiques (les cellules, des

1 'SUS> def. grantls appareils, notre plan nous amène à nous occuper ' es maladies d un organisme considéré dans son ensemble. Mais ce plan est-il légitime ? Encore une fois nous ne craindrons pas de répéler qu il est artificiel ; en effet, nous voici revenus à notre point de départ ; car la pathologie générale d’un organisme, c’est aussi bien ta pathologie générale d’une amibe que celle de l’homme.

El, pour établir une classification générale des processus morbides il faut que ces processus soient communs à tous les organismes.

En étudiant les notions de pathologie cellulaire nous avons vu des trouilles pathologiques causés par des agents physiques, par des agents chimiques, par des microbes, etc.

Est-on en droit de classer les maladies suivant les très nombreuses causes qui les déterminent ? Une classification étiologique serait forcement très vaste; de plus, elle manquerait quelque peu de cohésion car des causes différentes peuvent donner des etrets à peu près semblables dans les organismes.

Il semble plus rationnel de ranger les maladies suivantle mécanisme des troubles morbides plutôt que suivant l’énumération des causes; autrement dit, suivant la pathogénie plutôt que suivant l'étiologie.

Dès lors comment agissent sur des cellules isolées les différentes causes, telles que la chaleur, le froid, les caustiques, les microbes... Si nous nous reportons à la première partie de cet ouvrage, nous verrons que tous ces agents modifientle protoplasma ou le noyau des cellules, transtorment la structure, les sécrétions, etc. des cellules - en réalité, au fond de tous ces troubles, ce qui est changé d’une façon

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momentanée ou durable, aiguë ou chronique, pourrait-on dire, c’est la nutrition de la cellule; la modification pouvant aller pour tout ou partie de la cellule jusqu’à la mortification, c’est-à-dire la disparition de la nutrition. Et quand la maladie est terminée, si la cellule a acquis des propriétés nouvelles, c’est encore là une conséquence des modifications de la nutrition.

Une classification des maladies, pour être rigoureusement générale, devrait donc être basée d’après les troubles de la nutrition cellulaire ; il faudrait diviser les processus morbides suivant qu'ils augmentent, diminuent, ou dévient la nutrition des cellules. Cette division pourrait être commune à tous les êtres uni ou multicellulaires ; mais elle supposerait une connaissance complète du mécanisme de tous les troubles pathologiques et les notions que nous possédons sont bien loin de cette perfection, d’autant plus que chez les êtres supérieurs la complexité des appareils, leur synergie physiologique et pathologique ajoutent encore à la difficulté d’une semblable classification.

Incapables de donner une division précise des maladies s'appliquant à tous les êtres, nous devons nous contenter d'une classification pratique pour les organismes supérieurs, en particulier pour l’homme. M. Bouchard a proposé la suivante:

1° Dystrophies élémentaires primitives;

2° Réactions nerveuses;

3° Troubles préalables de la nutrition ;

4° Infection.

Le premier groupe répond à tous les troubles occasionnés par les agents physiques, mécaniques, chimiques; depuis le coup de foudre jusqu’aux intoxications en passant parle traumatisme, dit M. Bouchard.

Dans le deuxième groupe sont rangés tous les désordres nerveux, surmenage, choc nerveux qui, en général, ne créent pas entièrement la maladie mais prédisposent le terrain à son développement.

Les troubles de la nutrition sont à la base d’un grand nombre de maladies aiguës et chroniques; ils correspondent a ces états mal définis qu’on appelait diathèses et que M. Bouchard regarde comme des troubles permanents de la nutrition qui préparent, provoquent et entretiennent des maladies différentes comme siège, comme évolution et comme processus pathologique.

Le dernier groupe, constitué par l’infection, renferme les maladies qui résultent de la lutte d’un organism encontre les microbes.

11 est évident que beaucoup de maladies se caractérisent par l’intervention simultanée de plusieurs sinon de tous ces processus et qu'il est impossible de mettre en face de chacun d’eux en un tableau

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une série de maladies qui dépendent de tel processus et non de tel autre.

M. Bouchard n'a pas manqué de le faire remarquer : « Les processus pathogéniques sont rarement isolés : dans l'immense majorité des cas, ils sont associés et combinés. Cette complexité, vous ne la trouverez pas seulement quand il s’agit de la contagion, mais aussi quand il s’agit des maladies les plus simples, les traumatismes, par exemple. Dans ces dystrophies élémentaires primitives, où la cause s’attaque directement à certains groupes cellulaires, où les cellules sont dissociées, écrasées, coagulées, la maladie ne sera presque jamais constituée par ce désordre unique d’un groupe cellulaire; presque toujours le traumatisme déterminera la mise en œuvre de processus pathogéniques nouveaux : l’infection et les réactions nerveuses. La désorganisation des cellules ouvre la porte aux agents infectieux et leur prépare la matière qu’ils doivent détruire. En outre, la cause vulnérante intéresse le plus souvent les éléments nerveux, et, par leur intermédiaire, provoque des réflexes : les uns se manifestent dansla partie blessée où l’irritation sanguine, l’absorption, la nutrition vont s’opérer d’une façon anormale; les autres retentissent sur toute l’économie ; le cœur se contracte plus souvent, la respiration s’accélère, 1 élaboration de la matière se trouve modifiée dans toutes les cellules du corps, l'urée et l’acide carbonique se produisent en plus grande quantité. La réaction nerveuse n’a donc pas ajouté seulement quelques traits particuliers aux manifestations locales, elle a associé tout l’organisme au travail qui s’opère dans la partie lésée. »

Dans la classification que nous venons de reproduire, on pourrait peut-être écarter les intoxications du premier groupe des processus morbides pour les joindre à celui de l’infection. En efi’et, une infection est par-dessus tout une intoxication par des produits toxiques microbiens ; les infections et les intoxications donnent des lésions voisines; les unes et les autres peuvent conduire à l’immunité. Nous pourrions désigner ainsi le quatrième groupe sous le nom de toxiinfections auquel il serait possible d’ajouter les auto-intoxications.

11 ne faut pas oublier, d’autre part, la notion de temps dans l’histoire des maladies et ce fait que les maladies peuvent avoir une évolution aiguë ou chronique.

L’évolution des maladies aiguës, principalement des maladies infectieuses, mérite (h; retenir l’attention ; elle comporte le plus souvent quatre périodes : 1° l’incubation; 2° l’invasion ; 3° la période d’état ; 4° la terminaison.

L'incubation correspond au travail lent, insidieux, qui s’accomplit depuis le premier contact de l'organisme et du microbe jusqu'à l’apparition des signes cliniques. Elle est plus ou moins longue, sui-

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vanl les maladies: de quatre jours pour la scarlatine elle peut être de trois semaines à deux mois pour la rage.

L'invasion est constituée par l’apparition des premiers symptômes appréciables cliniquement, elle est brusque et rapide comme dans la pneumonie, ou lente et progressive comme dans la fièvre typhoïde.

La période d'état est celle pendant laquelle la maladie ayant atteint son maximum y reste sans tendance à l’amélioration (plateau fébrile de la pneumonie, de la lièvre typhoïde).

La terminaison est très variable : elle peut se faire soit par la mort, soit par la guérison, et dans les deux cas la terminaison peut être soit brusque, soit lente.

Les crises qu’on observe à la fin des maladies aiguës répondent à l'effort que fait l’organisme pour se débarrasser des principes morbides; il peut succomber dans ces crises mais souvent il en sort victorieux, alors la température baisse et l’on observe des décharges urineuses. (voir article Fièvre).

La guérison est rapide ou lente, précédée d’une période de convalescence, ou retardée par des rechutes (reprise des symptômes sans infection nouvelle), des récidives (nouvelles infections), des associations morbides.

Les différentes formes cliniques dépendent de l’état du sujet, de son âge, de la nature des agents infectieux, de la prédominance de certains symptômes.

La vieille terminologie désignait comme chronique toute maladie qui durait plus de quarante jours; en réalité devient chronique une maladie dans laquelle les réactions de l’organisme sont insuffisantes à se débarrasser de la cause morbide, ou mieux, suivant l’expression de M. Bouchard, quand la cause reste permanente, malgré les luttes de l’économie pour rentrer dans l’état normal. 11 est donc encore possible de subdiviser les maladies suivant leur évolution ; on peutencore faire une place dans les subdivisions pour les modifications morbides, suivant le terrain, l’àge (fœtus, enfant, vieillard), facteurs qui impriment des caractères très importants aux maladies. Sans vouloir donner une classification complète, il est possible d’en indiquer les grandes lignes de la façon suivante :

l. Dystrophies élémentaires primitives (par exemple, traumatismes, brûlures, froidures, etc.).

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