HÉRÉDITÉ DES TROUBLES DE LA NUTRITION
Bazin, Guéneau de Mussy ont insisté sur l’hérédité des maladies arthritiques ; les travaux fondamentaux de M. Bouchard sur les troubles préalables de la nutrition ne laissent aucun doute sur les liens qui unissent entre eux ces différents troubles et sur l’importance dans leur genèse du facteur hérédité.
Ce qui est transmishéréditairement, ce n’est pas telle maladie, c’est la prédisposition morbide à être atteint d’un vice dans la nutrition et, grâce à cette prédisposition, pourront se montrerun certain nombre de maladies dont elle est la base.
Comment concevoir la transmission de la prédisposition morbide : « Toutes les cellules du père, a écrit Bouchard à propos de l’imprégnation, avaient un taux nutritif déterminé, qui était le même dans la cellule génératrice, dans le spermatozoïde et dans chacune des granulations du filament nucléaire de ce spermatozoïde. Ces granulations, en se dédoublant toutes pour se retrouver Loutes dans toutes les cellules de l’embryon et dans toutes les cellules qui se forment ultérieurement dans l’embryon et dans le fœtus, ont donné à loutes les cellules du nouvel être la même activité nutritive qui les animait dans les cellules du générateur ».
Cette conception, formulée à propos du rôle du spermatozoïde, peut être appliquée également au rôle de l'ovule dans l’hérédité en général; elle rend compte de la transmission des troubles de la nutrition des ascendants aux descendants.
Le groupe des maladies dites de la nutrition comprend le diabète, la goutte, l'obésité, les lithiases rénale et biliaire, le rhumatisme articulaire chronique, certaines variétés d’eczémas et d'hémorroïdes, la migraine, certaines bronchites et ccrldines névralgiës;
HÉRÉDITÉ. 531
1 ouïes (es affections reconnaissent soit une hérédité directe similaire, soit une hérédité dissemblable.
Le diabète, suivant la statistique de M. Bouchard (1879), s’est montré dans 27» p. 100 des cas héréditaire d’une façon similaire; dans les autres cas on notait dans la famille des diabétiques, 34 fois sur 100 l’existence du rhumatisme; 36 fois sur 100 l’obésité.
Voici d ailleurs deux tableaux instructifs ; le premier porte sur les maladies reconnues chez les ascendants, chez les collatéraux et chez les descendants des diabétiques, et le second a trait aux maladies rencontrées chez les diabétiques en dehors de leur diabète.
Sur 100 diabétiques, on observe dans la famille :
Le rhumatisme -sous une forme quelconque de ses formes articulaires.
L’obésité
lois
Le diabète
La lithiase urique. ..
La goutte
L’asthme
L'eczéma ....
La migraine
La lithiase biliaire
Sur 100 diabétiques on constate, indépendamment du diabète :
L’obésité
Le rhumatisme musculaire
La migraine
Le rhumatisme articulaire aigu
La lithiase urique
L'eczéma
La lithiase biliaire
Le rhumatisme articulaire chronique
Les névralgies
L’urticaire
Les hémorragies lluxionnaires
Le pityriasis
L’asthme
La goutte
45 fois.
oj
M. Bouchard note dans son Traité de Pathologie générale que le diabète est très souvent accompagné d’autres maladies ; l’absence d’association morbide, observée dans la proportion de 207 pour 1000 sur l’ensemble de toutes les maladies chroniques, est seulement de 70 pour le diabète sucré. Or le diabète, qui est trois fois plus accompagné que les autres maladies ne compte dans son cortège qu’un nombre restreint d’espèces morbides. Ces dernières se visitent entre elles ; elles constituent une famille morbide»
f-,32 PATHOLOGIE GÉNÉRALE DE L’ORGANISME.
L’obésité se retrouve, suivantia statistique de M. Bouchard, dans les ascendants de 46 p. 100 des obèses. De plus, on note chez les parents de 85 obèses, le rhumatisme 33 lois, la goutte 28 lois, l’asthme 24, la gravelle 14, le diabète 14.
L’obésité est en outre une maladie très souvent accompagnée, puisque l’absence d’association morbide chez les obèses ne se remarque que 22 fois au lieu de 207 fois p. 1000.
La goutte, d’après Monneret, serait 90 lois sur 100 héréditaire ; suivant la statistique de M. Bouchard, l’hérédité quoique importante l’est notablement moins, puisque la goutte n’est retrouvée que 44 fois sur 100 dans les antécédents des parents de goutteux. Mais on rencontre en outre chez ces ascendants l’obésité 44 fois p. 100, le rhumatisme 25 p. 100, l’asthme 19 p. 100, etc.
L’absence d’association morbide ne s’observe que 65 lois sur 1 000 cas alors que cette absence d’association se rencontre 207 lois sur l’ensemble de 1 000 malades atteints de maladies chroniques.
Les chiffres publiés par M. Bouchard sont également très démonstratifs pour ce qui a trait aux cas de lithiase, de migraine, de rhumatisme, d’asthme, etc. et établissent la parenté morbide de ces affections d’une façon évidente.