HÉRÉDITÉ ET INFECTION
Les produits toxiques passent de la mère au fœtus, en traversant le placenta; l’exemple de l'alcool est très démonstratif à ce point de vue ; les poisons solubles microbiens franchissent également bien la barrière placentaire ; il reste à savoir si les microbes sont arrêtés par le placenta.
Les recherches de M. Durai sur lastruclure du placenta ont {trouvé
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qu'il n’est pas possible d’établir une règle générale capable de s’adapter aux différents animaux car la texture du placenta est variable d’une espèce à l’autre et, qui [tins est, elle n’est pas identique chez le même animal d’un bout à l’autre de la gestation. Ainsi chez les. rongeurs le placenta se laisserait mieux traverser à la lin de la gestation ; chez les ruminants le contraire s’observeraitet d’une façon générale le placenta offrirait une résistance considérable, au passage des germes.
Le placenta humain considéré à ce point de vue t ient le milieu entre le placenta des rongeurs et celui des ruminants.
Alors que certains auteurs admettent la nécessité d’une lésion probable du placenta pour le passage des germes, d’autres pensent que les microbes peuvent traverser un placenta sain. Malvoz a signalé des lésions hémorragiques, Sabrazès et Chambrelent ont vu que le streptocoque peut traverser le placenta des lapins sans que ce dernier soit altéré.
En tous les cas, pour que ce passage s’effectue dans l’espèce humaine, il faut que le sang de la mère soit infecté d’une façon intense, car le placenta est dans les conditions ordinaires un bon moyen de protection pour le fœtus.
Spitz a trouvé des spirilles dans le sang d’un fœtus dont la mère était atteinte du typhus récurrent. Arloing, Slraus et Chamberlain! croient que la bactéridie charbonneuse traverse fréquemment le placenta des femelles infectées. Chantemesse et Widal notèrent expérimentalement après inoculation le passage du bacille typhique de la mère au fœtus. Netter lit une constatation analogue pour le pneumocoque, Auché pour le staphylocoque, etc.
Hérédité tuberculeuse. — Un nouveau-né peut être tuberculeux par plusieurs mécanismes.
On peut supposer 1° que : le bacille tuberculeux infecte le sperme ou l’ovule des parents ; 2° (pie la tuberculose a été transmise par la mère pendant la vie intra-utérine ; 3° que le nouveau-né, prédisposé de par l'état pathologique des parents, a été infecté aussitôt après sa naissance par les bacilles nombreux dans le milieu familial.
Seule la première hypothèse répond à une hérédité réelle, et un certain nombre d’exemples tendent à prouver que ce mode de transmission de la tuberculose peut exister.
Curt. Jani a rencontré des bacilles tuberculeux dans l’appareil génital de tuberculeux, bien que les voies génitales fussent indemnes de toute lésion.
Landouzv et 11. Martin ont prouvé par des inoculations l'existence de bacilles tuberculeux dans le sperme de cobayes tuberculeux.
HÉRÉDITÉ
Une observation très impressionnante d’un père tuberculeux ayant engendré des entants tuberculeux bien que la mère tût saine et que les enfants aient été élevés loin du père, a été rapportée par Landouzy et cet auteur en tire les considérations suivantes : « On nous accordera que la tuberculose pourrait bien être ici de pure hérédité paternelle et que si les enfants à leur première année mouraient tuberculeux, c’est qu’ils étaient nés tuberculisés par un père tuberculeux dont le sperme avait pu par imprégnation directe, tuberculiser l’ovule maternel. »
La médecine vétérinaire a fourni à Sanson un exemple qui plaide en faveur du même mécanisme.
Par contre, Gærtner a parfaitement réussi à injecter expérimentalement le sperme d’animaux mais n’a jamais pu faire produire des petits infectés uniquement par le père.
Grancher et Hutinel pensent que la preuve de la transmission de la tuberculose au fœtus exclusivement par le père n’est pas encore faite.
Baumgarten a admis que l’ovule humain peut être infecté par les» bacilles de la mère et se développer néanmoins ultérieurement.
En tous les cas il est démontré que les bacilles tuberculeux passent dans le sang de la mère et peuvent parvenir à l’appareil génital ; étant donné d’autre part que la barrière placentaire n’est pas infranchissable, les bacilles dans certains cas doivent passer delà mère au fœtus.
La preuve en a été faite par Landouzy et H. Martin qui ont réussi à infecter des cobayes par inoculation de fragments de viscères de fœtus dont les mères étaient tuberculeuses.
Birch-ITirschfeld et Schmorl, Malvoz, etc., ont prouvé par des inoculations que les bacilles tuberculeux existent parfois dans l'organisme du ftelus sans donner de lésions apparentes.
Gærtner a infecté des fœtus par voie transplacentaire en injectant des bacilles dans le sang de femelles pleines, les résultats cependant n’ont été positifs que dans une dizaine de cas.
Tous les cas qui précèdent ont trait à la transmission directe de l’infection elle-même, phénomène rare; ce qui est beaucoup plus fréquent, c'est l’apparition d'un état d'infériorité organique chez les descendants de tuberculeux, grâce à l'imprégnation par les toxines tuberculeuses soit des cellules génératrices, soit des cellules de l’embryon pendant son développement. Les enfants victimes de cette imprégnation, comme l'a montré Landouzy, succombent en bas âge et leur mort est attribuée aune débilité congénitale, ou bien ils vivent et présentent cette étroitesse du thorax, cette gracilité des
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membres, cette peau line et molle avec des veinosités transparentes etc., tableau bien connu des médecins.
Les malformations par hérédité tuberculeuse hétéromophe avaient été remarquées par les auteurs anciens ; parmi elles on a rangé les déformations hippocratiques des doigts, le rétrécissement du thorax, te peu de développement des masses musculaires, la petitesse du pénis et des testicules ; ces malformations frappent également les organes profonds, le cœur (P. Teissier), le poumon est souvent moins développé : le foie est parfois lobulé (Hanoi), etc.
Hérédité syphilitique. — La nature infectieuse de la syphilis, depuis longtemps admise, est prouvée à l’heure actuelle par ladécouvertc de Schaudinn qui en a montré l’agent causal. Les discussions soulevées au sujet de l'hérédité de la tuberculose ne sauraient se reproduire à propos de la syphilis; les lésions constatées dans ce cas étant nettement syphilitiques. Mais tous les enfants de syphilitiques heureusement ne sont pas syphilitiques, et toutes les manifestations morbides constatées chez eux ne sont pas forcément de nature syphilitique. A. Fournier divise en cinq catégories les effets de la syphilis des parents chez les enfants : 1° Accidents de syphilis proprement dite; 2° cachexie aboutissant d’une façon ou d'une autre à une inaptitude à vivre; 3° troubles dystrophiques généraux ou partiels; 4° malformations congénitales : 5° prédisposition morbide.
Les accidents de la syphilis héréditaire ne s’observent pas forcément dans lesjours ou les semaines qui suivent la naissance, les uns sont précoces, les autres tardifs ne se montrant que lorsque l’enfant a atteint quelques années ; leur réunion constitue une forme spéciale, la syphilis héréditaire tardive.
Conditions de l'hérédité syphilitique. — Les chances d’infection pour le fœtus sont portées au maximum (92 pour 100), si le père et la mère sont syphilitiques au moment delà fécondation, mais les chances sont à peu près aussi nombreuses si la mère seule est syphilitique (84 J». 100). Filles sont au contraire beaucoup moindres (37 p. 100), si le père seul est syphilitique au moment delà procréation.
L’aptitude des parents à engendrer des enfants syphilitiques persiste pendant fort longtemps après le début de l'infection, et cela surtout chez la mère. Fournier cite les exemples d’enfants nés syphilitiques, alors que les parents avaient été infectés dix-huit et vingt ans plus tôt. En règle générale la syphilis des parents est peu transmise aux enfants si le début des accidents chez les premiers remonte à quatre ou cinq ans, si un traitement régulier a été suivi pendant ce temps et si depuis dix-huit mois les manifestations syphilitiques ont disparu.
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La syphilis des enfants se montre habituellement moins grave à mesure que la syphilis des parents devient plus ancienne. Il est rare qu’un sujet syphilitique qui a procréé un enfant sain, ait ultérieurement des enfants syphilitiques. L’infection du fœtus esta peu près fatale pendant la première et même la seconde année de l’infection ; il existe cependantquelques exemples montrant que l’enfant de syphilitiques en pleine période secondaire peut naître indemne de syphilis.
La syphilis transmise par lanière s’explique soit par une infection ovulaire, soit par une infection placentaire. La syphilis transmise par le père est d’une interprétation plus délicate; elle est certaine malgré les objections qui ont été faites sur son existence; en etTet, il est démontré : 1° que des enfants syphilitiques naissent d'un père syphilitique et d'une mère saine; 2° des avortements très fréquents s’observent quand le père est seul syphilitique ; 3" ces avortements diminuent ou disparaissent quand le père syphilitique est soumis au traitement spécifique ; 4° la mère restée saine peut engendrer avec un autre homme non syphilitique des enfants indemnes.
Le spermatozoïde fécondant emporte-t-il avec lui l’agent de la syphilis el le transmet-il directement à l’embryon ? Ce fait doit exister bien qu’on ne conçoive pas bien que la fécondation et le développement de l’embryon puissent s’opérer dans ces conditions.
11 est possible aussi que l’ovule soit infecté uniquement par l’organisme de la mère contaminée par le sperme au moment de la fécondation.
Dans tous les cas, la loi. de Baumes-Colles; établit qu'une mère qui a engendré un enfant syphilitique, même si elle est entièrement saine d’apparence, est immunisée contre la syphilis et qu’elle peut nourrir impunément son enfant syphilitique (des exceptions ont été signalées) ; d'autre part, suivant la loi de Profcta , l’enfant sain d’apparence, né d’une mère syphilitique, ne peut être contaminé par sa mère (cette loi souffre des exceptions).
Le plus souvent la mère est infectée par le fœtus qu’elle porte, c’est la syphilis conception nelle ; mais on a pensé aussi que l’immunité pouvait lui être conférée par des produits solubles traversant le placenta. Caspary, Neumann, Finger ont vu que la mère dans ces conditions est demeurée réfractaire à l'inoculation de la syphilis.
Lorsque la mèrecontracte la syphilis après la conception, elle transmet l’infection au fœtus d’une façon à peu près fatale si l’infection survient avant le cinquième mois; si elle ne se produit qu 'après le cinquième mois, l’enfant, peut naître sain et il échappe à peu près sûrement à l’infection si celle-ci frappe la mère au huitième ou au neuvième mois. Finger a cependant observé le cas d'une femme qui fut
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atteinte d’un chancre à la (in de sa grossesse; l’enfant fut infecté parla voie placentaire bien que la mère n’ait présenté les accidents secondaires qu’après l’accouchement.
La syphilis de l’enfant s’explique en résumé grâce à la transmission de l’infection : 1° par le sperme, par l'ovule ou par les deux à la fois; 2° par l’infection secondaire de l’œuf déjà fécondé. La première forme d’infection est seule vraiment héréditaire, la seconde est une infection utérine.
Hérédité et immunité. — Théoriquement l'immunité du nouveauné peut se comprendre de trois manières: 1° la transmission de l’immunité se ferait par l’ovule ou le spermatozoïde, l’état réfractaire (aire étant considéré comme appar tenant à ces cellules génératrices; 2° l’antitoxine maternelle toute préparée viendrait à travers le placenta imprégner les éléments du fœtus (immunité passive); 3° les cellules du fœtus élaboreraient elles-mêmes un sérum antitoxique sous l’influence de substances ayant traversé le placenta (immunité active).
Les expériences d’Ehrlich sont contraires àla première hypothèse : ayant immunisé des souris mâles contre la ricineet l’abrine, il lit féconder par eux des femelles non immunisées, les petits ne furent en aucune façon immunisés.
Plusieurs expérimentateurs sont arrivés aux mêmes résultats ; Charrin et Gley ont publié cependant un cas d’immunité expliqué uniquement parce que le père avait été rendu réfractaire; les petits étaient dans ce cas atteints de malformations.
Ce fait doit être considéré comme exceptionnel, et, en général, ce n’est ni le spermatozoïde ni l’ovule qui transportent l'immunité, mais elle se produit par le passage de substances de la mère au fœtus.
Pour qu’un enfant naisse immunisé contre le vaccin, par exemple, il ne suffit pas que la mère ne soitpas inoculable par le vaccin, il faut qu’elle aitété vaccinée avecsuecès et que son immunité contre la lymphe vaccinale soit complète au moment de l’accouchement etque son sérum soit antivirulent (contre la lymphe vaccinale). Si l’enfant naît alors que la mère n’est pas encore complètement immunisée, par exemple moins de quinze jours après la vaccine, il ne sera pas immunisé.