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THÉORIES DE L’HÉRÉDITÉ

Théorie oe ia pvngénèse. — Darwin admet que les cellules émettent de petits grains qu’il appelle gemmules cellulaires qui, lorsqu’ils reçoivent une nutrition différente, sont capables de se multiplier par division et de se développer en cellules semblables à celles dont

HÉRÉDITÉ

ils dérivent. Ces gemmules, « transmises par les parents à leurs descendants, se développent généralement dans la génération qui suit immédiatement mais peuvent souvent se transmettre pendant plusieurs générations à un état dormant et se développer plus Lard ».

Théorie ue Hæckel, des plastitudes ou i*e la péri genèse. — Elle repose sur une série d’hypothèses qui sont du domaine philosophique et qui n’ont reçu aucun commencement de démonstration de la part de l’histologie, ni de la physiologie.

Théorie de l’idioplasme de Noegeli. — Elle admet l’existence dans chaque cellule de deux espèces de plasma : Vidioplasma et le trophoplasme.

De ce dernier dépendent les phénomènes de nutrition et de relation. L’idioplasme des cellules génératrices contient les caractères des ascendants et est chargé de les transmettre.

Théorie de la continuité du plasma germinatif ou théorie de Weismann. — Cette théorie tient compte du l'ait que le noyau, la chromatine sont indispensables à la fécondation. Ce principe est bien établi par Hertwig, Strasburger, van Beneden, Guignard et, suivant Boveri, l’élément mâle et l’élément femelle apportent chacun la moitié de la masse chromatique.

L’hérédité, pour Weismann, est due à la transmission des qualités des parents parle plasma germinatif originel.

Chaque être nouveau qui se développe renferme une partie de ce plasma qui restera intact avec ses caractères primitifs et sera transmis tel par les cellules génératrices. En se divisant, la quantité de plasma germinatif des ascendants ira ainsi en diminuant de génération en génération dans la constitution des descendants; chaque individu nouveau étant formé de deux plasmas germinatifs : l’un paternel, l’autre maternel.

Cette théorie, comme la précédente, a été contredite par les faits; elle ne tient pas compte d’ailleurs de l'hérédité des caractères acquis qui est incontestable.

Bien d’autres théories ont été soutenues [Orchanski, Bard (de Lyon), Hillemand et Pétrucci], il ne nous appartient pas de les exposer et de les discuter ici une à une.

Notre maître M. Bouchard, dans une de ses leçons, a fait l’exposé du mécanisme de l’hérédité tel qu'il le conçoit ; Le Gendre a reproduit cet exposé «le la manière suivante : « Le filament chromatique représente la matière du mâle et de la femelle.

Après son dédoublement par fissuration suivant toute sa longueur en deux moitiés dont chacune comprend le même nombre de granu-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DE L’ORGANISME

lations chromatiques disposées de la même façon, il se reconstitue dans l’ovule fécondé, de manière que chacune des granulations s’y retrouve, chacune d’elles étant la moitié d’une unité, et non la moitié d’une chose complexe. Les granulations de la moitié du filament mâle et de la moitié du filament femelle se ressoudent en vertu de la loi de Geoffro y-Sain t-Hilaire qu’on appelle l’affinité des parties similaires ou de soi pour soi.

En réalité, malgré la division du filament qui s’opère à chaque fécondation, il n’v a pas formation d’êtres successifs, il n’y a jamais qu’un seul filament mâle et femelle, complet, avec toutes ses activités, condensant tout ce qui est dans l’espèce, dans la race, dans l’individu générateur. La série des individus qui constitue toute une espèce doitêlre envisagée commeune arborescence. On est amené à considérer que le filament nucléaire a pour rôle de faire la forme et de régler l’activité des parties; l’activité, c’est ce qui fait la différenciation des cellules et des organes; la fonction, c'est ce qui prime tout dans les choses biologiques, c’est elle qui fait l’organe, c’est l’âme des choses, la Psyché d’Aristote.

Forme et fonction semblent appartenir aux granulations du filament nucléaire chromatique. Aux sphères directrices appartiennent la multiplication, la génération.

Les sphères directrices, le filament chromatique sont noyés dans le protoplasma auquel appartient la nutrition qui a la propriété d’attirer la matière, de l’élaborer pour faire vivre le filament nucléaire et les sphères directrices, plus haut placées que lui dans la hiérarchie physiologique. Le protoplasma a pour origine une portion du protoplasma qui entourait le noyau de la cellule génératrice. 11 se renouvelle sans cesse comme le couteau légendaire dont on change tour à tour le manche et la lame ; on a pu calculer qu’il suffit peutêtre de trois cents jours pour le renouvellement complet du protoplasma d’une cellule. Mais si la matière du protoplasma se renouvelle, ce qui est stable, c’est sa formule chimique, qui est définitive et héréditaire. Ce qui se transmet, c’est le type nutritif. Ainsi la vie est alimentée parle protoplasma, la multiplication est commandée par les sphères directrices, la différenciation de la cellule et des diverses parties de l’individu est dévolue aux granulations chromatiques du filament nucléaire. »

Quanta la transmission des caractères acquis, elle peut s’expliquer par l’action de substances solubles introduites dans l’organisme ou fabriquées par lui, qui vont modifier les cellules sexuelles.

« Supposez rriain tenant, ditencore M. Bouchard— et c’est là surtout tjufe l'hypothèse devient plus àvêhlurèüsë; — süppbsez que le£

HÉRÉDITÉ

produits solubles d’un organe aient plus grande affinité pour celle des granulations qui, dans la cellule génératrice, est destinée à régler la formation de l’organe similaire chez le produit, et vous comprendrez que l’exagération de fonction ou que la maladie ou que la suppression d’un organe puisse avoir pour conséquence des anomalies physiques ou fonctionnelles dans l’organe similaire de l'individu engendré... J’ai repris, si l’on veut, la théorie de Démocrite, mais avec cette différence qu’un peu de matière venue de chaque partie, au lieu de former la partie correspondante du nouvel être, imprime une activité spéciale à la granulation anceslrale qui a dans sa destinée de présider éternellement à la formation de cette partie. »

La question de l’hérédité est l’une des plus importantes de la pathologie générale, c’est pourquoi nous ne saurions regretter le développement que nous lui avons donné ici.

Les conséquences de l’hérédité dépassent le domaine de la pathologie et Le Gendre a pu ajuste titre « émettre le vœu que les médecins, bien convaincus delà réalité des influences héréditaires, s’appliquent à vulgariser autour d’eux cette notion, car elle est de la plus haute conséquence morale. L’hérédité, dit-il, c’est la solidarité entre les générations successives; elle pourrait devenir le plus puissant facteur du progrès humain, si chaque homme était convaincu que chacun des actes de sa vie doit retentir sur sa descendance. »

III — MALADIES DE LA NUTRITION

« La nutrition, dit M. Bouchard, est tout ce qui est commun à toutes les particules vivantes ; elle est ce mouvement moléculaire spécial, mécanique et chimique, qui s’opère dans tous les éléments anatomiques tant que ces éléments sont vivants. Elle est donc la caractéristique universelle de la vie et j’ai pu dire, résumant en un mot les définitions d’Aristote et de Blainville :1a nutrition c’est la vie ».

Les actes de la nutrition peuvent se réduire à trois groupes essentiels : i° L’apport des matériaux nutritifs aux cellules;

2° L’utilisation de ces matériaux par les cellules (assimilation désassimilation, utilisation de l’albumine, du sucre, de la graisse) ;

3° L’élimination des déchets.

Ces actes sont communs à tous les êtres, y compris les êtres unicellulaires ; mais ils sont plus ou moins complexes, suivant que les appareils qui les exécutent sont plus ou moins différenciés.

Chez l’homme, l’apport des aliments aux cellules est précédé de modifications physiques et chimiques multiples; aussi l'état du tube digestif, l’état des glandes qui lui sont annexées interviennent, la digestion, l’absorption retentissent par conséquent sur la nutrition. Elle sera modifiée si les matériaux arrivent aux cellules mal préparés par les actions préalables, s’ils arrivent en trop petite quantité, et parfois aussi s'ils arrivent en trop grande quantité. Elle sera encore modifiée si les substances que les cellules n’utilisent pas sont mal éliminées et gênent leur fonctionnement.

Mais toutes ces actions sont en quelque sorte accessoires et ce qui est capital dans l’étude de la nutrition, ce n’est pas de savoir ce que font les cellules dans telle condition défectueuse indépendante d’elles ; mais ce qu’elles sont capables de faire par elles-mêmes, par leur activité propre, quand rien dans l’apport ni dans 1 élimination des matériaux ne les gêne.

Ce qu’il importe de connaître c’est la manière dont les cellules assimilent ou désassimilent, c’est de savoir ce qu’elles font de la matière nutritive, comment elles l’utilisent.

Cette utilisation constitue à proprement parler la nutrition.

Or, toutes les cellules n’ont pas la même activité, leur intensité

MALADIES DE LA NUTRITION

d action dépend de leur âge, des humeurs qui les baignent, elle dépend aussi de l’énergie des cellules qui les ont engendrées, et là nous retrouvons 1 influence de l’hérédité dans la nutrition. Beaucoup d autres causes, dont plusieurs nous échappent, interviennent pour modifier 1 activité de la nutrition dans les cellules ; nous ne rechercherons pas quelles sont ces causes, mais nous étudierons comment elles agissent; nous exposerons principalement comment on peu t comprendre l’un des modes les plus importants de l’activité cellulaire : la nutrition ralentie.

Avant d’aborder cette question, il est utile d’étudier les troubles nutritifs qui dépendent de l’apport des substances alimentaires.

TROUBLES DE LA NUTRITION PAR MODIFICATION DANS L’APPORT DES MATÉRIAUX NUTRITIFS.

Défaut d’apport. Inanition.

Les hommes et les animaux qui sont privés d’aliments continuent à vivre encore pendant longtemps : l’homme résiste environ quatre a six semaines, le chien trente à quarante jours, le lapin quinze à vingt jours; l’enfant nouveau-né ne résiste que quelques jours, les animaux jeunes succombent toujours plus vite que les adultes.

Pendant le temps de l’inanition, les combustions de l’organisme continuent, mais ce sontses tissus eux-mêmes qui brûlent.

La dépense totale de calories en vingt-quatre heures étudiée sur le jeûneur Cetli était de 1850 calories le premier jour du jeune et de 1600 au cinquième jour, soit 32,4 calories par kilogramme au premier jour et 30 calories par kilogramme au cinquième jour.

Les échanges respiratoires mesurés à jeun correspondaient chez lui en temps ordinaire (alors qu’il mangeait) à une consommation de 4CC,50 à 4CC,79 d'oxygène par kilogramme et par minute; cette consommation pendant son jeûne était de4cc,63 du troisième au neuvième jour et de 4,73 du neuvième au onzième jour.

Les chiffres suivants indiquent la destruction des tissus:

Matières

protéiques Graisses,

détruites. détruites.

Au 1er jour du jeûne 88 gr. 160 gr.

Au 10e — 61 — 125 —

Poids du sujet.

56k&r,o 50kg r, 6

Pour étudier la dépense de l’organisme à l'état d’inanition, on dose l’azote et le carbone dans les urines et dans l’air expiré, admettant que les combustions s'effectuent aux dépens de l’albumine et des II. Claude et J. Camus. — Pathologie générale. 33

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graisses. On sait, d'autre part, que 1 gramme d’azote correspond à 6^,25 d’albumine, et que ces 6er,25 d’albumine contiennent 3er,35 de carbone. On sait enfin que 1 gramme de carbone correspond à ier,307 de graisse.

En possession de ces données, après avoir dosé 1 azote et le caibone, il est facile de déduire, connaissant l’azote, la quantité d'albumine consommée, et de connaître en même temps la partie du <aibone total qui revient à cette albumine ; le reste du carbone corres-

pond à la graisse.

L’expérience de Ranke (citée par Lambling) donne un exemple de ce calcul très simple. Un homme pesant 69ks,6 est mis au jeûne, dans la deuxième période de vingt-quatre heures les dosages

indiquent :

Azote

Carbone (total)

8sr,024

184er,5

Or, 8s1', 024 correspond à la destruction de 8,024 X 6,25 — 50s1, 15 d’albumine qui contiennent 8,024 X 3,35 = 26&r,88 de carbone.

Ce qui reste de carbone 184,5—26,88 = 157,62 correspond donc au carbone de la graisse, soit 157,62 X1,307 = 206 grammes de graisse.

Si nous voulons connaître le nombre de calories dépensées, c ela est facile, sachant que 1 gramme de graisse fournit 9,3 calories et 1 gramme d’albumine, 4,8 calories (4,8 dans le cas particulier, au lieu de 4,1 chiffre admis pour les aliments).

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