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TROUBLES DE LA NUTRITION DANS LES MALADIES

Dans les pages qui précèdent nous avons exposé les troubles préalables de la nutrition , nous avons vu ce qu’est la nutrition ralentie, en quoi consiste 1 affaiblissement des processus de nutrition et nous avons vu dans le diabète un exemple très net de ce ralentissement.

L étude des troubles de la nutrition doit être un chapitre de chaque maladie spéciale; presque toujours la nutrition est modifiée soit avant même l’apparition des symptômes morbides, soit pendant la maladie, soit après et souvent à tous ses stades.

Nutrition et Infection.

Parmi les infections , il en est quelques-unes qui semblent s’installer chez les sujets, sans qu’il soit besoin que le terrain ait été modifié : la fièvre jaune, la syphilis, la rage, etc., paraissent agir uniquement par la virulence des germes pathogènes. Encore faudrait-il démontrer que celte absence de prédisposition morbide est aussi réelle qu’apparente; on sait que parmi plusieurs individus exposés aux mêmes sources de contagion, de la syphilis, de la lièvre jaune, etc., les uns sont infectés et les autres indemnes. Évidemment pour démontrer la nécessité de la prédisposition morbide, il faudrait prouver que chez les individus qui ont été respectés la qualité et la quantité des germes inoculés et les conditions de l’inoculation ont été les mêmes que chez les individus qui ont été infectés.

Dette démonstration est difficile à faire, mais on sait que parmi les inoculations expérimentales faites en série avec une même quantité d’une même culture chez des animaux de même espèce, on observe de temps en temps des animaux réfractaires; on voit surtout, chez ceux qui sont infectés, des différences individuelles dans la symptomatologie de la maladie, dans son évolution, dans sa durée.

MALADIES DE LA NUTRITION

DTI

D’où viennentces différences, sinon de celles du terrain ; el celles-ci, quelle est leur origine, sinon l’activité nutritive, l’activité des cellules qui modifient la composition des humeurs et des tissus. Il est possible d’ailleurs, et c’est là un l'ait banal, de modifier l’allure et la durée des maladies, en changeant les conditions de vie du malade, en variant la quantité et la qualité de ses aliments, en changeant ses conditions de calorification, en établissant en un mot des différences dans l’activité de sa nutrition.

L’enthousiasme des heures qui suivirent les premières découvertes bactériologiques fit négliger ces notions capitales ; on crut que les microbes pathogènes introduits dans l’organisme allaient pulluler dans tous les cas comme dans un tube de culture mis à l’étuve; plusieurs auteurs n’hésitèrent pas à subordonner les formes cliniques des maladies à des variétés de microbes. Un exemple de cette tendance se trouve dans l’étude de l’angine diphtérique dont on a voulu diviser les formes cliniques suivant la morphologie des microbes (formes courtes, formes longues, etc.) et suivant les associations microbiennes. Sans nier l’intérêt qui s’attache aux constatations bactériologiques, les médecins n’ont pas tardé à comprendre que la clinique conservait ses droits et que les observations antérieures à l’ère de la bactériologie gardaient leur valeur; et, pour suivre l’exemple précédent, l’on revient maintenant à la division clinique des angines diphtériques en tenant compte, bien entendu, dans cette nomenclature des acquisitions dues à la bactériologie.

Nutrition et Immunité.

Laissant de côté la question complexe de l’immunité naturelle, il est nécessaire de reconnaître qu’une modification de la nutrition accompagne la production de l’immunité acquise. Les cellules pendant la maladie infectieuse ont appris une élaboration nouvelle, elles fabriquent des substances qu’elles ne savaient pas fabriquer antérieurement, substances qui se retrouvent dans les tissus et dans les humeurs et qui sont bactéricides, protectrices de l'organisme contre une infection nouvelle.

11 y a plus, ces substances néoformées sont capables non seulement de protéger l’organisme dans lequel elles ont pris naissance, mais encore transportées dans un autre organisme même d’espèce différente, elles peuvent le défendre contre l’infection.

L’activité nutritive des cellules se trouve modifiée par l’infection et cette modification persiste pendant un temps plus ou moins long; la durée de l’immunité acquise autorise même à conclure que non

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seulement les cellules présentes au moment de l’infection ont éprouvé des changements dans leurs aptitudes, mais encore que ces aptitudes nouvelles sont transmises aux cellules qu’elles engendrent par la suite (voir lre partie : Immunité).

Les différences dans la nutrition pendant et après l’infection ne portent pas toujours uniquement sur la production de principes immunisants, mais aussi parlois sur l’élaboration des albuminoïdes, des graisses, du sucre; on a vu le diabète, l'obésité, débutera la suile de maladies infectieuses, preuve nouvelle de l’atteinte profonde de la nutrition par l’infection. Ainsi donc, comme M. Bouchard l’a soutenu et démontré, l’état de la nutrition intervient dans l’apparition et le développement des maladies infectieuses et celles-ci à leur tour modifient la nutrition en créant des aptitudes nouvelles, des modes d’élaboration différents de la matière.

Nutrition et Intoxication.

Les liens entre les infections et les intoxications sont intimes, un microbe à l’aide de ses poisons locaux ou de ses poisons généraux agit vis-à-vis de l’organisme comme un corps toxique. Les toxines, les venins, les alcaloïdes, poisons animaux, végétaux et même minéraux ont des actions voisines. Les phénomènes qui suivent leur introduction dans 1 organisme, symptômes aigus ou chroniques, nerveux, circulatoires, dyspnée, altérations du foie, du rein, etc., sont sinon semblables, du moins très analogues. Ces substances, injectées à petites doses et d une façon répétée, produisent souvent une immunité aussi parfaite qu’une infection, parfois même plus complète, et si tous les toxiques ne sont pas capables de déterminer une immunité vraie ; ils occasionnent pour la plupart des réactions de l’organisme qui font que son état vis-à-vis du toxique n’est plus le même, par exemple à la quatrième ou cinquième tentative d'intoxication qu’à la première. Les cellules peu à peu sont devenues plus résistantes en présence du poison; il s’est fait un état d'assuétude, d'accoutumance.

L’économie se défend également contre les produits toxiques nés dans l’intimité de ses tissus, et elle lutte contre l’auto-intoxication ; elle fabrique vis-à-vis dessubstances qui peuvent lui nuire, d’autres substances antagonistes. M. Bouchard a noté que les urines du sommeil sont surtout convulsivantes et que celles de la veille son! narcotiques et le mélange des deux est moins toxique que chacune déliés séparément. Le loie neutralise à lui seul une grande partie des poisons mis en liberté dans les actes de la nutrition.

L organisme, exposé aux coups d’un produit toxique, ne devient

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pas toujours plus résistant à mesure que les essais d'intoxications se multiplient; il devient parfois plus sensible aux poisons et liichet qui a étudié ce phénomène l’a désigné sous le nom d'anaphylaxie.

Un certain nombre d’intoxications modifient profondément la nutrition, changent d’une façon durable l’activité des cellules cl peuvent occasionner la goutte, l’obésité, le diabète.

Le plomb, parmi les nombreux méfaits qui lui sont attribuables, pervertit la nutrition et crée une forme de goutle très voisine de la goutte héréditaire, la goutte saturnine.

L’alcooi. a donné lieu à bien des discussions au sujet de ses rapports avec la nutrition.

Strassmann, expérimentant sur des chiens de même portée, les met tous au même régime, à une alimentation suffisante, mais il donne aux uns de l’alcool et n’en donne pas aux autres ; il voit que la quantité de graisse retirée du corps de ceux qui ont ingéré de l’alcool est de plus du double supérieure à celle qui est extraite du corps d’un témoin.

L alcool a été brûlé et a servi à économiser de la graisse et des hydrates de carbone qui ont été mis en réserve, peut-être a-t-il agi aussi en modifiant la nutrition par une action toxique spéciale ; cependant, on a démontré qu’il n'augmente ni ne diminue l’intensité des combustions de l’économie.

Il importe de remarquer que ces expériences n’ayant qu'une durée relativement courte, les phénomènes sont peut-être différents quand 1 intoxication se prolonge pendant très longtemps.

Si l’alcool provoque l’engraissement quand la ration alimentaire est par elle-même suffisante, il n’en est plus de même quand, dans une ration, exactement suffisante, on substitue une quantité d’alcool à un poids isodyname d’aliments (recherches de Stammreich, Mi ura, au laboratoire de von Noorden), l’organisme brûle alors ses réserves d’albumine, et la consomption commence. Lucien bamus a montré que les lésions des organes provoquées par l’administration d’absinthe à des chiens sont infiniment moins marquées chez les animaux qui reçoivent en même temps que l’absinthe une alimentation carnée abondante que chez ceux qui sont nourris insuffisamment. 11 a noté d’autre part que les chiens mis au jeûne hydrique et recevant de l’alcool survivent à ceux qui sont à l’inanition complète.

( )n sait que les alcooliques deviennent assez souvent obèses. Quel est exactement îe mécanisme de cette obésité? Il est vraisemblablement complexe et la modification delà nutrition par le loxiquedoilentrer en ligne de compte, car la simple cessation de l'alcool ne sufütpas dans

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tous les casa déterminer l’amaigrissement; l’organisme lentement s’est habitué à élaborer la matière différemment du mode normal. En tous les cas, ce qui est certain, c’est que l’alcool pris en abondance a un effet désastreux chez les individus qui ont une alimentation insuffisante qualitativement et quantitativement.

D’autre part, l’alcool agit d’une façon défavorable sur plusieurs variétés de cellules de l’organisme et les lésions qu’il détermine dans le tube digestif, le foie, le système nerveux suffisent aie faire rejeter comme aliment malgré sa valeur nutritive.

Sans doute l’alcool pris en petite quantité, sous forme de boissons légèrement alcoolisées, peut entrer longtemps sans aucun inconvénient appréciable dans l'alimentation, mais pour que l’alcool devienne un aliment, pour qu’il puisse apporter un nombre de calories important dans une ration alimentaire, il est nécessaire qu’il soit pris en telle quantité qu’alors sa toxicité ne peut plus èlre négligée.

Troubles de la nutrition dans les autres maladies.

En dehors des infections ou des intoxications, bien des maladies modifient la nutrition ; elle est modifiée dans les atteintes graves du cœur et des vaisseaux par mauvaise irrigation, elle est troublée dans les altérations du sang, dans les maladies du poumon, par insuffilisance de l’hématose ; elle est modifiée dans les maladies du tube digestif et de ses annexes, du foie et du pancréas principalement ; les atteintes du système nerveux la font également varier.

Le cancer (voir 2e partie) est une des maladies générales qui troublent le plus profondément la nutrition ; les urines des cancéreux sont souvent hypertoxiques et elles deviennent moins toxiques au cours d’accidents comateux qui ont été attribués à des produits toxiques fabriqués par la tumeur. Bard considère la cachexie des cancéreux comme une sorte d’auto-intoxication due à la sécrétion des sucs cancéreux.

Nous ne pouvons passer en revue toutes les modifications delanutrition qui surviennent au cours des différentes maladies, ces troubles sont décrits en pathologie spéciale à chacune de ces affections et plusieurs d’entre eux ont été déjà signalés à l’occasion des insuffisances des grandes fonctions.

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