IV. — TROUBLES DE LA CALORIFICATION
La température du corps oscille normalement dans des limites assez faibles ; elle varie quelque peu suivant la région où elle est enregistrée (aisselle, bouche, rectum), mais chez l’homme sain elle ne s’éloigne guère de 36° à 37',5. Les malades, au contraire, présentent des températures qui dépassent 40, 41° et qui peuvent descendre au-dessous de 36°. Quand la température est supérieure à la normale on dit qu’il y a hyperthermie; dans le second cas, il y a hypothermie.
HYPERTHERMIE ET FIÈVRE Définition de la fièvre.
Les deux termes, hyperthermie et fièvre, sont pratiquement pris comme synonymes, en réalité ils ne le sont pas; le mot hyperthermie indique un symptôme précis constatable au thermomètre, le mot lièvre répond à un ensemble de phénomènes assez complexes sur lesquels nous devons insister.
Il semble, à ne considérer que l’étymologie ( febris de çéoopa-, trembler), que cè qui a frappé tout d’abord dans la fièvre n'était qu’un phénomène accessoire, le tremblement, puis on ajouta comme élément capital de la fièvre l’élévation de la température (constatée seulement a la main, car 1 introduction (lu thermomètre en médecine est de date récente). Cette élévation thermique fut longtemps considérée comme le phénomène nécessaire et suffisant à l’existence de la fièvre ; mais il fallut par la suite faire une place à la fièvre sans hyperthermie, caractérisée par tous les signes ordinaires de la fièvre, moins 1 élévation «h' la température. A partir de ce moment on pensa que l’élément fondamental de la fièvre était l’exagération du processus protéolytique et non pas l’hyperthermie.
De plus, une série de signes qui appartiennent non à la fièvre elle-même, mais aux maladies qui la causent, sont venus s’ajouter aux descriptions de la fièvre et ont rendu une définition précise difficile, sinon impossible à établir.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE DE L'ORGANISME
La médecine est encombrée de vieux mots qui ont été déviés peu à peu de leur sens primitif et qu’on a voulu conserver quand même en les adaptant à des phénomènes nouvellement connus et souvent très différents de ceux qu’ils désignaient tout d’abord. Ainsi en ce qui concerne la lièvre, les auteurs anciens considèrent d’abord que le tremblement en est le caractère essentiel [febris, çÉSopa», trembler] (1), puis l’excès de température s’ajoute au tremblement et le supplante, puis les modifications de la nutrition sont reconnues et prennent la première place, etc. ; tous ces éléments réunis ou isolés, suivant les auteurs, constituent la fièvre. Le problème s'embrouille à tel point qu’on ne sait plus ce que c’est que la fièvre et qu’on en arrive à parler de pyrexies apyrétiques.
« Dans l’examen des doctrines pyrétogènes, dit M. Bouchard, on se heurte à chaque instant à des contradictions et je me vois réduit à cet aveu humiliant pour un professeur de pathologie générale : je ne sais pas ce que c’est que la fièvre. »
11 semble à l’heure’ actuelle que les caractères essentiels qu’on reconnaît le plus volontiers à la fièvre soient : 1° l’exagération des processus protéolytiques; 2° l’élévation delà température par trouble de l’appareil régulateur thermique.
Description clinique de la fièvre.
Bien des types cliniques de fièvre sont réalisés par les différents agents pathogènes et aussi parles différents individus, chacun de ces derniers réagissant à sa manière. Néanmoins, si l’on voulait avoir une idée des modalités cliniques de la fièvre, on les trouverait réunies pour la plupart dans l’étude du paludisme.
Dans cette maladie, en effet, on observe de la façon la plus nette, l’accès franc de fiè\ ce, cl la plus grande variété de types intermittents et même continus.
L'accès franc se compose de trois stades: phases de froid, de chaleur, de sueur.
Le stade de froid ou frisson est caractérisé par un frisson intense et un tremblement violent. Le malade a d’abord une sensation de froid avec cet aspect de la peau connu sous le nom de chair de poule, puis le tremblement commence.
La figure du malade est anxieuse, son pouls petit et rapide, ses extrémités froides, légèrement cyanosées, la peau est sèche.
Ce stade dure une ou deux heures.
(1) On donne encore l'étymologie suivante : nujs;i;
et febris (fervent; avoir Miaüd).
TROUBLES DE LA CALORIFICATION
Kn réalité, bien que le malade accuse' une sensation pénible de li'oid, sa température est déjà très élevée; elle a commencé à monter même avant le début clinique de l’accès.
Le stade de chaleur est annoncé par quelques bouffées de chaleur qui alternent parfois avec de petits frissons, puis le malade est incommodé par une sensation vive de chaleur, il se découvre la
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Fig. 128. — Courbe quotidienne de la -température rectale chez l’homme (d’après Th. Jurgensen).
Sur la ligne des abscisses sont indiquées les heures à partir de 1 heure du matin, sur les ordonnées les températures. Les points indiquent les températures prises.
Maximum : 37», 5 a 3, 6 et 7 h. du soir.
Minimum : 3(1°, 7 à A, 3 et 6 h. du matin.
Écart maximum entre les deux températures : 0°,S (Duval et,Gley).
poitrine, soit les bras de son lit ; sa peau est sèche et brûlante, il souffre de la soil, sa respiration est rapide ; à ce moment on peut observer du délire. Ce stade est d’une durée assez voisine du premier c'est-à-dire une ou deux heures.
Le stade de sueur est caractérisé par une détente, une sensation de soulagement ; la peau devient moite, la sécrétion sudorale est parfois même très abondante; la température baisse, le pouls devient meilleur et le malade s’endort. Ce stade de sueur dure de deux à quatre heures.
Cet accès de fièvre si net, le plus ordinairement dans le paludisme, ne lui est pas spécial, on le retrouve avec ses mêmes stades caractéristiques dans une affection très différente du paludisme, l’infection urinaire; il se montre avec une évolution assurément moins nette, H. Claude et J. Camus. — Pathologie générale. 37
PATHOLOGIE GÉNÉRALE DE L’ORGANISME
mais avec ses éléments essentiels dans un grand nombre de maladies.
Réapparition des accès. Types de fièvre. — Les accès ne se reproduisent pas chez tous les malades à une distance quelconque les uns des autres; leur réapparition se l'ait suivant certaines règles.
On distingue, suivant la durée de la période apyrétique : une lièvre intermittente quotidienne (fig. 130) caractérisée par des accès se reproduisant chaque jour à peu près à la même heure; une fièvre tierce ( I i g . 129) dans laquelle deux accès sont séparés par un jour de repos ; une fièvre quarte caractérisée par des accès survenant tous les trois jours, c'est-à-dire séparés par deux jours sans lièvre. Ces trois types
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Fig. 120. — Fièvre tierce. Paludisme Fis- 130. — Fièvres intermittentes
• (Palasne de Champeaux) . (Laveran et Teissier).
sont les plus fréquents, bien qu’il existe des lièvres quinlane. sexlane, septane.
Suivant l’heure d’apparition de deux accès qui se suivent, on a décrit une forme retardante et une forme anticipante.
Quand deux accès surviennent dans la même journée, on dit que la fièvre est doublée, la forme quotidienne, la forme tierce, la forme quarte peuvent être doublées, il y a alors deux accès au lieu d’un.
On appelle double-tierce , double-quarte des formes redoublées plus fréquentes que les formes doublées.
Dans la double -tierce (fig. 130), l’accès a lieu tous les jours, mais les deux accès qui se suivent ne se ressemblent pas, celui du troisième jour n'est pas le même que celui du second, mais il esl le même que celui du premier jour; celui du quatrième, différent de celui du troisième, est semblable à l’accès du deuxième jour.
TROUBLES DE LA CALORIFICATION
Dans la fièvre double-quarte (fig. 130) : l’accès du quatrième jour lessemble à celui du premier, et l accès du cinquième est le même que celui du deuxième, il y a ainsi deux jours d’accès et un jour d’apyrexie.
A côté de ces accès francs différemment groupés on observe des formes rémittentes (lig. 131) et des formes continues.
La lièvre rémittente est caractérisée par des paroxysmes plus ou moins marqués et des rémissions qui ne vont pas jusqu’au retour à la température normale.
Dans la forme continue il n’y a plus même apparence- d’accès.
Quelles que soient la nature, la durée de la lièvre, on peut toujours décrire une phase d’ascension, une phase d’état et une phase de descente.
La phase ascendante est encore appelée par Wunderlich stade pyrogénétique, elle peut être très lente et durer plusieurs jours, elle peut être très courte et c’est alors surtout qu'apparaît le frisson. Les maladies a début brusque, fièvres palustres, pneumonie, grippe, etc., s accompagnent surtout de frissons en raison de la brusquerie de leur début. La lièvre typhoïde, au contraire, qui s’installe insidieusement, ne détermine pas de frissons.
La phase d’état, ou mieux fastigium, correspon 1 à la période de lièvre où la température, après avoir atteint le maximum, se maintient à son voisinage. Ce stade dure quelques heures et même moins (paludisme) ou plusieursjours(pneumonie), plusieurs semaines i lièv re typhoïde).
Le plateau formé à ce moment par le tracé de la température n’est d’ailleurs pas forcément rectiligne et est modifié par des oscillations plus ou moins importantes.
580 PATHOLOGIE GÉNÉRALE L)E L’ORGANISME
À la lin do ce deuxième stade et lorsque la maladie se prolonge, on remarque parfois de grandes oscillations de la température qui répondent au stade amphibole de Wunderlich et s’observent surtout dans la lièvre typhoïde.
Fig. 132. — Fièvre récurrente Fig. 133. — Crise à la fin d'une
(Palasne de Champeaux). pneumonie (Palasne de Cham-
peaux).
La phase descendante est celle du retour à l’état normal. La chute de la température se fait soit brusquement d’un seul coup, tombant
de 40° au-dessous de 37° comme dans la pneumonie ou lentement suivant le mode dit en lysis. Dans ce cas la courbe s’abaisse peu à peu par petites oscillations, analogues, mais plus longtemps prolongées que celle de la phase initiale.
Fréquemment après la période fébrile la température tombe et sc maintient quelques jours au-dessous de la normale.
TROUBLES DF. LA CALORIFICATION
Parfois au cours do maladies touchant plus spécialement le système nerveux, méningites, tétanos, la température continue à monter après la mort.
Les oscillations de la température en règle générale sont caractérisées par une élévation vespérale et une rémission matinale; le contraire s’observe parfois et Traube a proposé d’appeler type inverse ce mode particulier de fièvre.
Sous le nom de fièvre hectique on a décrit une forme de fièvre rémittente dans laquelle les oscillations, très élevées d'une part, tombent d’autre part au-dessous de la normale ; cette forme s’observe dansles septicémies, les pyohémies, chez certains tuberculeux à la période des cavernes.
Wunderlich a établi un tableau qui indique le degré de la fièvre et qui est admis par beaucoup d’auteurs: