V. Homélies
L'œuvre homilétique de saint Jérôme a été mise en lumière par D. Morin, qui a pu éditer une centaine environ de ses discours sur les Psaumes, sur Isaïe, saint Marc, etc. Ces discours, d'un caractère tout familier, ont été tenus à Bethléem aux moines du monastère ou des monastères environnants, et commentent générclenient les passages lus dans l'assemblée liturgique. Les textes que nous en avons reproduisent des copies prises par des sténographes et non revues par l'auteur, ce qui en explique la forme négligée.
VL l^ettres.
Enfin saint Jérôme a été un épistolier remarquable
et fécond. On peut mcme dire que, de tous ses écrits, ses lettres sont la p&rtie la plus universellement lue et appréciée, la meilleure au point de vue littéraire. Plus écrivain qu'orateur, il exerçait son action surtout par la plume et, destinant souvent ses lettres à la publicité, il en soignait à la fois le fond et la forme. Lui-même en avait fait plusieurs recueils : lettres à Marcella, à Paula et à Eustochium, à d'autres encore. Nous en possédons actuellement cent vingt-cinq environ qu'Ebert partage en sept classes différentes : les lettres ordinaires ayant pour objet de donner ou de demander des nouvelles à ses amis ; les lettres de condoléance et de consolation, auxquelles se rattachent les notices nécrologiques; les lettres ascétiques, puis les lettres polémiques et d'apologie, enfin celles qui traitent de sujcîs scientifiques et théologiques, surtout de questions d'exégèse. Elles sont toutes instructives et intér.'Ssantés.
S 9. — Saint Augustin i.
Saint Augustin est né à Tagaste, petite ville de Numidie, le 13 novembre 354, d'un père païen, Patritius, et d'une mère chrétienne, Monique. Admirablement doué, il fît d'excellentes études à Tagaste d'abord, puis à Madaure, et enfin à Carthage en 371. A Carthage cependant, il contracta une liaison irrégulière qui dura seize ans et dont il eut Adéodat (372), et versa dans le manichéisme (374). Ses études achevées à dix-neuf an-;, il enseigna successivement à Tagaste et à Carthage et, en 383, s'embarqua pour l'Italie et pour Rome, où
1. OEuvres dans P. L., xxxii-xLvii. On signalera à l'occasion les éditions spéciales des ouvrages principaux. Voir Poujodlat, Histoire de S. Augustin, 7« édit., Paris, 1886. A. Hatzfeld, S. Augustin, Paris, 1897 (Les Saints). L. BEr.TRAND, S. Augustin, Paris, 1913. Id., Les plus belles ixiQcs de S. Augustin, Paris, 1914.
il obtint, par la protection du préfet Symmaque, une chaire de rhétorique à Milan (384). C'est là que la grâce l'attendait. A Milan, il entend saint Ambroise et confère parfois avec lui ; il lit quelques écrits néoplatoniciens traduits par Marius Victorinus ; la crise finale se produit au mois d'août 386; saint Augustin, converti, reçoit le baptême à Pâques 387 et, après la mort de sa mère, dont les larmes et les prières avaient obtenu son retour à Dieu, rentre en Afrique à l'automne de 388. Il séjourne quelque temps à Tagaste avec quelques amis ; puis, à l'occasion d'un voyage à Hippone en 491, est réclamé comme prêtre par la communauté chrétienne de cette ville et ordonné. Trois ans après, en 394 ou 395, il devient, par la consécration épiscopale, le coadjuteur de l'évêque Valère et, en 395 ou 396, son successeur sur le siège d'Hippone.
A partir de ce moment, sa vie fut toute partagée entre la lutte contre les hérétiques et les schismatiques du dehors, l'administration de son diocèse, l'instruction de son peuple, le soin de son clergé et, l'on peut dire, la sollicitude de l'Eglise entière. L'invasion des "Vandales mit le comble à ses travaux et à ses peines. Le 28 août 430, dans Hippone assiégée, Augustin rendait son âme à Dieu, au milieu des sentiments les plus vifs de pénitence. Il était dans sa soixante-seizième année.
Saint Augustin est le plus grand génie qu'ait possédé l'Église. Son intelligence, naturellement pénétrante, s'enfonçait avec aisance dans les problèmes les plus abstraits et les plus ardus, ou bien abordait sans effort les plus hautes considérations. Sa conception était vive, rapide, variée à l'infini, capable d'embrasser les sujets les plus dissemblables et de s'accommoder à tous . Il a été métaphysicien et psychologue, théologien et orateur, moraliste et historien ; il s'est appliqué à la
controverse et à l'exégèse, et il s'est occupé de nombres et d'esthétique, de musique et de grammaire : il a même cultivé la poésie. Aucun travail, semble-t-il, ne pouvait lasser cet infatigable esprit. Joignons à cette puissance intellectuelle une sensibilité exquise, un caractère généreux et sympathique toujours porté à l'indulgence et au pardon; une piété profonde, le don des larmes, celui de lire dans son âme — dans toutes les âmes — et d'en traduire excellemment les émotions les plus secrètes; puis un sens pratique et un art d'administrer les affaires et de conduire les hommes qu'on n'eût pas attendu de ce contemplatif et de ce philosophe. On comprend que la réunion de toutes ces qualités ait valu à saint Augustin, pendant sa vie, une notoriété et une considération exceptionnelles, après sa mort la plus grande autorité que l'Eglise ait jamais attachée au nom de l'un de ses docteurs. Et cette autorité a paru telle qu'elle n'a pas été invoquée seulement par les orthodoxes : les hétérodoxes aussi se sont efforcés de s'en prévaloir et d'abriter sous le patronage de l'évoque d'Ilippone leurs systèmes et leurs erreurs.
Cependant l'écrivain n'a pas été, chez Augustin, à la hauteur du penseur. Ce n'est pas qu'il ignore les règles de la composition et de l'art de bien dire, ayant été professeur d'éloquence. Son style est, comme sa pensée, noble, élevé, plein d'originalité, de variété, de mouvement et de vie. Mais il porte les marques de la décadence. On y trouve trop de subtilité et de pointes, d'antithèses recherchées, d'assonances voulues. L'auteur n'hésite pas d'ailleurs, quand il le croit utile à ses lecteurs ou à ses auditeurs, à parler le langage populaire et à paraître « barbare ». Sa règle suprême était toujours le bien des âmes.
Saint Augustin est l'auteur le plus fécond des Pères occidentaux. Lui-même, à la fin de sa vie, a fait, dans
ses Rétractations (vers 427) \ une revue de ses ouvrages qui en indique Toccasion et eu corrige les fautes surtout dogmatiques, et qui porte sur quatre-vingtquatorze écrits. Entre ces écrits il faut mettre à part et au premier rang les Confessions, en treize livres composés vers l'an 400, et dont les neuf premiers racontent la vie de l'auteur jusqu'à la mort de sa mère en 387^. Tout l'ouvrage est une efïusion de cœur au Dieu qui sait tout d'Augustin, et qui l'a ramené à la vérité et au bien. C'est des Confessions surtout qu'il est vrai de dire que l'auleur y a fait passer toute son âme, et que « sur telle ds ses pages il tombera toujours des larmes » (L. Duchhsniî).
Les autres écrits de saint Augustin peuvent se classer en ouvrages 1° philosophiques; 2° apologétiques; 3° exégétiqucs; 4° dogmatiques; 5° polémiques; 6" écrits de morale et de pastorale; 7° œuvres oratoires; 8° lettres et poésies.