‹ Précis de patrologieChapitre 104 sur 174 · I. Philosophie · texte numérisé non relu

I. Philosophie

Si l'on excepte un écrit De apto etpidchro, composé avant sa conversion et que nous n'avons plus, les ouvrages philosophiques de saint Augustin datent tous de la période qui précéda ou qui suivit immédiatement son baptême. Les conversations qu'il eul avec ses amis dans la retraite de Cassiciacum, pendant l'hiver de

\. Le mot Rélraclalions ne doit pas s'entendre ici au sens que nous lui donnerions aujourd'hui, mais au sens étymologique, traiter de nouveau, révision.

2. Le mot Confessions doit être entendu ici dans le sens de louanges [h Dieu) plutôt que dans celui d'aveux ou confidences. Éditions spéciales très nombreuses, par exemple P. Kaof.j.l, dans le Corp. script, eccles. latin., xxxiii. Tiaduct. franc,', de L. JIokkau, Paris, 1841 et de P. J.vNET, Paris, 1872. Voir C. Douais, Les Confessions de S. Augtislin, Paris, 1893.

3. Sur saint Augustin philosophe, voir J. F. Nouuisson, Laphilosophie de S. Augustin, 2" édit., Paris, 1866. Fekîiaz, De la psuchologie de S. Augustin, Paris, 18C2. L. Grandg.^or':k. S- Augustin et le néoplatonisme, Paris, 1896. J. Martin, S. Augimlin, Paris, l'JOl.

386-387, amenèrent la composition des trois livres Contre les Académiciens, qui établissent la possibilité d'atteindre la vérité ; du traité De la çie heureuse [De beata vita), qui prouve que le bonheur consiste dans la parfaite connaissance de Dieu; et du traité De l'or^ dre, qui traite de l'ordre divin du monde et aborde, sans l'approfondir encore, la question de l'origine du mal. Ces ouvrages sont en l'orme de dialogues. Ils se continuèrent par deux livres de Soliloques (authentiques), sur la recherche des vérités suprasensibles, auxquels l'auteur en ajouta un troisième à Milan, en 387, sous le titre De l'immortalité de l'âme. En même temps, il commençait, sur les sept arts libéraux, une suite d'écrits dont il reste seulement quelques extraits Sur la grammaire, et des ébauches sur la Dialectique [Principia dialeciicae) et la Rhétorique [Principia rhetoricae). Seul, le traité sur la Musique, ou du moins sur le Rythme {De musica lihri sex), est achevé. Si l'on ajoute à cela les deux dialogues sur l'immatérialité de l'âme [De quantitate animae) et Sur le maître, composés après Pâques 387, l'un à Rome, l'autre en Afrique, on aura la liste des œuvres philosophiques sûrement sorties de la plume d'Augustin. La pliilosophie qu'il y développe est généralement la doctrine du néoplatonisme, celle qui avait manifestement ses préférences comme la plus spiritualiste, et qu'il croyait la plus capable d'amener l'intelligence au christianisme ; mais il se garde d'ailleurs contre l'illuminisme qui était le péril de ce système, et contre les erreurs qu'on lui pouvait reprocher.

IL Apologie.

Le principal ouvrage d'apologétique de saint Augustin est son traité De la cité de Dieu\ son ouvrage le

i. Édit. spéciales de B. Dombart, 3» éd., Leipzig, d905-i908, et de C, HoFiwAKs dans le Co7'p. scr. eccl. lat., xi,, Wien, 4899-1900. Traduct.,

plus lu après les Confessions. La prise de Home par Alaric en 410 avait été l'occasion pour les païens de renouveler contre le christianisme l'accusation d'être la cause de la ruine de l'empire. Saint Augustin voulut çépondre à ce reproche, mais il élargit son sujet, et, en vingt-deux livres, écrits entre les années 413 et 426, il traita complètement des rapports du christianisme et du paganisme, et du plan divin dans la conduite des événements du monde. L'ouvrage se divise en deux parties : les dix premiers livres réfutent la croyance populaire que la prospérité des États est liée au culte polythéiste (i-v), et l'opinion des philosophes que ce même culte, bien compris, est nécessaire au bonheur de la vie future (vi-x). Dans la deuxième partie, qui comprend les douze derniers livres, l'auteur met en parallèle les deux cités, cité du bien, représentée par la vraie religion (monothéisme, judaïsme, christianisme), et cité du mal, représentée par l'erreur et le paganisme. Il les étudie dans leur origine (xi-xiv), leur développement et leurs progrès (xv-xviii) et dans la fin qui les attend (xix-xxii). Dans cet immense cadre l'auteur a fait entrer toute une théologie et toute une philosophie de l'histoire. L'idée générale est fortement conçue et les détails intéressants sont nombreux; mais, peut-être parce que l'auteur a mis treize ans à les composer, les divers livres de l'ouvrage ne sont pas rigoureusement enchaînés et sa présentent trop comme des dissertations indépendantes. Ce même défaut se retrouve d'ailleurs à l'intérieur de chaque livre, où abondent les digressions qui détournent du sujet principal et le font perdre de vue.

A côté de cette grande apologie de saint Augustin, nommons deux autres de ses écrits qui poursuivent

franc, de L. Moreau, Paris, 1813 et 1846, Voir G. Boissier, La fin du, po ganisme, ii, 339-390,

un but analogue : une dissertation contre la divination païenne, De divinatione daemonum (406-411), et un traité ou sermon Contre les juifs.

Page 1