V. Polémique
Les écrits dogmatiques de S. Augustin se continuent par ses écrits polémiques, puisque ceux-ci ont, en définitive, le dogme pour objet, et que c'est en bataillant contre les schismatiques et les hérétiques que l'évêquc d'Hippone a précisément émis ses idées les plus neuves et les plus fécondes pour la théologie de l'avenir. Manichéisme, priscillianisme, donatisme, pélagianisme, arianisme, Augustin a combattu toutes les erreurs de son temps, tantôt renforçant contre elles des réfutations déjà anciennes, tantôt créant presque de toutes pièces — contre le pélagianisme par exemple — l'arsenal des armes à leur opposer, mais toujours maintenant la
■1. Edit. spéciales de J. B. Fauke, reprise par P*ssagha, Naples, 1847, et de Krabinger, Tubingue, 1861.
discussion à cette hauteur impersonnelle d'où elle ne doit pas descendre et où elle ne se passionne que pour la vérité.
Mettons d'abord à part le traité Des hérésies, écrit vers 428, et qui est surtout historique.
Contre les manichéens', les premiers qui attirèrent son attention, saint Augustin écrivit une- douzaine d'ouvrages dans lesquels il réfutait leurs principes et dévoilait l'immoralité réelle de leur vie : Des mœurs de l'Eglise catholique et des mœurs des manichéens^ en deux livres publiés vers 389; Du libre arbitre, en trois livres publiés vers 395; De la vraie religion (390); De l'utilité de croire, à Honorât (391) ; Des deux âmes, contre les manichéens (391) ; Actes ou Discussion contre le manichéen Fortunat (392); Contre Adimantus, disciple de Manès (vers 394) ; Contre l'épître de Manès qu'on appelle du Fondement (396-397); Contre Fauste le manichéen, en trente-trois livres, l'ouvrage le plus étendu de tous (vers 400); Actes (de la discussion) avec Félix le manichéen, en deux livres (404); De la nature du bien contre les manichéens (après 404); Contre Secundinus le manichéen (vers 405), petit ouvrage achevé. On a signalé ci- dessus, à l'exégèse, le commentaire de la Genèse contre les manichéens ; et ce sont encore eux qui sont visés dans le Contra adversarium Legis et prophetarum (420), où saint Augustin réfute l'erreur qui attribue au diable l'origine de l'Ancien Testament. — Quant aux priscillianistes, avec qui l'évêque d'Hippone ne fut pas en rapport direct, il écrivit seulement contre eux un Livre à Orose contre les priscillianistes et les origénistes (415).
Avec les donatistes, le sujet de la controverse descendait des hauteurs de la métaphysique aux questions
1. Voir C. Douais, Sainl Axigusttn contre le manichéisme de son temps, Paris, 1893.
plus positives de la sainteté de l'Eglise et de la valeur des sacrements administrés par les pécheurs notoires. Saint Augustin trouvait le parti donatiste fortement organisé : il l'attaqua résolument et eut la joie, avant sa mort, de le voir sensiblement décliner. Nous possédons de lui, contre le schisme, onze ouvrages : Psaume contre le parti de Donat (393), psaume abécédaire, en style populaire, destiné à être chanté dans l'église^ ; Contre l'épitre de Parinénien (vers 400) ; Du baptême contre les donatistes (vers 400) en sept livres, très important; Contre les lettres de Pêtilien le donatiste (400-402) en trois livres, important aussi; Contre le grammairien Cresconius (vers 406), en quatre livres. Vers 410, Augustin donne Du baptême unique contre Pêtilien; en 411, l'abrégé des actes de la conférence de Cartilage, Breviculus collationis cum donatistis ; en 412, Aux Donatistes, après la conférence. Mentionnons enfin un Sermon au peuple de l'Eglise de Césarée; une relation de ce qui s'est passé entre lui et l'évêque Emeritus [Degestis cum Emerito caesareensi donatistarum episcopo, 418), et deux livres Contre Gaudentius évêque des donatistes (vers 420). Huit autres ouvrages contre le schisme, dont nous connaissons les titres, sont perdus.
Contre le pélagianisme, la plus récente des erreurs qu'il ait eu à combattre, puisqu'elle est née de son temps, saint Augustin a dirigé une quinzaine d'écrits : en 412, De peccatorum meritis et remissione, ouvrage classique, puis De Vesprit et de la lettre; en 415, De la nature et de la grâce, contre Pelage ; en 415 encore, Liber de perfectione justitiae hominis, contre Celés tins; en 417, De gestis Pelagii, important pour l'histoire ; en 418, les deux livres De la grâce du Christ et
I. Voir C. Daux, Chant abécédaire de saint Augustin contre les donatistes, Arras, 1905.
du péché originel; en 419, les deux livres Z)cs noces et de la concupiscence; et cette même année encore les quatre livres De l'âme et de son origine; en 420 environ, quatre livres Contre deux lettres des pélagiens ; en 421 ou peu après, six livres Contre Julien. Puis, ^omme des diiïicultés sur sa doctrine troublaient les moines d'Adrumète, il leur adresse, en 426 ou 427, le traité De la grâce et du libre arbitre et celui De la correction et de la grâce, un des écrits où il a poussé le plus loin son système. Ajoutons-y, en 428-429, les deux ouvrages, qui d'abord n'en faisaient qu'un, De la prédestination des s>aifits et Du don de laperséç'érance, envoyés à Prosper et à îlilaire, et enfin une seconde réponse à Julien d'Eclane qui est restée inachevée, Contra Julianum opus imperfectum (429-430).
Quant à l'arianisme, saint Augustin l'a combattu indirectement par son beau traité De la Trinité, déjà mentionné. Il l'a combattu aussi directement, en réfutant un manuel de théologie arienne dans son Contra sermonem arianorum libc^' unus (418), et en publiant sa réponse à l'évêque arien Maximin, Contra Maximinum haereticuin, arianorum episcopum (427 ou 428).