P. L., XXXI
5. OEuvres dans P. L., xlviii. L'édition est défectueuse, mais il n'en existe pas de meilleure.
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probablement à Rome lorsque, en 418, il adressa à saint Augustin deux ouvrages que nous n'avons plus. En 429, il est à Constantinople, où il écoute Nestorius et recueille ses sermons. C'est là, selon toute apparence, qu'il passa le reste de sa vie, simple laïque ou du moins dans les rangs inférieurs du clergé, s'intéressant aux controverses et poursuivant de ses écrits les pélagiens et les nestoriens. Sa mort doit vraisemblablement se placer après le concile de Chalcédoine (451).
Mercator a laissé à la fois des ouvrages de son cru et des traductions latines de documents grecs, cellesci plus précieuses pour nous que ses écrits originaux, parce qu'elles ont conservé certaines pièces qui, autrement, auraient péri. Contre les pélagiens nous avons : 1° un Commonitorium supernomine Caeîeslii^ qui dénonçait l'bérésie de Julien, de Celés tius et de leurs fauteurs, venus à Constantinople : l'ouvrage, écrit d'abord en grec en 429, fut traduit en latin par l'auteur en 431 ; 2° un Liber subnotationum in verba Juliani (431 ou 432), réfutation des erreurs de l'évêque d'Eclane sur le péché originel et la vraie cause de la mort; 3° des traductions latines de divers opuscules concernant les pélagiens : on y trouve trois lettres do Nestorius au pape Célestin et à Celestius, quatre sermons de Nestorius contre le pélagianisme et des extraits du livre de Théodore de Mopsueste contre le péché originel. — Puis, contre Nestorius, nous pos-' sédons de Mercator : 1° une Epistola de discrimine inter haeresim Nestorii et dogmata Pauli Samosateniy Ebionis, Photini atque Marcelli, écrite en 429 ; 2" Nestorii blasphemiarum capitula XII, réfutation, écrite en 431, des douze contre-anathématismes que Nestorius avait opposés aux anathématismes de saint Cyrille ; 3° enfin des traductions latines de di
vers documents relatifs au nestorianisme, discours et lettres de Nestorius, discours de Proclus de Cyzique, lettres et opuscules de saint Cyrille, sixième session du concile d'Ephèse, extraits de Théodore de Mopsueste, etc. Dans ses traductions, Mercator vise surtout à une fidélité rigoureuse plus qu'à l'élégance et au beau style, dont il ne semble guère d'ailleurs avoir eu le secret.
Saint Prosper ^ vint au monde en Aquitaine, autour de l'an 390, et y fit des études sérieuses etcomplètes. En 429, on le trouve en Provence, en compagnie d'un nommé Hilaire, s'occupant, bien que simple laïque, des questions de la grâce, et se prenant, pour l'évéque d'Hippone et pour sa doctrine, d'une admiration qui ne se démentit jamais. C'est de là et à cette date que les deux amis écrivirent à saint Augustin chacun une lettre ^, pour l'informer de l'opposition que son enseignement rencontrait dans les monastères du sud de la Gaule — à Lérins et à Saint- Victor de Marseille, — et des erreurs (semi-pélagiennes) qui y avaient cours. En même temps, Prosper commençait, contre les pélagiens et ceux qu'on nomma plus tard semi-pélagiens, la campagne de plume, en prose et en vers, qui ne se termina qu'avec sa vie. Un voyage qu'il fit à Rome, en 430-431, dans l'intention de faire condamner les opposants par le pape Célestin, n'obtint qu'un demi-résultat. Revenu en Provence, il continua d'écrire et, dans son Contra collatoj-em, attaqua celui qu'il jugeait être la tête du parti adverse, Cassien. Puis la controverse parût s'assoupir. On pense, d'après Gennadius [Vir. ilL, 84), que lorsque saint Léon, élu pape (440),
1. OEuvres dans P., Lu. VoirL. Valeniin, Saint Prosper d'Aquitaine, rai'is, 1900. M. Jacquin, La. question de la prédestination aux F" et VI* sivcles, dans la Revue d'hiat. ecclésiastique, vu (190G), 269 et suiv.
2. Ce sont, eatie les lettres de S. Augustin, les lettres ccxxv (celle de Piospcr) et ccxxvi (celle d'Hilaire).
rentra de Gaule à Rome, Prosper l'accompagna et remplit à la chancellerie pontificale des fonctions importantes. Il y continua, en tout cas, ses études sur les œuvres de saint Augustin dont il donna encore des résumés doctrinaux. Sa mort est mise généralement aux environs de l'an 463.
Prosper était un esprit vraiment cultivé, vigoureux et précis — sermone scolasticus et adserlionibus nervosus, dit Gennadius, — dont le style a bénéficié encore de l'ardeur des convictions qui l'animaient. Cette ardeur a communiqué à ses compositions un mouvement et une vie que semblait exclure l'aridité des sujets qu'il traitait. Il ne faut chercher dans ses vers ni imagination ni poésie proprement dite, mais on y trouvera de la facilité, de l'élégance et un art peu commun déplier aux exigences du rythme les idées les plus abstraites. D'autre part, il a pénétré à fond dans la pensée de saint Augustin, et peut passer, dans l'ensemble, pour son meilleur interprète. C'est un théologien peu original, mais qui précisément n'a pas visé à l'être parce qu'il a voulu n'être qu'un écho de celui qui incarnait, à ses yeux, toute la théologie de la grâce.
On peut diviser en trois classes les ouvrages de saint Prosper.
La première et la principale comprend ses ouvrages de controverse contre le pélagianisme et le scmi-pélagianisme. Ce sont, à peu près par ordre de date : sa lettre à saint Augustin (ccxxv), écrite en 429; puis la Lettre à Rufin, le poème De ingratis [Des ennemis de la grâce) et les Epigrammata in obtreciatorem A ugustini, qui sont de 429 ou 430. Ensuite peut-être les Pro Augustino responsiones ad excerpta Genuensium, explications fournies à deux prêtres de Gênes sur neuf passages de saint Augustin ; puis les Pro Augustino responsiones ad capitula objectiotiuni Gallorum ca-
lumniantiurn, les Pro Augustino responsiones ad capitula objectionum vincentianaj'um, deux répliques à des libelles lancés par les moines provençaux, et VEpitaphe des hérésies nestorienne et pélagienne, écrites en 431-432. En 433-434, Prosper compose contre Cassien le De gratia Dei et libero arbitrio liber contra Collatorem. Plus tard, vers 450, il publie un recueil de 392 sentences extraites de saint Augustin et qui résument sa doctrine [Sententiarum ex operibus sancti Augustini delibatarum liber), et il présente encore une partie du même recueil sous la forme de distiques, Epigrammatum ex sententiis sancti Augustini liber. — Quant à l'ouvrage De vocatione omnium gentium qu'on a quelquefois attribué à saint Prosper, il n'est pas de lui, mais plutôt d'un augustinien modéré qui écrivait probablement entre les années 434-460, et qui a adouci, autant qu'il l'a pu, l'enseignement du maître.
La seconde classe des écrits de saint Prosper comprend une explication des cinquante et un derniers psaumes, c-cl, tirée des Enarrationes in psalmos de saint Augustin. Il est probable que le travail de l'auteur s'était étendu à tout le psautier et que les deux premiers tiers de l'ouvrage ont été perdus.
Enfin, il reste de saint Prosper une Chronique, qu'il semble avoir conduite d'abord jusqu'en 433, puis jusqu'en 445, puis, dans une dernière rédaction, jusqu'en 455. Pour les événements qui ont précédé l'année 378, elle résume, avec quelques additions et retouches, les chroniques d'Eusèbe et de saint Jérôme. Pour la période 379-455, c'est une œuvre originale et par là même précieuse surtout pour l'histoire ecclésiastique.
§ 11. — Les écrivains du sud de la Gaule. Cassien. fj'opposition aux doctrines de saint Augustin que
CRÉCIS DE PATKOLOGIE. 21
saint Prosper avait combattue avait son siège principal dans les deux monastères provençaux de Saint- Victor de Marseille et de Lérins. Là, on ne se contentait pas de prier : on étudiait et on écrivait aussi. De ces deux centres, du second surtout, sortit, au v* et au vi" siècle, toute une pléiade d'hommes et d'évêques non moins remarquables par leur science que par leur piété, et dont plusieurs ont laissé des ouvrages. L'un des plus connus est l'abbé de Saint- Victor, Jean Cassien^. Il était né, vers 360-370, en Scythie sur la rive droite du Bas-Danube, d'une famille chrétienne et aisée, et avait fait de bonnes études qu'il put encore compléter à Bethléem, où il passa deux ou trois ans (387-389) dans un monastère. Ses dix années suivantes s'écoulèrent à peu près complètement dans la Basse-Egypte : il en visita les solitaires et s'initia à leur doctrine et à leur vie. Vers l'an 400, on le trouve à Gonstantinople; il y est ordonné diacre par saint Ghrysostome, assiste à la disgrâce du grand archevêque et, en 405, vient à Rome porter à" Inno* cent P"" l'appel du clergé fidèle en faveur de l'exilé. S'il retourna à Gonstantinople, son séjour y fut de peu de durée. 11 revint à Rome, puis se fixa définitivement à Marseille (vers 410), oii il fonda, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes, deux monastères que sa direction fit prospérer. Sa mort se place en 435. Bien que la vie religieuse et cénobitique existât déjà en Gaule avant Gassien, l'impulsion décisive et les règles qu'il lui donna l'ont fait considérer comme le père du monachisme dans notre pays. Plusieurs Églises de Provence l'honorent comme un saint.
1. oeuvres dans P. L., xlix, l; meilleure édition par M. Petschenîg, dans Corp. script, eccl. lat., xiii, xvn, Vv'ien, 1896-1388. A'oir G. Abel, Sludien zu dem gaUischen Presbyier Joli. Cassianus, Municli, 1904. }. Lacgier, s. Jean Cassien et sa doctrine d« la gréce, Lyon, 1908.
LES ÉCKlVAIiSS DE L'OCCIDENT. 363
Il reste de Cassien trois ouvrages considérables,
Le premier en date, De institutis coenobiorum et de octo principalium vidorum remediis libri XII, fut écrit entre 419-426 à la demande de l'évêque d'Apt, Castor. Il traite, dans les livres i-iv, de l'habit et de la prière des moines et de la réception des novices; dans les livres v-xn, de la lutte contre les huit vices capitaux.
Le deuxième, Collationes summorum Patrum, est le plus connu des écrits de Cassien. Ces Conférences^ au nombre de vingt-quatre, rapportent les entretiens que Cassien et son ami Germain avaient eus en Egypte avec les principaux solitaires qui y habitaient. L'ouvrage se divise en trois parties, précédées chacune d'une préface, et publiées d'abord séparément. Les conférences i-x, achevées vers 426, sont adressées à Léonce, évêque de Fréjus et au moine Hellade; les conférences xi-xvii le sont à saint Honorât de Lérins et à Eucher, le futur évêque de Lyon : elles datent de 426; enfin les sept dernières conférences (xviii-xxiv) sont dédiées aux moines des îles d'Hyères (428). C'est dans ces entretiens, et surtout dans la conférence xiii, que Cassien laisse percer les erreurs semi-pélagiennes contre lesquelles saint Prosper s'éleva si vivement. Cette circonstance n'empêcha pas le succès du livre. Saint Eucher fit un extrait des Conférences comme des Institutions, et de bonne heure les deux ouvrages furent traduits en grec. Les Conférences, remarquait Cassien lui-même, complétaient les Institutions, cellesci traitant surtout de l'extérieur, celles-là de l'intérieur de la vie des moines.
Enfin, nous avons de l'abbé de Saint-Victor un troisième ouvrage, De l'incarnation du Seigneur, contre Nestorius, réfutation de l'hérésiarque écrite à la demande du diacre, plus tard pape Léon, en 430 ou
431, avant le concile d'Éphèse. Le traité, qui comprend sept livres, a naturellement été éclipsé par les réfutations de saint Cyrille venues après lui.
On a vu que plusieurs des conférences de Cassien sont dédiées à saint Honorât et à saint Eucher. Honorât est, au commencement du v® siècle, le fondateur du célèbre monastère de Lérins. En 426, il devint archevêque d'Arles, et mourut en 428 ou 429. Sa Règle et sa correspondance ne sont connues que par des citations fragmentaires. Saint Eucheu \ d'ubord moine à Lérins et à l'île Sainte-Marguerite après avoir quitté le monde vers 410, lut élevé, vers l'an 434, sur le siège de Lyon, et mourut vers l'an 450-455. Outre l'extrait des œuvres de Cassien dont il a été question ci-dessus, il a laissé une lettre à Hilaire De laude eremi, une autre à Valérien De contemptu mundi et saecularis philosophiae et, à ses deux fils, Veranus et Salonius, deux ouvrages destinés à leur faciliter l'intelligence de l'Ecriture : Formularum spiritalis intell igentiae ad Veranum liber unusj Instructionum ad Salonium libri duo. Il est probable qu'Eucher est aussi l'auteur du fameux récit du martyre de la Légion thébaine [Passio agauiiensium martyrum, sanctorum Mauricii etsociorum ejus). Quant à la collection de ses homélies, le travail reste à faire de démêler celles dont il est l'auteur de celles qu'on y a jointes. Tous les critiques ont loué en saint Eucher l'art diiTicile. de persuader et la pureté du style. — De ses deux fils, Salonius, évêque de Genève (ou de Vienne), a écrit des Explications mystiques sur les Proverbes et sur l'Ecclésiaste^.
1. Oliuvres dans P. L., i. Voir A. Mellier, De vita et scriptis S. Enchérit, Lugdun. episcopi, Lyon, -1878. A. Gouillouo, Saint Eucher et l'Eglise de Lyon au V' siècle, l>ynn, 1881.