P. L., LUI
Saint Honorât eut pour successeur, soit à Lérins, soit à Arles, saint Hilaire (-[-vers 449) ', esprit de haute distinction, qu'il avait conquis à la vie religieuse. On a de saint Hilaire une Vie de saint Honorât et une courte lettre à saint Euclier; mais son biographe lui attribue en outre des homélies, une explication du symbole, de nombreuses lettres et des vers. Ce biographe est, pense-t-on, Tévêque de Marseille appelé aussi Honorât (vers 492-496), auteur en plus de nombreuses homélies et de Vies édifiantes (perdues).
De Lérins encore sortit saint Loup, évêque de Troyes (427-479), dont la vaste correspondance a péri à peu près complètement 2. Mais à Lérins même a vécu et est mort (avant l'an 450) le moine Vincent, l'auteur du fameux Commoniio?^ium si connu des théologiens^. C'est en 434 que Vincent, qui s'était retiré du monde à Lérins, écrivit non pas un mais deux Qiommonitoria (notes consignées par écrit pour aider la mémoire), ne formant à vrai dire qu'un seul ouvrage, et destinés à fixer les règles à suivre par les catholiques pour discerner, quand surgissait une controverse, où se trouvait la vérité. Le premier Commonitorium indique comme règles de foi l'Ecriture et la tradition, et définit la vraie tradition quod ubique, quod semper, quod ah omnibus creditum est. Le second Commonitorium, dont on n'eut peut-être jamais qu'un résumé rédigé par l'auteur lui-même, faisait l'application de ces principes aux hérésies récentes, et notamment au nestorianisme. Ce petit livre, écrit en
2. p. L.,Lviii, 66-68. La lettre à saint Sidoine Apollinaire est apocryphe.
3. P. L., L, 637-686, et autres nombreuses éditions. Traduct. franc, avec introduction et notes critiques par P. dk I,Aiir,ioLLE, S. Vincent de Lérins, Paris, 1906 [La pensée chrétienne) . Voir A Loiiis, Etude sur S.
Vincent de Lérins et ses ouvrages, dans Revue du clergé français, n (1895).
366 PRÉCIS DE PAÏROLOGIE.
un style élégant et relativement pur, a obtenu auprès des controversistes le plus grand succès, encore qu'on ait contesté la parfaite justesse de quelques-unes de ses formules. 11 est probable que l'auteur professait sur la doctrine de la grâce de saint Augustin les idées de Cassien, et que l'augustinisme lui-même est visé aux chapitres 26 et 28 de son livre. Mais il n'est pas démontré que Vincent soit l'auteur des Ohjectiones Vincentîanae réfutées par saint Prosper.
Le m.onastère de Lérins devait encore donner, dans la suite, des écrivains remarquables : nous les retrouverons. Signalons seulement ici, avant de quitter le midi delà Gaule, deux autres écrivains de cette époque qui lui appartiennent : le ;prêtre et moine Evagrius (Gennadius, Vir. ill., 50), auteur de V Altercatio Simonis judaei et Theophili christiani, œuvre faite de morceaux empruntés (vers 440) ^ ; et l'évêque de Cemele (près de Nice), Valérien (milieu du V siècle), dont on a vingt homélies et une Epître aux moines^ de caractère ascétique 2.
§ 12. — Saint Léon et les écrivains d'Italie de 400 à 461.
Si l'on excepte le pape Damase dont on a signalé ci-dessus (p. 330) les compositions métriques, les papes de la période qui s'étend du concile ^e Nicée au pontificat de saint Léon n'ont guère laissé que des lettres. On en possède deux de Jules I" (327-352) ; treize de Libère (352-366), en y comprenant les quatre lettres relatives à sa « chute » et dont l'authenticité est contestée ; dix environ de Damase (366-384) ; six de Siri-
1. p. L., XX, 1165-1182, et E. Buatkk, dans Corp. script, eccl. lat., xlv, Wien, 1904.