‹ Précis de patrologieChapitre 115 sur 174 · DÉCADENCE ET FIN DE LA LITTÉRATURE PATRISTIQUE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE ET FIN DE LA LITTÉRATURE PATRISTIQUE

La période de trois siècles (461-750) où nons entrons maintenant dans ce Précis, a vu se produire dans la littérature chrétienne une décadence profonde. La cause en est sans doute et d'abord dans la moindre valeur des hommes qui s'y rencontrent, mais aussi et pour une bonne part dans l'état de trouble et d'incessantes révolutions qu'occasionnent dans l'Empire les invasions des barbares. En Orient, Perses et musulmans ravissent à la civilisation grecque d'immenses territoires. En Occident, Ostrogoths et Visigoths, Hérules, Francs, Lombards et Vandales établissent partout leur domination et s'emparent de Rome ellemême. Ajoutons que la controverse s'épuise ou se porte sur des sujets secondaires. Aux grands débats trinitaires et christologiques succèdent les disputes monothélites et du culte des images ; aux rudes affirmations de Pelage les atténuations semi-pélagiennes. Aussi la veine s'appauvrit-elle des créations originales, des œuvres vraiment personnelles et puissantes, de la grande et simple littérature. Ce n'est pas

que l'on ne trouve çà et là des écrivains qui émergent encore dans la foule, et qui peuvent revendiquer, auprès des plus grands, une place honorable. Le Pseudo- Aréopagite, Sévère le monophysite, Léonce de Byzance, saint Maxime, saint Jean Damascène, saint Fulgence sont des théologiens très bien armés; saint Germain de Constantinople et saint Césaire d'Arles sont d'éloquents homélistes; Evagrius continue heureusement la tradition historique d'Eusèbe et Grégoire de Tours raconte avec charme sinon toujours avec critique. La littérature ascétique est dignement représentée par saint Jean Climaque et saint Grégoire le Grand; le genre épistolaire par les lettres de saint Grégoire encore. Il est même un domaine, celui de la poésie liturgique, où des Grecs, comme Romanos le Mélode, ont surpassé les poètes plus anciens. Mais ce ne sont là que d'heureuses exceptions qui ne détruisent pas l'impression de l'ensemble. Il reste que l'âge est arrivé des Chaînes scripturaires, c'est-à-dire des commentaires faits de citations juxtaposées, des florilèges de textes théologiques, du plagiat oratoire et des chroniques arides. Cette décadence ne sera suivie, dans l'Eglise grecque, d'aucune réaction : dans ce grand corps, la vie théologique semblera éteinte pour longtemps. Dans l'Jiglise latine, la ruine sera aaoins profonde, et les éléments de la culture antique à la fois sacrée et profane ne seront pas perdus. Conservés par Boèce.Cassiodore et saint Isidore de Séville dans leurs compilations, ils germeront un jour comme des semences d'où s'élèvera une nouvelle moisson.

Page 1