LES GRECS
SI. — Écrivains hétérodoxes. Sévère d'Antioche.
Quatre hérésies surtout ont troublé, pendant la période que nous étudions, l'Église grecque : le nestorianisme, le monophysisme, le monothélisme et Terreur iconoclaste. Mais la première, exilée d'abord à Edesse, puis chassée de l'empire en 457 et 489, n'est guère plus représentée que par des auteurs de langue syriaque. Photius a seulement signalé {cod. 42 et 107) un prêtre nestorien d'Antioche, Basile de Cilicie (première moitié du vi« siècle), qui écrivit, en trois livres, une histoire commençant avec le règne de Marcien (450) et se poursuivant jusqu'à la fin du règne de Justin (527) et, en seize livres, un ouvrage d'invectives et de controverse contre Jean de Scythopolis ^ : le tout<î est perdu. D'autre part, les premiers adversaires des images ne paraissent pas avoir écrit. Nous n'aurons donc à parler ici que des écrivains grecs monophysites et monothélithes.
Parmi les monophysites eux-mêmes, il faut distin-
\. Sur tout ce chapitre on peut voir J. Pargoire, L'Église byzantine de 527 à 847, Paris, 1905.
2. Photius soupçonne (cod. 93) qu'il était aussi l'auteur d'un ouvrage Contre Nestorius, réfuté par Jean de Scythopolis; mais cela paraît bien invraisemblable, puisque cet ouvrage soutenait le monophysismC;
guer avec soin le parti eiitychien^ qui admettait une sorte de fusion en une seule nature des deux éléments, divin et humain, qui composaient la personne de Jésus- Christ, et le parti proprement monophysite qui, tout en confessant la distinction réelle de ces éléments même après l'union, se refusait à dire « deux natures » et repoussait la terminologie et les décisions du concile de Chalcédoine.
L'eutychianisme avait sa source dans l'enseignement personnel d Eutychès, lequel avait déclaré, au concile de Constantinople de 448, qu'il ne regardait pas l'humanité de Jésus-Christ comme consubstantielle à la nôtre. Il ne semble pas qu'Eutychès ait écrit autre chose que quelques lettres. Plus tard, vers 515-519, un de ses partisans, Sergius le Grammairien, eut, avec Sévère d'Antioche, une discussion par correspondance dont les pièces existent encore, et à la fm de laquelle Sergius s'avoua vaincu^. Par contre, Sévère rencontra une absolue résistance dans un autre monophysite à tendance eutychienne, l'évèque d'Halicarnasse, Julien, chef des aphthartodocètes ou incorrupticoles, qui regardaient le corps de Jésus-Christ, même pendant sa vie mortelle, comme incorruptible et immuable dans ses éléments. La controverse commença avant 528. C'est dans des traductions syriaques surtout que se sont conservées les œuvres de Julien. Elles comprennent des lettres, un tome de discussions patristiques, des Additions, une Apologie, des traités notamment contre les eutychianistesetles manichéens, etc. Un commentaire sur Job, conservé en grec, n'a été édité complètement que dans une traduction latine ■^.
\. Voir J. Lebon, Le monophysisme sévêrien, Louvain, 1009, p. 463 et suiv. ; 538 et suiv.
2. Voir J. Lebon, Op. cit., p. 173 et suiv. et les références qu'il donne.
Cependant le parti eutychien ne comptait en somme que le plus petit nombre des adversaires du concile de Chalcédoine. Le gros de l'opposition était formé par le parti proprement monophysite. C'est là aussi que se trouvaient les meilleures têtes. Entre les écrivains qui l'ont illustré, il faut nommer le patriarche DioscouE, successeur de saint Cyrille à Alexandrie, déposé en 451 et mort en exil en 454 : on connaît de lui des lettres et fragments de lettres et peut-être six anathématismes contre le concile de Chalcédoine^; puis son successeur monophysite, Timothée JElvru [f vers 477), auteur de deux écrits contre le même concile et le tome de saint Léon, de lettres et d'un Licre de récits sur le& controverses du temps ^ ; puis un moine nommé Cyrus, signalé par Gennadius ( Vir. ilL, 81), auteur d'un ouvrage contre Nestorius ; — et enfin et surtout le patriarche d'Antioche, Sévère.
Sévère ^, né à Sozopolis en Pisidie, de parents païens, avait étudié à Alexandrie et à Beyrouth avant d'être baptisé à Tripoli en 488. Devenu moine à Maïouma près de Gaza et ordonné prêtre, il fait à Constantinople un premier séjour en 508-511, et est élevé par lesmonophysites sur le siège d'Antioche en 512. Mais il doit se retirer en Egypte en 518, à la suite du triomphe de l'orthodoxie sous l'empereur Justin. Justinien cepen-
Ëdition d'Origène par Génébrabd, Paris, 1574. H. Usener, AAetn. Muséum, N. F., LV (1900), 321-340.