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I. Nestoriens

En premier lieu, les nestoriens.

Le nestorianisme, pourchassé dans l'empire officiel, avait trouvé d'abord un refuge à Edesse, dont l'évéque Ibas (435-457), tout en blâmant ses excès, favorisait ses tendances. Ibas, comme Rabulas, écrivait dans les deux langues, grecque et syriaque, et les anciens connaissaient de lui, dans cette dernière langue, un commentaire sur les Proverbes, des homélies, des hymnes et un ouvrage de controverse. Mais, après la mort d'Ibas, ou même un peu plus tôt, en 449-450, une réaction orthodoxe força de s'exiler à Nisibe, en Perse, les professeurs nestoriens de recelé d'Edesse. Les plus connus d'entre eux sont Barsauma (Barsumas) et Narsès.

Barsauma devint évêque de Nisibe, et, à force de politique et d'énergie, parvint à faire accepter du roi de Perse, Péroz, le nestorianisme comme l'unique forme de christianisme tolérée dans l'Etat. Il mourut en 489. Outre des discours, des hymnes, des lettres et une liturgie, on lui doit les premiers statuts de l'École de

i. Édit. de W. WiuGHT, The Chronicle of Joshua the Stylite, Cambridge, 1882.

2. Éditée dans AssEMANi, Bibliotheca orient., i, 388-417; rééditée par L. Hallier, Texte und Untersuch., ix, \, Leipzig, 1892.

Nisibe, dont son successeur Osée ou Elisée donna une révision que nous avons encore * .

Narsès accompagna Barsauma à Nisibe et, pendant quarante-cinq ans — il mourut vers 502 — , dirigea l'école que Barsauma avait fondée. Ses ennemis le surnommaient le Lépreux; mais les nestoriens, admirateurs de ses œuvres, n'ont pas tari d'éloges pour celui qu'ils ont appelé « le Docteur admirable, la Langue de l'Orient, le Poète de la religion chrétienne, la Harpe de l'Esprit-Saint ». Narsès avait beaucoup écrit. L'historien littéraire Ebedjésu, dans son catalogue composé vers 1298, lui attribue trois cent soixante homélies métriques formant douze volumes, des commentaires sur diverses parties de l'Écriture, une liturgie, un exposé des mystères (eucharistiques) et du baptême et un livre intitulé De la corruption des mœurs. On a édité quelques hymnes et cantiques, une partie d'un poème sur Joseph, un certain nombre d'homélies, etc. ^. Son oeuvre est encore très imparfaitement connue.

Parmi les professeurs distingués que posséda, après Narsès, l'école de Nisibe, il faut citer Mar Aba, converti de la religion mazdéenne, qui étudia à Nisibe et à Édesse, revint professer à Nisibe et, en 536, occupa le siège de Séleucie jusqu'en 552. On lui attribue une version de l'Ancien Testament, des commentaires, des canons ecclésiastiques et lettres synodales, des homélies et des hymnes ^. — Il avait

1. ï. GuiDi, Gli Statuti délia scuola diNisibi, Rome, 1890.J.-B.Chadot, L'école de Nisibe, son histoire, ses statuts, dans le Journal de la Société asiatique, juillet-août 1896.

2. Voir les homélies de Narsès publiées par A. Misgana, Mossoul, 1903 ; H. CoNsoLLY. The lilurgical homilies of Narsai, Cambridge, 1909 {Texts and Studies, viir, 1). F. Martin, Narsès, Homélie sur les trois docteurs nestoriens {Journal de la Soc. asiatique, 1899).

3. Sa Vie a été publiée par le P. Bedjam, Histoire de Mar Jabalaha,

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eu lui-même à Edesse, pour maître de grec, Thomas d'Edesse, qui écrivait d'ailleurs en syriaque. D'après Ebedjésu, Thomas avait composé des traités sur la Nativité et l'Upiphanie de Notre-Seigneur, une épître contre les tons musicaux de la psalmodie, des sermons, des ouvrages contre les hérétiques et sur l'astrologie. On a conservé ses traités sur la naissance de Notre Seigneur et sur l'épiphanie \

Un autre professeur fameux de l'école de Nisibe est Henana d'Adiabène {f vers 590-596) qui attira près de lui les étudiants en foule, mais dont l'enseignement, jugé hérétique, troubla singulièrement l'église nestorienne. On l'accusait d'être chaldéen, origéniste et monophysite. En fait, il pensait, au point de vue christologique, comme les catholiques orthodoxes et admettait le péché originel; peut-être seulement s'était-il laissé gagner à certaines opinions d'Origène. Ses partisans furent anathématisés par un concile tenu en mai 596 sous le patriarche Sabriso. Il avait écrit de nombreux commentaires scripturaires où il s'inspirait de saint Chrysostome plutôt que de Théodore de Mopsueste, et avait publié, en 590, une révision des statuts de l'école de Nisibe.

Henana trouva un adversaire redoutable dans l'abbé du monastère d'Izla, Babaï le Grand (569-628). Babaï était à la fois un penseur et un homme d'action, d'une orthodoxie (nestorienne) farouche, énergique jusqu'à la dureté. Nommé, par les métropolitains du nord de la Perse, inspecteur des monastères, il rechercha avec soin les hérétiques hénaniens et s'opposa avec succès à leur propagande. En même temps.

de trois autres patriarches, etc., Paris, 1895. Voir J. Labourt, Le christianisme dans l'empire perse, Paris, 1904. p. 46^ ei suiv.

1. S. J.CARn, Thotnae Edesseni tractatus de nativitate Dominî nostri Christi, Romae, 1898.

il écrivait contre eux son traité De l'union (des deux natures en Jésus-Christ) et ses lettres au moine Joseph de Hazza, partisan de Henana. On lui doit encore un commentaire sur toute l'Écriture Sainte, des biographies de saints personnages et martyrs, des hymnes et des ouvrages d'ascétisme et de liturgie ^ .

Le zèle de Babaï n'empêcha pas cependant la conversion au catholicisme en 630 de l'évêque de Mahozé d'Arewan, Sahdona. Excommunié et déposé pour ce fait, Sahdona s'enfuit à Edesse, dont il devint évêque et où il prit le nom grec de Martyrius. Il reste de lui une biographie et une oraison funèbre de son maître Rabban Jacques et un traité ascétique De lu bonté de Dieu et des différentes vertus ^.

Citons enfin, pour terminer cette liste, un ascète célèbre, Isaac, qui, entre les années 660 et 680, devint pour quelques mois évêque de Ninive, puis se démit de sa charge et se retira dans la solitude où il mourut fort âgé. Son enseignement, qui se rapprochait probablement de celui des catholiques, avait donné lieu contre lui à des oppositions de la part de l'évêque Daniel de Beit-Garmaï. Isaac fut un écrivain extrêmement fécond. Ses oeuvres, d'après Ebedjésu, comprenaient sept volumes : elles avaient trait surtout à la vie ascétique. Une traduction arabe en fut faite qui est divisée en quatre volumes, et on en fit encore une version éthiopienne et une version grecque. On en a publié certaines parties '.

1. M. Labourt, Op. cit., p. 280 et suiv., a donné des citations du traité De l'union.

2. Voir H. GoussEN, Martyrius Sahdona' s Leben und Werke, Leipzig, (897 ; et l'édition des œuvres de Sahdona par le P. Bf.djan, Leipzig,

3. Voir ,I.-B. Chabot, De S. Isaaci ninivitae vita, scriptis et docirina, Louvain, 1892. Zisgeri.e, Monumenla syriaca, Inspriick, 1869, i, p. 97- 101. Voir aussi P. G., i.wxvi, 1, 79i)-888 (sous le nom d'isaac d'Autioche).

il. Monophy sites.

Quel que fût le talent de plusieurs des écrivains nestoriens, ils restèrent cependant inférieurs, dans l'ensemble, aux écrivains monophysites. Ceux-ci généralement sont d'ailleurs mieux connus. Au premier rang, on peut nommer Jacques de Saroug, né à Kourtam sur TEuphrate, d'abord chorévêque de Haura, puis, en 519, évêque de Batnan au district de Saroug, et mort deux ans après en 521. Il consacra entièrement à l'étude une vie que ni les polémiques ni les persécutions ne troublèrent. Son héritage littéraire extrêmement riche comprend : — en prose, des lettres en grand nombre, « une liturgie, un ordre du baptême, six homélies festales, des sermons sur les péchés, sur le vendredi de la troisième semaine du carême et sur la Pâque, des oraisons funèbres et une Vie de M*ar Hannina » ; — en vej-s, des homélies métriques que Barhébraeus dit avoir été au nombre de sept cent soixante, et dont la moitié à peine nous est parvenue avec des remaniements qui ont introduit beaucoup de variantes dans le texte. Ce sont ces homélies surtout qui ont valu à leur auteur les titres de « Flûte du Saint-Esprit » et de « Harpe de l'Eglise orthodoxe » dont l'ont salué ses admirateurs monophysites. Jacques de Saroug est, en fait, un des meilleurs écrivains de langue syriaque ^ .

Il eut cependant, en prose, son égal ou même son supérieur dans l'évêque Philoxène de Mabboug, dont l'existence fut aussi agitée que celle de Jacques avait

1. Voir J.-B. ÂRELoos, De vita et scriptis S. Jacobi Balnarum Sarugî in Mesopotamia episcopi, Louvain, 1857. P. Martin, Correspondance de Jacques de Saroug avec les moines du couvent de Mar Bassus {Zeitschr. der deutsch. morgenl. Gesellschaft, xxx (1876), p. 217 et suiv. Ce qui a été édité des œuvres de Jacques de Saroug est dispersé dans une foule d'ouvrageset de revuesqu'il est impossible d'indiquer ici. VoirR. DuvAti La littérature r.yriaque, pages 353-355 surtout.

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été calme. Philoxène (en syriaque Aksenâyâ) était né en Perse dans le Beit-Garmaï, et étudia à Edesse sous Ibas. Mais, au lieu d'embrasser le nestorianisme, il en prit le contre-pied, fut nommé, en 485, évêque de Mabboug près de l'Euplirate par Pierre le Foulon, et passa sa vie à intriguer et à batailler, dans le camp de Sévère d'Antioclie, pour la doctrine de l'unique nature en Jésus-C4hrist. Banni par l'empereur Justin 1 en 518, il mourut en Paphlagonie vers l'an 523. 11 n'a laissé, en vers, qu'une hymne sur la Nativité de Notre Seigneur; mais ses œuvres en prose sont importantes. On connaît et on possède de lui, du moins en partie, un commentaire sur les évangiles, treize homélies morales et ascétiques Sur la correction des mœurs, trois liturgies, un ordre du baptême et des prières eucharistiques, des traités sur la Trinité et l'Incarnation, plusieurs ouvrages de polémique, des discours, des règles monastiques, de nombreuses lettres ^ . Quant à la version du Nouveau Testament à laquelle il a donné son nom et qui parut en 508, elle n'est pas de lui mais a été faite pour lui par son chorévêque Polycarpe^. Amis et adversaires s'accordent pour louer en Philoxène la pureté, la force et l'élégance du style.

Or, entre les lettres de Philoxène, nous en trouvons une dirigée contre un moine qui, du monophysisme, avait glissé dans le panthéisme : c'est le fameux

1. Voir l'article d'E. Venable dans Dict. of christ. Biogr., Philoxe- Nus (4), et A. Vasch.vlde, Three letters of Philoxenus, Roma, 1902. Les principales publications des œuvres de Pliiloxène sont: W. Budce, The discourses of Philoxenus, Londres, 1894. I. Gcidi, La lettera di Filosseno aimonacidi Tell Adda, Roma, 1886. A. Vaschalde, Op. cit., et Philoxeni Mabbugensis Tract, de Trinit. et Incarn. (Corpus script, christ, oriental., série 2, tom. xxvii, Paris, 1907. M. BRiÉnE, Pair, or., xv

-2. Voir I. GwYN dans Dict. of christ. Biog., art. Polycarpus (5). J. Le- BON, La version philoxénienne de la Bible dans Revue d'hist. eccles., XII (1911).

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Etienne Bar Soudaïli, né dans la deuxième moitié du V* siècle à Edesse. Combattu par Jacques de Saroug et par Philoxène, chassé de l'Eglise pour ses erreurs, il se retira à Jérusalem où il trouva des moines origénistes partageant ses idées. Des ouvrages qui lui sont atti'ibués, le plus connu est le Livre d'Biérotkée, commenté par le patriarche Théodose (887-896) et Barhébraeus, et dont le titre semble emprunté aux indications du Pseudo- Aréopagite sur son maître Hiérothée * .

A côté de Philoxène on peut nommer Jean bar Cursus, de même nuance doctrinale que lui, évèque de Telia en 519, expulsé de son siège en 521, et mort en 538, 11 est auteur d'un commentaire sur le Trisagion, d'une profession de foi aux couvents de son diocèse et , de canons pour les clercs. On a édité ses réponses aux questions du prêtre Sergius ^.

Jean put connaître à Telia Jacques Baradée qui y était né à la fin du v° siècle, et qui fut le grand réorganisateur, en Syrie et en Asie Mineure, de l'Eglise monophysite menacée de ruine par les rigueurs impériales. Consacré évêque d'Edesse vers 543, mais en réalité avec une autorité universelle, Jacques, infatigablement, parcourut les deux grandes provinces confiées à ses soins et y releva partout son parti abattu. C'est de son nom que l'Eglise monophysite s'est appelée /«coiz7e. Il mourut en 578. Jacques Baradée a peu écrit, et c'est plutôt pour sa notoriété que pour ses ouvrages que nous l'avons signalé ici. Mais il eut pour ami et fit nommer évêque d'Ephèse l'historien le plus important de cette époque, Jean d'Asie. Celui-ci était né à Amid, au commencement du vi® siècle.

1. Voir J. Frothingam, Stephen bar Sudaili, the syrian mystic, and theBookofHierotheos, Leyde, 1886.

2. Th. J. Iamy, Dissertatio de Syrorum fide et disciplina in re eucharistica, Louvain, 1839.

D'abord diacre au couvent de Saint-Jean en 529, il dut fuir la persécution de l'évêque d'Antioche et se retira à Constantinople. Justinien l'y accueillit avec faveur et le chargea de différentes missions dont il s'acquitta avec succès. Ce fut la période la plus heureuse de son existence. Après la mort de Justinien (565), il eut à souffrir cruellement de l'animosité des patriarches de Constantinople, Jean III le Scolastique et Eutychius. Sa vie ne dut pas se prolonger beaucoup au delà de 585. Jean d'Asie ou Jean d'Ephèse, comme on le nomme souvent, a écrit et réuni, vers l'an 569. une collection des Vies des bienheureux orientaux : ces bienheureux sont tous des monophysites contemporains de l'auteur et leurs Vies sont pour nous du plus haut intérêt. Mais il a écrit de plus une précieuse Histoire ecclésiastique. Cet ouvrage comprenait originairement trois parties. La première, qui commençait à Jules César, est entièrement perdue. On a, dans les manuscrits, des fragments considérables de la deuxième qui finit en 572, et l'on croit d'ailleurs qu'elle a été littéralement et intégralement reproduite dans la Chronique attribuée à Denys de Tellmahré et qui est l'œuvre d'un moine écrivant vers 775. La troisième partie, qui va jusqu'en 585, s'est conservée avec de nombreuses et importantes lacunes^. Cette Histoire est une source de premier ordre pour la connaissance des vicissitudes de l'Eglise jacobite au vi* siècle. L'auteur, bien que monophysite déclaré, s'y montre généralement impartial et soucieux de la vérité. 11 règne seulement, comme il l'avoue

1. Voir J. P. N. Land, Johannes, Bischof von Ephesus, Leydo, 1856. Les Vies des bienheureux sont imprimées dans Land, Anecdota syriaca, n, Leyde, 18t»8, p. 2-288. M. F. Nau a donné, dans le Supplément de l'Orient chrétien, 1897, p. 33 el suiv., une analyse de la deuxième partie de ï'Histoire, dont Land avait déjà publié certains fragments, loc. cit., '289-329, 363 et 385-391. La trolbième partie a été éditée par w. Curetok, Oxford, 1833, et traduite en anglais par P. SMrrnen 1860 et en allemand

par SCHOENFELDER CU 1862.

lui-même, beaucoup de confusion dans sa rédaction par suite des difficultés matérielles au milieu desquelles il écrivait. Malgré cela et malgré leur diffusion, ses récits, bien vivants pour les faits dont il a été témoin, ne laissent pas que d'impressionner et de captiver le lecteur.

On doit à Paul, évêque de Telia en Syrie, une traduction des Septante d'après les Hexaples d'Origène, composée en 616-617 : c'est ce que l'on nomme YHexaplaire syriaque, qui jouit pendant un certain temps d'une grande notoriété. Elle ne nous est pas parvenue intégralement, et on en a édité seulement quelques parties'. Plus importante, au point de vue de la critique textuelle, est la révision de la version philoxénienne du Nouveau Testament que fit en 616 Thomas d'Héracljée ancien évêque de Mabboug'-^. Malheureusement, il règne beaucoup d'incertitude sur l'identification de son travail dans les manuscrits.

Nous arrivons enfin à deux écrivains dont le premier surtout jeta sur les lettres syriaques le plus vif éclat, Jacques d'Edesse et Georges, évêque des Arabes. Jacques, né à Endêba vers 640, avait étudié au couvent de Kennesré et à Alexandrie. Nommé évêque d'Edesse probablement en 684, il abandonna son siège en 688, professa en divers monastères et, en 708, revint à Edesse. Mais ce fut pour quatre mois seulement : il mourut le 5 juin 708. Jacques fut une sorte d'encyclopédiste qui cultiva toutes les branches de la science sacrée, bon écrivain d'ailleurs et possédant parfaite-

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