‹ Précis de patrologieChapitre 14 sur 174 · PtiiL.vsTP.ius, Haer., 33; S. Epiphane, llaer., xxv-xxvi · texte numérisé non relu

PtiiL.vsTP.ius, Haer., 33; S. Epiphane, llaer., xxv-xxvi

représentée d'abord par trois grands chefs d'école, Basilide, Valentin et Carpocrate, puis par une multitude de sectes acéphales mal définies, auxquelles on a donné le nom générique à'Ophites.

A, — Basilide a enseigné à Alexandrie, entre les années 120 et 140, une doctrine qu'il aurait, d après les basilidiens, reçue d'un certain Glaukias, interprète de saint Pierre. 11 eut un fils, nommé Isidore, qui, après lui, continua son enseignement. On attribue h Basilide un Evangile, des Commentaires en 23 ou 24 livres sur cet évangile, commentaires dont il reste des citations, et enfin des odes mentionnées par le fragment de Muratori et Origène. De son fils Isidore on signale trois ouvrages : un écrit Sur la seconde d;ne(n£pi7rpo(jcpuou(;4'uxîi;1. c'est-à-dire sur l'âmepassionnelle de l'homme; des Ethiques, et enfin des Commentaires du prophète Parchor qui comptaient au moins deux livres.

B. — La secte valentinienne est la plus considérable et la mieux connue des sectes gnostiques. Valentin lui-même était originaire d'Egypte, et prétendait avoir eu pour maître un certain Théodas, disciple personnel de saint Paul. 11 prêcha d'abord sa doctrine en Egypte, puis vint à Rome sous Hygin et y resta fusque sous Anicet, c'est-à-dire de 135 environ à 160. Plusieurs fois chassé de l'Église, il se retira finalement en Chypre.

Tertullien a vanté l'esprit et l'éloquence de Valentin. Les anciens auteurs connaissent de l'hérésiarque des lettres, des homélies, des psaumes; mais il ne semble pas qu'il ait écrit VEvangile de la vérité dont saint Irénée (m, 11,9) dit que sa secte se servait.

Cette secte se répandit dans tout l'empire romain et se divisa bientôt en deux branches : la branche occidentale ou italique, qui attribuait au rédempteur un

corps psychique, et la branche orientale qui lui attribuait un corps pneumatique.

A la branche occidentale appartient d'abord Héra- CLÉON, le meilleur des disciples de Valentin et dont l'activité doit se placer vers 155-180. On a de lui plus de quarante fragments, parfois assez longs, d'un commentaire sur saint Jean, intitulé 'Y7ro{jiv/;[iaTa, qui n'allait peut-être pas au delà du dixième chapitre : l'exégèse en est allégorique. — De Ptolémée, un autre disciple personnel de Valentin, il reste un ouvrage entier, la Lettre à Flora conservée par saint Epiphane [Haer. xxxiii, 3-7). Flora hésitait à se donner à la gnose. Pour la convaincre, Ptolémée s'efforce d'établir que la Loi ancienne provient, en partie du moins, non du Dieu suprême, mais du démiurge. — Après ces deux grands représentants du vaientinianisme occidental, il faut nommer encore Florin, à qui saint Irénée, dans la lettre qu'il lui adressa, reproche des écrits blasphématoires; puis un Théotime, qui avait traité des figures de l'Ancien Testament; et enfin un Alexandre, auteur d'un livre intitulé peut-être Sz/llogis- /nes et qu'a signalé Tertullien {De carne Christi^iQ, 17).

Parmi les valentiniens de l'école orientale, les principaux écrivains sont Marcus, Théodote et Bardesane. Marcus — que d'autres auteurs rangent dans l'école occidentale [ — enseignait en Asie Mineure vers 180. Saint Irénée, par qui surtout on le connaît, avait probablement en mains un de ses ouvrages et aussi quelques-uns des ouvrages de sa secte qu'il dit avoir été fort nombreux. De la personne de Théodote nous ne savons rien ; mais Clément d'Alexandrie possédait au moins un écrit de lui, et en a donné une série d'extraits dans ses Excerpta ex scriptis Theodoti * . Quant à

1. Patr, grecque, ix, 6o3-f>98 ; édit. Staeulin, tome iii, 106 nt aniv.

Bardesane, il était ordinairement rangé jusqu'ici parmi les valentiniens ; et de fait Eusèbe [H. E., iv, 30) assure qu'avant de venir à l'orthodoxie il avait été touché par le valentinianisme. Il est infiniment probable cependant que le qualificatif de gnostique convient moins au maître qu'aux disciples qui ont défiguré son enseignement. Bardesane lui-même était surtout un curieux de sciences exactes et d'astrologie *. Né le 11 juillet 154 à Edesse, d'une famille noble, il fut d'abord le compagnon de jeunesse du futur toparque Abgar IX (179-214). A l'arrivée de Caracalla à Edesse en 216-217, il dut se retirer en Arménie, mais il revint dans sa ville natale pour y mourir en 222 ou 223.

Saint Ephrem attribue à Bardesane la composition de cent cinquante psaumes avec leur mélodie, ce qui ferait de Bardesane le plus ancien hymnologue syrien connu. Peut-être reste-t-il quelque chose de ces chants dans les Actes syriaques de saint Thomas. Divers auteurs, dont Eusèbe- {H. E., iv, 30), lui attribuent encore des dialogues syriaques contre les marcionites et d'autres hérétiques. Mais son livre le plus cité est le livre Sur le destin (lïepieljy-apjjiEviqç), qui a été retrouvé en syriaque sous le titre de Livre de la loi des pays ^. Cet ouvrage en forme de dialogue est de Bardesane en ce sens qu'il y parle à peu près constamment, mais il a été écrit par un de ses disciples nommé Philippe. Bardesane, en parcourant les lois et coutumes des divers pays, y établit, contre un certain Avida, que les astres ne contraignent pas la liberté humaine.

1. Voir F. Nau, Une biographie inédite de Bardesane l'astrologue, Paris, 1897, et R. Graffin, Patrologia syriaca, ii, Paris, 1907, p. 490- 658. Diction, de Théologie catholique, article Bardesane.

2. Édit. F. Nau, dans Patrologia syriaca, loc. c»7. Traduct. franc, dans V. Langlois, Collection des historiens de l'Arménie, i, Paris, 1867, p. 73 et suiv.

Harmonius, le fils de Bardesane, écrivit beaucoup aussi en syriaque. On signale de lui des odes, et Sozomène {H. E., m, 16) veut même qu'il soit le vrai auteur des cent cinquante psaumes dont il a été question cidessus.

C. — Carpocrate est le troisième grand chef de la gnose alexandrine. C'était un alexandrin à peu près contemporain de Valentin et de Basilide, On ne sait s'il écrivit quelque ouvrage. Mais son fils, Epiphane, mort à dix-sept ans, avait laissé un traité Sur la justice que Clément d'Alexandrie a cité [Stro/n., m, 2) et où l'auteur soutenait le communisme. Saint Irénée semble mentionner en bloc des écrits carpocratiens (i, 25,4,5).

D. — Enfin il faut rapporter à la gnose alexandrine la masse de ces sectes secondaires et dérivées, dont les adeptes ont reçu le nom générique d'ophites, et, les premiers, s'appelèrent eux-mêmes gnostiques. Le nom d'ophites vient du rôle donné généralement dans leurs systèmes au serpent primitif de l'Eden. Ces sectes furent très nombreuses, et on y écrivit beaucoup. Les apocryphes du Nouveau Testament notamment y foisonnèrent : nous les retrouverons plus loin. Signalons seulement, parmi leurs autres productions, Les Grandes et Petites questions de Marie, des hymnes et des psaumes naasséniens, une Paraphrase de Seth, des livres attribués aux enfants de Seth et intitulés Étrangers ÇMlo-izMfiq), une Symphonie, une Apocalypse d'Abraham, une Assomption d'Isaïe. Le gnos- ^ique Justin des Philosophoumena citait entre autres an ouvrage appelé Baruch [PhiL, v, 24). Monoïme avait laissé une Lettre à Théophraste [Id., viii, 15).

C'est à cette littérature ophite, suivant K. Schmidt, qu'il faut rapporter quelques œuvres gnostiques conservées entières ou en grande partie en copte, la Pistis Sophia et les écrits du papyrus de Bruce.

L'ouvrage en quatre livres que l'on intitule Pistis Sophia * contient en réalité trois écrits distincts. Le premier, auquel convient proprement le titre de Pistis Sophia, comprend les paragraphes 1-181 (Schmidt, 1-83) et raconte la chute et la délivrance de Téon qui porte ce nom. Le deuxième, qu'il faut probablement identifier avec les Petites questions de Marie (Madeleine), commence au paragraphe 181 (Schmidt, 83) et va jusqu'à la fin du livre troisième. On y traite surtout les questions du salut et du sort, après la mort, des diverses catégories d'hommes. Le troisième écrit comprend le livre quatrième. Il décrit les fautes et la méchanceté des archontes, la célébration du mystère de l'eau et finalement la punition des méchants.

Le papyi^us de Bruce (v^-vi^ siècle) ^ contient deux écrits distincts. Le premier, en deux livres, doit s'identifier probablement avec les Livres de Jeu dont parle déjà la Pistis Sophia. Le premier livre expose l'émanation des éons, décrit le monde invisible et donne les mots de passe nécessaires pour s'élever jusqu'au Père. Le deuxième livre nous initie aux trois baptêmes de l'eau, du feu et de l'esprit et fournit des formules analogues à celles du premier pour vaincre les puissances ennemies. — Puis, à la suite de ce premier écrit en vient un second, mutilé au commencement, et qui semble être une description de l'origine du monde suprasensible et du cosmos visible ^.

i. Édition Schwartze-Petermann, Berlin, 1831; traduct. française d'E. Améliî*eau, Paris, 1895; traduct. allemande de C. Schmidt, Koptisch-gnosttschen Schriften, i, Leipzig, 190S.

2. Édit. d'E. Amélineau (lexte et trad. française), dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, etc., xxix, 1, Paris, 1891 ; et de C. Schmidt, Gnostischen Schriften in koptischen Sprache aus dem Codex Brucianus, Leipzig, 1892 {T. U.,\ni, 1-2); et dans Koptisch-gnostischen Schriften, i.

3. Outre ces ouvrages, un papyrus copte de Berlin du y" (?) siècle contient trois autres écrits gnostiques non encore édités : un Evangile de

Tous ces écrits coptes sont traduits du grec et datent du m* siècle. Par rang d'ancienneté, il faut mettre d'abord le second écrit du papyrus de Bruce, puis les Livres de Jeu et le livre iv^ de la Pistis Sopliia, enfin les trois premiers livres de ce dernier ouvrage.

III. Marcionisme. — Marcion, né à Sinope dans le Pont, vint à Rome et s'y fit recevoir dans l'Eglise vers l'an 135-140, Mais il ne tarda pas (avant l'an 150-155) à rompre avec l'orthodoxie et fonda une secte très forte, très répandue et qui dura longtemps. Sa mort doit se mettre au plus tard vers l'année 170.

La doctrine fondamentale de Marcion était l'opposition de la Loi, œuvre du Dieu juste, et de l'Evangile, œuvre du Dieu bon. Pour appuyer cette doctrine, il publia des Antithèses, collection de textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui paraissaient se contredire, et donna à ses disciples un Nouveau Testament de son cru. Ce recueil comprenait l'unique évangile de saint Luc écourté et altéré, et dix épîtres seulement de saint Paul. Tertullien lui attribue également une lettre dans laquelle il faisait l'apologie de sa désertion.

Le plus connu des disciples de Marcion est Apellb. D'abord son second à Rome, Apelle quitta son maître pour aller à Alexandrie, modifia sa doctrine et revint à Rome où il mourut peu après l'an 180. Il avait écrit des Syllogismes, cités par saint Ambroise [De paradiso, 28, d'après Origène probablement), ouvrage fort long et dont le but était de démontrer que les livres de Moyse ne contiennent que des erreurs ; puis des Révélations ((pavepwceiç), contenant les prétendues révélations d'une visionnaire de la secte, Philomène.

On sait enfin que les marcionites se servaient de

Marie que saint Irénée a connu, un Apocryphe de Jean et une Sagesse de Jésus-Christ.

psaumes spéciaux, distincts des psaumes davidiques, et d'un ouvrage destiné à remplacer les Actes des Apôtres et portant le titre obscur de Liber propositi finis . IV. Encratisme. — Les encratites ne paraissent pas avoir formé une secte à part : on en trouve un peu partout, caractérisés par la tendance à rejeter l'usage de la chair et le mariage. Entre ceux qui se signalèrent par leurs écrits, il faut mentionner le valentinien dissident JuLius Cassianus, qui florissait vers l'an 170 à Antioche ou à Alexandrie. Clément d'Alexandrie a cité de lui deux ouvrages, des 'E^'/iy/iTixa [Commentaires) comprenant plusieurs livres, et un llept EY/.paTefaç T^Tcspl eOvouj^îaç [Sur la continence] où le mariage était condamné (5iro/n., I, 21; m, 13).

S 3. — La littérature xuontaniste>.

Bien que saint Hippolyte, dans les Philosophoumena, viii, 19, parle de livres infiniment nombreux composés par les fondateurs du montanisme, nous ne connaissons que fort peu d'écrits sortis de cette secte. Voici quelques indications.

Les oracles de Montan, de Maximilla, Priscilla et autres prophètes avaient certainement été recueillis (EusÈBE, H. £"., v, 16, 17). On en retrouve dix-neuf — quelques-uns douteux — cités par les auteurs ^.

Tertullien [Adv. Praxean, 1) suppose que des lettres furent envoyées par les communautés montanistes à Rome pour s'en faire reconnaître. Elles devaient dater de l'origine du mouvement, vers 173-180. Dans Eusèbe, on trouve mentionnées une réplique au livre an-

1. Sur ce sujet voiries deux'volumes de P. de Labriolle, La crise montaniste, et Les sources de l'histoire du montanisme, Paris et Fribourg,

s. En voir la liste et les textes traduits et expliqués dans P. de Labriolle, La crise montaniste, p. 34-105.

iimontaniste de Miltiade [H. E., v, 17, 1) et une épître dite catholique d'un certain Thémison {ibid., v, 18, 5). Enfin il est probable que le PnocLus qui, sou8 Zéphyrin (198-217), se posait à Rome comme tenant du montanisme, et contre qui argumentait le prêtre Gaius, avait aussi composé quelque ouvrage [ibid., ii, 25, 6; III, 31, 4). Si nous joignons à cela les traités montanistes de Tertullien qui sont conservés, nous aurons un aperçu à peu près complet des seuls écrits de la secte que nous connaissions.

S 4. — La littérature apocryphe.

Apocryphes chrétiens de l'Ancien Testament.

Le mot apocryphe (àîroxpucpoi;, caché) appliqué à un livre peut signifier simplement que l'auteur et la provenance de ce livre sont inconnus. Mais, dans l'usage ecclésiastique, il signifie que ce livre est écarté de l'usage officiel de l'Église, qu'il n'est pas mis entre les mains des fidèles. Il est non-canonique, et à cette absence de reconnaissance s'ajoute le plus souvent une note péjorative : le livre apocryphe est considéré comme plus ou moins légendaii*e et d'une doctrine suspecte.

L'objet des apocryphes bibliques est de traiter a nouveau, de compléter et d'amplifier les données historiques ou doctrinales des livres canoniques. On les divise naturellement en apocryphes de l'Ancien et apocryphes du Nouveau Testament, suivant qu'ils s'occupent des temps antérieurs ou postérieurs à la venue de Jésus-Christ.

Les premiers sont généralement l'œuvre d'écrivains juifs. Plusieurs d'entre eux cependant ont été retouchés par des plumes chrétiennes. C'est ainsi que des interpolations chrétiennes se rencontrent dans le IV* livre

d'Esdras, le Livre d'Hénoch, l'Assomption de Moyse, les Testaments des douze patriarches, l'Apocalypse d'Elie, l'Apocalypse de Sophonie, l'Apocalypse de Baruch, les Livres d'Adam, les Oracles sibyllins, etc. ^ D'autres sont complètement l'œuvre d'écrivains chrétiens : on en a vu des exemples déjà dans la littérature gnostique. C'est à cette catégorie qu'il faut rapporter les Odes de Salomon.

Ces odes, récemment découvertes dans un manuscrit syriaque du xvi^ ou du xvii^ siècle, sont au nombre de quarante-deux^. D'une très haute inspiration lyrique et d'une grande beauté, elles forment un continuel chant de reconnaissance de l'âme à Dieu qui l'a sauvée. Toutefois, le personnage fictif qui y parle ne reste pas toujours identique à lui-même : il représente tantôt le chrétien converti, tantôt l'élu triomphant au ciel, tantôt Jésus-Christ lui-même. Le ton est absolument personnel et intime. Rien de la hiérarchie ecclésiastique, ni du sacrifice rédempteur ni des sacrements : la terminologie se rapproche de celle de saint Jean,

Comme on devait s'y attendre, les opinions les plus diverses se sont produites sur l'origine de cette composition. La conclusion la plus probable est que ces odes sont tout entières l'œuvre d'un chrétien qui les a écrites en grec — le syriaque ne serait qu'une traduction — dans la première moitié du ii® siècle. Il n'est pas établi que l'auteur fût docète ni même gnostique, malgré quelques indices assez vagues. Les uns le font écrire en Syrie, ou en Asie Mineure dans le voisinage d'Éphèse, d'autres en Egypte.

1. Sur ces apocryphes , voir E. Schuerer, Geschichte des jûdischen Volkes, i" édit., tome m.

2. Texte publié par J. Rendf.l Harkis, The odes andpsalms ofSolomon, Cambridge, 1909, 1911. Voir J. Labourt et P. Batiffol, Les odes de Salomon, traduction française et introduction historique, Paris, 1911. ToN- DELLi, Le Odi di Salomone, Rome, 1914.

S 5. — Apocryphes du Nouveau Testament. Les évangiles i.

Les apocryphes du Nouveau Testament sont naturellement l'œuvre d'auteurs chrétiens. Au point de vue de la forme, ils comprennent, comme la littérature canonique, des évangiles, des actes des apôtres, des épîtres et des apocalypses. Au point de vue de l'origine et des tendances, on y peut distinguer deux groupes très marqués. Un premier groupe, de provenance hérétique, surtout gnostique, veut inculquer une doctrine, une erreur précise : on y met dans la bouche de Jésus- Christ et des apôtres des enseignements contraires à ceux de l'Église. Un second groupe, de provenance orthodoxe, se propose principalement un but d'édification : on y donne sur Jésus-Christ, la Vierge, les apôtres, saint Joseph, etc., des détails qui manquent dans les écrits officiels.

Cependant, quelle quê soit leur origine, ces apocryphes offrent deux caractères communs. D'abord l'ctrangeté et l'invraisemblance de leurs récits : ce ne sont que prodiges, miracles semés à profusion et sans motif. Les personnages s'y meuvent dans un monde irréel où tout est merveilleux. Puis, le peu de fixité de leur texte. Comme ces livres n'étaient pas consacrés par l'autorité de l'Eglise et couraient dans toutes les mains, chacun les modifiait et y ajoutait à son gré : les recensions du même ouvrage sont souvent fort nom-

1. Sur tonte cettelittérature.voir 0. Bardenbewbr, Gesch.der altkirchl, Liter., i, 2» éd., p. 498-622. Sur les évangiles : J. Variot, Les évangiles apocryphes, histoire littéraire, etc., Paris, i878. On trouvera les textes généralement dans Hilgenfeld, Novum Testamentum extra canonem receptum, 2" éd., Leipzig, 1884; E. Prelschen, Antilegomena, GiesseUf 1901 ; C. TiscHENDORF, Evangelia apocrypha, éd. altéra, l876.Traductiens françaises dans G. Brcnet, Les évangiles apocryphes, Paris, 2» éd., 1863, et dans Textes et documents (V. infra).

ÉCRITS HÉRÉTIQUES ET APOCRYPHES DU lU SIÈCLE. 81

breuses, et on en découvre tous les Jours de nouvelles ^

C'est cette dernière circonstance qui rend si fréquemment difficile ou même impossible la détermination exacte de la provenance et de l'âge de ces écrits. Car nous n'arrivons pas toujours à distinguer la rédaction primitive de ses remaniements postérieurs, pour en fixer la date. Beaucoup de ces apocryphes, hérétiques dans le principe, furent plus tard corrigés dans un sens orthodoxe et ne nous sont parvenus que sous cette dernière forme.

Des évangiles apocryphes les uns portent un nom d'auteur, d'autres n'en portent pas. Entre ceux-ci il faut mentionner d'abord V Evangile selon les Hébreux (to xaô' 'ESpai'ou; eùaYYÉXiov) dont parlent Clément d'Alexandrie, Origène, Eusèbe, saint Jérôme et qu'auraient connu Hégésippe et saint Ignace d'Antioche. Malheureusement ces notices manquent de netteté : elles ne permettent pas notamment de saisir le rapport de cet évangile avec l'Evangile des Ébionites cité par saint Épiphane [Haer., xxx, 13-16, 22). Il paraît certain cependant que nous devons distinguer ces deux évangiles comme deux compositions-distinctes. L'Evangile selon les Hébreux était en usage dans cette fraction orthodoxe des judéo-chrétiens qu'on appelle les Nazaréens. Il était écrit en araméen, avec des caractères carrés, et son récit suivait de près celui de saint Matthieu. La citation qu'en fait Clément d'Alexandrie doit en faire reporter la composition au milieu du ii^ siècle au plus tard. Mais il remonte beaucoup plus haut s'il est vrai — comme saint Jérôme l'assure — qu'il a été cité par saint Ignace dansl'épître aux Smyrniotes, m, 2. Il

1. Cette remarque peut s'appliquer d'ailleurs dans une certaine me sure aux apocryphes de l'Ancien Testament.

daterait dans ce cas au moins de la fin du i*"" siècle : c'est l'opinion de Harnack.

VEvangile des Ebionites était en usage chez les judéo-chrétiens franchement hérétiques; et les citations de saint Epiphane prouvent qu'en effet ils y avaient introduit leurs erreurs. Il était écrit en grec. Bardenhewer y voit une compilation tendancieuse faite d'après les synoptiques, et l'identifie avec VEvangile des douze apôtres signalé par Origène comme hérétique [In Lncam, homil. \\. On peut le dater de la fin du II* ou du commencement du m" siècle.

UnÉi'angile des Egyptiens (to xax' AîyuTrTtouç eôaYYÉXtov) est cité par Clément d'Alexandrie [Strom., m, 9; 13) et connu d'Origène, de saint Hippolyte, de saint Epiphane, qui le présentent tous comme un ouvrage hérétique. Le mariage y était condamné ; le sabellianisme et la métempsycose y étaient soutenus. Cet écrit, auquel certains critiques ont, à tort, donné beaucoup d'importance, a dû voir le jour en Egypte vers le milieu du II* siècle. 11 faudrait remonter plus haut s'il était certain qu'il a été cité par la Secunda démentis, xii,2.

h' Évangile de Pierre\ qui n'était connu jusqu'en 1886 que par le fragment d'une lettre de Sérapion d'Antioche citée par Eusèbe [H. E., vi, 12, 2-6), a été depuis retrouvé en partie. Le morceau publié contient le récit de la passion et de la résurrection. Sérapion caractérisait cet évangile en disant qu'il était, dans l'ensemble, conforme à la doctrine du Sauveur, mais qu'il s'y trouvait certains traits favorables au docétisme. C'est bien l'impression que laisse la lecture de ce que nous en possédons. Son auteur a utilisé les trois synoptiques et probablement aussi saint Jean. Il a pu écrire à Antioche vers le milieu du ii® siècle.

1. Voir J.-B. Semeru, L'Évangile de Pierre., dans Revue biblique, m (1894), 522-560.

M. Harnack, qui croit que cet ouvrage a été connu de

saint Justin {I ApoL, xxxv, 6; Dial., xcvii, 3), en fait remonter la composition en 110-130.

Les trois Évangiles de Mathias, de Philippe et de Thomas forment une trilogie d'origine gnostique, ces trois apôtres étant présentés, dans la Pistis Sophia, comme les trois témoins privilégiés choisis par Jésus- Christ ressuscité. Du premier nous ne connaissons que le titre : il faut le distinguer très probablement des Traditions de Mathias, prônées par les basilidiens et citées par Clément d'Alexandrie [Strom., ii, 9; m, 4; vil, 13), et mettre sa composition en Egypte au plus tard au début du m® siècle. Les Traditions remonteraient à 110-130. — De V Evangile de Philippe^ en usage dans la secte des « gnostiques » d'Egypte, saint Épiphane {Haer., xxvi, 13) a donné une citation qui suffit à en établir le caractère hétérodoxe. Il a dû être écrit à la fin du ii® ou au commencement du ni* siècle. — Quant à VÉvangile de Thomas, saint Hippolyte [Pilosoph., V, 7) l'a trouvé cité dans un ouvrage naassénien et en a reproduit une phrase. Mais, avant lui, saint Irénée l'avait probablement connu [Adv. haer,, I, 20, 1), ce qui en reporte la composition au milieu du II'' siècle environ.

Nous n'avons plus cet évangile gnostique de Thomas; mais nous avons, dans des rédactions grecque, latine, syriaque et slave, un écrit qui en est vraisemblablement dérivé et qui en représente, si l'on veut, un remaniement orthodoxe plusieurs fois retouché. Ce sont les Récits de Thomas, philosophe israélîte, sur les enfances du Seigneur (0to|xa îdpaviXiTou cpt>vO(Totpou ^r^zh. sîç •ri TraiSiy.à toïï Kuptou) *. Leur objet est de rapporter les merveilles opérées par Jésus enfant depuis l'âge de

1. Édit. C. Michel, dans Textes et documents : Évangiles apocryphes, I, Paris, 1911.

cinq ans jusqu'à douze ans. Ces merveilles ne font pas toujours honneur au caractère de l'enfant, et l'esprit gnostique de l'écrit primitif n'a pas totalement disparu de l'ouvrage, malgré les multiples transformations qu'il a subies. Dans leur texte actuel et pris dans leur ensemble, ces récits paraissent être du IV* ou duve siècle.

Le plus connu et le plus populaire des évangiles apocryphes est le Protévangile de Jacques^ dont il existe nombre de manuscrits grecs et de versions en diverses langues. Le titre varie suivant les manuscrits, mais dans aucun l'ouvrage ne porte celui d'évangile. Son objet est de raconter la naissance de Marie, son enfance, ses fiançailles avec saint Joseph, la naissance de Jésus, le massacre des Innocents et le meurtre de Zacharie dans le temple. L'auteur prétend être Jacques, évidemment Jacques le Mineur, frère du Seigneur. Telle qu'elle est, la rédaction grecque ne semble pas remonter au delà du iv^ siècle. Mais c'est d'ailleurs une œuvre composite qui a réuni, pense-t-on, trois écrits antérieurs : !•> Un récit de la naissance, de l'enfance et des fiançailles de Marie (chap. i-xvii, 1), œuvre d'un judéo-chrétien, qui date de l'an 130-140; 2° Un récit fait par Joseph de la naissance de Jésus- Christ et de l'adoration des Mages (chap. xvii, 2-xxi), récit auquel on a donné le nom d'Apocryphum Josephi, et qui peut être du ii® siècle ; 3" Enfin un récit du massacre des Innocents et du meurtre de Zacharie que l'on a appelé Apocryphum Zachariae (chap.xxnxxiv). Le fond en remonte aussi au n* siècle.

Le Protévangile de Jacques a comme pendant en latin l'évangile du pseudo- Matthieu,- Lïicr de ortu beatae Mariae et infantia Salvatoris^ dont le contenu est sensiblement le même que celui du Protévangile,

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