P. L., LXXxviiT
3. P. L., Lviii, 17iJ-2K0 et lïiieux C. Halm clans Mon. Germ. hist., Aurt. antiquiss., m, 1, Bnriin, ■1879. Voir F. Kei\rère, De Virlorisvitensis libro qui inscribilur Hisloria etc., Paris, 1803. Id., Langue et style de Victor de Vita dans la Revue de philologie, xxv (1901), 110-123, 320-336.
autres ce qui regarde le règne de Hunérich (477-484). Victor n'a parlé que par ouï-dire ou d'après des sources étrangères de la persécution de Geisérich : ses renseignements sont maigres et imprécis ; par contre, il a été témoin oculaire et victime probablement lui-même de celle de Hunérich, et il en traite avec une netteté et une sûreté d'information qui font de son récit un document historique de premier ordre. Son style, peu châtié, se rapproche beaucoup du latin populaire ; mais il est chaud, coloré et tout frémissant des émotions qui agitent encore l'auteur.
Deux appendices que l'on joint d'ordinaire à VHistoire de Victor n'en font point partie et ne sont pas de sa plume. Le premier est une Passion de sept martyrs qui ont souffert sous Hunérich en 483 ; le second est une Notice des provinces et des cités de r Afrique, où les sièges des évêques convoqués à Garthage pour la conférence du 1"^ février 484 sont classés par ordre de provinces.
Quatre-vingts ans après l'évêque de Vita, vers 568, un autre Victor, évêque de Tunnunum ou Tunnuna dans l'Afrique du Nord, écrivit une Chronique, imitée visiblement de celle de saint Prosper, et qui allait du commencement du monde jusqu'à l'an 567. 11 s'en est conservé seulement la dernière partie, la plus intéressante, qui part de l'année 444 et s'occupe surtout des événements africains ^ .
A côté des historiens signalons les poètes. On a déjà cité plus haut Verecundus de Junca, dont l'exégèse vaut mieux que la versification.' Après lui, ou plutôt avant lui nous en connaissons un autre ^mi- Lius Dracontius, qui écrivait sous le roi vandale
1. p. L., Lxviii, 937 et Kuiv.; Mommsf.n, Chronica minora, ii, 163 et suiv, dans Monum. Germ. hist., Ai:ct. anliqu., xi, Berlin, 1894.
Gunlamund (484-496) '. DracoiiLius était issu d'une riche famille africaine cl il suivait lui-même avec honneur la carrière juridique, quand il eut l'imprudence de célébrer dans ses vers l'empereur de Byzance. Le roi vandale y vit une trahison. Le poète fut mis en prison et l'on ne sait s'il en sortit jamais. Quoiqu'il en soit, c'est dans sa prison qu'il composa ses deux plus beaux poèmes : une Satisfaction [Satisfactio) et des Louanges de Dieu [Laudes Dei ou Carmen de Deo). Le premier est une élégie en cent cinquante-huit distiques, où l'auteur reconnaît la faute dans laquelle Dieu a permis qu'il tombât à cause de ses péchés, célèbre la miséricorde de ce Dieu qui pardonne au pécheur repentant et, s'adrcssant au roi Guntamund, le prie de se montrer, lui aussi, miséricordieux à son égard. Cette pièce, transmise sans doute au roi, n'obtint aucun résultat. Une seconde la suivit, beaucoup plus étendue. C'est un poème en trois livres qui chante encore la bonté et la miséricorde do Dieu envers Fhomme. Cette bonté se manifeste d'abord par la création (i, sept cent cinquante-sept vers), puis par l'incarnation et la mission de Jésus-Christ (ii, huit cent dix-huit vers) ; nous devons donc lui être reconnaissants et avoir en lui une inébranlable confiance (ni, sept cent cinquante-cinq vers). Le premier livre, de bonne heure, a circulé à part sous le titre de Ilexaemeron creationis mundi.
Dracontius est un vrai poète, qui a un sentiment très vif des beautés de la nature et qui, pour traduire ses élans d'amour et de reconnaissance envers Dieu, a su écrire des tirades bien venues ou plutôt « des hymnes pleins d'effusions lyriques ». Ses vers, dans
\. Poèmes religieux dans P. L-, i.\, 679-932. Édit. romplt-tc par Fh. Voi.i.MEn, dans Mon. Gcrm. hisl., Axrt. antiqu., xiv, Berlin, 1905. Voir G. Boissir.r., L'Afrique romaine, Paris, iOOl, p. 309 et ::uiv.
lesquels il s'efforce de se rapprocher des classiques, sont moins corrects que ceux de saint Avite ou de Ma rius Victorius de Marseille, mais ils présentent parfois plus d'harmonie et d'éclat. On trouve chez lui des descriptions délicieuses.
La Satisfaction et le premier livre des Louanges de Dieu furent plus tard corrigés, abrégés et édités à part, vers 642-649, par un évêque espagnol, Eugène II de Tolède et, jusqu'au xviii« siècle, on ne connut que sous cette dernière forme les poèmes de Dracontius. C'est F. Arevalo qui en publia, en 1791, le texte intégral.
§ 6. — Écrivains d'Italie. Auteurs moins importants.
Tous les papes qui se sont succédé entre saint Léon et saint Grégoire le Grand, de 461 à 590 (sauf Jean I, Silvère et Benoîtl), ont laissé des lettres ou des décrétales*. Les plus nombreuses sont celles de Gé- LASE (492-496), d'HonMisDAs (514-523), de Vigile (537- 555) et de Pelage I (555-560). Entre les décrétales attribuées à Gélase, il faut distinguer le décret De recipiendis et non recipiendis libris, qui comprend en réalité cinq parties : Du Saint-Esprit; Du canon des Ecritures; Des sièges patriarcaux ; Des conciles œcuméniques; Des livres à recei^oir. Les deux premières parties remontent à un concile tenu sous Damase probablement en 382, et la dernière partie, si elle est l'œuvre de Gélase, a été interpolée et remaniée après lui. D'autre part, en dehors de ses lettres, Gélase est l'auteur de six traités se rapportant pour la plupart
1. Patrologie latine, toines Lvin et suiv. Pour la période qui va de S. Hilarus à Hormisdas (461-523), édit. A. Tiiiel, Epistolae roman, pontiUcum (/enuinae, Brunsbergae, 1868. Voir aussi S. Loewenfeld, Epislolae pontif. roman, inedilae, hipslae, 1883.
au schisme acacien qui séparait alors l'Eglise grecque du siège de Rome, et offrant pour l'histoire du dogme une vraie importance'. Le Sacramentaire qui porte son nom n'est pas de lui 2.
Parmi les auteurs que nous allons maintenant signaler, il en est dont les écrits intéressent grandement telle ou telle branche du savoir théologique : aucun d'eux cependant ne jouit, comme écrivain, d'une telle notoriété quïl doive nous retenir longtemps.
Nommons en tête le polygraphe Magnus Félix Enno- Dius ^. Ennodius, né vers 473, était originaire du sud de la Gaule; mais il avait fait ses études à Milan, y avait probablement professé la rhétorique et, après quelques années de mariage, était entré dans le clergé. En 513, il devint évéque de Pavie. Sa mort se place en 521. Ennodius est un écrivain élégant, qui s'efforce d'imiter les classiques sans réussir à mettre dans son style toute la clarté désirable, qui a traité tour à tour les sujets profanes et les questions religieuses et qui, en somme, fait figure d'homme cultivé et de grand évêque. Ses œuvres comprennent des Lettres, des Opuscules, des Discours [Dictiones) et des Poésies. Les lettres, distribuées en neuf livres et toutes antérieures à son épiscopat, ne touchent que rarement aux matières religieuses. Entre les dix opuscules, il faut distinguer un panégyrique de Théodoric (507 ou 508), la défense du concile romain de 502 qui avait soutenu le pape Symmaque {Libellus apologeticus pro concilio palinarl), une Vie de saint Epiphane de Pavie