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Œuvres dans P. L., lxviii

jets de la part de ce moyen âge de la même admiration et de la même gratitude.

Anicius Manlius Torquatus Severinus Boethius^ naquit à Rome vers 480. Il appartenait à l'ancienne famille des Anicii, et cette circonstance, jointe à ses qualités personnelles et à une excellente instruction, dans laquelle il avait acquis notamment une connaissance approfondie des lettres grecques, lui valut d'abord toute la faveur du roi des Ostrogoths, Théodoric, alors maître de Rome. Consul lui-même à trente ans (en 510), ayant eu la joie de voir ses deux fils, jeunes encore, consuls en 522, Boèce pouvait croire sa fortune solidement assise, quand la cruauté soupçonneuse de Théodoric la brisa sans retour. Des ennemis accusèrent Boèce de magie, et, ce qui était plus grave, d'entretenir des relations suspectes avec la cour de Constantinople. C'en fut assez pour qu'il fût emprisonné à Pavie et mis à mort en 524-526. S'il ne fut pas proprement ma-rtyr, sa foi catholique ne fut pas étrangère cependant à l'injuste rigueur avec laquelle le traita, en cette circonstance, le roi arien.

Boèce était un esprit distingué, porté aux spéculations abstraites et qui se plaisait aux études de métaphysique et de logique. Mais il n'était pas d'ailleurs exclusivement un philosophe sans communication avec le monde. C'était en même temps un érudit, un lettré, à ses heures un poète, quand il le fallait un orateur, et toujours un homme de société et de bonne compagnie. La langue que parle « le dernier des Romains » comme on l'a appelé, sans être exempte de quelque recherche, est pure et élégante et bien supérieure à celle de son

1. Œuvres dans P. L., lxiii, lxiv. Voir L. G. Bourquard, De A. M. Boetio, Angers, 1877. L. Biraghi, Boezio, filosofo.theologo.... Milan, 1865. H. F. Stewart, Boelhitis, Edinburgh, 1891. A. Hm.debrand, Boethius und ueine Stellung zum Christentume, Ratisbonne, 1885.

temps. On s'est demandé seulement s'il était chrétien autrement que de nom, et si l'auteur qui, en face de la mort, a pu écrire tout un traité sur la Consolation de la Philosophie, sans faire appel à la religion et sans y nommer Jésus-Christ, doit être compté parmi les écrivains qui honorent l'Eglise. Quelques-uns ont répondu parla négative. Mais d'abord, la note chrétienne n'est pas aussi absente qu'il semble delà Consolation; puis, il faut bien tenir compte du pli particulier que la fréquentation habituelle des philosophes avait donné à l'esprit de Boèce. Philosophe toute sa vie, il a pu, même aux approches de la mort, chercher dans la philosophie des motifs de résignation, sans abjurer pour autant ses convictions chrétiennes. Il ne faisait en cela que suivre une tradition courante chez les hommes de son caractère et de son époque.

Les œuvres de Boèce peuvent se diviser en trois catégories : les œuvres philosophiques, les œuvres théologiques et le traité De la consolation de la philosophie, le dernier qu'il ait écrit.

A la première catégorie appartiennent une vingtaine d'ouvrages, dont la plupart sont des traductions et commentaires de traités de logique ou des compositions personnelles sur le même sujet. Entre tous, les plus remarquables sont le second commentaire, écrit en 507-509, sur le livre De l'interprétation attribué à Aristote, et la traduction et les cinq livres de commentaires de VIsagoge de Porphyre, écrits vers 510 et devenus classiques au moyen âge. Boèce s'était proposé de traduire et d'expliquer ainsi toutes les œuvres d' Aristote et de Platon, et de montrer comment ces deux grands génies s'accordaient, en somme, dans la solution des problèmes fondamentaux de la philosophie. Il n'a pu réaliser son plan qu'en ce qui concerne les ouvrages de logique d'Aristote : mais par là

du moins il en a mis l'étude à la portée de lOccident et s'est trouvé l'initiateur de la scolastique.

A la catégorie des œuvres théologiques appartiennent quatre dissertations assez courtes, composées par l'auteur vers la iin de sa vie : De sancta Trinitate; Utrum Pater et Filins et Spiritus sanctus de divinitaie substantialiter praedicentur ? Quomodo substantiae in eo quod sint, bonae sint, cum non sint substantialia bona? Liber de persona et duabus naturis contra Eutychen et Nestoriuni. L'authenticité de ces quatre dissertations est certaine : celle d'un cinquième opuscule, De fide catholica, est contestée.

Enfin Boèce écrivit dans sa prison ses cinq livres De la consolation de la philosophie [De consolatione philosophiae libri V). C'est son ouvrage le plus connu. 11 est en forme de dialogue, et de courtes pièces de vers interrompent çà et là la composition en prose. Dans le premier livre, la Philosophie apparaissant à l'auteur lui demande le sujet de sa douleur. Boèce expose comment et pourquoi il a été mis dans les fers, et exprime quelque doute sur la Providence divine dont le gouvernement semble ne pas s'étendre jusqu'à l'homme. Le deuxième livre traite du sort et de la fortune dont il faut accepter les vicissitudes, d'autant plus que le vrai bonheur a son siège dans l'intérieur de l'homme, et est indépendant des biens extérieurs. Le livre troisième est une dissertation sur le souverain bien. Ce souverain bien existe : ce ne sont pas les richesses, ni les honneurs, ni la puissance et les plaisirs, biens imparfaits : c'est Dieu vers qui tout aspire, souvent sans le savoir. Dans le quatrième livre revient la question de la Providence. Pourquoi, en ce monde, les méchants sont-ils heureux et prospères tandis que les gens de bien restent sans récompense? La Philosophie conteste la vérité de cette assertion ainsi généralisée,

et montre dans la vie future le rétablissement de l'ordre. Les souffrances du juste sont fréquemment pour lui une épreuve nécessaire ou utile. Enfin le cinquième livre traite du hasard et de la prescience divine, dont Boèce établit l'accord avec la liberté humaine. Tout l'ouvrage, d'inspiration platonicienne teintée de stoïcisme, se lit avec intérêt et sans peine, grâce aux pièces de vers qui tempèrent l'aridité des considérations abstraites et sont elles-mêmes remarquables de facture. Sa fortune au moyen âge fut immense. Peu de livres ont été aussi souvent commentés et traduits'.

Boèce était un spéculatif : Cassiodore fut, avant tout, un auteur pratique, n'écrivant pour ainsi dire que sous la pression de la nécessité, préoccupé de conserver aux âges futurs les monuments de la culture classique et chrétienne menacés de périr dans l'universelle barbarie, moins philosophe qu'érudit, plus étendu que profond, qui allait droit à lutile, mais à qui les belleslettres sont infiniment redevables. Car c'est lui qui, le premier, associa dans la vie des moines le travail intellectuel, le soin de copier et de corriger les manuscrits à la psalmodie et à la prière, et fit ainsi des monastères un asile pour les études et les sciences partout ailleurs abandonnées.

Magnus Aurelius Cassiodorius Senator^ (ce dernier nom est celui qu'on lui donnait de son vivant) était né dans la Calabre actuelle à Scilliacum, aux environs de l'an 477. Sa famille avait occupé dans l'Etat des charges importantes, et lui-même, à vingt

i. Voir L.îiKLisit,, Anciennes traductions françaises de le Consolation de Boèce conservées à la Bibliothèque nationale, notice... cras Bibliothèque de V École des Charles, 1873, toni. xxxiv, 5-32.

2. CEuvres dans F. L., lxix, lxx; H. Usener, Anecdoton Holderi, Bonn^ 1877. Voir A. Franz, Af. A. Cassiodorius Senalor, Breslau, 1872. G. Minasi, M. A. Cassiodoro Senatore, Naples, 189'!.

ans, était déjà secrétaire particulier du roi Théodoric qui lui donnait toute sa confiance. En 514, il fut consul et trois fois, dans la suite, préfet du prétoire. Contrairement à Boèce, la fortune lui resta fidèle même sous les successeurs de Théodoric. Ce fut lui qui peu à peu se déprit du monde. En 540, il se retira dans le monastère de Vivarium ou Viviers qu'il avait fondé sur ses terres de Calabre et, devenu moine, se consacra tout entier à l'étude des sciences ecclésiastiques et aux réformes qu'il projetait pour assurer leur diffusion. Il mourut en 570 environ, à l'âge de quatre-vingt-treize ans.

Les écrits de Cassiodore se divisent, comme sa vie, en deux parties bien distinctes : les écrits profanes et les écrits ecclésiastiques et religieux.

Les premiers, tous antérieurs à 540, comprennent : l»Une Chronique, composée en 519, qui remonte jusqu'à la création mais qui est principalement une liste des consuls, à laquelle il a joint un certain nombre de notices historiques empruntées à saint Jérôme et à saint Prosper. A partir de 496, l'auteur parle uniquement d'après ses souvenirs personnels : on voit déjà percer dans cet ouvrage le désir de Cassiodore de réconcilier les Romains vaincus avec les Goths vainqueurs. 2° Une histoire des Goths [De origine actibusque Getarum) en douze livres, où ce désir est encore bien plus accusé. Nous n'avons plus de cet ouvrage, composé entre 526 et 533, que l'abrégé très superficiel fait en 551 par Jordanès. 3° Douze livres de Variae [litterae), publiés entre 534 et 538. C'est un recueil d'environ quatre cents rescrits, expédiés par Cassiodore au nom des rois goths ou en son nom propre, et dont les formules sont devenues classiques dans les chancelleries du moyen âge. 4° Quelques panégyriques en l'honneur des rois et des reines des Goths, dont on n'a que

des restes incertains. 5° Enfin un petit traité De l'âme (535-540), où sont résolues les diverses questions qui la concernent surtout d'après saint Augustin et Claudien Mamert.

Des ouvrages que Cassiodore a publiés dans sa retraite le plus important porte le titre d^ Institutions des études divines et profanes [Institutiones divinarum et saecularium lectionum) . Il est divisé en deux livres composés en 544 environ. Le premier, qui compte trente-trois chapitres, est une introduction méthodique à l'étude des différentes sciences théologiques, notamment à l'étude de l'Écriture Sainte. L'auteur y parle de la copie des manuscrits et du soin qu'on y doit apporter, des auteurs que l'on doit consulter de préférence sur la Bible, la théologie dogmatique, la discipline ecclésiastique, l'histoire, de la marche à suivre pour profiter de ces lectures, etc. Ces indications devaient, dans sa pensée, suppléer dans une certaine mesure à l'absence d'une école de Théologie dont Cassiodore aurait vivement souhaité l'établissement en Occident, mais dont la situation politique rendait alors impossible la création. Le second livre, qui est donné souvent comme un ouvrage à part [Liber de artibus ac disciplinis liber alium litterarum), résume brièvement l'enseignement sur les sept arts libéraux : la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la musi que, la géométrie et l'astronomie.

Après les Institutions de Cassiodore, que tous les siècles suivants ont consultées, il faut mettre, par ordre d'importance, son Histoire ecclésiastique tripartite, en douze livres, dont la vogue devait être "aussi grande. C'est cependant un ouvrage assez superficiel. Cassiodore fît d'abord traduire en latin par son ami, Epiphane le Scolastique, les trois Histoires de Socrate, de Sozomène et de Théodoret ; puis des trois en fit une seule,

en empruntant tantôt à l'une, tantôt à l'autre le fond du récit, et en complétant ce récit par des détails pris aux deux autres. Cette Histoire se présenta ainsi comme une continuation, pour l'Occident, de celle de Rufin.

En dehors de ces deux écrits principaux, on possède encore de notre auteur : un vaste commentaire sur les psaumes [Complexiones in Psalmos), achevé après 544 et basé sur les Enarrationes in psalmos de saint Augustin ; des commentaires sur les Epîtres, sur les Actes des apôtres et sur l'Apocalypse, que le moyen âge n'a pas connus; et un petit traité Z)e l'orthographe, composé tout à la fin de sa vie, et qui devait servir de complément aux Institutions. On sait aussi que, par Épiphaneet d'autres traducteurs, Cassiodore avait fait passer en latin bon nombre d'ouvrages grecs. Ainsi s'efforçait-il de mettre à la portée des occidentaux les chefs-d'œuvre qu'ils n'étaient plus capables de lire dans le texte original, et de leur fournir, par ses renseignements et ses manuels, les moyens de conserver parmi eux l'essentiel au moins de la science sacrée.

S 8. — Saint Grégoire le Grandi.

L'année même où Cassiodore se retirait du monde, en .540 probablement, naissait à Rome celui qui, plus que lui encore, devait être lu et révéré comme un maître par les siècles suivants, par qui le moyen âge devait se rattacher à l'antiquité chrétienne, et dont les

1. œuvres dans p. L., txxv-Lxxix. Meilleure édition du Registre des lettres par P. Ewald et L. M. Hartmann dans Monum. Germ. hist., Epist., MI, Berlin, 1891-1899. Traduct. française des Dialogues par CARTrER, l'aris, ■1873. Voir Ed. Clausier, Saint Grégoire le Grand, pape et docteur de r£grhse, Paris, 1886, 1891. F. H. Dudden, Gregory the Great, Londres, 1905. T. Tarducci, Storia di Gregorio Magno, Rome, 1909. G. Morin, Les véritables ^igines du chant grégorien, Toarnai-Maredsous, 3« édit., 1912.

services conquirent à la papauté, même dans l'ordre temporel, l'influence qu'elle y devait un jour exercer : c'est SAINT Grégoire le Grand. Il appartenait à une famille riche et considérée et se destina d'abord luimême à la carrière administrative : à l'âge de trente ans environ, il était préteur. Puis, peu à peu, l'attrait de la vie ascétique le gagna. Vers l'an 575, il renonça au siècle, vendit ses biens, fonda de leur produit sept monastères et se fit moine dans celui qu'il avait établi à Rome sur le mont Celius. Son séjour y fut de courte durée. Peu après, le pape Benoît I (574-578) l'ordonnait diacre régionnaire et, en 578, le successeur de Benoît, Pelage II, l'envoyait en qualité d'apocrisiaire ou de nonce à la cour de Constantinople. Il y resta six ou sept ans et, sa mission terminée, en 584-585, était revenu à son couvent quand Pelage mourut le 7 février 590. Le choix unanime du sénat, du clergé et du peuple désigna Grégoire pour lui succéder. Malgré ses résistances, il dut se soumettre. Son pontificat ne dura que quatorze ans, mais pas une minute de ces années ne fut perdue pour le bien de l'Eglise. Indépendamment de sa sollicitude continuelle pour maintenir la foi en Occident, y combattre les hérésies, y ramener à l'unité les évêques schismatiques de Flstrie, y faire fleurir la discipline ecclésiastique, le pape réforme la prière et organise le chant liturgique ; il assiste les pauvres, remédie aux maux de la famine et delà peste, et s'efforce d'éloigner de Rome et des possessions impériales la menace des Lombards. Par ses soins, Augustin et ses moines vont évangéliser l'Angleterre. En Orient, il entretient des rapports d'amitié avec le patriarche Euîogius d'Alexandrie et s'unit à lui pour lutter contre les hérésies mo- Aophysite et nestorienne. Il réprime l'erreur des agnoètes et s'oppose, avec plus d'éclat encore, aux prétentions du patriarche de Constantinople, Jean le Jeu

neur, qui s'attribuait le titre de patriarche œcuménique. Intégrité de la doctrine, édification du clergé et des fidèles, évangélisationdes païens, bien spirituel et temporel de son peuple, on doit dire que rien n'a échappé à sa vigilance et à son zèle. Quand il mourut, le 12 mars 604, on put lui rendre le témoignage d'avoir été le pasteur accompli dont il a tracé dans son Pastoral le portrait idéal.

La qualité intellectuelle qui domine en saint Grégoire paraît être un bon sens pratique poussé jusqu'au génie, qui lui a fait garder en tout l'exacte mesure et lui a suggéré en chaque occurrence le meilleur parti à suivre. Moins théologien que saint Léon, il possède éminemment, comme lui, l'art de gouverner : c'est un romain, un esprit modéré qui se garde des excès et ne tente pas l'impossible. Il veille avec un soin jaloux à la pureté de la foi, mais il ne veut pas que l'on taxe d'hérésies de simples imprudences de paroles ou de gestes; il s'inquiète de l'exacte observation de la discipline, mais, avant de commander ou de punir, il avertit et il exhorte ; il a pleine conscience de l'autorité universelle que lui donne dans l'Eglise sa qualité de successeur de saint Pierre, et il sait, au besoin, l'affirmer, mais il n'en fait point parade et repousse les titres fastueux qu'on lui voudrait donner. Dans ses rapports avec les princes même usurpateurs il est toujours respectueux et déférent; avec les Lombards, il se contente de peu, puisqu'il n'en saurait obtenir que peu. Ajoutons à cela un grand amour de la justice, qui lui fait prendre, en cas de nécessité, les intérêts des juifs et des hérétiques; une puissance surprenante de travail dans un corps ruiné parla souffrance et la maladie; un dévouement absolu à l'Eglise, un zèle ardent pour les âmes et un zèle non moins ardent pour sa sanctification personnelle : c'est la réunion de toutes ces qualités et de toutes ces vertus

qui ont fait de saint Grégoire un des plus grands papes qui aient jamais occupé le siège de Rome.

Au point de vue littéraire, son mérite est bien inférieur, si l'on ne veut considérer que le côté extérieur de ses écrits. Grégoire n'a qu'indifférence ou dédain pour les auteurs classiques et païens et ne se soucie guère de les! imiter. Cependant, bien qu'il ait payé, lui aussi, son tribut au goût du temps pour les allégories subtiles, les antithèses et les jeux de mots, son style offre, en général, une simplicité, une gravité qui conviennent bien au caractère de l'écrivain, et qui contrastent avec l'enflure et la recherche alors si communes. Le lexique et la syntaxe de ses ouvrages sont ceux de la décadence : ils n'empêchent pas sa pensée de se traduire avec force et clarté : c'est par le fond des choses surtout qu'il faut juger de cette éloquence un peu massive et terre à terre.

Les œuvres de saint Grégoire comprennent des commentaires et homélies sur l'Ecriture, — des écrits ascétiques, — le registre de ses lettres, — et enfin des compositions liturgiques.

L Commentaires et homélies.

Nous avons ici trois ouvrages à signaler : les Morales, les homélies sur Ézéchiel et les homélies sur les Évangiles.

Saint Grégoire était apocrisiaire à Constantinople quand il commença son commentaire sur Job, Expositio in librum Job, sive Moraliumlibri XXXV. L'ouvrage, entrepris sur les instances de saint Léandre, évêque de Séville, est fort long et ne fut achevé qu'après 590. Grégoire y veut donner du livre de Job une explication historique, typique ou allégorique et morale ; mais, en fait, cette dernière explication a été si développée que tout l'ouvrage a pris le nom de Morales et peut être considéré en effet comme un répertoire

complet et excellent d'éthique chrétienne. L'auteur remarque d'ailleurs que la lecture n'en convient pas aux fidèles peu instruits et leur serait plus nuisible qu'utile. — Les vingt-deux homélies sur Ezéchiel sont de l'année 593 et s'étendent, les douze premières sur les chapitres i-iv, les dix autres sur le chapitre xl du prophète, — Plus connues cependant que ces deux ouvrages sont les Homélies sur les Evangiles. On en compte quarante, distribuées en deux livres de vingt homélies chacun, et qui forment comme un cycle complet de prédication pour toute l'année. Le pape les prononça ou les fit lire, pense-t-on, en l'an 590-591, et les édita lui-même en 592 ou 593. La plupart de ces homélies, allocutions familières et graves d'un père à ses enfants, sont entrées plus tard dans les lectionnaires liturgiques et ont encore une place dans le Bréviaire.

IL Ascétisme.

Aux œuvres ascétiques de saint Grégoire il faut rapporter d'abord le Pastoral [Liber regulae pastoralis), écrit vers l'an 591 et dédié à l'évêque Jean de Ravenne, L'auteur y veut justifier la résistance qu'il avait faite à son élection pontificale par un exposé des devoirs redoutables qui incombent aux pasteurs. Dans une première partie, il dit dans quelles conditions on doit accepter la charge de pasteur [ad culmen quisque regiminis qualiter veniat) ; dans une deuxième partie, il signale les vertus et les œuvres que doit pratiquer le pasteur [ad hoc rite perveniens qualiter nvat) ; la troisième partie — la plus importante — traite de la façon d'instruire et de diriger les diverses catégories de fidèles [bene vivens qualiter doceat) ; et enfin la quatrième partie, fort courte, invite le pasteur à revenir fréquemment sur lui-même pour s'examiner et se convaincre de sa propre misère [recte docens infirmi-

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tatem suam quotidie quanta consideratione cognoscat). Cet ouvrage eut un succès énorme. 11 fut traduit en grec et en anglo-saxon, et les conciles ne cessèrent d'en recommander l'étude aux prêtres chargés de la conduite des âmes.

Cependant, le Pastoral ne s'adressait directement qu'au clergé ou aux supérieurs de monastères. Les quatre livres des Dialogues^ écrits par Grégoire en 593, s'adressent à tous les chrétiens et sont, par excellence, un ouvrage populaire d'édification. Dans les trois premiers livres, l'auteur raconte une suite de miracles ou de faits d'extraordinaire vertu dont il a été témoin ou qu'il a appris de bonne source, et qui ont été accomplis par de saints personnages vivant en Italie : le livre deuxième tout entier est consacré à saint Benoît. Un quatrième livre s'étend spécialement sur les prodiges qui vont à prouver la survivance de l'âme après la mort. Plus encore que le Pastoral^ les Dialogues trouvèrent au moyen âge des lecteurs par milliers, grâce à l'attrait du merveilleux qui convenait si bien à l'esprit de cette époque.

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