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œuvres aans P. L., lxxh

TROISIEME PÉRIODE. LFS LATliNS. 491

de la province de Carthagène, que la conquête byzantine probablement lit émigrer à Séville. La famille comptait trois fils, Léandre, Isidore et Fulgentius, qui furent tous trois évoques, et une fille, Florentina, qui se fit religieuse dans un couvent près d'Astigi (Eciga) ^ Léandre avait d'abord été moine, et c'est pendant cette période de sa vie qu'il avait contribué à la conversion au catholicisme du fils aîné de Léovigild, Herménégild (vers 579), et s'était rendu à Constantinoplepour lui chercher du secours dans sa lutte contre son père. En 584 environ, il fut élevé sur le siège de Séville et, après la mort de Léovigild (586), devint un des personnages les plus considérables de l'Eglise visigothique. On ne sait au juste quelle part personnelle Léandre prit à la conversion au catholicisme du second fils de Léovigild, Reccarède (587) ; mais ce fut lui certainement qui prépara la grande manifestation à laquelle donna lieu cette conversion et qui dirigea en fait le fameux concile de Tolède de mai 589, dans lequel la nation visigothique, représentée par son roi et ses princes, abjura officiellement l'arianisme et se déclara catholique. Le reste de la vie de saint Léandre se passa à administrer son Église et à aider dans son gouvernement le roi Reccarède, dont il resta constamment le conseiller et l'ami. 11 mourut en 600 ou 601. Saint Isidore ( Vir. ilL, 41) lui attribue trois traités contre l'arianisme, des écrits liturgiques et de nombreuses lettres ; mais on n'a conservé de sa plume que deux écrits ; VHomélie sur le triomphe de l'Eglise dans la conversion des Goths, prononcée au concile de Tolède

*. Des aateuKS relativement récents disent que Théodosia, première femme de Léovigild et mère d'Herménégild et de Reccarède, était une autre sœur de Léandre et d'Isidore. 1\ serait bien surprenant, si le fait était vrai, que les contemporains et surtout saint Isidore n'en aient pas fait la remarque.

de 589, et un Opuscule à sa sœur Florentina sur l'institution des vierges et le mépris du monde. L'opuscule comprend une lettre d'introduction et vingt et un chapitres qui tracent aux religieuses les règles qu'elles doivent suivre. Il est d'un style facile, agréable, et l'on y trouve un mélange de force et de tendresse, d'ardeur et de discrétion qui explique le grand ascendant que son auteur exerça durant sa vie.

Saint Léandre eut cependant, sur le siège de Séville, un successeur dont la célébrité éclipsa la sienne : ce fut son propre frère, saint Isidore^. On ne connaît que fort peu de détails de l'épiscopat d'Isidore. En 610, il souscrit au décret du roi Godemar concernant la dignité métropolitaine du siège de Tolède. En 619, il préside le deuxième concile de Séville; enfin, en 633, il préside encore le quatrième et grand concile de Tolède qui reconnaît solennellement les droits du roi Sisenand. Ce fut le dernier acte important de sa vie. Trois ans après, en 636, il mourait dans d'admirables sentiments de pénitence et d'humilité.

Saint Isidore a été regardé par les espagnols ses contemporains comme la merveille de son siècle. Moins de vingt ans après sa mort, le huitième concile de Tolède le proclamait « le grand docteur de notre âge, l'ornement le plus récent de l'Église catholique, le dernier dans l'ordre des temps mais non pas le moindre par la doctrine, et, pour mieux dire, le plus savant dans cette fin des siècles ». Il y a bien un peu d'exagération dans cet éloge, mais elle s'explique par la

1. œuvres dans P. L., lxxxi-lxxxiv. Édit. des Etymologies par W. M. Lyndsay, 4911 ; de la Chronique et de l'Histoire det Goths, par Th. Mommsen, Chronica minora, ii, dans Monum. Germ. hist., Auct. antiqu., xi, Berlin, 189t. Voir H. Schwarz, Observaliones criticae in Isidori Hispalensis Origines, Hîrschberg, 1895; C. H. Beeso.n, Isidor-Studien. MunicI», 1913; et le bon article de Stanley Leathes, daus Dict. of christ. Biogr., m.

médiocrité de tout ce à quoi on pouvait comparer l'évêque dei Séville. En réalité, Isidore n'est point un esprit créateur ni original; du moins, il n'en donna aucune preuve, mais c'est un érudit et surtout un com pilateur, « peut-être le plus grand compilateur qu'il y ait jamais eu » (Ebert). Il s'est donné la mission de composer une somme des connaissances humaines de son temps, de léguer au moyen âge déjà commencé une sorte d'encyclopédie où fût résumée la science de l'antiquité païenne et chrétienne; et il a réalisé en effet son projet. Son oeuvre évidemment est superficielle, faite de pièces et de morceaux pris de tout côté ; mais elle dénote cependant un labeur immense, une information étendue, une intelligence ouverte et consciente des besoins de son époque. Qu'on y ajoute l'art d'exposer clairement ses idées, un style rapide, bien que gâté évidemment par un mélange énorme de mots étrangers (1640 environ), et l'on comprendra l'admiration dont l'auteur a été l'objet et le succès que ses travaux ont obtenu dans la suite. Avec Boèce, Cassiodore, saint Grégoire, saint Isidore a été l'instituteur du moyen âge et l'un des écrivains qui ont exercé sur lui le plus d'influence.

Dans ses ouvrages il a touché à tous les genres, au genre de répertoires plus ou moins universels, à l'histoire, à l'exégèse, à la théologie, à la liturgie, à l'ascétisme ; il a enfin écrit des lettres.

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