Travaux sci'ipturaires
En tête des travaux scripturaires d'Origène il faut mettre les Hexaples (â;a7rXa BiêXt'a, Bible sextuplé). Les hexaples contenaient le texte de l'Ancien Testament écrit sur six colonnes parallèles. La première présentait le texte hébreu écrit en caractères hébraïques ; la deuxième le même texte hébreu écrit en caractères grecs ; la troisième portait la version d'Aquila ; la quatrième celle de Symmaque ; la cinquième celle des Septante ; la sixième celle de Théodotion. Le livre des Psaumes était même écrit sur huit colonnes [octaples] parce que, aux versions susdites, Origène en avait ajouté deux autres. Cette disposition permettait de comparer entre eux l'original et les versions et de saisir mieux par conséquent le vrai sens du texte. Afin de faciliter cette comparaison, l'auteur avait d'ailleurs surchargé la cinquième colonne, celle des Septante. Les mots ou passages existant dans les Septante et manquant dans l'hébreu étaient marqués d'un obèle ; ceux qui existaient en hébreu et manquaient dans les Septante avaient été empruntés à une autre version et introduits dans la colonne, mais marqués d'un astérisque. Le but d'Origène dans ce travail n'avait pas du reste été précisément un but désintéressé de critique textuelle : Origène regardait comme parfaite la traduction des Septante et lui donnait le pas même sur le texte hébreu. Mais il avait voulu fournir aux controversistes qui bataillaient contre les juifs, et à qui ceux-ci reprochaient de ne pas connaître le texte hébreu, le moyen de connaître le
sens de ce texte et de le citer. Commencés à Alexandrie, les hexaples furent achevés à Césarée vers 24.5.
Il est douteux que cette œuvre colossale ait jamais été copiée en entier, et qu'il ait jamais existé d'autre exemplaire complet que l'original mis sur pied par l'auteur. C'est, en tout cas, de cet original, déposé à la bibliothèque de Césarée, que saint Jérôme s'est servi pour ses travaux. Mais, si on ne recopia pas l'œuvre entière, on en copia des parties, et surtout la cinquième colonne, plus importante. Des autres colonnes il ne reste que des fragments relativement peu considérables ^
En dehors des hexaples, les travaux d'Origène sur l'Ecriture comprennent des scolies, des homélies et des commentaires.
Les scolies (aydXia) étaient de courtes explications, souvent d'un caractère grammatical, de certains textes difficiles. Origène en avait écrit sur la Genèse, l'Exode, les Nombres, le Lévitique, Isaïe, les Psaumes et spécialement sur les quinze premiers, sur l'Ecclésiaste, saint Matthieu, saint Jean, l'Epttre aux Galates et l'Apocalypse. On n'en a que des citations.
Les homélies sont des entretiens familiers sur l'Ecriture tenus devant les fidèles. L'auteur y touche un peu à tous les genres. Tantôt, comme un professeur, il discute le texte et en fixe le sens ; tantôt il en tire des leçons, redevient prédicateur et moraliste ; tantôt il traite d'une question de dogme. On connaît l'existence d'environ cinq cents de ces homélies sur les divers livres de l'Ancien et du nouveau Testament, mais Origène, certainement, en a prononcé un bien plus grand nombre. Beaucoup (deux cents à peu près)
1. Édition deFn. Fielo, Origenis Hexaplorum quae supersunt, Oxonii, 1867-1815. C'iielques courts fragments nouvenux ont été (lécoiiverts depuis.
se sont conservées surtout par des traductions latines
de Rutin et de saint Jérôme.
Dans ses homélies Origène se proposait principalement d'édifier : dans ses commentaires (Tôy-ot), qui étaient des ouvrages écrits, il se proposait d'expliquer scientifiquement et de faire comprendre le texte sacré. Malheureusement ces explications tournent souvent à l'allégorie, et ces commentaires sont presque toujours incomplets. Origène avait commente (avant 244) les quatre premiers chapitres de la Genèse, un certain nombre de psaumes, les Proverbes, deux fois le Cantique des cantiques (la dernière fois en 240-242), les trente premiers chapitres d'Isaïe (vers 235), les Lamentations de Jérémie (à Alexandrie), Ézéchiel (achevé vers 240), les petits prophètes sauf Abdias, l'évangile de saint Matthieu (après 244), celui de saint Luc, celui de saint Jean (à Alexandrie et à Césarée, commentaire terminé après 238), les épîtres de saint Paulsaufles deux aux Corinthiens et les deux à Timothée (après 244). Mais il ne paraît pas avoir commenté les épîlres dites catholiques. Aucun de ces commentaires ne nous est parvenu complet. Il en reste seulement des citations ou même de notables parties soit en grec, soit dans des traductions latines. Entre tous ces commentaires, saint Jérôme estimait particulièrement le second sur le Cantique, qu'il regardait comme le chef-d'œuvre de l'auteur.
Ce qui a causé en grande partie la perte des commentaires d'Origène est sa négligence à expliquer le sens littéral du texte et son abus de l'exégèse allégo rique. Convaincu que le sens moral ou spirituel est le principal, et que le sens littéral ou historique importe relativement peu ou même ne saurait parfois être accepté, il n'accorde à celui-ci qu'une demi-attention et développe le premier à outrance. Or si, parmi ces
développements, il s'en trouve de justes et de raisonnables, il en est aussi qui sont exagérés et arbitraires. L'école d'Antioche est venue qui a montré le péril de co subjectivisme exégétique, et en a détourné le goût des lecteurs.