IV. Œuvres ascétiques et Correspondance
Origène a laissé doux ouvrages ascétiques : Sur la
prière et Exhortation au viartyre. Le premier se divise en deux parties : les chapitres i-17 traitent de la prière en général, de sa nécessité et de son efficacité; les chapitres 18-30 commentent l'oraison dominicale. Ce petit livre est un des plus estimés parmi ceux de l'auteur. Il est postérieur à 231. — \J Exhortation au martyre^ qui date de 235, début de la persécution de Maximin, est adressée à Ambroise et à un prêtre de Césarée nommé Protoctète. Origène les encourage à confesser leur foi jusqu'à la mort, s'il le faut. C'est une composition chaude, forte, qui traduit bien ses sentiments intimes vis-à-vis du martyre.
La célébrité d'Origène lui avait valu une correspondance énorme, et l'antiquité a connu en effet plusieurs collections de lettres écrites par lui ou qui lui avaient été adressées. Eusèbe, pour son compte, en avait réuni plus de cent {H. E., vi, 36, 3). Deux seulement sont conservées entières : la lettre à saint Grégoire le Thaumaturge, écrite probablement à Nicomédie entre les années 238-243, et la lettre à Jules Africain, écrite versl'an 240. Dans la première, Origèno exhorte simplement son ancien disciple à ne pas abandonner l'étude de l'Écriture, et à subordonner toujours la science humaine à la science sacrée. Dans la seconde, plus importante, il défend la canonicité de l'histoire de Suzanne, de l'épisode de Bel et du dragon et de la prière d'Azarias et des trois enfants, contenus dans le texte grec de Daniel. — Ajoutons que, dans certaines lettres mentionnées par saint Jérôme et par Rufin, Origène se plaignait qu'on eû^ falsifié ses écrits, et qu'on lui eût ainsi imputé des erreurs qu'il n'avait pas soutenues.
En somme, Origène, malgré les défaillances doctrinales qu'on peut lui reprocher, reste une des plus grandes figures de l'antiquité ecclésiastique. Il a aimé
ardemment la vérité chrétienne et lui a consacré tout son génie et toutes ses forces. D'autre part, il n'a jamais séparé, dans sa vie, l'ardeur de s'instruire de l'ardeur de se sanctifier lui-même et de porter les autres au bien. Sa religion et sa piété ont été à la hauteur de sa science ; et s'il n'a pas été martyr, ce n'est pas faute d'avoir confessé sa foi, c'est faute d'un bourreau pour mettre fin à ses tortures.
§3. — Denys d'Alexandrie et auteurs moins importants.
L'ordre des successeurs d'Origène dans la direction du Didascalée d'Alexandrie jusqu'au début du iv* siècle est probablement le suivant : Héraclas, Denys, Théognoste, Pierius, Pierre.
Il ne paraît pas qu'Héraclas (f vers 247-248) ait rien écrit. Son successeur Denys, surnommé le Grand*, a été un des personnages les plus influents vers le milieu du m* siècle, et mérite qu'on s'y arrête un peu. Né vers l'an 190 de parents païens, il se convertit à la suite de ses lectures et de ses réflexions et suivit les leçons d'Origène. En 231-232, il prenait la conduite de l'école et, en 248-249, devenait évêque d'Alexandrie. Dès lors, sa vie ne fut plus qu'une lutte contre la persécution et des diflicultés de tout genre. Deux fois arrêté sous Dèce et Valérien, exilé en Libye, puis dans la Maréotis, il revient dans son Eglise sous Gallien (2G2), mais pour la voir affligée encore par la guerre, la famine et la peste. Sa mort se place vers 265. Homme de gouvernement et noble caractère, indulgent et entièrement dévoué à son peuple, esprit cultivé d'ailleurs et d'une grande hauteur de vues, Denys
i. L'édition de P. G., x, est insuffisante. Il faut consulter celle de Cii. Lett Keltoe, The letlers andollitrremaiiis of Dionysius of Alexandria, Cjiuibiidge, 1904. Voir J. Bubel, Denys d' Alexandrie, Viv\s, 1910.
a joui, parmi ses contemporains, d'une universelle considération. L'Eglise d'Orient l'honore comme martyr.
Il avait beaucoup écrit, surtout sous forme de lettres ; mais ses ouvrages se sont mal conservés. Parmi ses travaux de plus longue haleine, Eusèbe mentionne (vu, 26, 2, 3) : un écrit Sur la nature, dont l'objet était de réfuter la théorie atomistique de la formation du mondeet d'établir lafoichrétiennedelacréation: Eusèbe en a cité plusieurs grands morceaux {Préparation évangélique, xiv, 23-27). Puis nn écrit (perdu) Sur les tentations, c'est-à-dire sur les épreuves et les persécutions extérieures. Puis un commentaire sur le commencement de l'Ecclésiaste, dont il reste des fragments. A côté de ce commentaire, il faut mettre les deux livres Sur les promesses dont Eusèbe [H. E., vu, 24) a longuement parlé. Dans le premier livre, Denys réfutait le millénarisme ; dans le second, il donnait de l'Apocalypse une interprétation mystique et, à la fin, contestait qu'elle fût l'œuvre de saint Jean l'évangéliste. L'ouvrage peut être de 253-257. Puis, entre 257-262, se place l'affaire du sabellianisme égyptien. Denys écrit à divers évêques de la Pentapole des lettres où il laisse échapper des expressions malsonnantes sur l'unité de la Trinité et la divinité du Fils. Il est repris par Denys de Rome, et compose, pour se défendre, quatre livres de Justification et d'Apologie ("EXeyxoç xal àTCoXoY(a) qui sont connus surtout par saint Athanase [De sententia Dionysii) .
Les lettres de Denys ont été nombreuses et le montrent mêlé à tous les grands événements de l'Église de son temps. Eusèbe cite ou mentionne douze lettres relatives au novatianisme ; sept lettres concernant la querelle baptismale entre saint Cyprien et le pape Etienne; une lettre aux évoques du concile d'Antioche
contre Paul de Samosate ; d'autres encore à diverses personnes et notamment plusieurs de ses Lettres festales. Une lettre à l'évêque Basilide a trouvé place dans la collection canonique de l'Eglise grecque et y a été divisée en quatre canons. Elle traite de la durée du jeûne du carême et de la pureté de corps nécessaire pour la communion.
Le successeur de Denys au Didascalée, Théognoste (2G4-280)^ avait écrit des Hypotyposes ou Essais, connus surtout par Photius {Codex lOG). C'était, en sept livres, un exposé systématique de toute la dogmatique chrétienne, d'une inspiration sensiblement origéniste. Photius en loue le ton noble et le style simple et pur.
PiERius^, qui succéda à Théognoste, fut un prédicateur célèbre sous l'évêque Théonas (282-300). On connaît, par saint Jérôme, Philippe de Side et Photius (6'odex 119), les titres et quelques morceaux de quelquesuns de ses discours. Il s'en trouve un Sur la Mère de Dieu (riepl x^ç ÔaoTo'xou), chose assez remarquable pour l'époque. Photius estimait dans Pièrius l'originalité des pensées et la facilité d'improvisation.
Avec Pierre ^, qui devint évêque d'Alexandrie en 300 et mourut martyr en 311, nous trouvons le premier opposant qui se soit nettement déclaré contre Origène dans cette ville. Il reste de lui une ou deux lettres entières et quatorze canons extraits d'une lettre festale écrite en 306. Mais, de plus, il avait composé un ouvrage Sur la divinité (Ile pi xîiç ôeoTVjxoç), cité par le
\. Pair, grecque, x, à quoi il faut ajouter Fr. Diekamp, dans Theologische Quartalschrift, lxxxiv, 1902. Sur Tliéognosle et les deux auteurs suivants, voir L. B. Radfoud, Three teachers of Alexandria, Theognostua, Pierius and Peler, Cambridge, 1908.
2. P. G., X, 241-246, et G. DE Boon, Neue Fragmente, dans Texte und Unlers., v, 2, Leipzig:, 1888,
3. P. G; XVIII, et Pnn\, Analecta sacra, iv, 189-193,426-429,
128 PRÉCIS DE PATROLOGIB.
concile d'Éphèse et, contre Origène, deux ouvrages, l'un Sur la non-préexistence des âmes, l'autre Sur la résurrection. On en a quelques fragments.
Après avoir parlé des écrivains successeurs d'Origène au Didascalée, nous en nommerons simplement ici quelques autres d'Alexandrie ou de l'Egypte qui ne remplirent pas les mêmes fonctions, et qui n'ont pas eu, comme écrivains, la même notoriété : le protecteur d'Origène, Ambroise (-f- 248-253), auteur de quelques lettres; l'évêque Demetrius dont on connaît aussi quelques lettres : l'alexandrin Tryphon, qui avait écrit nombre de traités ou d'opuscules surtout d'exégèse ; un, deux ou peut-être même trois Ammonius auxquels on attribue une Harmonie entre Moyse et Jésus et une synopse évangélique ; Anàtolius d'Alexandrie, évêque de Laodicée vers 268, auteur d'un livre Sur la Pâque et d'ouvrages théologiques; l'évêque d'Arsinoë, NÉPOs, dont Denys d'Alexandrie réfuta les vues millénaristes et le traité Contre les allégoristes ; Piulûxs, évêque de Thmuis et martyr en 306, dont on a deux lettres ou fragments de lettres ; Hésychius (fin du ni® siècle — début du iv®), qui révisa le texte des Septante et des évangiles et que saint Jérôme a fort malmené; et enfin Hiéracas (vers 300), chef d'une nombreuse communauté de moines des deux sexes à Léontopolis, et le premier auteur ecclésiastique qui ait écrit en copte. Saint Epiphane [Haer. lxvii), par qui uniquement nous le connaissons, mentionne de lui un ouvrage sur l'hexaemeron et de nombreux psaumes nouveaux.
S 4. — Syriens et Palestiniens.
Jules Africain ; Pamphile; auteurs moins importants.
Les écrivains syriens et pales.tiniens du m* siècle
forment trois groupes : un premier groupe qu'on rencontre autour de Césarée et de Jérusalem et qui s'est trouvé en rapport plus ou moins intime avec Origène ; un deuxième groupe qui appartient à Antioche ; et enfin un troisième groupe d'auteurs anonymes dont on ne sait pas exactement où ils ont écrit. Le présent paragraphe s'occupera des deux premiers.
Jules Africain' dut naître vers 170 au plus tard, peut-être en Libye, et en 195 fit campagne avec les troupes de Septime Sévère en Osrhoène où il se lia avec le roi d'Edesse, Abgar IX. Après de multiples voyages, il s'établit à Emmaûs Nicopolis, à six heures de Jérusalem, et y mourut entre 240-250. On ignore s'il était né chrétien : il est certain seulement qu'il resta toujours laïque et que le christianisme s'allia chez lui à la plus grossière superstition. C'était un esprit curieux qui s'intéressait à tout et prenait de toutes mains, sans y trop regarder.
Le plus important de ses ouvrages est sa ChronO' graphie en cinq livres. Aucun de ces livres ne s'est conservé entier; mais, comme l'ouvrage a été beaucoup utilisé par Eusèbe, saint Jérôme et les chroniqueurs plus récents, on en connaît assez bien le contenu. Partant de cette idée que dans la Bible se trouve l'exacte chronologie du monde, Jules Africain inscrit, en face des dates et des faits donnés par l'Écriture, les événements synchroniques de l'histoire des divers peuples connus. C'était là la seconde partie de l'ouvrage, les canons, qui étaient précédés naturellement d'une première partie théorique où dates et chiffres sacrés et profanes étaient discutés. La Chro"
1. P. G., X et XI, et indications dans A. Harrack, Geschichte der altchrisH. Liler., i, 508-511. Voir H. Gelzer, Sexlus Julius Africanus und die byzantiniache Chronographie, Leipzig, 1880-1898. G. Salmos, dans D. C. B., art. Africanus.
nographie s'arrêtait à la troisième année d'Elagabal, 5723* du monde, 221* de notre ère.
Un second ouvrage de Jules Africain est intitule Broderies (Kestot), livre de mélanges, où sont abordés toute espèce de sujets (guerre, médecine, agriculture, magie, etc.), quelques-uns fort inattendus sous une plume chrétienne. On en possède d'assez longs extraits. L'écrit est postérieur à la Chronographie.
Mentionnons enfin deux lettres. Dans l'une, entièrement conservée, à Origène, l'auteur contestait la canonicité de l'histoire de Suzanne dans Daniel. Dans l'autre, adressée à un certain Aristide et dont on connaît le fond, il résolvait le problème que présente la double généalogie de Joseph dans saint Matthieu et saint Luc.
Un autre correspondant d'Origène et son ami a été cet ancien disciple de Clément, l'évêque Alexandre, qui accueillit chez lui Clément fugitif et conféra le sacerdoce à Origène. Il était probablement né en Asie Mineure vers 160-170 et fut d'abord évêque en Cappadoce ou en Cilicie. Venu en pèlerinage à Jérusalem en 211, il y fut retenu de force par les chrétiens de cette ville et installé coadjuteur du vieil évêque Narcisse, à qui il succéda vers 216. Alexandre a écrit des lettres, mentionnées par Eusèbe et saint Jérôme.
Le même saint Jérôme [Vir. HL, 60) parle d'une correspondance entre Origène et l'évêque de Bostra, BÉRYLLE, qu'Origène avait ramené à l'orthodoxie. Bérylle vivait sous Caracalla (211-217). Sa rétractation se place sous Gordien (238-244). Outre des lettres, il avait composé une Philocalie ou recueil d'extraits d'ouvrages étrangers.
Quant au prêtre Pamphile, le dernier des auteurs palestiniens du iii^ siècle dont nous ayons à parler, il
LES ÉCRIVAINS ORIENTAUX DU IIl« SIECLE. 131
n'a point connu personnellement Origènc, mais il a été un de ses plus fervents admirateurs. Né à Beyrouth, en Phénicie, de parents riches, il étudia la théologie à Alexandrie sous Pierius, puis se fixa à Césarée da Palestine. Il y reçut le sacerdoce, ouvrit école de science sacrée et travailla surtout à enrichir la magnifique bibliothèque qu'Origène y avait fondée. La persécution de Maximin en fit un martyr en 309. Eusèbe, son collaborateur et son ami, qui avait écrit sa vie, l'a dépeint comme un prêtre parfait, orné de toules les vertus.
En dehors de lettres que nous n'avons plus, Pamphile avait composé, étant déjà en prison, une Apologie pour Origène en cinq livres, auxquels Eusèbe en ajouta un sixième. Tous les reproches faits à Origène y étaient discutés. Le premier livre seul s'est conservé par une traduction latine de Rufîn^ Une autre des occupations de Pamphile était de revoir lui-même, pour en corriger les fautes, les nombreuses copies de la Bible qu'il faisait exécuter sur le texte établi par Origène. Mais il n'a pas fait, comme on l'a cru quelquefois, de nouvelle recension du texte.
Les écrivains d'Antioche de la même époque ne méritent, au point de vue littéraire, qu'une courte mention. C'est Geminus, prêtre sous Alexandre Sévère (222- 235), dont saint Jérôme [Vir. ilL, 64) dit qu'il avait composé quelques écrits. C'est l'évêque d'Antioche, Paul db Samosate (260-268), jugé par trois conciles et finalement déposé, après que le prêtre Malchion l'eut convaincu d'erreur. Paul semble avoir écrit des discours à Sabinus dont il reste cinq citations. C'est le martyr Lucien, mis à mort en 312, le maître d'Arius et
i. On le trouve dans P. G., xvir, 521-616.
suspecté lui-même pour sa doctrine, l'inspirateur de la première école exégétique d'Antioche. Il fit du texte biblique une recension qu'on trouve en usage au ive siècle en Syrie, en Asie Mineure, à Constantinople et dans la Thrace. Saint Jérôme [Vir. ill., 11) lui attribue en outre des professions de foi [de fide libelli) et des lettres.
S 5. — Écrits anonymes et disciplinaires.
L'écrit intitulé De recta in Deum fide [De la foi orthodoxe en Dieu) ' est un dialogue que l'on possède en grec et en latin, le latin étant une traduction de Rufin, mais plus fidèle que ne sont généralement ses traductions. C'est une discussion entre l'orthodoxe Adamantins d'une part et, d'autre part, les marcioniles Megethius et Marcus, le bardesanite Marinus et les valentiniens Droserius et Valens. L'orthodoxe sort vainqueur de la discussion, et le païen Eutropius, qui en était l'arbitre choisi, se convertit. L'ouvrage est d'une dialectique et d'une théologie solides, mais gauchement composé.
De bonne heure on l'attribua à Origène. A tort, puisqu'on y trouve cité Methodius d'Olympe qui écrivait cinquante ans après lui. On peut même douter qu'Origène soit désigné sous le nom d'Adamantins. En somme Fauteur reste inconnu. Seulement il paraît sûr qu'il écrivait dans la Syrie du nord, entre les années 295-305.
C'est vraisemblablement dans la Syrie du nord aussi qu'il faut mettre l'origine de la Didascalie des Apôtres 2,
1. p. G., tome XI. Meilleure édition par W. H. Van de sande Bakhutzen, Der Dialog des Adamantius, Leipzig, 190J. Voir Hort, dans D. C. B., art. Abahantivs.
2. Édit. P. DE Lagarde, Didascalia apostolorum syriace, Lipsiae,
le premier des écrits disciplinaires dont nous avons à parler ici. Son texte original grec est perdu, ou du moins n'existe que profondément remanié dans les six premiers livres des Constitutions apostoliques j mais il s'en est conservé en entier une traduction syriaque et, en partie, une traduction latine \ cette dernière peutêtre du iv" siècle. Elles sont, l'une et l'autre, exactes et fidèles. Le texte syriaque est divisé en vingt-six ou vingt-sept chapitres dont l'objet est le suivant. Après quelques conseils concernant tous les chrétiens et spécialement les gens mariés (ch. i-iii), l'auteur s'occupe de l'évêque, qui tient dans son œuvre une place capitale (ch. iv-xii). Le chapitre xiii traite de l'assistance aux offices de l'Église; les chapitres xiv et xv des veuves ; le xvi* de l'ordination des diacres et des diaconesses , les chapitres xvii-xix parlent du soin des enfants et des orphelins ; le xx" du soin des confesseurs de la foi ; le xxi* de la résurrection des morts ; le xxu' de la Pâque et du jeûne ; les chapitres xxiii et xxiv des hérésies et des schismes. Enfin les chapitres xxv-xxvii traitent des rapports de la Loi et de l'Évangile, et racontent comment les apôtres ont porté les présentes ordonnances.
La Didascalie semble avoir été écrite par l'évêque de quelque grosse bourgade de campagne, un municipe de la Syrie supérieure, dans la deuxième moitié du iii^ siècle. Les tendances juives et le rigorisme novalien y sont vivement combattus : la hiérarchie, bien qu'il y soit une fois (ix) question de sous-diacres, y paraît encore peu développée.
18o4. Traducf. fiançaise par F. Nau, La Didascalie des douze apôtres ^ 2» édit., Paris, 1912. Madame Marg. Donlop Gicson adonné une nouvelle édition syiiaque et une traduction anglaise, Londres, 1903. Voir M. YiARD, La Didascalie des apôtres, Langres, 1906.
1. On trouvera cette traduction dans F. X. Fcnk, Didascalia et Consliluliones apostciloruin, i.
134 PRÉCIS DE PATROLÛGIE.
On peut rapprocher de la Didascalie un autre ouvrage disciplinaire beaucoup moins étendu, édité d'abord par Bickell, et qui porte le titre dC Ordonnances transmises par Clément et Canons ecclésiastiques des saints apôtres ^ La seconde partie du titre toutefois semble seule authentique. Bickell nomme l'opuscule Apostolische Kirchenordnung, et M^' BatifTol propose l'appellation de Constitution apostolique égyptienne, qui a l'inconvénient de trancher d'avance la question d'origine.
L'écrit comprend trente divisions. Si l'on met à part rintroduction (1-3) et la conclusion, il se partage nettement en deux parties : une partie morale (4-14) qui ne fait que reproduire, en les remaniant, les chapitres i-iv, 8 de la Didachè, et une partie disciplinaire (15- 29), qui contient divers règlements relatifs aux évoques, aux prêtres, aux lecteurs, aux diabres, aux veuves diaconesses, aux laïques et au ministère de charité des femmes. Chaque ordonnance morale ou disciplinaire est mise dans la bouche d'un apôtre en particulier, en sorte que le livre est l'œuvre de tout le collège apostolique.
Cet écrit est probablement le même que celui que saint Jérôme [Vir. ill., 1) appelle Liber j'udicii, et Rufin [Comment, in symhol. apostol.y 38) Duae viae vel judicium secundum Petrum, parce que Pierre y dirige les décisions. M. Hauler en a retrouvé un morceau de version latine qu'il fait remonter à la seconde moitié du iv' siècle. L'original grec doit être de la deuxième moitié du m». On en avait mis d'abord l'origine en Egypte, parce que l'ouvrage est entré comme élément dans une compilation, V Octateuque, qui paraissait avoir vu le jour en Egypte. Mais l'Oc-
\. Édit. F. X. FuNK, Docirina duodecim apostalorum, Canones apo-
stolorum ecclesiastici, Tubinguo, 4887.
taleuque s'est retrouvé depuis dans des textes syriaques et, comme il a été composé sur le modèle des Constitutions apostoliques, on incline plutôt maintenant à le croire d'origine syrienne. Les Canons ecclésiastiques des saints apôtres seraient de même provenance.
S 6. — Écrivains d'Asie Mineure. Saint Grégoire le Thaumaturge, Methodius.
L'Asie Mineure, qui avait fourni au ii^ siècle de si nombreux et brillants écrivains, fut beaucoup moins féconde au m* siècle. Quand nous aurons mentionné l'évéque Firmilien de Césarée (-J- en 268), dont saint Basile a signalé des écrits (perdus) et qui a laissé une lettre importante à saint Cyprien, relative à la querelle baptismale ', deux auteurs seulement solliciteront notre attention, saint Grégoire le Thaumaturge et saint Methodius d'Olympe.
Grégoire ^, dont le nom primitif était Théodore, naquit vers 213 à Néocésarée dans le Pont, de parents riches, mais païens. Après avoir terminé ses études littéraires et juridiques, il se disposait, vers 233, à aller à Beyrouth lorsqu'une circonstance providentielle le conduisit à Césarée. il y entendit Origène, s'attacha à lui, et suivit pendant cinq ans son enseignement. Revenu dans sa patrie en 238, il ne tarda pas à être ordonné, jeune encore, le premier évêque de Néocésarée. Dès lors sa vie devint celle d'un apôtre. 11 traversa indemne la persécution de Dèce, assista, en 264, au concile d'Antioche qui jugea Paul de Samosate et
d. On n'en a qu'une traduction latine faite par saint Cyprien : entre les lettres de S. Cyprien, édit. Hartel, lettre lxxv. 2. Œuvres dans P. G., x. Le traité à Théopompe est da ns P. de La
GKv.\)^, Anecdota sj/rîaca,Lipsiae, 1858. Voir Ryssei,, Gregorius Thaumaiurgus, sein Leben und seine Schri/ïen, Leipzig, 4880.
mourut, d'après Suidas, sous Aurélien, entre 270-275. De bonne heure on lui attribua de nombreux miracles, preuve indiscutable de la profonde impression que la sainteté de sa vie avait faite sur son peuple.
Nous possédons de Grégoire cinq ouvrages authentiques :
1* Le Discours de remerciement à Origène (Eîç 'i2piYsvr,v Trpo(j(pwvy,Tixoç). C'est un discours que Grégoire prononça en 238, à Césarée, devant Origène, avant de le quitter et pour le remercier de ses soins. Pièce académique, d'un ton sincère pourtant et d'une émotion vraie, précieuse pour les renseignements qu'elle contient sur la méthode et le programme du maître.
2' Un Symbole de foi qui aurait été révélé au Thaumaturge par saint Jean l'Evangéliste, et dont l'authenticité ne semble pas douteuse. Formule courte, mais très importante pour l'histoire du dogme trinitaire. Elle peut être de 260-265.
3° Une lettre canonique, écrite, vers 254-258, à l'occasion d'une invasion de Goths et de Dorades dans le Pont. Grégoire indique comment on doit traiter, au point de vuepénitentiel, les auteurs des divers méfaits commis en cette circonstance. La lettre est entrée dans les collections canoniques grecques.
4* Une paraphrase de l'Ecclésiaste, qui n'est en effet qu'une reproduction, sous une forme plus libre, du contenu du livre inspiré.
5** Un ouvrage dédié à Théopompe Sur la passibilité et l'impassibilité de Dieu, conservé en syriaque seulement. L'auteur y démontre que Dieu, tout impassible qu'il est en soi, n'est pas pour cela indifférent aux actions humaines ; d'autre part, que Dieu, qui a souffert en Jésus-Christ, s'est montré cependant impassible en triomphant de la mort. L'écrit, d'allure philosophique,
remonte aux premières années de l'épiscopat de Grégoire.
Outre ces écrits conservés, on sait par saint Basile [Epist. ccx, 5) que saint Grégoire avait composé une discussion contre un païen nommé Aelianus, dans laquelle les sabelliens prétendaient, à tort, découvrir leur erreur. Saint Jérôme [Vir. ill., 65) a également signalé des lettres de Grégoire. Toutes sont perdues, sauf la lettre canonique ci-dessus mentionnée.
La vie de Methodius^ est à peu près inconnue : comme il avait écrit contre Origène, Eusèbe l'a passé sous silence. On sait seulement par saint Jérôme ( Vir. ill.y 83) qu'il était évéque d'Olympe (cl; non de Patare), en Lycie, et qu'il fut martyrisé sous Dioclétien, en 311. C'est un écrivain poli, qui compose avec soin et vise au beau style et qui, dans ses ouvrages, presque tous présentés sous forme de dialogues, cherche à imiter Platon. Bien qu'il soit resté fort loin de son modèle, on ne peut lui refuser un vrai talent littéraire. Sa théologie, qui rappelle celle d'I renée et de Méliton, est traditionnelle et ferme. C'était un adversaire irréductible d'Origène.
On peut diviser en deux catégories les écrits de Methodius : ceux que l'on a conservés en grec, du moins en grande partie, et ceux dont il ne reste que des traductions slavonnes. Ces traductions, découvertes par M. Bonwetsch, sont généralement littérales, mais souvent incomplètes.
I. Le seul des écrits grecs qui subsiste entièrement est Le Banquet ou De la ^>irginité. C'est plutôt une série de discours qu'un dialogue. Dix vierges y prennent successivement la parole et font l'éloge de la
1. Pour le Banquet, éAM. de P. G., xviii; pour le tout, édit. de N. Bon- WF.TSCH, dans les Christl. Schriflst. de Berlin, Leipzig, l'J17. Voir C Garel, Si Methodii Palarensis Convieium decem virginum, Paris, 1890,
138 PRÉCIS DE PATROLOGIB.
virg-inité, perfection de la vie chrétienne, moyen de ressembler au Christ, etc. Thècle, la huitième vierge, remporte le prix et, à la fin, entonne une hymne de vingt-quatre strophes coupées par un refrain. Malgré sa virtuosité, l'auteur n'a pu éviter la monotonie dans un sujet où les mêmes idées reviennent nécessairement dix fois de suite.
De l'ouvrage Sur le libre arbitre (ITepi toù aùxe^ouaiou) on a de longs fragments grecs qu'une traduction slave permet de compléter. L'ouvrage est dirigé contrôle dualisme gnostique qui admettait deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, et contre le déterminisme.
Le dialogue Aglaophon ou Sur la résurrection, en trois livres, existe aussi incomplètement en grec et en slave. Composé contre Origène, il établit que le corps qui ressuscitera est bien le corps actuel, et non pas un corps nouveau, pneumatique, ayant seulement la forme de l'ancien.
II. Les écrits existant principalement ou seulement en slave sont les suivants :
De la vie : exhortation à se contenter de ce que la Providence nous donne en ce monde et de ce qu'elle nous promet en l'autre .
Puis trois explications allégoriques et symboliques de divers passages de l'Ecriture : De la distinction des aliments et de la jeune vache dont le sang purifiait les pécheurs : les aliments sont nos œuvres; la jeune vache rouge est le Christ. A Sistelius, De la lèpre : la lèpre, avec ses formes diverses, est le péché dont il faut se purifier. De la sangsue et sur ces paroles : Les deux proclament la gloire de Dieu : explication allégorique de Proverbes, xxx, 15 et suiv. et de Psaume xviii, 2.
Outre ces ouvrages, on sait que Methodius avait écrit contre le philosophe Porphyre plusieurs livres
dont saint Jérôme faisait grand cas, mais dont il ne subsiste que cinq fragments; de plus un opuscule contre Origène Sur la pijthonisse; des commentaires (perdus) sur la Genèse et le Cantique des cantiques; un commentaire sur Job ; un discours sur les martyrs, cité par Théodoret ; et enfin un dialogue intitulé Xénon, qu'il faut sans doute identifier avec le livre Sur les créatures (Ilepl xwv Yevr,Tcov) que Photius a longuement cité {Codex 235). Méthodius y réfutait l'opinion d'OrivhiG sur la création ai aeterno.