‹ Précis de patrologieChapitre 24 sur 174 · II. Ecrits contre les hérésies · texte numérisé non relu

II. Ecrits contre les hérésies

V En tête de ces écrits vient le traité De la prescription [De praescriptione haereticorwn)^ réfutation générale de toutes les nouveautés dogmatiques, dans dans laquelle Tertullien, sous une forme juridique, reprend l'argument de saint Irénée au livre troisième de son traité Contre les hérésies^ et oppose aux hérétiques l'autorité de la Tradition et de l'Eglise,

L'ouvrage peut se diviser en trois parties. Dans la première (1-14), Tertullien s'adresse aux fidèles et les met en garde contre l'hérésie et les hérétiques. Les hérésies sont une épreuve de l'Eglise et un danger pour les faibles : il faut les fuir en évitant les curiosités téméraires et en s'attachant à la règle de foi.

C'est ce que ne font pas les hérétiques. Ils prétendent corriger la règle de foi en s'appuyant sur l'Écriture. Mais on ne doit pas les admettre à discuter par l'Écriture, Avant même qu'ils n'entament leur plaidoirie, Tertullien leur oppose la prescription, c'est-àdire non pas une possession de longue durée au sens de notre droit actuel, mais une exceptio juris, une difficulté préalable qui leur rend la plaidoirie impossible en leur arrachant l'instrument de preuve dont ils comptaient se servir. Pour que les hérétiques en effet

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fussent admis à se servir des Écritures, il faudrait que les Ecritures leur appartinssent. Or elles n'appartiennent qu'à ceux qui ont la vraie foi. Et les hérétiques n'ont pas la vraie foi; car cette foi ne se trouve que dans les Eglises fondées par les apôtres ou dérivées d'elles, et qui ont reçu par les apôtres la doctrine de Jésus-Christ. Partie de Dieu, la vérité est venue à nous par Jésus-Christ, les apôtres, les Eglises apostoliques. Or les hérétiques sont précisément hors de ces Eglises : ils ne peuvent donc ni posséder la vraie foi, ni posséder les Écritures. Ce sont des intrus et des voleurs ; ils sont réfutés d'avance. C'est la seconde et principale partie du traité (15-37).

La troisième (38-44) est consacrée à dépeindre les divergences doctrinales et l'absence de discipline qui régnent chez les hérétiques. Après avoir triomphé de ses adversaires, Tertullien les raille et les bafoue.

Le traité De la prescription est un des meilleurs de Tertullien, un de ceux dont la portée est la plus grande, et où l'auteur est le plus maître de lui-même. 11 a dû être écrit autour de l'an 200.

2° Après le traité De la prescription vient, par ordre d'importance, le traité Contre Marcion, Adversus Marcionem lihri V. L'ouvrage a eu, du temps de l'auteur, trois éditions successives dont la dernière seule nous est parvenue (208-211). Le premier livre démontre, contre Marcion, l'unité de Dieu bon et juste à la fois; le second, l'identité de ce Dieu avec le créateur; le troisième, l'unité de Christ; le quatrième et le cinquième livre réfutent les Antithèses de l'hérétique et prouvent que l'évangile de saint Luc et les épîtres de saint Paul admis par lui condamnent son système.

30 Marcion avait à Carthage un disciple nommé Hermogène, qui insistait surtout sur lopposition de Dieu et de la matière, et faisait de celle-ci un second

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principe, éternel comme Dieu. Tertullien dirigea contre lui d'abord un De censu animae qui est perdu et, entre les années 200-206, le traité Contre Hermogène [Ad' versus Hermogenem). C'esiune réfutation solide, mêle'e de railleries à l'adresse de son adversaire, aussi mauvais philosophe que mauvais peintre.

4° Quant au traité Contre les valentiniens (208-211), c'est le plus faible des écrits polémiques de Tertullien. Tertullien, n'ayant pas étudié personnellement le valentinianisme, a résumé tant bien que mal sur ce système les données fournies par les auteurs qui l'avaient précédé, et notamment par saint îrénée. La réfutation est remplacée par des plaisanteries faciles sur les aventures des éons. L'écrit tout entier n'est guère qu'un plagiat superficiel.

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