III. Ecrits dogmatiques
Ces écrits auraient pu, à la rigueur, être rangés en grand nombre parmi les écrits contre les hérésies, car ils ont presque tous pour but de revendiquer quelque vérité niée par les dissidents. Cependant, comme l'exposé du dogme y tient la place principale, nous en avons fait une catégorie à part.
1° De baptismo. Le traité Du baptême a été écrit entre les années 200-206 pour les néophytes, et afin de les prémunir contre la propagande d'une certaine Quintilla qui s'efforçait de le discréditer. L'auteur y résout à peu près toutes les questions que l'on peut se poser à propos de ce sacrement : nécessité, unité, cérémonies, ministre, sujet, efîets du baptême chrétien; valeur de celui des hérétiques, etc.
2° Scorpiace, Remède contre la morsure des scorpions: écrit en 211-212 contre les gaïanites, qui niaient qu'on eût le devoir de confesser sa foi jusqu'à la mort et de subir le martyre, s'il le fallait. Lidolàtrie, reprend Tertullien, est défendue, et donc aussi l'apos-
tasie : le martyre s'impose quelquefois; et il est d'ailleurs, pour le chrétien, le gage de la gloire éternelle.
3° De carne Christi. Le traité De la chair du Christ et celui De la résurrection de la chair dont il sera question ci-dessous sont, dans la pensée de l'auteur, les deux parties d'une même démonstration. Le dogme de notre résurrection, en effet, a son fondement dans le fait de la résurrection de Jésus-Christ. Or, cette résurrection de Jésus-Christ n'a été possible que parce que sa chair était réelle. 11 faut donc, avant de prouver le fait de notre propre résurrection, établir la réalité de la chair de Jésus-Christ. C'est de cette thèse préalable que Tertullien s'occupe dans le De carne Christi. L'ouvrage, qui est de 208-211, comprend deux parties. La première (1-16) réfute les diverses formes de docétisme dans Marcion, Apelle, Valentin, Alexandre. La seconde (17-25) expose les preuves de la croyance chrétienne. On y trouve, à côté de passages merveilleux de profondeur et d'élan, des détails vulgaires et d'un réalisme pénible.
4° Le De resurrectione carnis suivit de près (208- 211). Les adversaires étaient à la fois les païens et les gnostiques. Après un éloge de la chair et du rôle qu'elle joue dans l'œuvre de notre sanctification, l'auteur prouve que la résurrection de la chair est possible à Dieu; qu'elle est convenable et nécessaire; que, en fait, l'Ecriture en enseigne l'existence. Il examine ensuite dans quelles conditions pratiques se fera la résurrection. C'est un des meilleurs ouvrages de Tertullien : le raisonnement est fort et bien lié ; la forme relativement calme et modérée.
5° Le traité Centre Praxéas [Adversus Praxeanj 213-217) est dirigé contre un des chefs de l'hérésie patripassienne et contre ses partisans. Praxéas avait in-
troduit son erreur en Afrique, mais, de plus, il avait, à Rome, prévenu le pape Victor contre les montanistes et empêché qu'il ne leur accordât sa communion. Double grief qui doubla contre lui la haine de Tertullien, alors montaniste déclaré, et lui fit produire une œuvre d'une controverse âpre, dure, hautaine, mais d'une force théologique singulière, sur l'unité de substance et la distinction des personnes dans la Trinité. Rien d'aussi clair ni d'aussi concluant n'avait été écrit avant lui. L'auteur y a frappé, à propos de la Trinité et de l'incarnation, ses formules les plus heureuses et qui sont restées classiques.
6** On peut rattacher aux traités dogmatiques le traité De l'âme, le plus long après l'Antimarcion. Trois questions y sont examinées : Qu'est-ce que l'âme? Quelle est son origine? Que devient-elle après la mort? L'auteur répond à ces questions en s'appuyant, d'une part, sur l'Ecriture, de l'autre, sur la philosophie, mais de préférence sur la philosophie stoïcienne. Aussi ses réponses ne sont-elles pas toujours heureuses. Par exemple, il admet nettement que l'âme est corporelle, qu'elle vient, comme le corps, ex traduce. A la mort, les âmes, sauf celles des martyrs, descendent aux enfers pour y attendre la résurrection de leur corps pour la rétribution finale. La psychologie de Tertullien est une des plus faibles parties de sa doctrine : il était, d'instinct, sensualiste.